II. lO
attachés Mr la petite Smmûûé^ bref, je fdsus recette , j^étais le sojet le plus productif dé la troupe; et le maitrè avait intérêt à me prodigaer plos que totis les autres. Je ne réspirafs an péa que pendant la collecte; car c^était moi qn^ou Cl||irgeait toujours de la faire , depnis
ou^on avait découvert ce secret de la rendre pins abondante. Telle fut ma condition , dans fa troupe , jusqn^au jour oà elle se recruta d'un enfant qui , fiiçonné plus jeûne que moi aux exercices des saltimbanques, se trouva me surpasser en agilité et en souplesse. On ne me renvoya pasencore cependant. Outre que mafigure n^avait rien perdu de sa douceur enfantine, ma voix commençait à se développer ; je pouvais déjà chanter. Mon maître vit sur^l&^hamp h nouveau parti quMl pouvait encore tirer de moi en m^exploitant de ce côté ; il me fit apprendre quelques romances ^ tl se contenta dès^lors de me comiiiander, pendant le jour* quelques cabrioles faciles pour occuper le tapis et fiure briller par la comparaison les tours vraiment extraordinaires dé iiion successeur. Mais le sdir
Tenu , c^ëtftil à HMt itule , à mdi pauvre ebfant qui slwtTëhk ii^âTâis pan 80u|)ë, à réérée^.Ies villes eto^ut'diéB dans leurs digestion^. On mé conduisait sut* queltjue grande place; Ht là, devant utié ttiaùvàtsé toite étendue à terre et éclairée àut qtlatre coins , comme un suaire , j^ devais ) aux acdens de ma voix, rassembler en Cerclé lé^ pasSàns et attirer à leurs fenêtres ou dut baldons des cafés , le ban et Parrièreban des hommes dé loisir. Je ne sais plus lei paroles qù^on me faisait chanter; je crois seulement me rappeler |[}tl^élles étaient de celles qu^à cet âge on dit sans intelligence. Cependant , Soit qu^un instinct précoce ou le hasard seul dirigeât heureusement mes inflexions J soit • que la Voix dé ma douleur secrète , se faisant passage h travers des notes péniblement pro* ddites, s^etifobçât WVè et pénétrante jusqu^aujt entrailles d\iné foule éléctrisée , j'étais ddmirée, j^étais applaudie de partout; de partout tombaient encore dés bravds nombreux pour moi, et de nombreuses libéralités pour mes possesseurs.
iO*
S<»tti^at mème^ quand ma triste tàdie lirait à sa fin, qaand aux rougeàtres : et fé^ tides clartés des lampions que le vent achevait d^l^indre, les dernières vibrations de. ma voix expiraient grêles , arides et piteusement tremblées, j ^observai que cette bienveillance du public redoublait ses manifestations^ et m^excitait ainsi à .répéter mes refrains. Sans quMb s^n doutent, les hommes sont meurtriers djiBS leurs jouissances; ce n^étaient pas; des sensation^ musicales qu^ils me red^onandaient) et je crois savoir aujourd'hui que les accens mêmes de Famour le plus passionne ne les toucheraient ni si vivement ni si longtemps : il nY ^9 pour provoquer en eux ces voluptueux frémissemens > que It cri de détresse de Pen-^ fance opprimée ; il n^ a que les angoisses d^une j^.une fille , qui leur enroie sa vie avec son chant , pour produire Pespèce de charme que j'exei*çais alors sur eux. •
Un soir qu'après avoir travaillé comme à l'ordinaire , j'étais rentrée dans notre misera-ble hôtellerie , une manière de valet de grande
maison Tmt dire quelques mots à Torettle de mon maître. Je n^augurai rien de bon pour moi de ce qui allait se passer; car pendant leur entretien îlsme regardaient tous deuX| et mon maître élevait fréqueminent la voix- pour vanter mes talent avec itme exagération toutrà- * fait insolite. Quax^d ils parurent d^accord, on me tira délicateoi^nt du pèle-mète de la chambrée commune von répara ma toilette avec le plus grand soin y on me.prodigua toutes les ca-resap et tous les encouragemens propres à me remettre en humeur dé travailler; et' on me laissa partir avec Tinconnu , non sans m^avolr bien recommandé de faire de mon mieux pour IMStipas tromper la confiance dont un grand 'personnage daignait m^honorer.
Après quelques minutes de*marche , par des rues «étroites et tortueuses , mon guide me fit traverser un grand jardin, et ayant ouvert successivement plusieurs portes d^one maison obscure et isolée que . nous trouvâmes à Tex-* trémité y il m'^introduisit dans une jolie chambre qui formait à peu près le centre du rez-
dcHC^aiiiSiée j et aie pré»eiilii k aoii nviUre* X^ mairquis , car e^^est U litre que son valet lui doona , était uq hooime de vingMix à vingt-hoit 9m ^ assez haut de^taiU^ » beau de^ figure , et d^'Une. physionemie pleine de douoeur. Je ne pus m^empècher d^adttiirer son gvand air et l^ niagnifieenoe de aon ooiM|nin^. U elait asms devant nn bo» feu^ entre deip labiés qu^éelai*^ ri|ient plusieurs biMigies plaeées sur UcbemiTnf e. La plus grande de ees laUes , à sa droite , etai( toute couverte de crayons, de pineaux et d^ larges feuilles où je remarquai des études de femmes , des seip»^ des bras tout aanglans et tout ^ais, comme si, une minute aupara?
vaut, on les eût démembrés vifs ; des ijuÎDMi d'un rouge ardept et quelques autres partie^^ du corps humain^ plus ou moins entières, plus ou moins enluwAéea, telles que j^en ai leitfrevn dernièrement en feuilletant un livre d^anatomie. La vue de ces images me fit frissonner. Sur Tautre table , la nappe était mise pour une coll^ion succulente , que , depuis noire arrivée , 1^ vaie( s^ocQupait de servir*
Le imrquis voulut qw j^<tp pri»$0 m» p«rc^ ^ mluvit» poliment à BiVai«oir visi«ii«vU ôm ïnUVo^s jug0^ )>ieii que, m^Ugré la faim qui VM détorait , je uq fia pas grand houqeur à ce repai* A paine avioo4«»u<»uf pris pU<va que, sur up signa da sou mattra, la valat écartant un EÎdaau da pourpre qui masquait une aUsdva^»
nous découvrit comme deux cadavras çtaudiM sur un Ut ; il sa retourna pour jaufar de VftkX que cette vue produisait sur moi> puis il en prit un sous chaque bras en poussant d'afij'oux éclats de rire , et vint las^ installer à mes c0lés. Cétait deux pioup^as colossales ^ saui rat»es ni fichus, mutilées en plusieurs endroits , 0t noi^ tamiment aux ^mu$ , où des aiguilla longues comou^ des broclies restaient encore {Gantées. Il ma fallut souper en cette compagnie , pour ne pas déplaire au marquis dont les instances redouUaient a mesure qu^il me voyait plus tremblante 4 mais je réussis à maîtriser un peu lÉi/m trouble en q^ercbant i me persuader que je suis avec des fous^ et que toutes ces iior*^ reurs ne sont que les effets de leur manie*.
Après te repas , ik couchent lés poupées sur
leurs genoux y se mettent à lès caresser aussi sérieusement que si elles pouvaient j être sen« sibles; et sHrritant peu à peu dans cet exercice^ ils les serrent convulsivement dans leur&bras, ils les couvrent de baisers écumeux ; et puis , comme s^ils entraient tôut^à-coùp en fureur contre elles , ils les terrassent , les foulent aux pieds', leur donnent mille coups de poignard, et .finissent par les écarteler en se pâmant de rage-
JKes ner& se crispaient , mes dents cl aquaient pendant toute cette scène > quoique je fusse loin de prévoir de quelle barbarie elle était lé prélude. D^ailleurs jWais , depuis quelques momens, perdu la faculté de penser; par un phénomène , que f attribue moins à la frajeur qtt^à certain sirop que le marquis m^avait fait boire ave#lui au dessert, je sentais mon sân^ s^allumér, mes veines se grossir et ma tète flam* boyér; mes yeux pleuraient; malgré moi nyi bouche s'ouvrait ; mon cœur combattait en vain des élancemens qui semblaient Remporter de
mon sein, et dMnconnus fVissons parcourant tout mon corps, le navraient d^un doaldureuit
plaisir;
— Monstre ! interrompit la comtesse^ c'était donc lui! '
— Eh quoi !' demanda Suzanne, Tauriez-^ vous connu , Madame?
