LES PLAINES DE VOGLADA
Et, appuyé sur sa lance, il invoqua la protection de saint Pierre et de saint Martin; puis, ayant fait un grand signe de croix sur l'armée, il s'écria :
— En avant! compagnons, au nom du Seigneur!
Aussitôt, les trompettes sonnèrent la charge, d'immenses clameurs retentirent, une grêle de flèches obscurcit l'air, la terre se rougit de sang et la mêlée s'engagea entre les Francs et les Goths.
Ghlodovigh, au premier rang, combattait comme un hon et abattait tout autour de lui.
Sa voix éclatante dominait le fracas de la bataille, il invoquait Dieu et animait, en même temps, le courage de ses guerriers.
Tout à coup, il aperçut Alaric, lança son cheval et fondit sur lui la lance en avant.
Mais, bientôt, il laissa sa lance et prit sa redoutable épée.
Un véritable duel était engagé entre les deux rois dont la fureur était égale et qui se portaient des coups également redoutables ce qui prouvait la science des deux guerriers, au combat.
Francs et Goths, obéissant aux lois de la lutte corps à corps faisaient cercle autour des deux rois sans intervenir entre eux.
Leurs casques furent bientôt hors d'état de les protéger et leurs boucliers allaient ne plus les couvrir.
Ghlodovigh, digne des exploits de ses ancêtres, leva alors sa lourde épée et, d'un coup formidable, l'abattant sur Alaric, fit tomber son menton, son épaule et le bras qui tenait son bouclier.
Il s'apprêtait à lui trancher la tête, lorsque deux Goths se jetèrent sur lui à l'improviste pour le percer de leur lance. Ghlodovigh, d'un bond qu'il fit faire à son cheval, évita leur attaque, se retourna contre eux et les mit hors de combat.
Aussitôt, il revint à Alaric et le prenant par les cheveux.
trancha la tête du roi des Goths dont l'armée épouvantée prit la fuite.
Les Francs ne pouvaient suffire au carnage.
Ceux des Goths qui purent échapper s'enfuirent en Espagne avec Amalaric, le fils de leur roi vaincu.
Les trois Aquitaines furent occupées immédiatement par les Francs vainqueurs ; Ghlodovigh envoya son fils Theuderic prendre possession du pays d'Albi, des Ruthenes* et des Arvernes.^
Toutes ces contrées furent soumises jusqu'à la Burgondie et le fameux trésor des Goths, dépouilles opimes de Rome qui avait pillé elle-même l'univers, prit la route de Burdigala^ ou Ghlodovigh alla se reposer sur ses glorieux lauriers.
Ghlodovigh était repassé par Tours et il voulut s'y arrêter afin de témoigner sa reconnaissance au bienheureux saint Martin.
Monté sur son coursier de bataille, vêtu d'une tunique de pourpre brodée d'or, le front ceint du diadème, il savança vers la basilique du saint confesseur, fendant les flots d'une multitude immense qui l'acclamait avec enthousiasme et à laquelle il faisait jeter à poignées des pièces d'argent.
Aux matricularn* de la basilique il dit :
— Je viens offrir à monseigneur saint Martin, mon cheval de guerre, mais je le lui rachèterai au prix de cent solidi d'or.
— Puis il alla prier au tombeau du saint et y déposa de riches présents et, revenu à Vatrium de la basilique, compta cent sohdi d'or qu'il remit aux matricularii pour le rachat de son cheval sur lequel il remonta pour s'éloigner.
(1) Rodez.
(2) Clermont-Ferrand.
(3) Bordeaux.
(4) Trôsoriers.