ANGÉLIQUE, LISETTE
Lisette.
i HiLipiN m'attendoit par l'ordre de son maître. Ici dans un moment vous l'allei voir paroître > L'avis lui sera doux.
Angélique.
Lisette , en vérité , Ce que tu me fais faire est bien précipité. Permettre qu'en secret un galant m'entretienne!
Voulez-vous que je coure empêcher qu'il ne vienne ?
Non; mais n'est-ce point trop....
Lisette.
Voilà bien des façons !
Eh ! mon Dieu , hardiment prenez de mes leçons , Vous m'en lemcrcîrez quelque jour.
Angélique.
Mais, LisettQ,
COMÉDIE. }j
J'accorde une faveur peut-être en indiscrctte; Et si de moi par elle (Jrontc veut juger....
Quoi ! la tante aura droit de nous faire enrager. Et vous craindrez..,.
Angélique.
Je crains d'afFoiblir son estime,
Lisette.
Un entretien secret n'est pas un si grand crime ; Et d'un joug trop pressant pour fuir les durs apprêts Il n'y faut pas toujours regarder de si près. Povir moi , de tous les maux où l'on s'impatiente Je n'en crois point d'affreux comme le mal de tante } 11 suffoque, et jamais un moment de repos....
Angélique.
Toutes n'agissent pas du même air, Lisette.
En deux mots, La vôtre est une Torque , une Arabe , et le diable N'en fourniroit qu'à peine encore une semblable. Elle ne peut souffrir que vous leviez les yeux : Il faut qu'on soit pour elle, obligeant , gracieux, Qu'on loue à tous momcns les beautés qu'elic acheté.
Angélique.
Wais si, nous soupçonnant d'une intrigue secrette BUc nous découvroit , tout seroit lors perdu.
Lisette.
Elle attend ce Baron , si long-tems attendu. Ds miroir en miroir se façonnant la bouciie
'^6 L£ BARON D'ALBIKRAC,
tlle ôte , et puis remet dix fois la même mouche. Dans ce soin d'agidmcns songera- t-elle à vous?
ANGllLiqUE.
Ainsi , c'est tout de bon qu'il lui vient un ^poux. Est-il assez, bien fait pour lui plaire ?
Lisette.
Peut-être
En ai-je un peu plus dit qu'on n'en verra paroîrrc S Mais sur sa bonne mine il faut nous récrier. Dans la démangeaison de se remarier Elle nous en croira.
Angélique.
Mais l'affaire étant faite , Comme alors elle aura tout ce qu'elle souhaite , Ce rende2-vous secret à quoi bon r.iccorder î Oronte ouvertement pourra me demander.
Lisette.
Oui; mais d'où pouvez-vous tirer un sûr indice Que pour ses durs appas le Baron s'attendrisse? Qu'il veuille d'elle après qu'il en aura goûté ? Servons-nous «ie ce tems pour plus de sûreté. Par quelques entretiens éprouvez-vous l'un l'autre. Voyez si son humeur se rapporte à la vôtre , Si touiours elle aura pour vous mêmes appas. Eà , l'aimez-vous un peu ?
Angélique.
Je ne m'y connois pas; Mais tantôt prêt d'entrer , le voyant dans la rue , De ma chambre ici bas je suis vue accourue, Et j'eusse eu grand dépit qu'on m'eût voulu chasser,
Lisette,
Lisette.
Continuez , ceci n'est point mal commencer.
Angélique.
D'ailleurs, quand en le nomme, ou qu'il nous tend
visite ,
Certain je ne sais quoi fait que mon cœur palpite.
J'aime à le regarder , et, soupirant tout bas ,
J'ai des troubles d'esprit que je ne comprends pas.
Sitôt qu'il est parti je rêve. Quand on aime
Est-ce-là comme on est , tisétte ?
Lisette.
Tout de même.