‹ Le baron d'HolbachChapitre 5 sur 12 · II · texte numérisé non relu

II

tmp , peut-être , et de votre serment et de votre parjure; interrogez votre conscience^ Roi, et dites sMl vous est permis de tenter nue seconde fois Pamouf du peuple et la démence de Dieu ! ) .

Le Roi baissa les yeux et poussa un prorfond soupir. Il s^ensuivit une pause assez (ongue , pendant laquelle le jetme prêtre put reconnaître 5 à des signes certains , ta violence des combats intérieurs quMl »e livrait f car ces der-^ nières paroles Tavàient frappé à Pendroît le plus sensible. Enfin relevant la tête de Tair d^un débiteur qui , déjà réi^igné au paiement d\ine dette eitigible, ne veut néanmoins céder qu^aux dernières sommations :

^ Que dois^jë donc faire ? demanda-*-t-il.

— ^Réparer le péché dont tout ceci n^e&t peut-'être que la punition, répondit le prêtre; accomplir ici, aujourd'hui, k cette heure même , le serment que vous avez fait à Metz.

Songez qn'il y va de votre salut ou de votre damnation éternelle.

Eh bien donc ! quHi soit fait comme vous

le voulea^^ dit le Roi. Mafe allA^vite^vite, à. Baris I déclarer à M. rafrcbevè'qtie notre vg« lonté expresse qaè des prières publiques soient ordonnées dans toutes les église^, que des vœux ) s^il est besoin , soient annoncés en notre nom; nous promettons de lea iictomplir tous religieusement*

-*- J'obéirai a Votre Majesté, dit le prêtre ; mais qu^elle considère que ces prières et ces voeu:9t seraient sans efficacité pour elle , si déjà elle ne s^était préparée a Tétat de gréée.

Il se retirait « quand le Roi y le rappelant , lui fit donner de Targent pour les églises.

— Né serait-il pas utile , en même temps, dWvrir la châsse de la* bienheureuse sainte GenevieTe ?

— * Ge désir seia transmis fidèlement à M. Fardhevéque.

Le janséniste ne put quitter Versailles ftrant d^avoir rendu compte à son patron de la manière dont il avait rempli son ministère.

Le grand-aumônier ne fit aucune observation.

Mais Tinstant diaprés, ayant raconté au duc

d^Aigaillon ^^omment les choses s^étment passées, Une put se refoser à le suivrie dans Tapparlement da Roi^ pour tâcher d^amollir tin peu le coup qui menaçait leur parti.

Tous ces mouveméns ne s'opérèrent pas sans que l'œil exercé des courtisans ne découvrit déjà de quel côté penchait la fortune. Aussi , lorsque la Favorite , mandée auprès du Roi y traversa la salle des Gardes, elle eut la douleur d'entendre ces hommes, la plupart comblés de ses faveurs , manifester une joie impudente , et ouvrir hautement des paris sur l'heure de sa disgrâce.

A peine fut-elle entrée dans la chambre, que le Roi l'arrêta par un geste de sa main , armée d'un petit rameau de buis humecté d'eau bénite, dont il s'aspergeait la face, prit un moment pour se recueillir et Ini dit d'une voix assurée :

— Madame , je suis mal , je sais ce que j'ai à faire; je ne veux pas recommencer la scène de Metz : il faut nous séparer, il y va du salut de mon ame. Allez-vous-en à Ruel, cheîM. d'Ai-

guillon ; $ojez sûre que j^aurai toujours pour Vous Tamitié la plus tendre.

A quelque réception qu^elle dât s^attendre , un congé si explicite et si solidement motivé avait foudroyé cette malheureuse femme; elle restait sur place, immobile de stupeur et de honte. Elle s^en retourna sans répondre un seul mot : heureuse encore s^il nVût pas fallu repasser par la salle des Gardes pour essuyer, de toute la longueur d^lne banquette, cette S4ii(fe de huées et de malédictions, dernier adieu des courtisans aux grandeurs tombées!

— La voilà donc partie! s^écrièrent-ils; — bon voyage ! — Jusqu^où va-t-elle si vile?

' — Jusqu^à Ruel, Messieurs! répondit le duc d^ Aiguillon, qui avait entendu et peut-être préparé, en désespoir, de cause, le compliment de Sa Majesté. Jusqu^à Ruel, reprit-il en se dressant fièrement devant eux.