—«• De nom seulement , et ce nom est si infâme iqne la môJ^ale défend de le prononcer
— Jusque-là il nWait rien exigé de moi ; mais dès quMI me vit en cet état, lui et son domestique transportèrent les matelas du lit au milieu de la chambre; ils me firent monter dessus et me commandèrent de chanter ce que je savais» Je les vois encore se délecter aux saccades de ma voix, dont te timbre strident lc;ur révélait assez les horribles sensations qui mVnervaient/Je m'y donnais en forcenée ; j'Mlais tomber d'épuisement, et ce genre de plaisir eût fini pour eux. Aîors se ruant sur moi , ils me jetèrent un bâillon sur là bouche, et me dépouillèrent de tous mes vètemens.... Mais ici , Madame, je suis forcée de Vous laisser de-
viaer c^ quMs firent. Puisque h nom de ce marquis yqus est coniiu, ce ne peut i^tre que par le récit de ses fureurs. Pour moi , je lui pardonnai celles qii^il «Mrça sur moii corps y quand j^ai su qu^il pouvait y ajouter un genre dWtrage dont sa frénésie a^est ahstenue* Elles furent horribles, toutefois; et sans accuser ceux qui ipVnt livrée à lui de les avoip stipu^ lées d^avaoce ^ ils 3^en rendirent Içs çonipli^ei puisqu'ils en tQuchèrent le prix* Avant de me rendre ainsi faite , |e marquis avait c^ulé de Ter dan^ les sillons de $es lanières.
Qupique. bien persuadée que pof laMrine^ y nos cris de douleur ont quelque chose de doux et de chatouilleux pour les hommes , jVvoue que j'en suis encore à comprendre le plaisir que j'ai pu procurer à |i|0|ibourrefiu dans celle circonstance; et je veux croire que tet homme e^t d'unft nature à part , et n'a de second dans l'espace que son valet. Si je vous ai raconté cette effroyable histoire , c'e»t qu'elle se rencontrait sur mon chemin » et que d'aîUeuraelle va me conduire , par l'incideat qui s^y ralla-^
che> à la période la plus obscure de ma vie.
La ouirquise, depuiis uoe ininule y était de* Tenue rêveuse coiame qoelqu^un qui cherche à suivre une idée à peine entrevue. Elle nVn«* tendit pas Suzanne, mais elle s^aperçut qu^elle veniMt de parler ; et la regardant avec une at« teation inquiète , elle donnai de nouveau Var^ dre au cocher de ralentir le pas de ses chevaux.
— Mon maitret continua Suzaqi|e,se vit forcé de piirUiger Por du marquis avec les plus âgés de la troupe, à qui Vçn n^avait pu cacher Tétat dans lequel j^^als revenue* Ce partage fut fe sujet d^une<querelle entre lui et une femme , qui , dans un accès de oolè^e , non*seulemieht le chargea de ce crime en ma présence , mais raccusa.mème de m^avoirvolé un petit or-* nement qu'elle aa^avait vu le jour où je fus reçue dans la troupe, et qui probablement était un signe de reconnaissance. . • ^
— Ëh bien ! s^écria la comtesse. .
— Mon^maitre répondit que les gens à qui j^appartenais y avant d^èlreà lui, lui avaient laissé cet objet comme indemni tendes sacrifices
qu'il aurait à faire pour mon éducatioD. Mais il mentait apparemment ; car autre que Tornement avait etéjKroavé sur moi^ sa valeur, si mince qu^elle Iftt , excédait de beaucoup les facultés *de ces pauvres genç. Ils étaient si misérables , que mon maître lui-même , pour me faire sentir ce que je lui devais de recon-naissance, ne trouvait pas de meilleur moyen que de me rappeler sans cesse qu'ail m^avait tirée dVntre leurs mains. C-est de lui que j^appris comment ils avaient les premiers spéculé sur iiion enfance , me promenant de village en village ». cou verte de haillons, juchée sur Far-^L rièiie-lràSn d'*un orgue de Barbarie, où ma fonction était d^ètre pincée de minute en minute^ pour que mes larmes et mes cris excitassent la commisération des bonnes âmes. Us ne
s^étaient défaits de mot sur la fin qu^à raison de ma taille qui, ayant dépassèunecertainf mesure, allait me rendre à la fois moins intéressante et d^un plus'gros entretien ; car, dans ce genrede spéculation, plus les enfans sont grands moins ils rapportent*
— En quel Ueu fûtes-TOus abandoBnlA^ cette première fois? demaûda la comtesse
— Ce fut en France, et , comfne je Pai appris depuis peu , près d^un village de la Lorraine , dont le seigneur ra^a réclamée à Paris même y en vertu d^un droit doîfl je ne connais pas Té* tendue , mais dpns un but dont je connais trop bien Finfamie.
— Ainsi donc, là s^arrètent vos fouvenirs sur , voire première enfance?
— Ces derniers renseignemens sont même à peine des souvenirs ; si je les ai retenus , c^est quW me les a répétée' plusieurs fois y et que , dans un âge plus avancé , ils ont souvent occupe mon esprit. Je ne sais pas autrement ceux qui vont suivre ; mais recueillis de la bouche des mendians qui ont dû les puiser à Tendroit même où ils.m^ont prise, ils méritent encore quelque créance; car, quoique ces gens aient les premiers abusé de. moi, ils n^étaient pas aussi malhonnêtes que misérables , puisqu^au sortir de leurs mains j^étais encore assez riche pour être volée ; et tandis qu^ils lais-
saitfoHMriiioi éa qui pouvait in^aHif r yti jour à retrouver mes paréns , ih n'^oïil pbs dû Vouloiir tti'enlever dette chance par ide^ indications mensongères.
— Votre observation est très-judiciense 9 dit la comtesse ; il est bien malheureux pour vous que cette églantine*... ^'
— Une églantine!.*. interrompit Suzanne avec surprise^En effet, c^était bien une églan-
tine.«.« maiSf Madame, je ne croyais pas vous
Ta voir dit encore ?
— Le hasard* ... Etes^vous bien sûre que....
non.... balbutia la comtesse en détournant son visage; uiai^ donnant aussitôt un troisième avertissement au cocher :
— Eh bien 1 donc, cette églantine ?•». Qu^onlils dit?... que savez-vous?* poursuivit-elle avec une sorte d^égaremeut ; parlez! parlez donc !
— Un pays lointain que, sur leur descrip^ tion et en consultant la carte long-temps après, j^ai cru reconnaître pour la Suisse.
— ' La Suisse, avez-vous dit ! ^
<^Ouiy Madame! et pdid un hoiHtiie incdnnn qai etiira de nuit dans un chalet.
-*Un clialet! Est-ce tout?* Savez* tous bien?... Mais je n^ose, murmura- 1- elle. Je n^ose ; malheureuse mère !
— Un dépôt d^en&nt... la visite d^une grande dame.... une pension supprimée.. •• mais tout ceci devient si vague et si confus pour moimême, que je désespère de vous Texpliquer^ Madam?.
En attendant, Texplication était si claire que la comtesse venait de sMvanouir sur les genoux de Suzanne. Celle-ct, de son côté, dominée par le trouble dSmé pareille scène , ne trouvait plus de voix pour appeler les gens au secours. Cette situation dura quelques minutes « et quand la comtesse rouvrit les yedx , Versailles avec son palais , avec ses jardins , avec ses courtisans , avec son roi ; Versailles avec toutes âeS infamies et tontes ses débauches, Versailles j enfin , se dressait devant elle. Alors la nature, le remords, la vertu peut-'étre, lui donnèrent des forces ; car elle comprit qu'après
une autre faiblesse , il ne serait* plus temps. —Oh ! Suzanne, s^écria-t-elle, ne me quittez pas, ne me quittez *{ias!
— Je n^en ai garde, répondit Suzanne ^ se rappelant alors Tarer tissement du chevalier.
— Non ! dit la comtesse au laquais qui venait d^abaisser le marche-pied, nous repartons. — Mais remuez-vous donc, par ma mort, remuez-vous donc, s^écria-t-elle en voyant son hésitation.
— Où Madame veut-elle aller? demanda le
cocher.
— Mais qu^importe ? partez misérable , partez donc , vous me ferez damner.
— A Paris ? s^écria le laquais.
— A Paris! mais non.... Oui.... Mon
Allez.... Que faites- vous?...
Et pendant tous ces ordres et contre-ordres, I4 voiture avançait, reculait, oscillait dans tous les sens, comme si train, roues, chevaux et gens , tous eussent reçu ensemble et séparément les mille impulsions contraires qui se partageaient la folonté de la comtesse.
-— Si Madame ne veut pas retourner à Paris, dit à la fin le cocher^ où faut-il que je la conduise? A la Chevr
— £hl va au bout du monde, coquin. ... A la Chevrette ! oui y Dieu tHnspire » à la Chevrette I
—«Nous n^arriverons pas de si bonne heure i Saint-Denis , dit le laquais en fermant la portière.
