COUP DE FOUDRE
Revenons à Scone Dacres.
Il avait été frappé, bousculé, meurtri, et tout autre se fût trouvé assommé, quand il était tombé aux mains des bandits. Écorché, saignant et garrotté, on l'avait jeté dans un coin de la chambre que j'ai désignée, et, après quelques bourrades complémentaires, on Pavait laissé à ses méditations.
Scone Dacres entrait en fureur plus vite qu'en méditation. Les premières minutes furent dépensées en grondements, en cris de rage, en injures ; sans compter que tout robuste qu'il était, il ne pouvait pas rester absolument insensible aux effets de sa chair meurtrie, de ses poignets comprimés, de ses membres endoloris et qu'il croyait brisés.
Quand une lueur autre que la rouge lumière de sa souffrance physique pénétra dan» son cerveau, il pensa à sa femme, et, tout naturellement, subissant l'influence du milieu dans lequel il se tordait, il ne put que maudire celle-ci, à qui il attribuait tous ses malheurs.
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des alternatives de doute .»«£?£ c'est-à-dire dans ber dans son implacab le convie ton , elle
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et poussait des hurlements étouffés. fl LPe bruit d'une ^^ZuZnZ^Ls oreilles
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équivoques de désespoir?
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Était-ce donc bien là la traîtresse qui avait comploté la mort de son mari? la criminelle qui avait tout sacrifié à son infâme passion? Mais non, ce n'était pas elle, ce ne pouvait être elle, dans cette douleur si touchante, si sincère. Le pauvre Dacres la contemplait, sentant peu à peu s'éteindre ses colères et s'envoler les pensées farouches qui donnaient de si violents coups d'ailes à son cerveau...
Le comte se retira et la chambre fut de nouveau plongée dans l'obscurité. Madame Willougby était restée. Scone l'entendit sangloter, et la voix indiquait que la malheureuse était affaissée, tombée sur le plancher.
C'était un supplice étrange pour Dacres que de sentir près de lui celle qu'il n'osait plus maudire et qu'il redoutait d'appeler. Il ne la voyait pas; mais il l'évoquait dans le foyer de lumière allumé Tout k coup au fond de son cœur, et il la trouvait plus jolie, plus charmante qu'au jour de leur première rencontre- Elle riait alors, et maintenant elle pleurait ; mais elle était plus séduisante encore par ses larmes qu'elle ne l'avait été autrefois par ses rires ! Cet audacieux, cet intrépide, cet homme qui ne craignait rien, écoutait, timide, désolé, ce sanglot entrecoupant le silence, et se commandait de parler à sa femme, sans trouver en lui-même la force de s'obéir.
Peu à peu, la recluse se calma ; le silence se lit. Dacres osa moins encore parler ; on n'entendait plus, dans la maison, que le pas des brigands veillant au rez-de-chaussée, que leurs chuchotements.
Dacres s'imaginait que s'il se résignait à prononcer un mot de reproche ou d'amour, toute la prison retentirait de cette protestation ou de ce pardon ; et, maintenant, il en venait à souhaiter du tumulte pour avoir le courage de glisser quelques paroles qu'elle n'entendrait pas, dont il n'aurait pas conscience, mais qui le soulageraient.
Ce fut à ce moment que le coup de pistolet tiré Lnten-
tionnellement sur Hawbury retentit dans la nuit. Kitty se leva, poussa un cri, s'élança vers la chambre de sa sœur. Nous savons que Girasole se trouva là pour la refouler en la rassurant ou en l'intimidant.
Kitty se mit à genoux et pria.
Qu'était-ce donc que cette prière, si elle ne partait pas d'une âme pure? Dacres pouvait-il encore douter, quand sa femme priait, demandant à Dieu de la sauver et de sauver Minnie des mains du méchant? C'était lui qu'il devait accuser, lui, le mari obstiné dans son erreur, qui n'avait rien compris et qui s'avisait si tard de s'incliner, de se prosterner en imagination, puisqu'il ne pouvait le faire en réalité, devant la plus tendre, la plus repentante, la plus pieuse des femmes !
L'émotion de Dacres devint telle, qu'elle entraîna les dernières résistances de son orgueil ; et, d'une voix contenue, suppliante :
— Oh ! Aréthuse ! murmura-t-il.