Ces paroles leur firent rqntrer la joie au corps; et, presque aussitôt, de la banquette opposée, partit une nouvelle salve de huées en réponse à la première*: politesse pour politesse.

De ce moment la luUe ëes deux partis ne connut plus ni mesure ni pudeur. A Tespèce dVrdre qui arait régné josqcie-<^ià dans Imirs attaques et leurs ripostes « tandis que Pun et l'autre agissaient collectivement y succéda urte coniîision impossible à décrire^ dès que la double explosion^ dont nous venons de parler eut donné lieu à des mots et à des gestes qut furent considérés comme des personnalités rémproques d^individu à individu. Les deux j|}aiiq«iettes venaient d^élre abandonnées; amis et en** nemis xie formaient plusqu^un groupe bruyant au milieu de la sall^t véritable mêlée où quelques-uns se prirent cor|^s à corps.

A côté de ces ambitions belliqueuses, rien n^était plus remarquable que Tattitude de M* d^Orléans, qui sans presque quitter le chevet du Roi , même quand déjà Tinfection en éloignait la foule, avait toujours le talent de paraître se tenir à Técart ; à côté de cette ambition muette, rien de plus rei^ectabte que la douleur sincère et désintéressée du duc de Liancotirt et de trois ou quatre autres vieul amis du Roi, cou*

doyés , foulés , écartés par tous parce qoHIs éiaienl inutiles à tous ; à côté de ce désintéms* semaut si orignal, rten de plu» touchant que les pieuses intrigues des princesses , qui voulaient , elles aussi , assurer le ciel a leur père , sans Oser compromettre, par aucune proposition indiscrèta , les dernières ehanees quVUes avaient de le ocmservér encore à la terre ; à côté de ces sollicitudes doublement filiales , viefi de plus niais que les doléances de M. de Dreux sur les nombreuses infractions d^étiquelte eio* oasionées par le désordre inoui qui régnait de^is près d^une semaine è Versailles; enfip, à côté , ou plutôt ^ pour cette fois , en dehors de toutes ces variétés > ricin de plus spécial, de plusuniquey de plus local, que les préoccupations du due de Saint-Florentin, observant à la fois maintenant Ruel , la Muette et V-ersailles. Comme c^était peut-*-étre de tous le plus mal informé de l'état du Roi, il attendait, fort indifférent d^ailleurs sur la rubrique, quHl lui arrivât, d^une de ces localités, une rame de blan6S>-seings pour des lettres de cachet et df s

ordres d^exil ; il ne s'intéretsail pas autrement au dénouement de la crise. Cependant il cal-^ cnlait que, si la souveraineté demeurait à Ruel, où M. d^ Aiguillon venait de la transporter avec la Favorite , il aurait à faire une plus large . application de son ministère , no* tammenten ce qui concernaitles prélats decour. Ceux-ci , qui venaient de passer tout-à-fait au parti de M. de Duras 9 ne s^endormaient pas sur le demi-succès qu'ils avaient obtenu. Avant que le. jeune prêtre , auquel ils en étaient redevables , fut parti pour Paris , suivant Tordre qu^il en avait reçu de Sa Majesté, ils s^emparèrent de lui et n^eurent pas de peine à lui faire comprendre que la satisfaction imposée à son pénitent se trouvait éludée par le voisinage de la Fayorite. A la faveur du désordre que nous avons signalé dans la salle des Gardes, où presque tous les champions étaient encore réunis , et de Pabsence du duc d^ Aiguillon , ils firent secrètement rentrer le confesfiieur dans la chambre du Roi par la même porte qui s^était ouverte à madame Dubarry

une des nuits précédentes; d^ailleurs c^était aussi la nuit , et Tordre du service leur livrait eacore tous les postes.

