LA MARGE DE L HISTOIRE
Chlodovigh, chargé de gloire, revint à Lutêce.
Son œuvre était grande déjà par ses importants résultats.
Il avait vaincu les Romains en triomphant de Siagrius, anéanti les Allemani, asservi les Burgondes, chassé les Visigoths et, de sa capitale, il pouvait contempler, par la pensée la vaste réalisation de son royaume.
Mais il n'était point satisfait encore et la sévère histoire, tout en admirant son génie unificateur, devait lui reprocher des ruses indignes de son grand caractère et des usurpations sanglantes.
Ainsi le verso des grandes pages d'histoire ressemble souvent au fond d'un vase précieux oii se dépose la lie écœurante de la politique humaine.
Autour du fondateur de la monarchie française, si merveilleusement aidé par la providence divine, subsistaient encore quelques chefs indépendants.
Tels étaient Sigebert le boiteux à Cologne, Gararic à Therouanne, Ragnacaire à Cambrai et Regnomer chez les Genomanni.
Chlodovigh résolut de s'en défaire successivement et il
employa pour cette œuvre une perfidie farouche et ouverte. Du palais des Thermes, dont il avait fait sa résidence royale à Lutèce, il envoya un messager confidentiel au fils de Sigebert, Ghlodéric, qui lui dit :
— Voici que ton père est avancé en âge et il boite à cause de la blessure de son pied qui ne se guérit pas. S'il venait à mourir, le roi chevelu m'envoie te dire que le royaume t'appartenantde droit, l'amitié deChlodovigh te serait rendue.
Ghlodéric, de ce jour, songea à se défaire de son père par un parricide.
Il en eut bientôt l'occasion ; un jour que Sigebert étant sorti de Cologne avait traversé le Rhin et s'était enfoncé dans la forêt de Buconia, il s'arrêta vers l'heure de midi pour faire la sieste dans sa tente.
Ghlodéric avait soudoyé des assassins qui poignardèrent Sigebert pendant son sommeil.
Le jeune parricide se hâta aussitôt d'envoyer au roi des Francs des ambassadeurs qui lui dirent en son nom :
— Mon père est mort, son royaume et ses biens sont désormais entre mes mains. Envoyez-moi promptement quelques-uns de vos leudes et je leur remettrai parmi les trésors ce qu'ils choisiront pour vous.
Ghlodovigh, aussitôt, dépêcha quelques-uns de ses officiers à Gologne.
Il leur avait donné des instructions secrètes.
Quand ils furent arrivés, Ghlodéric leur montra les trésors du palais et particulièrement un cofîre de fer rempli d'or.
— Voilà le cofire dans lequel mon père entassait son argent, leur dit-il.
— Gombien peut-il contenir? demandèrent les envoyés, vous devriez le vider jusqu'au fond, afin de savoir au juste ce qu'il renferme, car c'est à vous que tout cela appartient, n'est-ce pas?