— Que le diable emporte les femmes avec leurs caprices ! répondit le cocher.
OSAPITES TX.
D*uB loup écorché vif appUqnei -tous la péaii , Tmte dbmde él toute fanaiite.
• La FoHTAnri.
Quelques années auparavant, les bons habitans de Pans, mécpntens du règne de la Favorite , plus mécontens encore de chacun de ses ministres en particulier, et , de plus , souffrant d^une de ces disettes périodiques à cette époque, où la cour elle-même étnit accusée de monopoliser les grains, avaient tenté un simulacre d^insurrection contre leur roi Bien- Aime, qui ne laissa pas de les faire sabrer ♦
par ses gardes. 'Mais peu satisfait de celte répression , et voulant y joindre une punition qui leur fût plus sensible > une punition dont la trace.monunientale restât à tout jatnais pour garantir ses successeurs d^un attentât aussi criminel^ Louis XV imagina de se rendre au camp deCompiègne sans passer par Paris, et fit, à cet effet» ouvrir, de Versailles à Saint«<Denis , im chemin qu^il nomma lui-même le chemin de la Réifolte ^ et qui n^âvait encore setvi que cette fois.
Cétait ce même chemin que lé cocher de madame d^Ëpina^ suivait depuis une heure , maugréant , jurant entre ses dents contre ce qu^il appelait les caprices de sa maift*esse. Dire ce qui se passa entre les deux femmes pendant ce voyage, et conunent la comtesse put en expliquer le motif a sa jeune compagne, et obtenir d^elle4a promesse d^uti silence éternel sur Tentretien quMles venaient dWoir ensemble , ce serait charger ce r^(, déjà trop long , d^un détail que le lecteur peut suppléer aisément.
Il est temps , d^aillears , de revenir à Paris:, où rab$ence des nouvelles qu^oii attend de Versailles Y cette nuit même, doit caiiser des inquiétudes et des mécomptes qui ont bien aussi leur intérêt.
La nuit était avancée ; et, malgré les efforts de ta marquise pour retenir ses complices, plusiem^s sVtaient déjà retirés, et ceux qni restaient encore faisaient si peu de bruit qu'elle pouvait se croire seule dans sa cellule.
— Et vous aussi, dit-elle à la présidente qui venait de se lever, vous voulez déjà quitter^ la partie? * *•
— Je la tiens pour perdue; point de nouvelle encore, et il est deux heures et demie !
•~ Cest le moment de la confiance intimff.
Je ne puis être de votre avis : la comtesse est sortie d^ici trop bien moralisëe pour faire la bégueule. Nous sommes- sûres qu^elle n^est pas rentrée ce soir à Paris : donc la partie est engagée à Versailles; et puisque nos amis ne nous font rien dire, c'est qu'elle va comme nous espérons: Point de nouvelle, bonne nottvelle.
— Plaise à Dieu que le proverbe ne mente pas, mais j^ai eu soupçon de quelque diablerie, du moment que j'ai vu la figure du chevalier. - ^
— Il vous a dit qu^il venait me souhaiter ma fête, et sa visite n^avait rien que de très*naturel.
— A la bonne heure; mais il était encore ici après, minuit , et vous conviendrez qu^il n^est pas. très-naturel qu^ilsoit resté aussi longtemps.
Ea ce moment un valet entra ^ et remit un billet à la marquise qui chargea Pont-de- Vesle de le lire. Ce billet , apporté de Versailles par un exprès ^ annonçait que la voiture de la comtesse avait paru un moment aux abords du château^ mais qu^elle avait disparu presque aussitôt.
— Au reste , ajoutait-on, Le Roi est toujours dans de bobines dispositions ; son. premier valet de chambre nous est vendu, il n^<$st plus tesnps de reculer; et puisqu^on n^a pas la jeune iille, on fera en sorte de se passer d^elle.
-« Cria me fera bien b jambe ^ s^éerta la pvésidente) autant raiatt dire qa^on veut se passer de nooM» Je ne m'en dédis pas ^ le che-* valier est pour quelque chose ^«ns ce tripo-^ tage. Maintenant, avec votre permtssion, je croift que je n^ai rien de mieux à faire que d^aller me coucher.
fille sortit^ et tous la suivirent de près , à ^exception de deux ou trms, plus simples que les autres , qui voulurent relire tour à tour le billet pour se bien convaincre de Téchcoqu^ls avaieta essuyé , et potar tâcher 4e deartner, d'aptes les derniers mots, comment on pourrait renverser le ministère sans leur concours.
Mais la marquise , qui n^était pas d'humeur à écouter leurs sottes conjectures , saisit le moment 0k Pont-'de-Vesle ouvrait la bouche pour le renvoyer, de telle fa^on que personne ne s'avisa de parler après lui.
Pendant toute cette nuit et toute la journée du lendemain , Fabsence de Suzanne laissa la Synagogue en proie aux plu^ vives iti^quiétudes. On apprit bientôt que madame d'Épinay
s^étaît £ut un couvent de san château de là Chevrette, où les lettres arrivaient, étaient reçues, mais restaient toutes indistinctement sans réponse. Sa disparition étrange , et sa réclusion obstinée dont chacun expliquait à sa manière les motifs et les circonstances , étaient des faits d^une couleur si défavorable que les Encyclopédistes, malgré leur anxiété n'osaient pas trop les ébruiter, et donnaient le moins d^édat qu^ils pouvaient à leurs mouvemens pour découvrir la véritable position et la nou-
velle retraite de Suzanne*
Au reste , bientôt tontes les espérances et toutes lés inquiétudes qui se rattachaient à Sazanne ; bientôt Suzanne elle-même, fut on- Uiée tout-à-fait, et comme emportée de la mémoire de ses amis et de ses ennemis par la foudroyante catastrophe qui coSncida avec sa disparition.
Des le deuxième jour il se fit dans tout Paris un silence de sinistre auguré; une indéfinissable anxiété tenait comme suspendues les sept ou huit cent mille v(nx de cette im-
mense capitale* I,<e lendemain, à ce symptôme s^en joignirent d^autres; rien de connu toutefois 9 rien qui fît nouvelle publique, ne se distinguait encore dans la confuse rumeur, à laquelle personne en particulier ne semblait contribuer, mais*qui bourdonnait à toutes les oreilles comme la détonation sourde et douteuse par laquelle Forage s^annonce. Elle semblait avoir son foyer au cœur même de Paris et dans le sinueux quartier du Palais-Royal , où , suivant Fordinaire des jours néfastes, refluait de toutes parts une population malingre et vermineuse, émigrée de ses faubourgs. Dans le jardin , la physionomie des politiques présentait à Foeil quelque chose et de morne et de pro-^ fondement inquiet; et leur entretien, s^ils s'entretenaient , n^était pas le ramage accoutumé des autres jours. Le reste de la société ,^ retiré dans ses salons , s^interrogeait et osait à peine se répondre ; on eût dit que le siècle , naguère si insouciant, si frivole , faisait à cette, heure son examen de conscience.
Cependant on disputait encore dans la Sy-
nagogue, où Finfatigable baron, partageant un canapé avec le docteur Bordeu , venait d^engager contre Morellet et quelqu<es antres théistes assis en face d^eux , UDe controverse trèsanimée. Us furent ipterrompus pv Farrivée d^4in courrier, venu de Versailles à franc-étrier, et. porteur d^un ordre qui mandait . sur-le-champ Bordeu auprès du lloi. Le docteur se leva et sortit.
— Le Roi est malade !. sVcria le baron.
— Dieu conserve le Roi! dit madame d^ Aine, mais celui-^là en a plus fait qu^il n^en fera.
•— Rien ne prouve encore qu^il y ait du danger, répondit le baron. — ^Eh bien ! ajouta-t-il, comme pour rentrer dans sa thèse, vous voyez, Messieurs, que la cour n^a pas tant d^éloigne-r ment pour les matérialistes et les athées! Les rois , quand ils sont malades , en passent par tout ce qu^on veut; c^est à peu près comme quand ils sont vaincus. Espérons que la philosophie leur fera signer. aussi sapma^de Versailles. Il est déjà d^un bon augure qu^on ne puisse trouver ,des gens habiles que- dans nos
r«Dg8« Je crois que nous touchons au jour oà la nécessité soumettra ie préjugé à la sdence en poUtique comme en médecine. De gré ou de force , il faut que la France subisse les philosophes comme le quinquina et la vaccine*
— «Apropos de vaccine, dit Morellet, des gens disaient ce matin que la maladie du Roi est la petite^verole ?
— Ce serait bien modeste de sa part , ré^ pondit à demi--voix d^Alembert*
-**- Que ce soit cette peste ou toute autre, dit madame d^Aine, pourvu qu^au moins notre <Jière Suzanne n^ait pas été assez long-temps à Versailles pour en être infectée J
^*- Qu^enCendez-vous par-là, ma mère ? de-* manda le baron.