Les Barryens apprirent le lendemain cette pratique par son résultat. Les postes ne leur étaient pas encore rendus, que déjà tout le palais retentissait des cris : En Touraine! en ToU" raine! Et les sarcasmes de leurs ennemis recommençaient de plus belle , entrecoupés parfois d^élégantes idylles sur les beautés pittoresques de la vallée dé la Loire y soà air pur, son ciel serein et ses frais paysages , capables de refaire à une courtisane flétrie des couleurs et une virginité nouvelles. Souvent Pidylle tournait à Vélégie ; et n^était-ce pas encore un sujet touchant que cette vallée de ta Loire 9 où le duc de Choiséul pouvait recevQÎr madame Dubarry dans la terre de Chante-

loup , toute pleine du souvenir de la princesse des Urains y qui , elle aussi , tombée d^nnfavo'risaty était venue bassiner ses plaies politiques dans les pastorales délices de cette retraite? — En Touraine ! en Touraine !

— Eot«odeZ'TOtt9 Iwr joie insolente ? dit le doc d^Aiguillon au cardinal*

— J^en sais tout aussi indigné que yous* -*- Et cependant vous restez tranquille^ da-

queniuré dans ¥0s appartemens , quand nous sommes tons à redierdier le moyen de réparer votre balourdise»

— Mettez-vous a raa place.

«^ Je serab à la place d^nn sot ou d^un traitre« A quoi sert-il que vous portiez une calotte, si voitt ne savn pas user à propos du privilège qu^eUe vous donne? Est-ce qu^on vous a fait grand-aumônier pour confesser des pages?

— Cda vous est fort aisé à dire; mais, dans la position où je me trouvais, de hautes convenances y avec lesquelles , d^ailleurs , ma conscience était parfaitement d^àccord « m^ont prescrit la conduite que j^ai tenue. J^ai cru faire pour le mieux.

-*- Vous avez si bien fait que , demain , nous pouvons perdre ^ moi mon portefeuille , vous la grande-aumônerîe , tandis que votre suppléant sera pourvu de quelque riche abbaye

que les Duras nWt pas qianquë de loi (nto* mettra 9 sant doutf •

•***$Qr ce dernier poiot , je cvoif pouToir voiu désabuser.

**" Il jr a qiieiqi# chose âe plus pressé : soi^ vei^inoi chez le Roi , et nVn bougez que lors«qu^on TOUS en fera sortir de force.

— Mais si Tordre d^ezil est donné, que pourrai«je y faire?

-^ Vous le ferez révoquer, ou vous obtien* drez des délais indéfinis pour Texécotion. Allons, venez, ajoùta<*t-ll en Pentrainant comme les autres avaient entraîné , la vei|le , le jeune prêtre; venez, et en entrant dans la cban^bre (lu Roi, songez, monsieur le cardinal, à laisser votre conscience à la porte.

Ayant ainsi disposé du cardinal , il posta le reste de ses amis à toutes les entrées de la chambre du Roi, tant pour ne laisser aucune voie ouverte au zèle de quelque nouveau confes-* seur commisstonné par la faction adverse, que pour placer dansralternalivetl'une assistance sincère, ou d^une trahison déclarée, Féquir*

Toque religion du prince de TÉgltse. Mais if n^eut pas long-temps à s^applaudir de ces mesares auxquelles les partisans de M. de Duras ne daignaient déjà plus mettre obstacle : malgré la circulation active des bulletins, qui semblaient calculés pour intriguer Tesprit du public , et pour varier la position des partis qui s'agitaient encore dans les antichambres , les médecins avaient prononcé Porade fatal, et la

question n'était déjà plus de savoir au profit de qui le Roi aurait été malade, mais bien au profit de qui le Roi allait mourir.

Cest ce que le cardinal avait appris ^^un évèque qui sortait de chez lui au moment où le duc d^ Aiguillon vint Tappréhender au corps, comme nous Pavons dit, et c^estce qu^il put connaître par lui-même dès qu^ii se fut approché de son pénitent. Il est probable que, dans ce premier moment, s^il se sentit capable d^'ntriguer, ce fut pour trouver le moyen de s^esquiver promptement d^un milieu où Ton ne respirait que la mort ; mais ce qui mit le comble à sa frayeur, ce fut celle d'un valet qui lui ra-

conta , en pleurant , la mort récente de deux de ses camarades qui, la veillé, avaient fait le service auquel on Tobligeait.

— Voilà ce qui nous attend tous si cela dure, dit le domestique en terminant.

