LOUIS ULBACH
Paris, janvier 1877.
LE
l'avalanche
Tout le monde sait, ou doit savoir, qu'avant le percement du mont Cenis, la route la plus courte de Paris à Milan était celle du Simplon, tracée de 1801 à 1807 par ordre de Bonaparte.
Le travail parut alors gigantesque. Il coûta environ vingt millions et occupa cinq mille ouvriers; ce n'était pas trop pour iixer sur les Alpes l'empreinte du conquérant.
Il est vrai de dire que le chemin, tracé à si grands frais, impossible en hiver, est souvent impraticable au printemps. La nature n'a besoin que d'une heure de tempête ou de beau soleil pour elïacer la trace de Bonaparte et faire fondre celle d'Annibal. L'avalanche est la dernière raison révolutionnaire de la montagne contre les usurpateurs.
Aussi, quand les premiers rayons de l'été minent lentement les neiges colossales, peu de voyageurs se hasardent-ils dans ces âpres solitudes. Peu de Français surtout tiennent à connaître, dans leur période la plus dramatique, ces spectacles grandioses, mais dangereux ; et si d'aventure quelques touristes audacieux gravissent ces neiges décevantes, sous la perpétuelle menace de l'avalanche, on peut être certain qu'ils appartiennent à la nation de Yall right ou du go ahead.
Ceci soit dit sans intention maligne. Chacun a ses goûts. L'excelsior en est un. La France possède depuis deux ans un club alpin, dans le but de faire une concurrence sérieuse aux chercheurs de catastrophes étrangers.
Par une matinée du mois de mars 18o..., des voyageurs attendaient avec impatience, à l'hôtel de Brieg, le moment où il serait possible, c'est-à-dire moins impossible, de traverser la montagne. Depuis quelques jours la tourmente avait redoublé de fureur; les avalanches s'étaient multipliées; on parlait de quelques écrasements de voyageurs, et la route semblait impraticable.
Nos voyageurs avaient deux excellentes raisons pour ne subir qu'impatiemment ce retard forcé : la première, c'est qu'ils étaient Américains ; la seconde... je dirai la seconde, quand je les présenterai eux-mêmes au lecteur.
A toutes les questions les guides répondaient que les voitures de poste pourraient à peine franchir quelques lieues, et qu'elles se heurteraient aux amoncellements de neige.
— Donnez-nous des traîneaux, disaient les voyageurs.
Ils eussent mieux fait de demander des ailes. Cependant il n'y a pas de logique, surtout dans les auberges, qui résiste à des offres d'argent.
Lps voitures furent tirées de la remise et attelées.
Le patron de Y Hôtel d'Angleterre multiplia les souhaita et les exhortations, et Ton se mit en route.
L'ascension commence à la sortie de Brieg. Le chemin tourne dès lors sur lui-même comme un labyrinthe, tantôt suspendu au-dessus des abîmes, dont l'œil se refuse à mesurer la profondeur, tantôt s'enfonçant à travers les flancs de la montagne, sous des tunnels qui faisaient pâlir d'admiration et font sourire aujourd'hui les ingénieurs.
Cependant tout allait au mieux; les conducteurs entendaient répéter à chaque minute :
— Nous le savions bien! nous l'avions bien dit!
Les conducteurs souriaient de ce sourire équivoque du courage qui a peur ; et ils secouaient la tête.
Avant le premier relais, la route avait disparu sous une couche de neige, très-mince, très-légère, mais suffisante pour faire glisser les chevaux et patiner les roues.
Au relais, péniblement atteint, une nouvelle déception aiguillonna nos voyageurs. La veille, des ouvriers avaient déblayé le chemin pour les traîneaux; mais pendant la nuit des tourbillons de neige avaient comblé la voie. Il fallait recommencer le travail sans l'assurance qu'il ne serait pas inutile et que la neige ne tomberait pas de nouveau.
Des Français auraient bravement ordonné la retraite en riant de leur déconvenue ; nos voyageurs protestèrent et s'entêtèrent.