— Que si , il y a trois jours^^jWaîs été aussi bien avisée qu^a Fordinaire, je n Vurais pas laissé aller Suzanne au dîner de la marquise ; et que^ si j'avais encore mieux fait, je ne serais pas revenue du Grandval cette semaine.
«^ Qu^à cela ne tienne ; si vous voulez , nous y serons tous demain .
«^ Oui , mais vous entendez bien que ce ne sera \ms la même chose. •
Cepaidant ^ avant la fin du jour, madame d^Aine reçut une lettre ainsi conçue :
(c Madame,
y Depuis le premier moment où je fus reçue
» dans totre maison , vous avez été pour moi
» une mère si tendre , que je n^aurais jamais
» osé vous déclarer une résolution qu^à votre
» insu et loin de vos yeuK , j^ai pourtant eu le
» couragse d^exécùteri Je vous fois; c^est pour
» moi un devoir de bienséance. J'ai compris ,
» quoi que Tavenir décide de ma position ac-
» tuelle avec M. le vicomte de Rolampont ,
» quHl ne me convenait pas de mener une vie
» heureuse, livrée aux dissipations et aux plai- • ■ •
» sirs, tandis que celui qui , jusqu'à présent ,
M m'a tout sacrifié^ languit sur la teire dé
n TexiL Cest à cette comparaison, dont s'indi-
)» gnait mon cœur, que j'ai dû céder bien plus èn-
Ncore qu'au préjugéndù monde. Oui, Madame,
>i ce sont vos bontés mêmes qui me chassenf
» de chez vous. Les austérités de la retraite )> que j^ai choisie pouvaient seules procurer le n calme à ma conscience : puissent-belles im- 1» poser à la méchanceté de nos ennemis. Gé- » pendant j^ai besoin que vous me pardon- » niez ; car je me sens coupable de toutes les M inquiétudes quej^ai pu. vous causer ainsi )> qu^à des amis toujours si tendrement occu- )» pés de moi. Ces t sur vous, Madame^ que je » dois compter encore pour les rassurer sur » mon absence, et pour leur annoncer une » détermination bien pénible i mais bien vo- » lontaire.
n Votre respectueuse et affectionnée » servante ,
» SuZAVIfÈ. »
Le dernier mot de cette lettre y sans date et sans rubrique, indiquait^ pour des Içcleurs intelligens , que Suzanne avait obéi à quelque influence : on n'^affecte pas de dire qu^on agit volontairement qUatd la chose est par elle-même évidente , et elle ne Tétait pas dans
les circonstances qui avaient accompagné Téyasion de Suzanne , ni surtout dans le mystère dont , même après cette lettre , sa retraite demeurait encore enveloppée* Cependant, en relisant attentivement les raisons alléguées par la jeune fille, on les trouvait plausibles, di^ gnes de la délicatesse de ses sentimens , et respirant toute la franchise de son ame. Ces réflexions si tardives sur sa position dans le monde lui avaient sans doute été suggérées par quelque tiers officieux , mais elle les avait accueillies de bonne foi; quelque casuiste avait dû saisir son esprit des scrupules qu^elIe exprimait, mais bien certainement elle les avait sentis, et elle s^en était effarouchée comme elle" le disait. Il restait bien toujours quelque chose d'extraordinaire dans ses Oppressions ; mais il fallait un peu faire la part de sa complaisance pour ceux qui Pavaient dirigée.
• Mais dans quel intérêt madame d'Épinay, car tout semblait la désigner, avait-elle retiré du monde cette jeiine fille? Voilà la question qu.^on se faisait inutilement dans la Synagogue,
rien , comme nous Pavons dit ^ ne transpirant du château de la Cbevrette ; rien ^ et pour de meilleures causes , de la cellule de,madame do DefiPant , dW ma-dame d^Epinaj et Suzanne •étaient sorties pour aller à Versailles. Le seul homme capable de voii^ un peu clair dans ce grimoire , le chevalier, était parti de la* %'eiUe pour le Périgord , où Ton venait de le mander pour assister aux derniers momens de sa mère. LMnquiétude multipliait les conjectures et les commentaires* Mais * il ny avait qu'un • bon commentaire de la lettre de Suzanne, c^était celle que la comtesse écrivait à Grimm dans le même temps : si madame d^Aine avait pu la lire', elle y aurait appris que madame d^Epinay n'avait jamais été coupable que de faiblesse} ou bien que le fameux Tronchin*, quVUe avait consulté pendant son séjour à Gmhre , était non-seulement le premier médecin de TEurope, comme Tavait prodamé Voltaire, mais « encore beaucoup plus honnête homme qu^on ne le disait alors dans certaines sociétés deParis. Cependant Bordeu courait ventre-à-* terre
sur la route de Versailles. Malgré sa diligence, il était nuit depuis long«-temps quand il arriva dan» la cour du palais.
«-^ Ah ! • Monsieur , lui dit le gentilhomme qui le reçut , je crains bien qu^on ne vous ait appelé trpp lard. A Trianon ! monsieur le doc« teur, à Trianon!
Comme ils descendaient ensemble le mer- Teilleujt amphithéâtre qui sépare .les deux résidences, et où mille bassins encaissés dans mille rampeSy fleuries comme des reposoirs, rayonnaient à la clarté dés étoiles, ils aperçu*» rent au-dessous dVux , un peu à gauche de leur direction , un groupe qui montait "à pas lents el dans le plus profond silence ; dans sa marche processionnelle , il affectait de garder une disposition circulaire, autant que la largeur du chemin et les accidens du terrain le permettaient, comme pour couvrir un objet qu^on avait le plus grand intérêt à cacher.
-^ Ah ! fit, en soupirant le gentilhomme qui venait de voir reluire des habits de cour; et il guida le docteur de cejcôté.
Celui-ci reconnut bientôt La Martinière et Senac, ses confrères; les autres personnes étaient le ministre duc d^ Aiguillon , le duc de Kichelieu, la comtesse Dubarry et quelques-uns de ses partisans; au milieu d^eux, quatre valets portaient un brancard sur lequel était étendu un vieillard à figure cramoisie, le corps enveloppé d^une robe de chambre , et dans cette impudique simplicité d^appareil où la nialadie Pavait surpris sur son lit de débauche. Ce vieillard, cette figure , ce corps , c^était le descendant de saint Louis ! ^
Quoique épuisé par les excès du plaisir et par le poison funeste qu^il y avait aspiré j Peffroi de cette lugubre pompe dont il était le héros tenait ses yeux attentifs à tout ce qui se passait autour de lui* S^étant aperçu que son cortège venait de s^augmeoterv il ordonna a son premier médecin de lui relever un peu la tète , et reconnaissant le gentilhomme :
— *Cestvous, mon cher Duras? lui dit-il d' une voix brisée.
Au même instant les partisans de la Favorite
se resserrèrent autour du Roi pour Tempècher d^enlendre ce que répondit le chambellan à cette parole d^affection ; et au mouvement de dépit quWle leur arracha, Bordeu comprit qu^ils voulaient monopoliser la peste royale , quelles qu'en fussent les suites. Il apprit d^ailleurs de La Martinière qu^il avait fallu employer les menaces pour obtenir d^eux la translation du malade à Versailles.
Arrivés au château , ils virent en frémissant que leurs ennemis y avaient déjà pris position. Tous ceux qui avaient droit de se montrer dans Tappartement du Roi s^j ruèrent avec un zèle si impétueux que le ducd^Aumont, chargé de régler Tordre des entrées, dut renoncer à combattre contre cette cohue. Les princes du sang y M; de Gonti excepté y vinrent les premiers et se partagèrent bientôt entre le Roi et le Daqphin, que Tétiquette confinait au château de la Muette , jusqu^à Pissue de la crise. Le duc d'^Orléans fut un de ceux qui restèrent à Versailles.
— Déjà ! dit le Roi en le voyant à son che-
vei; et il s^èfitorça de détourner les yeux vers ses trois filles Adélaïde , Victoire et Sophie , à qui la piété filiale faisait braver une contagion contre laquelle elles étaient sans garanties, ayant toujours, suivant Torthodoxie du temps, regardé de bonne foi la vsiccine comme une abomination.
— Votre bonne sœur Louise est-elle avertie? leur demanda-t-il.
— Oui, Sire, répondit Taînée ; on a envoyé à son couvent, et, à cette heure, elle prie pour Votr« Majesté.
— Hélas ! j'aurais bien mieux fait d'ail» la voir.... J'en avais eu la pensée. ... Mais...* l'homme propose... • et....