Le prélat , pendant son récit , était allé deux fois respirer Tair à la porte, que les Barrjrens avaient, chaque fois, impitoyablement refermée sur lui. Plus la catastrophe semblait imminente, plus ils s^entètaient dans leurs espérances et jugeaient important pour leur cause que le cardinal passât toute cette journée au chevet du Roi. Cependant ce malheureux Roi, en qui le délire seul produisait quelques signes de vie et de connaissance , ne parlait que par phrases entrecoupées , où se peignaient néanmoins les horribles images dont sa conscience était assiégée. Il se voyait déjà au jugement dernier et près de Fabime de feu qui allait s^ouvrir pour punir une vie jtisqu^à la fin si luxurieuse. Parfois il semblait reprendre quelque espérance ; alors , plus calme , il se proposait d^édifierson peuple, de tenir reli-

gieusemeût les promesses qu^il avail faites à Metz ; pu»^ se frappant la poitrine ^ il detnant]alt sod crucifix qo^il baîsall avec transport , ^ 4?t de Tean bënite dont il aspergeait son lit pour en chasser les démons.

Quant' k l^unîcjitae témoin de cette scène , comme il y prit telle part qnMt yonltit , et rd>conta comme il voukit là part qnHl j avait prise) tien ne serait plus hasardé que de dire s^il agissait pour les Duras , ôu pour leà BartyenSy on pour FÉglise. Il est probable que songeant au sâlut de son corps^ avant tout^ il arrangeait en conséquence les rapports qu^il allait faireaut Barrfen§; car il leur en fit de toute sorte , les plus favorables comme les plus désespérans , sans que , pour cela , on voulût lui délivrer le quitus après leqnel il attendait. SMl etposàit que le Roi s^étah confessé, oh le priait d^at-tendre pour ^administrer; s^il annonçait la révocation de Tordre d^exil , on rappelait lé sauveur de rÉtât, et on lui demandait de consolîder son ouvrage en restant pour maintenir lé Rbidans ses sages dispositions.

A la fift; la craiiïle dé la mort Tcmpoirtanl sdr toute considëration , et atft;u ne raison de manager les Burfjrens n^exidtant plus y il se fit ouvrir la porte sous prétexte de parlementer à rordinairé, et s'ëlay^ni jusqu^au milieu de l'antichâadbre, il s^écriâ de tout le volume de sa voix :

«^ Mes^iurs , lé Roi qui est dans les sentimens du christianisme ie plus pur, me charge de vous annoncer ses véritables intei^ioUB. ly abord il est faux que Sèi Majesté ait jamais voulu exiler madame la comtesse Dubarrjr à Chinon* La* malveillance seule a pu semer un pareil bruit. -^ En cet endroit de sa proclamation , les félicitations et les bravos des BéÊtryêns Flnterrompirent pendant une bonne minute. ^^Enstiiie)reprit41f quoique Sa Majesté ne doive compte de sa conduite qu^à Dieu seul, elle daigne vous faire dire qu^elle se repent du scandale qii^elle a pu causer à ses sujets ) et déclare publiquement, par ma voix, qu^elIe ne veut vitre désormais que pour le soutien de là religion et le bonheur de ses peuples.

Ces dernières paroles, qui contenaient tout

le principe de l'exil en Touraine , comme on dirait dans la langue dès diplomates , opérérejit un revirement si prompt dans la situation des dei;x partis , qu^il s^ensuivii un long silence de stupeur. Néanmoins XésBarryens sentirent un peu plus tôt )eur défaite que la fac*tion Duras ne comprit son .triomphe^ et Feu avertirent peut-être par leurs cris de fureur et par les injures dont ils accablèrent le cardinal; car peut-être étaient-ils , au fond, moins ipi* tés d^une décliiratién qui ruinait leurs espérances, que du tour véritablement jésuitique que rhomme d'égliie' y avait donné. ^

— Infâqi^ traître ! tartufe ! cafiard ! s^écria le vieux duc de Richelieu en se précipitant sur lui; et comme plusieurs personnes le retenaient :

— Non! non! ajouta*t-îl en se débattant, laissez-moi tordre le cou à ce plat calotin qui nous a tous bafoués!

Heureusenient pour le cardinal, il échappa en se perdant au milieu de la foule comme les dernières invectives du maréchal se perdirent

dans les^dats de rire et les .hourras de la fac^ tion victorieuse.