Ajoutons que quelques milles seulement les séparaient de Domo d'Ossola. Combien fallait-il de temps pour le travail de déblaiement? six heures? dix heures? une nuit? on attendrait. Mais s'il neigeait encore? Bah ! il ne devait pas neiger; il ne neigerait plus.
Ceci bien établi, on s'installa dans la petite auberge pour y passer la nuit, et, l'installation faite, le thé pris, on se mit à admirer le paysage.
En réalité, l'horizon était splendide. Partout au-
dessus des rocs énormes et dans le vague profond des gouffres, la neige se moulait sur les crêtes, sur les moindres saillies, comme un linceul sur un cadavre; puis tournoyant sous le souffle furieux du vent, la poussière d'argent, fine et pressée comme un sable, venait fouetter les visages.
C'était insupportable et délicieux.
A quelques pas de l'auberge, un ravin, dont les murailles à pic semblaient éternellement secouées par le torrent qui bondissait à leur base, ajoutait son horreur pittoresque au charme terrible du décor.
Le matin venu, le ciel, complaisant pour des voyageurs dont le drapeau national est fait d'un pan de ciel semé d'étoiles, s'éclaircit et leur souhaita la bienvenue.
Devant l'auberge, cinq traîneaux furent placés en ligne comme des chars de combat. Ils ne dataient pas d'Annibal,mais ils pouvaient dater de Bonaparte. On en rencontre de pareils dans l'Amérique du Nord; et les Esquimaux en expédient de semblables aux expositions universelles. Pour combattre le froid, on y avait entassé de la paille, des couvertures et des fourrures.
Avec une hâte qui témoignait plus de leur impatience que de leur prudence, les voyageurs s'empressèrent de prendre place, et les guides s'efforcèrent d'égaliser les charges pour les rendre plus légères.
Un des traîneaux était spécialement réservé aux bagages. Il disparaissait sous un amas de malles, de caisses, de coffres de toutes formes et de toutes grandeurs; circonstance expliquée par la nationalité... et la nature de nos personnages.
Le moment est venu de les présenter, et d'avouer que nos voyageurs étaient surtout des voyageuses. Ils appartenaient à la nation américaine, ainsi que je l'ai dit, et à l'exception d'un seul, au sexe qu'on est convenu d'appeler le sexe faible, épithète souvent
LE BARON AMÉRICAIN r>
injuste et que, dans le cas présent, l'événement va démentir.
Saluons tout d'abord une dame d'un âge respectable, mais surtout respecté, dont les grands yeux bruns rappellent une beauté évanouie lentement. Elle se nomme lady Dalrymphe. Elle remplit auprès de ses compagnes les fonctions multiples et variées de chaperon, de courrier, de guide, de philosophe, d'amie, de mentor.
Madame Willougby est une jeune veuve, charmante par d'autres attraits encore que ceux du veuvage. Elle a des cheveux châtain foncé, la peau fraîche, discrètement colorée, un air de bonne santé morale et physique, le visage ouvert, le regard intelligent, le sourire malicieux. Bornons-nous à ces quelques traits ; le caractère de madame Willougby devant se révéler, au cours de ce récit, dans tout son éclat.
Présentons enfin, et sans ménager de surprise, notre héroïne, miss Minnie Fay, sœur de madame Willougby, non moins charmante qu'elle, mais d'une tout autre façon.
Minnie est blonde autant qu'on peut l'être, avec des yeux bleus. Ses cheveux coupés court enveloppent son visage d'une atmosphère mouvante et dorée ; sa bouche, délicatement dessinée, a des lèvres d'un beau rouge. Les lèvres sont un peu épaisses ; mais se plaint-on de la grosseur d'une fleur? et les petites dents blanches qui les mordillent, sans les diminuer, les amincissent au regard.