— Sire, vous parlez trop , interrompit brusquement La Martinière , beaucoup trop. Et puis, ajouta-t-il en s'apercevant que son francparler scandalisait les courtisans, on étou£Fe
ici! entendez-vous, Messieurs? Je vous dis
qu'on étouffe.
— Nous avions prévu cet inconvénient , dit
un Bàrryenf il est certain que Sa Majesté eût ëië beaucoup mieux au Trianon.
— - Oui , beaucoup mieux pour vous, répondit M. de Duras.
•^ Assez, Messieurs^ dit La Martinière ; il n^ a que nous pour ordonner aujourdliui , car.il n^ a que nous de médecins ici, et ce que nous ordonnons ne regarde que nous.
Puis, s^adressant aux princesses et au duc d^Orléans : «— Mesdames , Monseigneur, si Ton ne fait pas taire ou sortir tous ces gens-là, nous ne répondons plus de rien.
Et toute cette scène se passait sous les yeux du malade, et assez près de lui pour qu^il pût entendre des paroles d^une indiscrétion meurtrière. Qu^un roi est malheureux de mourir !
Pendant que les partisans de la Dubany disputaient yailLirament le terrain à leurs en* nemis, elle-même, avait déjà cessé dy paraître. Elle se livrait à de tristes pressentimens dans sa chambre , sa chambre solitaire , à cette même heure où , lès autres jours , ellç était
obligée d'en chasser la cohue de ses flatteurs
poor j risceyoir sou roy^l amanL Une seule de ses femmes , restée avec elle , essayaii «icore de I4 distraire et de la «enaeler.
— Pourquoi vous alarmer si C6t ? Rien n^est encore désespéré. Ycnis nous avez souvent raçoolé qiie^ dans les momens oà tout semblait vous sourire, un inconnu s- attadbait k vos pas, et venait impitoyablement crier josqu^à wm oreilles ses sinistres pronostics* Si vous étiet menacée aujourd'hui d'une chute proebaioe , ne vous serait**tl pas apparu, oefûi^c^ que,^ pour se vanter, devant vous , de sa pix^hétie justifiée? ^
—-S'il nW pas venu, c'est qu'apparemment il m'abandonne aussi* l^ut^tre les pmphètes de malheur ont->ils cela de commun avec les eourtisans; ils n'ont plus rien à dire aux puissances tombées.
«-^ Ah ! Madame , croyez bien que tous vos
serviteurs. ••••
— Annette, Uii^e^^-moi. Vos consolations
partent d'un b<») cosur^ pinis elles me sont im« portunes. Qujplle qne soit ma destinée y je sau-
vm 1* iiibir ; amis tenex^vous pour dît ^ vous et ¥OS pareilles , que je ne veux faire pitié k persomie.
Et elle se faîiail; pitié à elle-^mleoie; car eUe saffoquail déjà de FhéroïMie qo^elle venait de déployer devant une simple suivsgute.^ H lui ladrdait d^ètre seule pour réfléchir rar là cornmiiératkM de celte feœnie ; alors eUe pleora comme une Madc^tne^ maie ee nl'était pas de repentià. Toutes h» raisona qtsVUe cher cb ait d^espérer encore ne leaaieaè pas cerntre des appareoeesaiBisIres^ ou h» semblait dé{ii saarquée Fheure prédite par cet être mystérieux qui Favait souvent poursuivie de œenaçaiis présagea /et que^ dans ses jours 4^ivresseles plue eublieux^ elle avait constamttMDt vu marefaer derrière ses pompes.
Depuis une heure elle rêvait de o^ homme^ quand im léger bruit attira ses regards vers- un des paoneaux de son appcrteaient^ Une glace ^ RUsqiKint une porte secorète , se déplaçaôA soos uMpressionleotoet linide; la eomtesse trembla de tous ses membres ^ se donitant pas que cette
visite ne loi présentât la réalité de Pimage qui préoccupait si fortement son esprit. Ce n^était, toutefois , que le doc d^Aiguillon , autre grandeur chancelante, un malheureux comme elle, €{ui , sans doute , venait la consulter sur leur commun^ détresse.
— Approchez , mon ami , dit -elle avec Faccent 4Nme douleur con^ute. Eh bien ! nous avons fait une belle besogne !
— Dites, Madame, que vous avez fait, vous, une belle besogne , répondit-il sèchement.
«T- Qu^est->«e à dire , monsieur le duc ?
«^Que si le Roi meart , il mourra ppurvos beaux yeux.
— Sans mes beaux yeux, quelqu^un qui mHnsttUe chez moi pourrirait peut-être, à llieure qu^il est , dans le donjon de la Bastille.
• — Madame ! • . .
— Monsieur ! . . • Mais à quoi bon ce débat ? Si vos prédictions se vérifient, nos ennemis sauront nous mettre d^accord; nous n^aurons, grâce à Dieu, plus rien a démêler ensemble.
Seulement , je pense que vous auriez dû me
laisser c|t>ire jusqu^au bout que votre, cause était unie à la. mienne.
. — Je tombé si le Roi meurt ;. et vous , vous tombez, soit quMl meure , soit quHl se convertisse ; voilà la différence.
— Et s'il vit et ne se cortQertit pas y répliquat-'clie en insistant, sur le mot, ne pourriezvous pas vous repentir d'avoir eu tant de pré-» voyance? Ecoutez , monsieur le duc , puisque vous më mettez dans la nécessité de vous rappeler que vous ^es ma créature , il faut bien que je le fai$se; non que je prétende vous forcer à rougir de votre ingratitude : le. reproche d'ingratitude ne touche guère un. courtisan ; son . intérêt est un langage . qu'il comprend mieux. Qu'étiez-vous, monsieur le duc, quand depuis quatre ans> déjà je menais la France ? Où vous ai-je pris , pour votis élever au rang où .vous êtes? A la porte de la, prison, oùJes parltmens vous, poussaient.tout. chargé, tout criblé, tout flétri de leurs arrêts. Eii cet état , qui pouvait songer seulement à sauver l'intendant de la province de Bretagne? Ce n'était
pas trop de toute la force dont )e goo veniez ment disposait ; elle j fol employée tomt entière. Il fellàit fkire de Totre libération nne question d^Et«l; il fallait prendre corps à corps tontes les Cours souveraines , nnanimes à ré^ damer votre châtiment ; il fiiUai t les détruire enfin pour vous sauver. Stimtilé sans relftchë par Maupeou et par moi , un roi vieux et irré^ sohi sVnhardit à rentreprise la plus périlleuse: les compagnies rouges j échelonnées du chàteau de VersaiHesau Palai»^die-<lnstice , jalonnèvent la roole par laquelle nous le conduitmes tremblant à votre délivrance. De ce jour le powoii» judiciaire ne compta plus eh France; vous fûtes libre, monsieur le doc, et malgré le» vodférations des partis ^ malgré les pam-^ pUets des éciivainsy malgré les justes plaintes do pays, vos ennemis dispersés plebre»! isole^ ment leur défaite. Espérez- vous que cenx-là > dans vn retoor de fortune , séparent «votre cause de la mienne?
Eux abattus , on me vit pins puissante que jamais. Mais vous, qii^étiez*vous encore? une
lèle enlevée à la jaslice^ meis vouée a la haîiie et au m^Ms de tous ^ petits.et grands , un eoncnssionninre gracié ffisent sous le poids de la déconsidération publ^ue^ Il tous fallait une position dont l'éclat couvrit Topprobre de votre vie passée, dont la puissance forçât au respect de votre personne^ Ce qui était plus difficile, plus audacieux que de vous sauver, y^i fait de vous un ministre ; je vous ai introduit plus avant quVucun de vos confrères dans la faveur do monarque; j^ai épousé, à leur. égard, vos haines ettos prédilections.
Dernièrement encore , le Soupçon d^one correspondance secrète qne le Aoi entretenait avec les ooors étrangères par reotremise de M.- de Broglie, vous ayant inspiré quelque ODibrage , j^ai moi-méine soustrait an Roi , et remis entre vos niains , le» pièces de convie» tion. Vous avez éclaté, malgré noÉ conditions et au risque de me perdre ; je me sois dédarie pour vous, et M* de Broglie , innocent, train ; M. de Aroglie, cher au Roi par les services mêmes dont on lui faisait des erimes, fut sacrifié
à.la raison d^Etat ^ cVst-à-dire à votre jalousie.
— Et ^i le Roi meàrt, Madame , interrompit le duc, e3t-ce encore à ma jalousie qu'il sera
sacrifié ? Répondez , Madame.