Au son de cette voix, qui faisait pourtant de son mieux pour être douce, madame Willougby, épouvantée, s'était subitement redressée. Elle avait déjà oublié que cette pièce était habitée. Elle trembla, mais ne répondit pas.
— Aréthuse! répéta Dacres.
— Pauvre homme ! pensa madame Willougby, subitement compatissante, il rêve!
— Aréthuse! dit encore une fois Dacres, plus nettement; ne vous éloignez pas; je suis calme maintenant, très-calme. Approchez, je vous en prie!
— Est-ce à moi qu'il parle? se demanda la sœur de Minnie. En vérité, il ne rêve pas.
Dacres affermissait de plus en plus son courage et sa voix.
— Aréthuse! reprit-il sans se décourager; voulezvous répondre à une seule question?
Madame Willougby hésitait. Elle n'était pas certaine que son compagnon ne fût pas sous l'obsession du
délire. Il valait peut-être mieux ne pas le surexciter. Mais pourquoi l'appelait-il Aréthuse?
Elle se pencha de son côté, et répondit à voix basse :
— Quelle question?
Dacres fut effrayé d'avoir à la formuler. Elle brûlait ses lèvres et lui paraissait une injure terrible à adresser à celle qui avait si bien prié. Pendant qu'il hésitait et qu'il réfléchissait, Kitty se disait qu'il était sans doute retombé dans son rêve et dans sa folie.
Mais Dacres, après avoir tourné, retourné, pesé, soupesé dans son esprit la formule la moins blessante et la plus parlementaire, dit enfin :
— Aréthuse, oui ou non, aimez-vous cet Italien?
— Qui? ce Girasole?
— Oui.
— Moi, aimer cet homme?..
Kitty pensa que la folie de son compagnon consistait à invoquer des ennemis du comte. Cette folie n'était-elle pas bien excusable de la part d'un captif, d'une victime de Girasole? Après tout, il s'était si bien battu, qu'il avait peut-être reçu quelque blessure à la tête.
— L'aimez- vous? reprit Dacres d'une voix suppliante. Je vous en conjure, répondez, répondez!
— Non, je le déteste, proféra solennellement madame Willougby, qui voulut, par compassion, bien jouer son rôle dans ce drame de folie.
— Bien vrai?
— Bien vrai; je le déteste plus que tout homme au monde.
— Vous le jurez?
— Je le jure!
En réalité, madame Willougby ne se parjurait pas. Elle satisfaisait sa haine, eu même temps que la folie de son compagnon.
Dacres poussa un cri de joie.
— Dites-moi, ajouta-t-il d'une voix qui tremblait, vous ne l'avez jamais aimé?
— Jamais, il m'a toujours déplu. Je l'ai toujours détesté. Il y avait sur son visage une expression de ruse, d'hypocrisie qui ne m'a jamais trompée.
— Oh! que le ciel vous bénisse pour vos paroles, s'écria Dacres avec une telle ferveur d'enthousiasme, que madame Willougby se recula alarmée de nouveau, et, sans trop se rendre compte de ce qu'elle disait, elle ajouta :
— C'était Minnie, vous savez! C'était Minnie qu'il aimait !
— Qui? Minnie Fay ?
— Certainement, je n'ai jamais eu à me détendre de son hideux hommage.
— Ah! brute, idiot, fou que je suis, dit Scone Dacres d'une voix plaintive. Je vous ai épouvantablement calomniée. Me pardonnerez-vous jamais ? Vous ne le pourriez pas. Diles, le pourriez-vous?
Kitty, toute compatissante qu'elle fut pour les incohérences d'un fou, trouvait que celles-ci dépassaient la mesure. Elle était presque tentée d'appeler.
Dacres suivait le torrent de son repentir.
— Est-il possible d'être aussi aveugle, aussi stupide que je l'ai été ! Ah ! comme vous êtes changée ! Vous êtes si charmante maintenant! Quelle tendresse dans votre regard, quelle grâce dans votre physionomie! Si vous saviez depuis combien de temps je vous épie sans être vu par vous! Comme je cherchais, comme je trouvais le ciel dans vos yeux ! Je ne pourrais chasser votre image de mes rêves... Je ne vous ai jamais oubliée, non ! et vous m'êtes plus chère, plus adorée que jamais!