De sanglantes injures furent échangées ; de

grosses et brutales vérités furent encore dites de part et d^autre dans les antichambres du Roi , tandis que celui dont la vie seule pouvait donner quelque sens à de pareilles scènes, mourait d^une manière qui avait déjà rebuté Tart, le dévouement et l'ambition: sa dernière espérance était dans les prières de ses filles et dans celles qu^il avait commandées aux églises de Paris.

Le jeune confesseur y était allé dès le matin, après que son pénitent eut consommé le tardif, mais rigoureux sacrifice, qu^il lui avait imposé; et , chemin faisant , il avait commencé à. prier pour lui, exhortant au même devoir tbus . ceux 4{u^il rencontrait, et distribuant même aux plus pauvres une partie de Fargent qu^il avait xeça pour les églises ; soit que son jansé-* nisme souffirlt œtle pieuse malversatk»D , ^it qu^il Veut jugée nécessaire pour^ obtenir dea "

prièMS que le donalêiiv mni% Bjgmi compÊèt»

dans ses espérances de salut* .

Maki sea éxhMialiona n^wtsiexA paa trouvé des oœur^ prépairé^ à Iw rwevw] et lea deniers , répandus au nom de Louis XV, étaient

tombée ipfiructueusement sur une terre à la-

quelle il avait fait suer tant d^or. Cest que Par motur da peuple, cette autre santé des rois, n^a jamais été , non plus que celle de leur corps f le fruit des remèdes employés in eootre^ mis : la nécessité de ces remèdes est déjà , par elle-même, la négation d^un bien précieux qui ne veut que des soins pour être conservé ,. mais qui les veut continuels. Il se peut que le janséniste attribuât pourtant quelque e£Elcacîlé aux vceux qu^l demandait comme aux pompes

qu^it àBait ordonner pour le salut de Tame du

Rôi; mafs lotsque, dans son rigorisme inflexi-' ble, 3 lai avait défendu *de se croire encore lé bieiFaimé de ses sujets , pouvait*}) prévmr qae loBMttéiDe aurait trop présumé de leur pitié? Teat pénélré. qe» dwe ètr» un confesseur d« pooTOir dé PabMlutioki y il est dMScHe de se

pttsmd^ qu -on yient de récGtf dHer à:we un VM Avec lequel il est imiiQisiW de récœ»eiUer son peuple;

Mais ce qui pouvail eiioore passer pour de Tindifference dans les campagnes j ayait à Paris un caractère moins éqcnvoque. La dîs-^ grâce de la Dùbany^ annoncée par le préire aux premiers groupes qui s^étaient IrouYés sur son passage , avait excité moins de joie que de fureur : la défiance irritant leurs imhprécationsy & rappelaient que la Châteauxroux étiût revenue de plus loin } et « pour les calmer, il avait bien fallu leiir dire que 1^ Roi t liâ^ n^était jamais revenu de $i loin.

Avec de pareilles dispositions f îh n'avaient pu accepter le rendez^^vous du prêtre àréglise. Pendant quatre j;ours « toraqu^ la noblesse et le clergé de dOur intriguaient encorf» à Versail- ItSy vainement lescloches, sonnant en volées, appelèrent a la prière un peuple qoi avait enr core plus rougi de la longue ignominie du règne quHl n^en avait soofett. QueHntérèt avaitil à la prolongation d^uoe vie honteuse ^ et par

quel eôté, d^aifleurs, y* intéresser Dieu? Cest une question & laquelle le clergé lui-même n^eût pas répondu, peut-être, quand les vociféra* fions du dehors venaient interrompre la lugubre mélopée du psaume Exaudiat qu^il faisait exécuter, dans les églises désertes, par les gosiers mécaniques de ses chantres.