Minnie est petite, admirablement proportionnée. Sa toilette, ses attitudes, ses moindres gestes ont une élégance et une grâce de petite chatte qui veut jouer et qui ne sait pas si elle égratigne. Sa physionomie est celle de l'innocence épanouie, de la naïveté saine. Ses yeux de pervenche ont, par instants, une rosée qui les voile mélancoliquement et les rend plus doux encore. Ils ont en même temps une façon de regarder, à la fois enfantine et assurée, qui surprend, qui trouble,
g i;e baron américain
sans qu'on puisse accuser Minnie d'être coquette.
Interrogez les amis et même les amies ; ils vous répondront unanimement : « Minnie est une enfant ! » un baby ! » C'est ainsi qu'on la traite et qu'on la nomme ; elle a les caprices, dit-on, les mignardises d'un baby; on a l'air de lui reprocher de n'être pas une demoiselle ; mais on l'adule, on la gâte, on la sucre, comme si elle sortait du berceau, et on la maintient baby, en dépit de tout. Aussi a-t-elle les bouderies sans cause, les taquineries sans pitié, les larmes sans douleur, les rires sans méchanceté du baby.
Cependant Minnie a dix-huit ans; c'est la vieillesse, au moins l'âge mûr pour un baby.
Les deux sœurs sont les nièces de la douairière ladv
Dalrymphe.
Présentons encore leur cousine, miss Ethel Orne. Celle-là, brune, à la physionomie accentuée, montre la dignité dont Minnie se soucie fort peu. Elle a fait son entrée dans le monde; elle a brillé à Londres pendant toute une saison. Il n'eût tenu qu'à elle d'être iiancée, mariée; mais, sans dédaigner aucun hommage, elle n'en a encouragé aucun; elle les a respires, a souri de leur parfum ou de leur fadeur et a continué son chemin.
Telle était, avec quatre femmes de chambre et un étranger dont nous allons parler, la petite troupe qui affrontait les rigueurs de l'hiver, sous la direction et le contrôle de son chaperon, de son guide, de son amie, de son mentor, la douairière lady Dalrymphe.
Quant à l'étranger, c'était un Italien. Il est décrit, dépeint, par ce mot. On n'attend pas que j'affirme qu'il a les yeux noirs, brillants, et les cheveux lustrés. Quoique de petite taille, il paraît doué d'une force singulière. Il était arrivé seul à Brieg et s'était joint aux voyageuses, sans chercher d'ailleurs à entrer en relation avec elles. Il n'avait pas eu même l'occasion de décliner son nom.
La présentation faite, suivons les traîneaux qui font grincer la neige. On avait ouvert une tranchée large de six pieds. Le froid avait diminué ; la neige, perdant de sa consistance, cédait sous les pieds des chevaux qui marchaient avec peine. Le voyage n'était pas sans danger.
Parfois, on entendait, dans le lointain, un bruit sourd semblable à une explosion souterraine, puis on distinguait vaguement dans l'espace gris une masse qui roulait, volait et allait se perdre dans des abîmes inconnus , avec un retentissement lourd. Il fallut plusieurs fois arrêter les traîneaux et laisser les guides déblayer le passage.
Minnie avait commencé par pousser, à chaque accident, des petits cris aigus de baby ; puis, peu à peu, elle avait repris confiance ; et maintenant, insouciante et oublieuse du péril, elle saluait chaque effondrement de neige d'un éclat de rire et d'un battement de mains de baby.
Elle s'amusait si bien, qu'après un temps d'arrêt, elle exigea qu'on lui laissât prendre la tête du cortège.
Mentor Dalrymphe essaya quelques objections ; mais Minnie bouda et fut près de pleurer.
Le moyen de lui résister? Les larmes eussent fait des stalactites. Minnie obtint gain de cause et s'installa fièrement dans le premier traîneau, seule avec le conducteur.
Dans le second se trouvaient madame Willougby et miss Ethel ; la douairière et sa femme de chambre venaient ensuite. Dans le quatrième étaient les trois autres servantes. L'étranger venait seul devant le dernier traîneau; celui des bagages fermait la caravane.