— N'allez-Tous pas croire que la honte me ferme la bouche en votre présence? Eh bien !
oui, pùisqu^il vous semble si grave que j^en convienne, c^est moi qui ai organisé la partie du Trianon ; oui , entourée d'ennemis qui convoitent mon héritage, d^amis qui exploitent ma faveur et me trahissent , d^intrigans de toute espèce , qui sans but défini , sans espé*rance arrêtée, ne laissent pas de me nuire à tout événement , j^ai voulu faire pour me soi>tenir ce que madame de Maintenon avait fait pour parvenir. Oui , menacée , lé même jour , par deux rivales à la fois, j^ai accueilli la moins dangereuse , ma Fontanges à moi ; je Tai conduite par la maiii , je Tai placée moi-même dans le lit du Roi mon amant. Vous étiez dans la confidence de mon projet, vous espériez alors en son bon résultat; à présent que l'événement est contre moi, vous avez rimpertinencc
^e me le reprocher , et cela est digne de vous j mais ne me donne pas à rougir. Allez, monsieur le duc , allez 9 je puis, demain, tomber d^aussi haut que vous , • mais je ne puis pas tomber aussi bas.. ••
— Silence , Madame , on vient. ..
TJn valet entra mystérieusement , et remit à la comtesse , de la part de M. dé Fronsac , le premier bulletin dé là santé du Roi. Comme il était très-rassurant , la comtesse le lut lentement et en appuyant avec aflfectation sur chaque mot.
— - Madame , interrompit le ministre , sans attendre qu'elle eut achevé, vous me voyez confus d^une scène
— ;. Silence, à votre tour, monsieur le courtisan ! et elle continua en dépit, de ses inter*ruptions et de ses excuses, qui, à chaque syllabe qu^elle articulait^ devenaient plus humblesj tant qu^après avoir fini de lire, elle trouva Torgueilleux duc prosterné à deux genoux devant elle.
— Que faite«*-voiis donc li? &l^le avec une indifféreace amère.
— VoQsle ¥Of €3^, f expie ma faute, Que faaie bi^n involontaire. Se. peut-il , Madame , qu'hua mot peu mesuré , bien excusable dans un moment de Griserait donné lieuà ce malentendu. • . Mais voqs ne m^écoutez pas!.. Ah! je suis perdu.
— Levez-Yous, je vous pardonne > dît la comtesse qui venait de lire dans la partie non-
.officielle du bulletin une ligne qni démentait complètement^ les autres. Mais à quoi peut m'être utile un ami que la moindre apparence de péril fait extravaguer au point de ne plus savoir sa langue?
^ A nous sauver peut-être. Afa ! madame la comtesse, c^estque le danger était extrême. Tous avez beaucoup d^ennemis et de faux amis, et vous n'avez rien dit de si vrar tout à Pheure.
— Hélas } ee sofit eux qui m^onf dontié cette jeune fille pour remplacer celte que- le Roi attendait. Mais que savez^otis à^eax , que foi^ saient-^ils ce soir?
— Les premiers avaient déjà pris leui^s aae-
sans {»o«r que la porte du Eoi ions fiftt tater'» dite...
— Après ?
— Les antres parlaient de confession, et vous TOUS dontez bien qu^ib tenaient le confesseur tout prêt. Mais heureusement ils ne tiennent pas encore le pénitent j il appartient au cardinal de la Roche-Aimon , qui jusqu^à présent est des nôtres.
— Sans doute, personne, dans des circonstances si critiques , ne peut usurper les fonctions du grand-aumônier de France.
— Ce qu^il faut craindre , cVst que Thomme d^église ne remporte sur Thomme de cour- Plus de dix éyèques entourent en ce moment le card^aal.
— Que Dieu accorde nne bonne nuit au Roi, ef demain nous renvoyons tous ces intrigans dans leurs diocèses^ Quelle est Tattitude de M» le dac d^Orléans ?
— Il affecte de rester neutre, et consulte altemativiemept les médecins et les princesses
sur les soins qu'^exige Pétai du Roi. Du reste ^il est le plus assidu à son cheFet.
— Et le duc de La Vrillière ?
— Renfermé dans les travaux.de son ministère y < personne ne pourrait dire de quel côté il regarde. On croirait qu'il tient un oeil fixé sur Versailles et un autre sur la Muette, pour ▼oir d^où lui arrivera le premier ordre.
— Je vous entends , pour nous écraser il attend que nous soyons à terre.
— Il ne le fera pas du moins auparavant; c^est donc encore une puissance neutre.
— Et nous, en attendant, resterons^nous neutres? Nous abstiéndrons-nous de gouverner ?
— Au contraire ; ne pas exercer le pouvoir activement aujourd'hui, ce serait abdiquer; la France ne croirait plus en nous.
— Par quel acte éclatant et pubUb feronsnous sentir au peuple que nous régnons encore?
— Un bon édit d^impôt est'ce quHl y a de plus approprié à la' circonstance ; il ny a rien qui fasse tant de sensation; je vais donc, sous
voire bon plaisir, rédiger avec mes collègues celui que BOUS avions' projeté dans ces derniers temps V et vous leferez signer celle nuit même par le Roi.
— Par le Roi! Cette nuit! Mais le pour-* rai-je?
— Vous le pourrez encore, mais «dans le plus grand mystère; car tous les yeux vous surveillent , et il est dangereux aujourd'hui de vous servir. Moi-même , que vous avez traité si durement tout à l'heure, jWais songé, avant devenir, à nous assurer cette dernière chance , et j W dû traiter pour cela à prix dW avec un valet.
— L'insolent! je le chasserai.
— Eh ! Madame, il ne s'agit pas de chasser un valet , maià^ d'empêcher que demain nous ne soyons chassés tous deux. Voici bientôt l'heure où, suivant nos conventions, il doit venir roder autour de votre appartement , si tout le monde s'est retiré de la chambre du Roi. Préparez-vous donc, et puisse cette entrevue nous sauver; -
*- Oai , oui f elle nous sauvera ; noi ennemb n'en sont pas encore où ils croient. Quant a nous, mainUftiant, cVst à la vie^ à la mort.
— A la vie , à la mort.
•*-* Eh bien i vous vous retirez ainsi? Jamais je ne vous ai vu moins importun , dit -elle en essuyant une larme. Il me semble qu^après un malentendu comme celui de tout à l'heure , notre reconciliation veut être autrement scellée. Cette faveur que vous m^avez tant de fois demandée en vain , je vous Toffire.
Et elle lui présenta, en effet , sa joue , et elle eut la mortification de sentir que le ministre était de glace à cette faveur.
Ce baiser fut moins froid cependant que celui quVUe avait encore à essuyer, celui qu^un quart d^heure plus tard elle cherchait , au péril de sa vie , et ne trouvait déjà plus sur des lè^ vres que la mort avait dWance privées de chaleur et de mobilité. S^il y a de la grandeur à se dévouer sans réserve à son ambition , la Dubarry était grande alors; grande , non plus par cette patience d^une Maintenon dont Tes-
prit s épuîae «o «xpédiéns poar dmacer un roi
qai n^est plus amusable.* Cest bien un tout autre hércusme de femme aux priies àVec une tout autre peste de roi. Les minutes luisont comptées pour ce périlleux triomphe; et tant de caresses redoublées , dont une seule peut rapporter * U; mort , n^ont pas encore ressuscité des sens après lesquels elle attend. Jamais saint Charles Borromée , suçant les plaies des lépreux ^ ne fit plus pour gagner le ciel qu^une courtisane , dans cette nuit, pour avQJr un lendemain de faveur. Cependant le royal amant n*esi pas encore cadavre; elle a enfin obtenu de lui ce qui pouvait le mieux la rassurer. Elle avait r voulu voir et entendre ; elle a vu et entendu : elle sort contente , et ses amis qui sont de quart cette nuit pour la veille, vont jouir comme elle de ce qu'on appellera jusqu^à demain , dans le palais 9 la bonne nouvelle.
Mais demain les amis seront relevés par leurs ennemis.
Dès le matin, Duras et les siens tenaient bccu-
pësles premiers postes du déirauement. Leur II. i3
•lonbre ii^«^it rien à ndMiter é% Mlûi et kai9 adversaires , ref^réseBléB toQtefots datis la ciMimbre da Roi par una Kgoe fb^MnâAl^lè ^ ayant an téta la àfm d^Aigaîlk>ii ^ et eu <|«lètte la valet Àé ohambre Labotde , le tnéitt^ qui , la ttttft dernière, leut avait vendu Pentfée de la Favorite. L^aittilude dé ces gen^là ddtinail presque un déiâefitl à leur empressemeiit : peu de visages étaient tournés vers celui éùût naguère encore on sollicitait si avidement an regard ou un soufifef c'était à qui, dans cette presse ^ se fêtait eifacér par un voisin ; quel-^ ques-uns même se baissaient sons prétexte de cacher des larmes qui eussent été indiscrètes , mais en réalité pour se boucher le net^ Cat* une forte odeur de décomposition commençait à se répandre.