Cependant tout le peuple restait debout, s^intéressant à cette crise en raison de sa longue durée qui lui présageait le dénouement le plus souhaité. Le peuple aime à se désheurer pour les rois qui s^en vont, quand ils s^en vont-, parce qu^il a, ce jour-là, ses saturnales de justice j et il ne souiSre pas qu^ils partent sans les adieux qu^il a toujours à leur dire. Ce que le peuple de Paris aura bientôt à dire au mort Louis XV, pourri trois jours avant d^être mort, cVst une leçon si nécessaire qu^il veillera , s'il le faut , bien avant dans la nuit , et bravera la fatigue d'une marche forcée pour aller couper, dans sa fuite clandestine à travers les champs de Saint-Denis, ce char honteux qui ne veut ni lumières ni cortège ; et s^il ne jette pas de boue

à la majeslé défunte, c^esl que, maigre le qua* druple cercueil qui la contient , il serait encpre mortel de rapprocher de trop près.

Mais, voilà que le Roi faisait aussi ses adieux au peuple. C^était le lo mai , vers les quatre . heures du soir; un afficheur vint par derrière la foule placarder le nouvel édit bursal sur les murs de Sainte- Geneviève , IVglise où les prières étaient le plus solennelles à cause de l'ouverture de 'la châsse.

Tout-à-coup des cris tels que les officians n^en airaient pas encore entendu , interrompirent leur psalmodie ; les groupes tumultueux étaient même accourus jusque dans Péglise , mêlant des blasphèmes aux prières. Puis des cris tout différens des . premiers , et qui annonçaient Pallégresse, appelèrent de nouveau tout le monde au dehors. Un nouveau placard venait d^ètre posé : celui-là annonçait la mort du Roi. Alors éclatèrent encore, mais d^une manière plus générale , les cris de joie , les accens d^allégresse et tous les témoignages d^une félicitation mutuelle. En présence de ces deux faits ,

doBt l*<in senriilait si bien la panition de Toutre , on se serrait les mains y on ^embrassait , et sortoat on faisait mille tptoUbets joyeux et ironiques sur saiole Genevière et sa châsse, i à laquelle le clergé attribuait encore le pouvoir des miradcs.

En ce moment la porte de Téglise s'ouvrit , et no jeune prêtre « en sarpUs^ s'^ançant droit au milieu du groupe :

— Eh bienl s^écria-t-il, que lai reprochee- TouB , imbéciles , à notre sainte ? Est-ce qu'il n'est pas mort? >-

- Là-dessus il fendit la [HvsBe «t s'éloigna i griuds pas, laissant tonte cette multitude étonnée, interdite, comme si elle n'eAt su maintenant oe qu'elle devait penser, et du ^^re , et da la sainte , «t d^elle-mème.

,dSAPITB.a TIXI.

DB4aM%,]«x9 j«kx774«HMr,àlunt beam du matm , le Roi, Monneiir» le oomli ^Ailoii, et h cMttaie «TiàrtoboBt été il»* enlés de la petite vérole jpv la piqùm« aptèi «voir ité bien prépara

BIaL«vte«« VaaMi.

Si rimportance d'tm fait Instoriqne doit se mesurer sûr sa ^raleiir conteoiporaine , le baplénbe d'un front coaronné , dans les preniterB siècles dn 'duristianisne , on bien, dans des temps plus rapprochés de nous , Tocttoi d^one

charte eonstitationneUe . à quelque nouveau peuple du continent, ne seraient pas même des événemens comparables à la simple nouvelle contenue dans les lignes que nous avons placées en tète de ce chapitre. Certes , Tauteur de ce roman , de cette histoire ou de ces mé^ moires , comme il vous plaira de qualifier ce qu'ail fait en ce inoment, aurait pu, sans trop d^effort , et il croit à cet égard avo&. fait ses preuves , trouver pour épigraphe une citation un peu plus poétique. Mais , quoi qu^il considère dans celle qu^il a choisie; le triomphe de la science sur le préjugé , le manifeste allégorique des principes politiques du nouveau règne, le syipbole de Père sociale qui commence ^ Finauguration d^un système de gouvernement en harmonie avec les besoins et les lumières d^un siècle civilisé, ou tout simplement les convenances d'un livre qui doit finir puisqu'a

a commencé ; rien ne se présentait mieux ni

plu» naturellement que ces lignes pleines de sem et de couleur locale , compilée» par un s tupide historiographe , qui , sans doute , n'a^^

Tait pas la ^nscience de oe qa'il liTrait a la postérité.

