‹ Le baptême d'une race [microforme]Chapitre 5 sur 8 · TPE · texte numérisé non relu

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le fait que j'avance: Pavanus, le villageois, le paysan, l'habitant du pagus, de la petite bourgade, du village, faganus a perdu sa signification en route, et nous est arrivé, non plus paysan mais paien. Eux, les paysans de la Gaule continuaient d'adorer pêle-mêle la Cybèle de Rome et le Teutatès de leurs forêts, quand les cités adoraient le Christ. Ils furent plus récalcitrants à recevoir le vrai Dieu comme ils le sont davantage encore à le chasser ; mais l'œuvre était avancée, les villes étaient au Christ, les villages allaient lui venir, la France allait naître, quand on entendit heurter violemment à la frontière.

Une autre barbarie arrive du Nord au pas de course; rafale ravageuse qui allait déraciner la vieille Rome et l'emporter comme une feuille morte; qu'allions-nous devenir dans la tourmente ?

La barbarie civilisée des Romains s'en va, la barbarie sauvage des Germains arrive. La même histoire recommence, Ces Francs qui vont franchir le Rhin apportent aussi leurs die'1x dans leurs lourds chariots de guerre.

Les dieux du Capitole ont culbuté les dieux des forêts: Woden, Thor et Frivoa vont culbuter les dieux du Capitole. La christianisation des campagnes n'est pas faite et voilà une troisième couche d'idolâtrie qui vient se superposer aux deux autres sur l'âme de ces paysans gaulois qui sont nos véritables ancêtres. Ce vieux monde est-il donc trop gangrené pour qu'on puisse le guérir ? Dieu, lassé, déchainz-t-il cette inondation humaine pour balayer une terre saturée d'immondices ? Ou bien, est-ce la transfusion de ce sang plus jeune qui va faire jaillir la France? Si ces Francs envahisseurs voulaient nos villes, ils se noieraient dans du sang chrétien; mais de leurs lances au repos ils veulent forger des socs de charrue, habiter nos vallées, défricher nos forêts. Que pourra produire cet accouplement monstrueux de Germains idolâtres et barbares avec nos paysans gallo-romains aussi barbares et aussi idolâtres ? Ah! si, en pénétrant dans ces champs de la Gaule, ils venaient se heurter le front contre la Croix ; si ces

païens, au lieu de se tremper dans un autre

or — )) —

paganisme, plongeaient brusquement dans une société baptisée; si, en avançant dans nos forêts, au lieu de rencontrer des sauvages prosternés devant une mare, ils se trouvaient en face de chrétiens robustes et fiers, armés du drapeau du Christ; peut-être que la mysté:

rieuse vertu de ce drapeau attirerait les envahisseurs eux-mêmes ; peut-être qu'alors, s'il est dans les plans de Dieu qu'il y ait une France, il ramasserait les débris épars du vieux monde, les marierait aux éléments nouveaux apportés par la barbarie et que, de ce mariage béni par lui, naîtrait enfin le peuple élu, la France. |

Que va-t-il arriver? Envahis et envahisseurs, tout est païen. Ÿ aura-t-il, n'y aura-t-il pas de France ?

Le Christ en voulait une et un homme se

montra.

Il était temps. Cet homme, doué de la vertu de Dieu, vint à une minute de l’histoire

dont on peut dire qu’une minute plus tard eut

été trop tard. En le court espace d'une vie, il eut le temps d'arpenter trois fois toute la terre gauloise et de plonger dans les eaux baptismales cette jeune race, qui va remplacer les maîtres dégénérés du monde, dont l: sénilité branlante annonce la fin prochaine.

Les premiers athlètes du Christ avaient converti des patriciens, des magistrats, des soldats, des ouvriers, des esclaves, tout ce qui emplit la cité. Gloire à ceux-là qui ont enfoncé la pierre angulaire, ouvert la route, défriché le champ, semé le premier grain !

Sans eux, la cité serait morte dans la corruption qui dévorait tout. Mais la ville n'est pas la nation. Ce qui fait le fond du peuple vagabonde en dehors des remparts. C'est l'innombrable troupeau des déshérités perdus dans les bois sombres, tout un grand peuple que rien n'attache,"qui n'est encore rien, qui va surgir à la vie sous le souffle d'un homme et faire enfin la grande nation, la France. Ceuxlà, les paysans de Gaule dont nous sommes presque tous les fils, ils furent la conquête de cet homme que je n'ai pas encore nommé :

saint Martin.

LT

Il fallait un géant, pour triturer les éléments

de cette nation géante :

“ Tantæ moliserat Ga//orum condere gentem ”, et Dieu qui verlait cette nation façonna ce géant.

Français, saluez ce Français. Dans le pan qui lui reste de son manteau partagé avec Île pauvre d'Amiens, il apporte Clovis, Tolbiac, Reims, la légion de nos saints, la lévion de nos monastères, l'affranchissement du peuple, Charlemagne,les croisades, saint Louis, Jeanne d'Arc, toutes nos gloires, toute la France.

Cet homme, ce conquérant entra dans notre barbarie les deux mains armées pour la bataille, l'une d'un marteau, l'autre d’un signe de croix, l'une pour démolir, l'autre pour bâtir. Il passait, semant des prodiges sur chaque terre qui portait l'empreinte de ses pas. Quel coin de la terre française n'a vu, une fois ou l'autre, ce grand apôtre thaumaturge, amassant les peuples autour de lui, les entraînant dans l'ouragan de son éloquence populaire ?

Quelle partie du sol gaulois où il n'ait gravé

son nom, ici, Sur une pierre où il s'était assis,

ailleurs, sur un autel élevé par lui, plus loin dans une plaine où sa croix pastorale avait fleuri ? Il n'entre pas dans le cadre de ce discours de raconter ces conquêtes: mais nous pouvons affirmer, l'histoire à la main, que chaque motte de notre sol national devint pour lui une acropole où il trouvait, comme saint Paul, des accents qui n'étaient pas d'un mortel.

Son nom maintenant disparaît un peu dans la brume du passé, mais il a empli l'âme et la vie des premiers Français. Sur son tombeau, les rois et les reines iront en pèlerinage et prêteront leurs serments. Son nom contiendra les colères des princes et garantira les peuples de la tyrannie.

Grégoire de Tours demandait à l'implacable Gontran la grâce de deux leudes félons : Jamais, disait Gontran.— Roi, répondit Grégoire, je suis député par mon maître pour obtenir la grâce de Garascaire et de Bladaste.— Quel est ce maître ? demarda Gontran.—C'est un mort, répondit Grégoire, saint Martin,

À ce nom, Gontran fut vaincu.

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