XII INTRODUCTION
plus d*un demi-siècle, lui parait plutôt un bien. Par son dénuement il comprendra mieux les privations du peuple; il sera en communion plus étroite avec lui.
Ainsi, ce rêve du Banquet n'est point une réclamation de son jeûne individuel. Dans son état de santé, il vit comme un pur esprit d'un sol de lait par jour. S'il parle de lui d'abord, de ses épreuves, c'est pour mieux intéresser à cette pauvre terre de Ligurie qui n'a que la famine à offrir à ses enfants. Pour elle, d'abord, il conçoit en esprit dans l'avenir le banquet réel, où tout un peuple se nourrit et se désaltère, après avoir souffert tant de siècles le poids du jour et de la chaleur.
Celui qui revendiquait les droits du pauvre dans une langue si profondément humaine, savait, pour les avoir souffertes dans son enfance, que les tortures de la faim sont, de toutes les servitudes de l'homme, celles qui entravent le plus la libre manifestation de son génie. Réclamer pour le corps, c'était réclamer pour Vâme.