Le gros des deux partis , là plèbe dès ck>iir^ tisans, qui n^avait pas le privilège d^apprcMcher si près du maitre y s^était arrêtée dans la salle des gardes, et dev^5ait bruyammfent sur les bulletins de la veille , en attendant le premier bttlletiiidu jour.
Le Roi f tlonl la soaffniote «vail élé amodie
^ par de icopîe we^ saignée» ^ ne se [daignati que
. d^tta p^u de fmblesse* Il avait même recouvré
des fjkcullés que la brusquf^ attaque delà ma*
ladie avait paralysées la veille.
«*— Je n^ai presque pkis de mal , dît-il à ses m<|i^ckis ; seulement je me sens un peu fali* gué. Cela m'avertit que je ne suis plus jeune , et je vois bien que dorénavant il faudra que f ebraie.
— Sire , répondit Sénac , vous ferea bien de dételer tout-à-fait.
— Vous savez , Sire , que les miédecins eSiagèrent toujours , dit le due d^Aumont en afiec; tant de rire d^une parole qui venait de jeter le trouble parmi les Bcutryens.
•i^ Cela n'empécbe pas que si M. die Cfattùvelin en avait eru mes exagérations , il vtvjrait encore 9 répondit Sénac.
— ^Ah! oui^ s^écria le Roi, mon pauvre ami est parti bien vîte> et je n^y pense jamais sans eflroi. Lui qui était encore si ardent au plaisir, mou-
rir subitement au milieu d^ûn petit souper!
Nous avions cénf fois fait pis ensemble. Il est vrai que c^ét^it un corps bien ^sé. * • ' ' "
— Sans doute , dît le duc dé Frorisac; mars ; vous , Sire , vous êieè de force à nous enterrer tous.
<— Pas aujourd'hui. Mais ,4i propQs , hier au. soir le duc de Richelieu , votre père , e^^ examinant ces petits boutons qui me viennent, car tout le corps, assurait qu'il était possible, de m'en délivrer en communiquant un peu de mes humeurs à un corps plus jeune. Les mé-' deqjns n'étant plus là , je n'ai rien voulu fhire sans avoir leur opinion.
A celte ouverture étrange, les médecins, de qui tout le monde attendait la réponse , restérent muets et se regardèrent long-temps, avec hésitation. Mais Bardeu , qui vint à se rappeler la jeune fille disparue si extraordinaîrement dans un voyage à Versailles , et dont là veille encore, à sa sortie de la Synagogue, personne n'avait reçu de nouvelles, répondit pour tous avec une indignation peu déguisée.
■ k*"^B^>'^/^nH»«W«W^^IC^iWB^iiB0^^^«^«V^V^B«^^^^^W^^BBa«iqp^
— Sire ,. nous n'avons .noint d^opiiiion W
dessus. V v'***
kj-r- 4.||i!bonne heure ^ dit k Roi , n'en»par- Ifljg^las, Cétait une idée cominç il n^ea vient qvùk Ce' damné de Rich^elieu : moi^ je n^ avais
pas grande^!, non plus qu^à l-efficacité d%in
• ' ' ' ' autre topique dont il prétend $^étre bien troiivé,
et qui CQQsistçrait a s^appj^quér sur Je corps
Qnepeao de veau toute fraicbeecorchée. Croit-
on que cislâ puisse, en effet , "bontri^er à nous
rendre notre vigueur. *•
— En vérité^ Sire, dit le duc de Fronsac, vous affiigez tous vos'fibiié serviteurs. Vôtre. Majesté n^en est pas réduite à cetfé ressource des vieillards épuisés et décrépitsVqinme mon père. Je dois 'dire ^e je Tai ftMivé|rt vti ainsi fourré depuis les pieds^usqu^aux oreilles : impossible d^in?mg»#jpr quelque clu)se de p)u^ grotesques Miû^faéla^! malgré la vigueur qù^i|i^pjpétendait recouvrer da^is cette robe de ^chamfere 4^ son invention, cenVtaitloujours qu^ui^ièux \)6nquin relié en veau.
Cette plaisanterie , non moins, filiale parJe
ton que par les i^rm^s , 6t rirft tous Ita assista as jùsquVix 1at*éi«^; et ce fiit,iine bonite occasion de tîrer eoeôré les màuï^oivH pom* en faice Tusage que'notis avons déjà indkii^e, aiissî long* temps q^e <le souffraient les çon^ sidération^ combinées de la maje;^é et de Tinf«ction du lieii. Au surplus y le Soi kfir donnait carte blanche pour rij^e ^ atteàH lui-même d\in accès d^hilarité qui, changeant touteà<»çoap de nature 9#e prolongea comme le triste bêlement d^un yieillard toiftpé en enfance. A peine s'ii pouvait sMoterrompre quand il ayaii besoin de reprendre h^leihe; 0i , peqdant chacnne de ces pauses, il s'écriait ave<î un accent de c!i>m* niiseration e( d^iûOèrèt : Pawre Richeli^Hlpau^ vre^ pauvre l^clj^fàeu/ .Et puisV^ait }a a>nti* uuation du même paroxysm^'airec Wmém^s symptômes d^imbécvlite. ^ r
. Dans ua(l^ ces mpmens, les médecins ayant prononté^tQut bas le mot délire^ les amis de iVI. de Duras sVn emparèrent si avidem^ni contre les Barryerùy dont aucun ne voulait l'avoir entendu, que les championsies plus brayes
des deux partis furent sur le point de combattre à qui réglerait les termes du nouveau bulletin. Les premiers soutenaient avec assez d^apparence de raison que ce soin ne regardait qu^eux, comme étant spécialement de service ce jour-là } mais Sénac ayant déclaré, pour les mettre d^accord, quHl rédigerait lui-même son bulletin ^ S9B^ %U^K ixh qp^ dsH^i àe ses confrères, il n^y eut plus rien en question , et, pendant le reste du jour, les intrigues muettes durant succéder aux disputes ouvertes.
OaAPZTB.S TZZ.
Ta te oqncbçr, Basile, tu as la
BlAUMAmCHAIf,
Les circonstances, alors si malhenreuses ponr les Banjens^ aTai^it encore eu ponr effet de les diviser : aossi fnrent-ils jasqu^au lendemain sans se douter du coup monté contre eux par leurs adversaires. Comme ik étaient itons dans la chambre du Roi , à la même heure , et presque dans la même situation que la veille , ils entendirent, dans la salle des Gardes, un bruit
tufpiiltueux. et. équivoque , pareil à celui qui ébrimiait les ToAles du théâtre , dans les jours de grande lutte, entre les dilettanti des deux comj rivaux.^
L^archevèque de Paris entrait , aocosté de deux prélats du parti de M. de Duras y qui se colletaient avec leurs ennemis pour lui ouvrir un passage. L^homme de Dieu , dans sa tou^ , simple /nous pouvons même dire toute sainte innocuité) en fait d'intrigués politiques, suivait, les yeux baissés, également scandalisé , et par ceux qui Pavaient appelé , et par ceux qui le repoussaient^ Cependant, puisqu^il était venu , il eût été impossible de ne pas le conduire vers le Roi. G^est ce que les Banyens comprirent, malgré le trouble où les avait jetés d^abord une apparition aussi menaçante qu^inattendue.
— Tu dieurmonsieur de Paris, dit le duc de Richelieu en s^avançant au-devant du pré^ lat, que vous êtes pâle F Gardez- vous d'approcher, ajouta-t-il à voix basse, vous qui n^avez point été vacciné!
Mais Farchevèqué , ferme dans le dessein
a9C0Qi|iplir &on devoir^ pVn qijiFçiiitît p%s mpips droit ^q lit dp malade; tauttifoia, il s^ar* rèta at bé^it» im moment , lor^qiie , parvenu à
portée de la voix , il vit qu^on de se disposai! poim à le iaisa^p j^euU
-^ Sire , dît Richelieu , voil j^ Sa Grandenr . . .
--^ Sa Grandeur, «'empressa d^ajouter le due ^umoat , qui vient vous a^anrer qo^«U# sa conserve aucun ressentiment contre Votre Majesté, qui a jugé à propos d^ faire saisir pW sieurs fois son temporel.
— Et vous remercier d^avoir toujours re»-^ peoté son spirituel vdit le duc de Çronsac.
-^ Où diable Taurait-on pris? dit a demi-»
voix quelqu^un dp groupa.
La dignité du pi^lat , déjà gravement oom^ promise par les éclats de rire etles huées quVxcita celte mauvaise plaisanterie', reçut à la fois tant d^autres atteintes que tons les évéques présens en témoignèrent énargîquement leur m^ dignation.
— Votre présence a intfirdit Sa MA)ftsié, Wpnseigneiir, lui dit le duc 4^ Aiguillons et cause
ici i|n âéspfdie auqpet volft religiim vous cpmluandç dfi mettre fin.