L^inoculation adoptée par le jeune Roi , : ne fût-elle, dans sa pensée, qu^ane précaution hygiénique , elle n^en caractérisait pas moins Fesprit du nouveau règne. Quand même plusieurs autres faits nVussent pas dénoté daire-* ment une intention de réforme y celui-là , du moins , prouvait que Louis XVI ne voulait pas mourir de la même mort que son aieuI; mais cette garantie qu'ail se donna servit peut-être à rendormir sur d^autres dangers quMl fallait prévoir» Rien de plus commun que cette illnnon dans les esprits faibles et bornés : comme les navigateurs , à peine sortis du port, qui^ voyant la mer grosse , virent de bord et se croient presque immortels, s'ib peuvent reprendre terre ; peut-être, témoin de la triste fin de son prédécesseur, Louis se laissa-t«-il trop fa-» dlement prévenir de Tidée qu^un nA est sûr de vivre, «dès qu^il est déjà sûr «de ne pas mourir de la petite vérole.

Quoi quHl ^ scHt , tous les ambassadeurs

avaient dépéché des oetmriers ^pevir anndocer à leurs gouvernemens un fait qui élevait la ooiur de Franee au rang des cours les pins favorables à la propagation des idées nouvelles. Si ce fait n^àkerak pas géogrtfplriquement Vé^ quililHW européen, il en dteaUurait au moins \è9 conditions morales, pnisque maintenant TEurope n^était plsis partagée en puissances pbdlosophiqoes et anti^philosophiques^ partage au moyen duquel elle se iiouTait pondérée sous la fin du dernier règne.

Les mani£estes que les puissances du Nord pourraient lancer ultérieurement contre Itt France , devraient , par 4xmséqoent , changer aussi de nature. Les princes y dues , lecteurs , landgraves , margraves , ou quoi que ce soit qui rime en ffnxtfe , de Fautre e6té du Rhin , ne seraient plus quittes de tous frais dHnsolenee en donnant une tabatière ^ Paat^ir d^uae brochure irréligieuse , brûlée par arrêt- de la Sorbonne, ou d^ua quatrain attentatoire à rhonneur d^une favorite , honneur proavé j du reste, par une détention de trois mois a

ia Basl^; La Czarioe ne HmmycMit plus rien de piquant à mettre la main à une ver-^ M»n russe du Bélisairef et oonunent imagine^ raii^elle jamais une déclaration de principes , qui fût le pendant de cette pompeuse ambas-^ Sade , tra¥ersant la moitié du continent enro-^ péen pour portor le builecin de son augusU vaccine an Tieox patriarcbe de Femey ?

Ce fait si fameux dans sa politique impé-^ riale y si éclatant, si mouvementé , arait même perdu toute sa valeur pWlosephiqoe depuis qne. le roi de France avait été inocmié'; et ce même roi , qui venait encore d^appeler Turgot dans ses conseils ■, ftiiseit presqne honte à Ca^ tberine et à Frédéric qui nWaienft jamais on<^ vert aux philosophes français que leurs salles à maïiger et leurs académies. Or, du moment qn^l ny avait plus en Europe une seule coi:^ qui pèt élever contre une «nu*e le drapeau de hi philosophie , le séjour de Grimm et de Di<^ deMt avait cessé d^ètre important à Satnt-Pé^ lersbourg , indépendamment des raisons particulières quMls pouvaient avoir de Tabréger.

On les- aliendait donc au Grandval pour la fin de rautomne. Gomme il était pea pro-^ bable que Marcellin, de. son côté) ne pro-fitàt pas de la liberté qu^il avait de rc^venir en France , son retour, qui pouvait être trè$-pro«> chain , inquiétait vivement le baron et sa famille 9 restés encore sans aucune nouvelle de Suzanne. On en parlait peu au Grandval , à cause des visites continuelles de plusieurs personnes étrangères à la Sjmagogue ; et sans doute aussi parce que c^étoit un triste entretien pour tout le monde; maiS) en secret ^ il était bien décidé que y si dans huit jours oette incertitude durait encore ^ on se ris-* querait à violer enfin la retraite de madame d^Épinaj.

