‹ Le baron d'Albikrac; comédie en cinq actes, en versChapitre 44 sur 102 · LA MONTAGNE, LA TANTE, LISETTE, P H I L U' 1 N · texte numérisé non relu

LA MONTAGNE, LA TANTE, LISETTE, P H I L U' 1 N

La Tante.

^Ju'est devenu Lc'aneire? il n'est point avec vous.

La Montagne.

Il entretient tout bas vo're futur dpoux , D'intention , s'entend ; car, quoi qu'il ?c figure, La consommation n'est pas encor trop sûre. Jamais on n'a tenu contre les Albikracs.

La Tante.

Je le crois.

LA Montagnï.

Pas trop fou qui suit mes Almanachs.

liij

loi LE BARON D'ALBIKRAC,

La Tante.

Ils doivent être bons. Mais avant que d'en prendre ,

Baron , quand vous aimez , avezvous le cœur tendre.

La Montagne.

Comment tendre i

Il m'en faut une preuve aujourd'hui.

Philipin, las, à tii Montagne, sans faire semilant de

lui parler,

La Rapière pendu , ta sŒiir grosse de lui.

La Tante.

Eh! quoi, vous hifsitcz.?

La Montagne.

Non , ma poupine veuve.

Ordonnez , j'ai pour vous urr>«ceur à toute dpreuve.

La Tante.

Un certain la Rapiirc. . . . ,

La Montagne.

Il fut un peu pendu , Pour avoir. . ..

Lisette, l'interrompant.

C'est le moins qui lui pût être dû.

Affronter un Baron !

La Tante, i /a Montagne,

Sans doute il est coupable.

La Montagne.

Aussi je vous le fis brancher comme un beau diable. Vous l'eussiez, vu. . . .

Lisette, l'interrompant.

Ce fut devant votre château

COMÉDIE. i©î

Que vous fîtes dresser sa figure en tableau ?

Si jamais il est pris , vous lui ferez grand' chère i

r H I L I p I N , à pan.

Pour peu qu'il parle encore , adieu tout le mystère.

La Montagne, à part.

Que diable a-t-il fait croire , et que dit celle-ci ?

PhiliPIN, à la tante.

Voir que vous sachiez tout hii donne du souci.

La Tante, fi la Montagne.

D'un affront si cruel le souvenir vous fiche >

^ais Us fautes d'autrui ne sont pas. . .

La Montagni.

Ah! le lâche J

La douleur dont m'accable un si dur souvenir. . . .

( A Philipin. )

Ami < pour un moment daigne me soutenir.

Je n'en puis plus.

(Il fait semblant de se trouver mal, et s'appuie sur Philipin

qui luicoate tout à l'oreille. )

La Tante, (i Lisette.

Lisette , il faudroit,,,

La Montagne.

Non , Madame, Ce n'est rien.

LlSïTTE,à?iî tante.

Ces malheurs abattent bien une ame ,

Plus la naissance est haute , et plus on les ressent,

La Tante.

Qu'une fijle «st par-tout un meuble embarrassant i

104 LE BARON D'ALBIKPvAC,

L I s E TT I.

Si j'ctois qu2 de vous , et que j'eusse une nièce , Je saurois m'en ddfaire aussi-tôt.

La Tante.

Rien ne presse.

Voyons auparavant quel sera mon destin.

Oronre a su toucher votre cœur ; mais cnfia

Le Baron sans reserve aspirant à vous plaire.

Je prendrois le plus sûr.

La Montagne, bas, à Philipini

J'entends, laisse-moi faire.

P H I L t p 1 N , has.

Dis qu'il sera pendu, tout au moins.

La Montagne, à /a lanie.

Pardonnez.

Le d(!sordre où mes sens se sont abandonnés.

La douleur m'a d'abord sutToqué !a parole.

t' . La Ta NT E.

L'accident est de ceux dont rien ne nous convoie.

Et j'avoue. . ..

La Montagne.

11 est vrai; je sais qu'il seroit mieux

Que de honte et d'ennui j'en mourusse à vos yeux;

Mais ma fœur, dont le sexe est moins fort que le nôtre ,

A fait une folie , et j'en fcrois une autre.

Vivons donc, s'il vous plaît , nonobstant son délit}

C'est son afFâicc.

La Tante.

Il faut vous en gudcir l'esprît ;

COMÉDIE. icj

Et, pour faire finir les ennuis qu'il tous cause, AreCque la Rapière accommoder ta chose.

La Montagne.

Moi, j'accommoderois ? Vous ne songez donc pas Que , de tous cas vilains , c'est le plus vilain cas ? Comment ? dans un château , dont l'antiquitd biille. Venir, de guctapens , déhonter une hlie , Duper sa prud'hommie â force de douceurs , De ma sœur qu'elle ctoit la faire de nos sœurs, St quand il en est saoul lui tourr.er le derrière ? Ah ; vous serez pendu, Monsieur de la Rapière.

Je sais qu'il est coupable , et je l'ai dit d'abord ; Mais il est des momens où l'arriour est bien fort , Et pour un peu d'empire usurpé sut son ame Le malheureux qu'il est sera. . . .

La Montagne.

l'end u. Madame.

A la soeur d'un Baron apprendre à provigner l

La Tante.

Quoi! ne pouvoir souffiir qu'on tâche à vous eagner, tt contre un gentil-homme avoir l'ame si fiere....

La Montagne.

Oui, pendu, lui, vous dis-je , et sa gentil-hommiere. Ne tient-il qu'à venir afifrontcr des Barons ? . . . . Far son cou , sans ressource.

La Tante.

thlbicn, nous le verrons..., M'aimez-Tous î

io<î LE BARON D'ALBIKRAC,

lA Montagne.

Les transports dont ma flamme est suivie Ke vous font que trop voir...

La T a n t ï.

Donnez-moi donc sa vie , Sans cela point de foi.

La Montagnî.

Qui diable, en demi-jout , Vous est ddja pour lui venu faire la cour ? Vous en a-t-on appris le pays , la naissance?

Signons sa grâce . après enticre conS^lencc.

Signons, puisqu'il le faut ; mais à condition Que vous ne ferez point languir ma passion , Et que dèî aujourd'hui , par bon contrat en forme, 3'aurai droi-^ de vous dire : attendez-moi sous l'oane. Sans cela point d accord.

La Tante.

Vous prendre pour dpoux Ke scroit pas sans doute assez, faire pour vous. Ma niccc est jeune et riche, allez, je vous la donne.

La Montagne.

■r.t moi, je vou". la rends.... \'ous me la baillez bonne ! Je hais ces yeux f ipan-. dont la maligniriJ Est dit-on , fort sujette à la fragiliic. Par la inoindre do.iceur leur friandise émue laisse lijarcr souri lin leurs re.!;ards vers la nue; Et pour peu qu'un galant prenne la baie au bond. . .

La Tante.

T.îa nièce ne vit pas comme les autres font. J'ai pris soin de l'instruiic , et je rdpondiai d'elle,

La Montagne, D'accord; mais... .

La Tante.

llle est rxhc , et de plus.,,

La Montagne,

Bagatelle !

C'est à vous que j'en veux.

La T a n t £.

Mes beaux ans sont passex. ï'cnlaidis tous les jours.

La Montagne.

riaiser-moi , c'est a<sez.

La Tante.

Vous ne voulez pas voir que j'avance dans l'âge , Que je n'ai plus....

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