LA TANTE, ANGÉLIQUE, ORONTE
La Tante, à Angélique, après avoir écoute' les trois derniers vers.
(A peinture est jolie !
Le rouge vous sied bien , vous êtes embellie ! L'appétit au besoin vous viendroit en parlant. Vraiment , j'ensuis d'avis , il vous faut un galant !
Angélique.
Moi, ma tante ?
La Tante.
Voyez la petite effrontée !
Je ne vous ai donc pas tout-à-l'heure écoutée , Quand sur ce bel amour qui ie faisoit agir?,,,.
Or o N T E.
Madame.
La Tante.
Allez, Monsieur, vous devriez rougir!
Et du moins ce n'est pas à d'honnêtes familles Qu'on se doit adresser pour corrompre des filles.
L'hymen étant le but qui m'a fait la prier D'entendre....
D ii|
I, A Tante.
Il n'est ici personne à marier....
( A Angélique. ) Parler d'amour chez moi ! Vous êtes fort mignonuc I
Angélique.
Ke croyez pas....
La Tante.
Comptez , je vous la garde bonne 1 Et si,...
Angélique, à Oronte.
Vcne?. encore emprunter mon secours.
J'ai bien affaire, moi, de vos sottes amours.
La Tante.
Quoi ! que veut-elle dire ?
Angélique.
. Eh ! bien , il me faut taire ; Cela ne serviroit qu'à vous mettre en colère; Mais si jamais il vient me demander appui....
LA Tante.
Comment ? est-ce qu'il veut que vous parliez pour lui ?
Oronte, ias , à Angélique.
Qd'allcz-vous dire ?
Angélique, haut.
Tout , et devant tout le monde.
Voyez , il faut pour vous , Monsieur , que l'on me
S;ionde.
Je vous l'avois bien dit , renvoyant vos amours > Que ma tante vouloir rester veuve toujours. Elle en 2 fait bon vœu.
C'est mon dcsse?n , sans doi:tc , Et qui parle d'amour , Dieu sait si je l'dcoate i Je n'en veux point.
Madame , il n'y faut plus penser; Et puisque je connois que c'est vous offenser....
La Tante.
Laissez. Par le récit que je veux qu'elle fasse J'aurai lieu de juger s'il faut vous fa-rc grâce. Ce doit être sa peine après ce qu'elle a fait.
Vous haïssez la cAusc , épargnez- vous l'effet?
Angélique, d la tante.
Oyez donc.
O R o N T E , has j à Angélique.
L'embarras où vous nous allez mettre..,. Angélique, a la tante.
Mais quand vous aurez su ce qu'il m'a fait promettre , Contre moi, tout d'un coup, je crains bien de vous voir.
Oronte, à la tante.
Ah ! ne l'apprenez point.
La Tante.
Kon : je veux tout savoir.
{ A Angélique. )
Pourquoi seule avec lui?
Angéliqu e.
C'est qu'il m'a rencontrée j
Et qu'il cntroic ici comme j'y suis entiée. 11 venoic...
O R O N T E , bas , à Angélique.
Sans donner de plus forte raison , Dites que je venois pour voler la maison. Je l'avoûrai plutôt que ...
La Tante, à jingelii^ue.
Qu'est-ce qu'il vous conte ?
Angélique.
Qu'à vous expliquer tout il va mourir de honte ; Mais en vain il prétend que j'ose rien cacher,
O R o N T E , à part.
Je suis pris.
Angélique.
Enfin donc il vcnoit vous chercher , Et m'ayant aperçue, il m'a fait la peinture De je ne sais quels maux que pour vous il endure ; Que depuis qu'il vous voit il languit nuit et jour, ït que si je n'avois pitié de son amour.... A ce nom j'ai crié , furieuse , en colère , Ainsi que vous m'avei appris qu'il falloir faire. Il m'a toujours pressée, et moi j'ai toujours dit Que sans douta il falloir qu'il eût perdu l'esprit , Que vous oser parler pour lui , ni pour personne , C'ctoit.... Il vous dira si pour vous je raisonne. Il m'a dit que sachant votre tempérament 11 ne vous falloir pas presser ouvertement ; Mais qu'au moins onpouvoit deloin vous faire entendre Que vous cticï encor dans un âge assez tendre ; Qu'aussi fraîches que vous peu se fetoient prier
COMEDIE. 4î
Pour choisir un brave homme et se rcmsricr;
Et que selon l'humeur où je vous verrois être ,
Je servirois sa flamme , et la ferois connoitre.
Alors , ie l'avoûrai , c'est en quoi i'âi manque.
Sensible à "air touchant dont il s'est expliqué ,
J'ai promis , sans penser pourtant faire un giand
crime , Que puisque son amour étoit si Ic'gitimc , Qu'il m'en peignoir le feu si plein d'ardeur...
La Tante.
Kentrcï.
( A':gel::jiiC s'tn va. )