Les voyageurs pénétraient dans la gorge de Gïrdan, étroit vallon encaissé entre deux murailles énormes qui semblent penchées pour se réunir, et ne laissent apercevoir sur les têtes, bien haut, qu'une mince bande de ciel. La route suspendue au liane de la roche
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noirâtresurplombe au-dessus d'un torrent furieux, qui, rompu par les pierres, se tord, écume, tourbillonne en cascades.
Les traîneaux glissaient rapidement, au galop des chevaux que la pente entraînait; tout le monde gardait le silence et jetait un regard d'admiration effrayée à ces précipices, au fond desquels le torrent courait comme un serpent livide.
Hîinnie elle-même, rêveuse, s'était tue. La nature avait vaincu et forcé au respect ce victorieux baby, enveloppé dans ses fourrures; la jeune fille baissait la tête et fermait à demi les yeux. Les pervenches eussent gelé dans ce désert.
Tout à coup un bruit étrange, effrayant, une voix de géant s'éleva, et parut monter de l'abîme : c'était l'écho qui hurlait la gueule ouverte, au monstre invisible sur les hauteurs.
Toutes les poitrines se serrèrent dans une angoisse inexprimable.
Où était le danger ? d'où venait-il? Nul ne le savait; seulement il était là, il approchait; on attendait l'avalanche.
Le premier conducteur, celui du traîneau de Minnie, jette un cri, se dresse sur ses pieds, les bras levés vers le ciel et se tournant vers ceux qui le suivent leur adresse des signes désespérés. La caravane s'arrête, mais lui, ne peut reculer...
Il enveloppe le cheval d'un coup de fouet qui lance l'animal à fond de train ; mais la neige s'abat... la masse pressentie s'écroule, irrésistible, formidable... le bloc s'effondre... tout disparaît; et, quand la nuée blanche se dissipe, le traîneau n'est plus là...
A-t-il été écrasé ou entraîné?
Deux cris avaient percé l'épouvantable fracas, le cri affolé du conducteur, le cri de Minnie, plaintif, aigu, comme celui d'un baby qui verrait et qui comprendrait la mort. Puis, plus rien: le silence écrasa ce tumulte.
Ce qui restait de la masse de neige, après avoir un moment oscillé, s'était précipité dans l'abîme...
Tous, haletants, paralysés, restaient immobiles sur le bord du gouffre où s'était engloutie l'avalanche.
La pente à pic n'était plus qu'un miroir de glace, tombant à angle droit à une profondeur de plus de cent pieds.
Pauvre Minnie! pauvre conducteur, que le caprice de baby avait mis à l'avant-poste !
Il fallait agir sans savoir ce qu'on trouverait au bout de ses efforts. Il était certain maintenant que le traîneau avait roulé dans le précipice. Chaque minute qui s'écoulait était comme l'amoncellement d'un bloc sur le petit corps de Minnie.
Ethel, qui s'était penchée plus que les autres, poussa un cri, tandis que de sa main tendue elle désignait le fond du gouffre.
Sur la neige étincelante on voyait un point noir : c'était le traîneau, le traîneau vide. Où était Minnie? où était le conducteur? Est-ce que déjà le torrent avait pris sa proie? est-ce que les rochers avaient retenu et déchiré au passage les corps des deux victimes?
— Mille livres à qui sauvera Minnie? dit miss Ethel en anglais.
Elle s'était tournée vers les conducteurs; aucun d'eux ne comprenait l'anglais. Elle devina et montra sa bourse pleine d'or. Mais les montagnards connaissaient trop la montagne. Pâles, ils tournaient la tête et d'un geste désignaient le précipice, sans répondre.
— Laisserez-vous donc mourir ma pauvre Minnie? cria-t-elle, en se tordant les mains. Vous! des hommes ! Eh bien, c'est moi qui la sauverai.
Sans hésiter, elle s'élança hors du traîneau et bondit vers le gouffre.
— Miss! dit une voix derrière elle, tandis qu'une main se posait sur son bras,
Elle se retourna. C'était l'étranger, debout, le chapeau à la main ; il reprit :
— Je vous demande pardon, miss, c'est moi qui descendrai.
— Oh! monsieur, sauvez-la, sauvez-la!
