‹ Le Ballet à travers les agesChapitre 4 sur 11 · ROME · texte numérisé non relu

ROME

ous arrivons aux Romains, peuple, à tort ou à raison, antipathique entre tous, symbolisé par la hache du licteur, comme la Prusse par la schlague du caporal, et qui pourtant eut l'incontestable grandeur de la force et de la puissance; il eut sa place et son utilité clans l'histoire de la civilisation, car il lit la police du monde et servit de trait d'union entre l'Hellade et nous.

L'Hellade était artiste jusqu'à la moelle des os; Rome le fut aussi peu qu'il est possible de l'être. Certes, quelques esprits d'élite, par le commerce et l'imitation de l'art hellénique, furent des artistes; mais ils demeurèrent une exception dans la nation; la masse du peuple romain fut toujours absolument rébarbative à tout autre art que celui du pugilat — non pas même parce qu'ils trouvaient là, comme les Hellènes, un développement de la beauté plastique du corps, mais pour l'unique

plaisir de voir des nez écrasés, des yeux pochés et des jambes cassées. L'introduction

du ballet à Rome est typique sous ce rapport.

« Lucius Ànicius, général romain, ayant vaincu les 1 1 1 \ riens, donna des jeux publics à Rome pour célébrer sa vicloire..., rapporte Polybe(livre 30).

11 appela de la Grèce les plus habiles artistes pour construire un vaste théâtre dans le cirque.

« Il y fil paraître ensemble tous les plus habiles joueurs de flûte... Les ayant placés à l'avant-scène avec le chœur des danseurs, il leur ordonna de jouer tous en môme temps.

« Déjà les danses s'exécutaient en mesure, et avec tous les mouvements convenables au rythme; mais il leur envoya due que les airs

•de flûte ne convenaient pas à son but et qu'il leur ordonnait de jouer la charge; comme ils ne comprenaient pas ce qu'on voulait dire, un des licteurs leur fit entendre par signe de se séparer pour revenir ensuite les uns contre les autres, afin de représenter ainsi un combat.

« Les joueurs de flûte ne l'eurent pas plus tôt compris qu'ils prirent un autre rythme et tout ne fut plus que confusion.

« En effet, ces chœurs changèrent de forme, transportant leur milieu aux extrémib les musiciens jouèrent des airs de flûte qu'on ne comprit plus, se séparèrent pour revenir tour à tour avec leurs instruments, les uns sur les autres; les diverses parties du chœur lâchaient d'en suivre et marquer la mesure par le bruit de leurs pieds, et, marchant en plusieurs groupes au milieu de la scène, se portaient les uns contre les autres, pour se retirer en tournant le dos.

« Bientôt un des acteurs du chœur, se retirant seul, se présenta en levant les bras, comme pour lutter contre un des musiciens qui vint précipitamment à lui : ce fut alors que les spectateurs jetèrent un cri général et que tout retentit du bruit qui était l'expression de la joie. Ces deux champions étaient encore aux prises, lorsque deux danseurs parurent à l'orchestre, au son de la symphonie; quatre pugiles y montèrent aussi au son des cors et des cornets; el tous luttant ensemble furent pour l'assemblée un spectable impossible à décrire.

« Quant aux tragédies, ajoute Polybe, je paraîtrais vouloir me moquer de mes lecteurs si je rapportais comment on les représenta » (Athénée).

Les beaux temps de l'Hellade étaient d'ailleurs passés aussi, car ces chœurs ramenés par le consul étaient tout composés de mercenaires, chanteurs et danseurs de métier.

Toutefois les Romains prirent rapidement goût à l'immoralité des danses helléniques. Déjà dans les .leux floraux, lorsque le peuple le demandait, les danseuses laissaient, à un moment donné, tomber leurs voiles; bientôt des écoles de danse s'ouvrirent a Home, il n'y eut plus de festin sans danses et ballets.

Puis l'Egypte et l'Asie furent conquises, el loul le luxe oriental, toutes ses o avec leurs immenses figurations dansantes, vinrent à Rome.

Et quand le pouvoir passa aux mains d'un empereur, que tout l'univers ne sembla plus occupé qu'à divertir cet homme, on en arriva à ces spectacles insensés, grandioses pourtant, dont le tout formait les jeux de l'amphithéâtre. Les ballets avec leurs mimi y disputaienl aux gladiateurs, aux naumachies el aux exhibitions de bêles curieuses la faveur populaire.

Nous glissons sur les sujets scabreux de ces ballets joués, paraît-il, avec un réalisme surprenant; le nom de deux danseurs mimes est demeurée la postérité, celui de Bathylleet de Pylade,

En dehors des ballets scéniques. les riches particuliers s'en donnaient chez eux, ainsi que l'empereur, dans leurs palais el dans leurs parcs; eux-mêmes \ jouaient les principaux rôles. Tel fut le ballet bachique dansé par Messaline, femme de Claude, le jour de ses noces avec Silius. \ l'issue de ee ballet, Silius fui. par ordre de l'empereur apprenant tout, décapité, el Messaline, qui s'élail sauvée sur un tombereau d'ordures tuée a coups d'épée dans les jardins de Lucullus.

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