‹ Le baron américainChapitre 9 sur 36 · DEUX AMIS QUI NE S ENTENDENT PLUS · texte numérisé non relu

DEUX AMIS QUI NE S ENTENDENT PLUS

Hawbury s'était immolé une douzaine de ibis sur l'autel de l'amitié. Il s'était sacrifié avec toute l'abnégation d'un Pylade d'Opéra, et, pour complaire à Dacres-Oreste, il s'était consciencieusement assommé.

Le mot était de lui.

Prenait- il goût à son martyre ? le fanatisme de l'amitié le lui laisait-il endurer avec joie? C'est ce qu'il serait téméraire, ou du moins prématuré, de décider. Ce qui est incontestable, c'est que son immolation volontaire était entrée dans le cercle de ses habitudes, et qu'il se dévouait avec la même ponctualité qu'il mettait à allumer un nouveau cigare, quand le premier était éteint.

Un jour, en rentrant chez lui, après une de ces visites habituelles et héroïques, il trouva Dacres qui s'était installé, comme de coutume, dans son domicile:

— Eh bien, mon vieux camarade, lui dit-il d'un ton cordial, de quel côté vient le vent, ce matin? Sont-ce les glaces du pôle ou les ardeurs du tropique

que tu as à m'offrir ? Tiens, voilà un excellent cigare • ouvre ton cœur et fais-moi tes confidences.

Dacres prit le cigare, regarda Hawbury/puis brusquement: r

— Es-tu de première force en jurisprudence? lui demanda-t-il.

Hawbury le regarda avec un étonnement qui peignait un effroi naïf. F

— A propos de quoi me fais-tu cette question saugrenue? n

— Réponds ! connais-tu bien les lois ?

— Peuh ! comme on connaît des gens qu'on rencontre mais qu'on ne salue pas, faute de leur avoir ete présenté. Mais quelle idée as-tu ? qu'as-tu à démêler avec la loi?

— II y a un point sur lequel je désirerais des renseignements.

— Va chez un avocat... un jurisconsulte de profession... il te renseignera exactement sur la loi et sur la manière de ne pas la suivre.

— Chez un Italien ? ce serait inutile.

— On peut rencontrer des lawyers anglais, par-ci par-là; je te parie qu'il y en a une vingtaine autour de cette maison !

— Oui, mais je ne veux pas d'ennui, de consultation interminable. Je veux tout simplement une opinion nette, carrée, de n'importe qui...

— Alors je puis être ce n'importe qui. Quel est le point qui te tracasse ?

Dacres hésita un instant :

— Eh bien, dis-moi, reprit-il vivement, tu as entendu parler des outlaws * ?

— Parbleu ! j'ai été bercé avec l'histoire de Robin des Bois et de ses francs compagnons, de la forêt de Sherwood, de Lincoln Green, de toutes ces aventures...

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