— Du calme, continua le jeune homme. Je vous jure de tenter l'impossible.
Froidement il se tourna vers les conducteurs et leur donna, dans leur langue, des ordres précis et rapides.
Sur chaque traîneau, en prévision d'accidents, pareils ou analogues, se trouvait un rouleau de fortes cordes. Le jeune homme en saisit une, la roula autour de son corps, puis s'étant assuré qu'elle était fortement serrée il adressa à Ethel un nouveau salut, et dit aux guides:
— Je suis prêt!
C'était une entreprise si hardie qu'elle semblait folle. Et encore si l'espérance du succès avait été possible !
L'étranger se laissa glisser avec précaution sur la crête de l'abîme, suspendu à la corde qui se tendait et que les conducteurs arc-boutés en arrière retenaient de toutes leurs forces. Il descendait lentement, s'accrochant à la roche et aux saxifrages qui tapissaient çà et là les flancs du gouffre.
La pente devint moins rapide ; mais le danger ne diminuait pas. La neige cédait sous les pas du hardi sauveteur, qui, sans s'arrêter, allait toujours en avant. Parfois il enfonçait jusqu'aux genoux, parfois, dans cet amoncellement de neige, il disparaissait presque tout entier. Mais d'un effort vigoureux, il se redressait et se remettait en marche.
Sur la route, tous silencieux, retenant leur souffle, le suivaient des yeux. L'anxiété était horrible. On entendait dans le lointain le bruit des masses qui s'effondraient . Si Tune d'elles, suivant la route déjà prise par l'avalanche, allait rejoindre celle-ci au fond de l'abîme, en
balayant au passage l'hoaune tjui se dévouait
L'étranger avait atteint le premier fond du ravin, mais il devait gagner la déchirure qui s'ouvrait dans ce fond même. Il fit un signe; on dut attacher un second rouleau de cordes à l'extrémité du premier, puis la descente ou plutôt le sondage recommença.
On vit le voyageur courir sur la neige, trébucher, tomber, se relever avec une incroyable énergie; un cri s'échappa de toutes les poitrines, cri de joie, de prière , d'angoisse. L'étranger venait d'atteindre le précipice où Minnie avait disparu. Quel douloureux spectacle allaient révéler ces abîmes insondés?
L'étranger se pencha, s'agenouilla au bord, puis se releva, agita son chapeau, détacha la corde qui ceignait ses reins, et adressa aux guides des signaux que ceux-ci parurent comprendre. Aussitôt ils se mirent à dételer le cheval d'un des traîneaux, ramenèrent l'extrémité de la corde sur la route, l'attachèrent au traîneau libre, et poussèrent doucement ce ui-ci sur la pente du gouffre, comme ils avaient fa t pour le voyageur. Un instant suspendu dans le vide, le traîneau descendit lentement. Le voyageur qui l'attendait disparut quelques secondes, puis, le prodige, le miracle, le dénoùment féerique apparut ; on distingua le capulet rouge et la figure mutine de Minnie.
C'était elle, Minnie, le baby adoré, elle, vivante, sans blessure. L'étranger la soutenait à peine pour sortir du précipice ouvert dans le ravin. Elle escalada les dernières pierres toute seule, battit des mains, quand elle fut hors de la tombe, arriva au traîneau et s'y blottit, en s'enveloppant de sa couverture.
Le jeune étranger fit un nouveau signe. La manœuvre commença en sens inverse ; les guides firent remonter lentement le traîneau; l'ascension avait ses dangers, mais maintenant tous les bras, tous les cœurs, tendus vers Minnie, semblaient l'attirer, la retenir et l'empêcher de retomber en arrière,
Enfin la voilà; elle atteint le bord, tombe dans les bras qui se la disputent, éclate de rire avec des sanglots, pâlit, ferme les yeux, chancelle et s'évanouit...
Quant au conducteur qui était tombé avec Minnie, je crois pouvoir assurer qu'il fut sauvé également. L'abîme ne garda que le cadavre du cheval et les débris du traîneau.