‹ Le banquier de BristolChapitre 2 sur 10 · LV. nANôUIEU I)F, r.niSTOL · texte numérisé non relu

LV. nANôUIEU I)F, r.niSTOL

Vous avez un père , un frcre qui vous aiment, vous seriez cruel de les quitter... ils sont malheureux, et votre affection leur est nécessaire... Retournez près d''eux, retournez à Londres...

— Non, c'est impossible, Élisa ; mon parti est pris. Mon père et mon frère ne s'attendent plus à me voir avant quelques années. Je suis parti sans leur dire où j'allais, comme pour faire un voyage de plaisir et de distraction ; mais à présent mon père sait la résolution que j'ai prise, une lettre de moi Ta déjà sans doute informé que j'allais quitter Bristol et partir pour la Nouvelle-Orléans. Quant au véritable motif de ce voyage lointain , il Tignore complètement, et je veux qu'il ne l'apprenne jamais. Maintenant, pauvre chère amie , il faut nous dire adieu.... Vous avez raison, demeurer plus long-temps dans cette cliam-

bre , CG serait vous perdre; Je ne dois pas attendre le jour...

— Merci! oh! que vous êtes bon , tendre et dévoue! Mais, hélas! comment faire?

comment parviendrez-vous à sortir sans faire de bruit, sans éveiller personne !... Toutes les portes sont fermées el barricadées!...

— Soyez tranquille, Élisa, je sortirai sans bruit. Je connais la disposition des pièces; j\ii suivi, en entrant, un passage, un corridor étroit, qui mène au jardin : à tout hasard, j\ivais pris la clef de ce corridor, pour sortir de la maison sans être vu. Je crois que personne ne couche de ce côté là : je pourrai donc ouvj ir doucement la porte et gagnei- le jardin. Une fois dans le jardin, rien de {}]ns facile que d'en escalader les murs, qui soîît |M u élevés. Soyez donc sans in-

quiétude, vous ne courez pas le moindre risque...

— Hélas ! Henri, ce n''est pas pour moi que je tremble, Dieu n^en Cbt témoin! Mais si Ton ;ous découvrait!... ah! mon Dieu!...

— La nuit: est sombre , le ciel est chargé de nuages... il est impossible de voir à trois ])as de (hstance. D^iilhuirs, je ne me laisserai pas surprendre, j'ai l'habitude de ces sortes de choses; en Vendée, je me suis vu maintes fois obligé de fuir à travers les broussailles, sous le feu des bataillons ennemis qui nous environnaient. Mais il n'y a pas une minute à perdre , tout le monde dort maintenant: c'est l'heure où le sommeil Qtt le plus profond. Adieu, chère Élisal... Encore un baiser! que je vous presse encoic sur ce [)auvre cœur... c''est la deriiière fois, peut-être!...

Elisa pleurait abondamment ; elle n'eut

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pas la force clo se soustraire aux embrassemens du malheureux jeune homme, à ses caresses brûlantes et douloureuses : Tamour • seul et la douleur régnaient maintenant dans l'âme d'ÉIisa.

Ils restèrent bien long-temps serrés Tun contre l'autre, confondant leurs sanglots et leurs larmes.

Enfin Henri s'arracha le premier de cette longue et convulsive étreinte: il se dirigea vers la poite et l'ouvrit avec précaution.

Mais la clé , en tournant dans la serrure, fit entendre un léger grincement.

Jusqu''alors IM. Walthon n''avait pu distinguer aucun bruit : la distance qui le séparait de la chambre d'ÉIisa était grande, et comprenait TétenJuc d^in vaste salon. D'ailleurs les portes fermées et l'épaisseur des tapis amortissaient le bruit des pas et de îa voix. Mais le mouvement de la clé

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dans la serrure ne put échapper à Toreille attentive du banquier.

C'est alors qu'il s'élança vers la table, prit ses pistolets , et courut dans le salon à travers les ténèbres.

La porte d'Élisa s'était brusquement refermée.

Quand M. Walthon heurta dans Tombre un homme qui s''enfuyait , sa première pensée fut de le saisir, et, dans sa précipitation, il laissa tomber sur le tapis un de ses pistolets. l\ïais le personnage mystérieux dont il cherchait à s'emparer était vigoureux, sans doute, car d'une seule main il écarta violemment le bras de M. Walthon, et lui fit lâcher prise : ensuite il courut vers Tantichambre, traversa plusieurs pièces avec la rapidité de Téclair, et s'engagea dans un couloir où venait aboutir un petit escalier tournant.

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Toute celte liilte, celte fuite ténébreuse, n'avaient duré qu\in ^cul instant; mais, pendant cet instant, une autre lutte, furieuse et sanglante, avait comme étouffé le bruit de la première. C'est alors que ces cris : Aumeurtre! avaient retenti par toute la maison. Ils continuaient toujours, plus affreux, plus lamentables ; et M. Waltlion les entendait à peine, car le sang bouillonnait dans ses artères, le sang bourdonnait et sifflait à ses oreilles. Fou de rage et de désespoir, il s'était jeté au hasard dans l'ombre, sur les pas du fugitif; et, sentant ses jambes ployer, trop faible pour couiir davantage, il s''appuya contre le mur, à l'entrée du couloir, et déchargea son pistolet dans la direction qu'avait dû prendre son invisible ennemi.

Le coup partit : à la clarté de l'amorce, M. Walthon vit au bout du corridor* un

homme (iiii descendait piécipilammcnt rescalicr. La balle n''avait pu Tattcindre , car, lorsque M. Walthon avait tiré, cet homme avait déjà descendu plusieurs marches, et Ton ne distinguait plus ([uc la partie supérieure de son corps.

En quelques momens , presque tous les domestiques furent sur pied; ils couraient et s'appelaient les uns les autres avec une profonde épouvante.

Au bruit de l'explosion, Élisa, poussant un cri terrible, était tombée par terre évanouie.

L'^homme qui sVnfiiyait ainsi à travers les léîîèbres , c''était Henri de Cormon. Le cri lamentable et les gémissemens (pii appelaient au secours , Henri et le banquier les avaient entendus en même temps ; juste au moment où la porte d'Élisa venait de se refermer. Henri; d'abord,

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avait oublié sa |)ropre sûreté pour voler au secours du malheureux ([u''oii égorgeait sans doute; mais, ayant rencontré dans l'ombre, au milieu du salon , un être invisible , qui peul-êlre l'avait épié depuis long-temps pour le voir soilir de la chambre d'Élisa , Henri Favait repoussé violemment pour s''enfuir et n'^en être pas reconnu : car une voix secrète, une espèce de pressentiment fatal lui avait révélé tout à coup que cet homme, dont la main clicrchait aie saisir, était un ennemi !..qui saii? peut-être un espion du jaloux banquier!

Mais, dans sa fuite aveugle et précipitée, Henri n'avait pas suivi la direction qui devait le conduire au coi'ridor dont il avait eu soin d'emporter la clei; il s'hélait brusquement engagé dans un autre passage, qui menait aux bureaux par un escalier tournant. Henri fut en quelques secondes au

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