— Sa Majesté , en bonne diréUenne , tous &it dire quVlle se trouve ^ureuse de celle réconciliation , dit le duc de Ricbelieli en f>ott3- ^ani doucement le prélat en arrière*' *^
— U y va de vos jovrs, lui crièrent en même temps plusieurs courtisans enile tirant par son rocbet... Vousqai n'avez pas été vacciné 1
r^ Et des jours de Sa Majesté , à qui les mé^ decins ont formellement défendu de parler.
— Allez, Monseigneur, dirent tous \m Bar^ ryms rangés en cercle autour du *|)rélat qu^ils faisaient battra en retiaiîte, soyrâ sûr que vo-
tre démarche nw» a profondément émus , tous tant qu^«nous gommes ici de fidèles serviteurs dp Roi ; mais nous ne voudrions pas vous retepiraïuc dépens de vos panures !
— Qu^ils soot ''heureux, ajouta Fan d^eux en touchant avec un respect hypocrite la robe râpée ile Tarchevâque » d^avoir un pasteur qui se prive du nécessaire pour, les faire subsister ! T— Queltnalheur^sUls allaient à vous perdre !••«
Dieu qui. vous Us a confiée — votre fireaiier devoir — rhumanité -^ et puis vous qui n^avez pa3 été vacciné ! . . .
Le prélat^ ainst éconduit, avstit repassé la johambre des Gardas , et était rétourné à Paris; les Barr^ens triômphans demeuraient maîtresdu B^oi pour le reste du jour. Cependant letnal faisait des progrès si sensibles /qu^euxHuèmes, ne pouvant en supporterles ^fets^ à chaquemoment.^ reculaient un peu plus lom du foyer de Pihfection. En dépit d^eux^ les médecins pu* bliajent les bulletins les plus sinistres ; et; en réponse aux nouvelles de Versailles, arrivaient d^heure en hentfe les nouvelles 4ies plus alarmantes i^iir réta^ du peuple de Paris.
Dans ces circonstances, le pailti*de M. de Doras s-augmeBtait de toutes les neOtralilés des premiers jours : ce qa ils Voulaient , les trois
princessefs le voulaient elles-mêmes dans une anxiété toute religieuse ; et les prélats , irrités du procédé dont on avait usé ehvers Parche*vêque , sVtaient assemblés cbez le ^rand-aumônier^ pour le presser vivement et sérieuse-
ment de rêiMlir ses fonction», ,aM»^itîoii|s pour • l^oniteUr du clergé. * ' *
\ j leà )Bfaro^e/?J,qui.croy5|ient pochoir com|i-
* ter sur son ^attistpce^ lui fircAL, dç leur ctfté,
* les hièaaiel^ it)stan6e3 v àh% qyi^ils vîfent^tius /'Ils dttirtfiuns et Dûfême les médecins uuaflilmês
% déc1iif«r que Vkm (ta Itor Aolamait d^ les secou>$spltinuels: Gf!r, le cardinal oolipreDrait
bien que les pftiéis a^lacliaiêtit moins dlmpor-
tance àces seçour^s^i0ituels 'qu^à-fa*iûpnière
%>ute tem]^ore^e dont ifjhes administrcyKiit relativement à chacun ^enx : leérs obsiessiopê.mémee/ivçp peu ni^pa|;éeSy luifournirent un préiÉjBkt honnête de demander quelques heure; de retraite pour épurer les disposrtions qu^iMeyai t apporter à son graiij^^mipistère ; et teUes furent les .variaitioÀs des blaUetins qui se*5uccédèrent à partir de ce monlent , qu'aftrèiUne nuit pass^e •tout'entièfi.'à^iniv^o.quer les lunUerii^ de l'esprit saint , Iç j^rélat ne se trouvait pas encore assez éclairé pour voir distinctement dMs qu^ intérêt il devait agir.
.U* avait près de lui uû'jeane ^jcdésiasûque ,
panvn, o^isc^, mm» ci^one piété "^rî^de et d^gfn mérite éminént , qui raidâil âUsKfkieméiti <\e sie§ ço996i|b et dé 9a ptui^e dsn^ les cas dîCflctîes. Cefottmi' lui. qu'A j€iîa' les yeux pbttr reiAplif'des fDBCtiètis dont la prudence lui oéfendait d^assnmef pérsotitièHf mant la respon-' sabiHté. ^ *#w '• • * ^
— /eune homme , lui dri-il d^un lôn solen* nel^, vptre ;èle, éclairé panria grâce ^ nous a souvent suppléé , à notte^ grande satisfaction , ' dans la partie 1^ plus spirituelle de nos trâ- vaux apcfeloliques. Auj<%rd^hui «nptre voix , ou plutôt la voix du^ciel, dont nous ne sommes cpie les humbles ioteï'prétes , vous' désigne painr un grand devoifj . quMl ne qptfs ^t pû,s donné,d^ac(iomplir^'à nousf pop^ncé. diB . FEgKse, ntlà ^. de I^airisi ni aux plus. il-
luslres prélats, dont les.dîg,n|l.és mêrnesrQBtJe
^ne sais 'quel car acttee profane aux yeux Mu monde. C^est par la bouche d'un simple prêtre qu^il plaît à Jé<sus«^Christ d'àbsotidre 09 de condamner ^n prince de la terre, un halnme
q^ jugé les Auiréti hommes. AHet ^ tMn fils ^ et que Dieu soit arec vous ! .
Ainsi autorisé , et pMAâtit*^ là lettre cette saJAIè iûstfoctioti , le jentie pfètre alla faire etitètidre au royal pénitent lesr redoutables vé^ rites dé sa fbi.
Il sÉdcOnàplit son devoir en ttai jansénisti^
qu^il était , ne chef-chant point à dégùiéér le cft^tèM ni Timportance dé sa mission par des préôaufions oratoires qui pouvaient perdre une ame , et ne pouvaient avoir d'effet , au-* deU de quelques jours,.pour un aorps qu^on ne faisait déjà plus vivre qu'à force d^ârtifice. La qualité même dé son'pénîtent fut un point sur lequel il insista pour leffrayer davantage sur les futures conséquences de seS fautes^ s^il ne profitait des derniers tnomens qui lui étaient accordés pour les réparer.
Le Roi récoutait patiemment et avec une attention qu^on n^eût déjà plus trouvée en lut pour tout autre sujet. •
— Si je priais ! dit«il , si je faisais des actes de dévotion ! peul-èlre Dieu me donnerait*-!!
quelque temps de plus pour mériler sa lûisé-ricorde.
— L^s jours ÙÊ$ vois sont comptés ^ répon* dit le prêtre; ils. peuvent néanmoins demander àDieud^en prolonger la durée pour achever de faire pénitence, pourvu qu^ils aient déjà <fommencé ^ et qu^un saint usage du présent garantisse la sincérité de leur vœu.
— Et puis Dieu prendra sans doute en considération la prière dW roi dont la vie inté-* rèsse un si grand peuple : — il ne serait pas desa justice de noip rappeler à lui, sans nous avoir donné le temps de pourvoir à Fa venir de tant de millions de sujets don4 il nous a confié les destinées?
— La vie àes rois et des grands de la terre n^mporte 9 leurs subordonnés qu^autant que Fa décidé Dieu lui-même, arbitre souverain de tous les hommes et de toutes les choses. Il a frappé de m'drt Zambri au sein du plaisir, dans Tacte le plus flagrant de la fornication; et les Saintes-Ecritures ne nous apprennent pas que ce fut pour puoir les hommes soumis à son
commandemeiit. A quel titre espérez -vous le miracle de cetle grâce singulière dont un sjiint roi fit Texpérience, quand il plut à Dieu d^ajonter quinze années aux années de sa vie? Votre peuple est-il donc le peuple de Dieu , poursuivant une mission sainte sous les ausjrices d^un chef nécessaire? Quelle victoire achève-t-il, et' vous-même , quelle victoire achevez-vous sur vos passions, pour que le soleil sWréte à votre voix comme autrefois à la voix de Jo^ûé ? Roi que Forgueil de ce vain titre aveuglait, que Fhumilité du chrétien voiis éclaire : ne risquez pas votre salut éternel pour croire quMci-bas votre vie était quelque chose aux yeux de Dieu et de vos sujets.
— Ils m^ont appelé leur roi bien -aimé!
Doutez-vous quMls ne s^empressent encore de Joindre leurs prières aux miennes, aussitôt qu^ils seront avertis que ma vie peut en dépendre?
J^en ai pour gage le souvenir de la douleur qu^'ls firent éclater quand je tombai malade dans ma bonne ville de Metz«
— Eux-mêmes ne s^en souviendront que