11 y a des mots dont la musique est toujours harmonieuse, qu'ils soient prononcés par un fou ou par un homme en possession de toute sa raison. D'ailleurs, n'est-il pas naturel qu'un peu de folie se mêle au paroxysme de l'affection humaine?
Kitty était donc involontairement remuée par ces étranges protestations, mais elle se raidissait bien vite contre le vertige. Oui, c'était là le langage d'un fou, mais s'il était séduisant, il pouvait être dangereux. Elle se souvenait maintenant de l'avoir vu souvent apparaître triste, jetant sur elle des regards désolés. De quoi ne serait-il pas capable, si elle ne parvenait pas à le calmer.
— Pardonnez-moi, par grâce, pardonnez-moi, répétait toujours le pauvre Scone Dacres.
— Je vous pardonne de tout mon cœur, dit Kitty; mais ne vous mettez plus dans cet état.
Elle pensait au fond du cœur : « En somme, s'il a le délire, c'est à cause des mauvais traitements qu'il a subis, et c'est pour nous... c'est pour moi qu'il a risqué sa vie. Je dois à mon tour m'exposer pour lui. Si on le détachait, peut-être deviendrait-il plus calme. »
— Voulez-vous que je vous aide à briser vos liens? lui dit-elle doucement, en se rapprochant de lui.
— Non, non... pas avant que vous ne m'ayez répété que vous me pardonnez !
— Mais, je vous l'ai déjà dit : je n'ai rien de bien grave à vous pardonner,
— Ah! que Dieu vous bénisse dans l'éternité pour cette bonne parole! s'écria Dacres.
— Voyons, dit-elle, en lui parlant avec câlinerie, comme aux enfants mutins que Ton veut calmer, ditesmoi comment vous êtes attaché; peut-être pourrai-je vous soulager.
Dacres sentait sa robe le toucher ; il entendait sa voix basse, caressante, tout près, comme si ses lèvres eussent effleuré son visage.
Il se souciait bien de sa liberté, maintenant! Il était heureux, il eût voulu rester ainsi, sous le souffle de cette bouche adorée, pendant des heures, des jours, des mois, des années, des siècles, l'éternité!
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Elle ne réfléchissait plus, la piUe serapj ,0cXl^é.aiI .à, gisant, i*»fcj «*J5*
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V°!! RépSlz encore à une q^'^ ^ re Kitty eut un frisson; est-ce que le delue allait
commencer? .
— Non, non!.. Songez a fuir!
La voix de Dacres tremblait. .our(rhui ou
Tl faut aue ie sache tout, cht-n... dujuuiu jamais J'ai tant souffert! Est-il vrai ,u'autrefo,s vous
"LlusTlbsolumen. fou! pensa la pauvre femme,
elle lui répondit :
— Je ne vous ai jamais nai.
— Alors, vous pouvez éprouver encore pour moi les sentiments que vous m'avez montrés au début.
— Certainement, balbutia Ritty, qui ne comprenait rien à cet hébreu.
Dacres lui prit les mains et les couvrit de baisers.
— Chère! chère! adorable femme! je vous adore, vous m'aimerez!
La position devenait terrible. A quelles extrémités pouvait se porter ce fou furieux? Lui résister, n'étaitce pas l'exaspérer? Mais lui céder, n'était-ce pas s'exposer encore davantage?
— Vous m'aimez, n'est-ce pas?
Dacres l'avait saisie dans ses bras et elle sentait les larmes du malheureux tomber sur ses joues à elle.
— Aréthuse! chère Aréthuse! s'écria Dacres.
— Mais, monsieur, dit la pauvre femme, vous vous trompez !
— Je me trompe?.. Non, chère Aréthuse, Aréthuse adorée !
— Mais, monsieur, je ne suis pas Aréthuse; je ne me suis jamais appelée Aréthuse !
— Hein? s'écria Dacres.
— Je vous dis que je ne m'appelle pas Aréthuse!
— Vous n'êtes pas Aréthuse? Mensonge! folie!
— Je suis Kitty, Kitty Fay; Kitty et non Aréthuse.
— Kitty!
Dacres bondit d'un tel élan, qu'il fit trembler le plancher.
A ce moment, des coups de feu éclatèrent. D'autres leur répondirent.
Mais la foudre tombant dans la chambre eût frappé Dacres d'une façon moins épouvantable que ce nom de Ritty retentissant à son oreille.