SCENE III
ORONTE,ANGÉLIQU
jNEiN mon heureux sort , après tnnt de contraintes > De mes tristes langueurs soulage les atteintes , Et , sans 2tre gêné par des regards jaloux , Je puis vous dire ici ce que je sens pour vous. Mais que sert que ma bouche à l'expliquer s'emploie ? Pour vous marquer ma flamme il suffît de ma joie ; Et quand l'occasion rend le tems précieux Il faut dans ce moment laisser parler les yeux. C'est là que sans réserve , en voyant ce qu'on aim» , Tout le secret du coeur se produit de lui-même ,
Et qui prend part au feu qui le fait c'clater N'a besoin que de voir, et non pas d'écouter.
Angéliqui, J'ai trop peu de clartés pour pouvoir bien comprendre Ce que de vos secrets je dois vouloir apprendre ; Mais je sais qu'un motif, que je crois généreux , M'oblige à souhaiter que vous soyiez heureux , Qu'à vous combler de gloire à l'envi tout conspire.
Ce souhait est beaucoup ; mais , si j'ose le dire , Dans ce que vos appas ont pour moi d'engageant. S'il n'est que généreux , il n'est point obUgeant. A moins qu'il soit l'efFet d'une estime empressée, D'un tendre mouvement où vous soyiei forcée , D'une inquiète ardeur....
Angéliqus.
Ah ! que vous me gêneî !
J'ai bien peur de savoir ce que vous m'apprenez ! Ne l'examinons point , et quoi qu'il en puisse stre....
Cra'gnez-vous de m'aimer ?
ANGÉLIQUE
Je le fais mal paroître; Mais au moins je devrois , malgré vos voeux soumis , Craindre de vous aimer plus qu'il ne m'est permis.
Hélas; le pouvez-vous quand' ma flamme est extrême. Et que l'amour n'a point d'autre prix que lui-même ? Non , quoi que vous fassiez, pour vaincre le souci...
Dij
N'est-ce point ddja trop que vous souffiir ici ? J'en rougis , et s'il faut que ma tante soupçonne....
A ce scrupule en vain votre esprit s'abandonne. Lisette y met bon ordre, et seconde mon feu; 11 s'agit seulement d'obtenir votre aveu. Me l'accorderez-vous ?
Angélique.
Ce qu'ici je hasarde Ne vous répond que trop de ce qui me regarde ; Mais songez que les loix d'un rigoureux devoir Me forcent d'une tante à craindre le pouvoir , Que mon père en mourant me mit sous sa conduite , Que par quelque intérêt elle m'aime à sa suite Et qu'avant que pour moi vous puissiez rien oser Il faut qu'elle ait trouvé qui la veuille épouser. 11 s'ofFre , m'a-t-on dit , un Baron d'importance. Si l'affaire se fait.,..
Vivons en espérance.
Quelque obstacle qui tienne un esprit alarmé , l'our vaincre tout , Madame , il suffit d'être aimé.
Angélique.
J'aurois peut-être dû m'en tenir à l'estime; Mais puisque vous brûlez d'un feu si légitime , Que depuis si long-tems que vous le contraigne!, l-'amour est tel en vous que vous me le peignez, le ne me défends plus....
COMÉDIE. 4t