‹ Le Baptême de la FranceChapitre 4 sur 19 · LA VILLA ÉPISCOPALE · texte numérisé non relu

LA VILLA ÉPISCOPALE

confiées par Dieu lui-même et qui s'arroge sacrilègement un pouvoir usurpé.

j» La crainte que répandit un pareil châtiment fut telle, que Sidonius Apollinaris vit de nouveau le respect de tous entourer son trône pontifical sur lequel il avait été rétabli.

» Cependant, son second ennemi était toujours là, attendant l'occasion de la vengeance qui devait, en même temps satisfaire son ambition impie, car il voulait prendre la place de levêque.

» Sidonius Apollinaris était tombé malade d'une fièvre dont l'intensité était telle qu'elle devait le conduire au tombeau.

» Il le sentit et se fit transporter dans l'église où bientôt il fut entouré par une foule d'hommes, de femmes et d'enfants tout en pleurs, qui disaient dans leur douleur :

r» — Pourquoi nous abandonnez-vous, pasteur bien-aimé? A qui confierez-vous vos enfants orphelins ? Qui saura comme vous, nous dispenser le sel de la sagesse et nous inspirer la crainte du Seigneur ?

" — Ne craignez pas, peuple bien-aimé, répondit alors le saint évêque, les traits éclairés comme dans une extase, voici mon frère Aprunculus qui me survivra et sera votre évêque.

» Il avait à peine achevé de parler qu'il expirait.

« Cependant le rebelle, comme s'il eut déjà été proclamé évêque par le peuple, se mit aussitôt en devoir de prendre possession des biens de l'église.

» — Dieu s'est enfin déclaré, disait cet impie, il a jugé entre Sidonius et moi et proclamé ma cause juste!

r> Il parcourut alors la cité dans un fastueux appareil, convoquant pour le dimanche suivant à un grand festin dans la demeure épiscopale, tous les citoyens.

» Le jour du festin, il se mit orgueilleusement à la place d'honneur. Cependant, l'échanson qui servait à boire, en lui présentant la coupe, lui dit ;

» — Maître, j'ai eu, cette nuit, un songe que je vous demande de me laisser raconter.

» L'usurpateur ne doutant pas que ce ne fut là une manière de le flatter devant tous, s'empressa de lui du'e :

" — Parle et raconte-nous ce songe.

» — Voici, continua l'échanson, il me semblait voir, dans un paiais, un trône sur lequel était assis un noble personnage qui surpassait tous les autres en puissance. Autour de lui se pressaient beaucoup de prêtres vêtus de blanc, et une multitude iimombrable environnait son trône.

» Je contemplais ce tableau lorsque j'aperçus de loin, dominant la fouie, le bienbeureux Sidonius qui accusait juri(^quement votre ami intime que la mort vient de frapper ces jours derniers. Ce dernier fut condamné, et le juge suprême le fit encbainer et jeter au fond d'un sombre cachot.

» Après cela, le bienbeureux Sidonius reprit la parole et vous accusa de complicité avec ce misérable.

» Le juge demanda alors, si, dans l'assistance, quelqu'un se trouvait qui vous connût et se chargeât de vous transmettre une citation à son tribunal.

» Je me cachai aussitôt, tout tremblant, derrière les spectateurs, dans la crainte qu'on ne lui révélât mes relations avec vous, et que le juge ne me chargeât du message pour vous.

» Mon stratagème ne devait pas réussir, car pendant que je m'efforçais de me cacher, soudain la multitude que j'avais vue s'évanouit, et je restai seul en face du juge qui m'appela par mon nom.

* Je m'approchai, tremblant devant l'éclat de sa face auguste et chancelant de frayeur.

» — Ne crains rien, me ditril, mon enfant, mais va dire à cet homme qu'il aura à comparaître au tribunal où Sidonius l'a cité. Quant à toi, si tu n'accomplis pas ta mission, tu

Noble princesse, je ne suis pas un mendiant, mais un ambassadeur d'une grande nouvelle auprès de vous. (P. 32.)

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