Car nonnueulement les Encyclopédistes n^avaient rien de plus à cœur que de voir Su-r zanne beureuse, pour elle-même, grâce au tendre intérêt qu^elle avait su leur inspirer ; mais leur amour-propre , leur gloire même de sectaires se trouvait maintenant engagée au succès d'un projet que tous les autres partie

avaiéDi sacoessivement traTerséé Jugeant bien que les deox jeunes gens qu^ils avaient disputés a Dieu et an monde y passeraient , à tort ou à raison , pour leurs élèves , ils oonsidéraient dans leur union » d^abord le triomphe d^une philosophie toute polémique, dont les deux i|ns principales étaient le nivellemejul des.eon* ditions et Panéantissement de. J^autorité religieuse ; ensuite , et si par hasard oette union était heureuse j la. consécration du dogn^e de la morale intérieure qui abaissait les exigepces de Tordre général devant la saiiUetë des peuchans individuels*

Cétail donc on tig^beaq succès de pair tique celui auquel les Holbachiens ponvaient encore prétendre ; d^autant plus beau que désormais ils seraient seuls pour y travailler. Aucun am<* bassadeur n'avait mis le pied au Grandval depuis le nouveau règne ; les parlemens restaurés affectaient surtout de tourner le dos à la phi-* losophie ; et M. de Béqiiigny avait même répondu fort sèchement à une lettre du baron qui le priait de sUntéresser à la mise en lii

de Jerinvh des Crmiplères et ée Sinun Gar^ goille y tnAmsAU^ pour avcHir répété ea pré** senee du Bm qoekpies mots de la polili^ qi»r da Teanple ; madame Necker^ jalouse de FéiévatMHi de Turgot^, était trop occupée de iairt des partisans à saia mari pour renooM ses rdatioos a.vee le» Encyclopédistes* L^aln senoe du dheiralier de Trénitz leur enlevait eneore une faculté trè^-active et très-intelli-» genf e : on se souveiiait de lui f surtout depo» deux jours y car la vieille maîtresse du duc de La Yriflière était mourante^ ef le ministre avait conservé ses fonctions y et surtout le be-^ som de les exercer, quoiqnfil eût déjà débuté ait service de- Louis XVI parle déÊeieux raaui^ dat de faire entrer en religion madame D«barry.

— Qui est-ce qui a tu les ver$ de Dorât sur Pinocàlation du Rtn? demanda le baron , cber* chant à exciter une dispute. littéraire |iouf donner le change *à ce sujet de conversation qui rappelait trop MarceUift et Sutanne^

-^Moi, répondit Cfaampfort, et, à mon

Avi»! raiîteuf n?a rietoi ùàt de pire) qamque rAçadéftiie ait eounoDMié un de sa» ouvrages.

-r- BeauccMip de personne» 9 dit 1» |pros homme dont reJ&téricui* annonçait un^révé^ rend père, et qui-n^ëtait rien moia» que le chapelain du château; beauceopdepersoûneS) et je dis des pius respectahlcs , estuneat «mssi que le Roi ne pouTait rien faire de. ptre^ dans le premier n^ota de son . règne , que de prendre une couleur de parti ^ puisque tant il y a que la Tacdne est un parti dans Ffitat } et que de trancher net par son exemple use question déférée jadis aujL Pàrlemens, et renvojce par eux aux théologiens delà Serboéne. .

<— CroquO'^DiMi ! s^écria le^beron^ esWee qee vous seriez, y par hasard , une de cee peescmnes reapeetables , tous qui nous rapporter, siée* votemeet leur^ di^éaiiceBÎ

— r Jésus Maria ! r^>ondit le. chapelain, en se refrognant comme un escflfrgei qui vient d^alonger ses lorgnettes mucilagineuses jusqu^à le rencontre d^un.cqrps dur;, estrceua ignorant td que nàm t un modeste euré à porti<n» eoii««

grue i qai se permeliraît d^avoir une opimon sar de» matières si relevée» ^ je pij^is même dire si ardues, que les lumières d^un gros bénéficier pourraient à peine y atteindre? ^

— Ce que je vous eh dis^ reprit ie baron, B^est pas du tout pour gêner vok*é opinion , dans le cas où vous en auriez une....

— Je n^en ai point , interrompit Croque- Dieu , et si je pouvais en avoir une , ce serait eelie que Tillustre Bossn*et exprimait si' heu* reusement , devant Louis XIV, en matière de bals et de spectacles : Iljf. a de grands esemr pies paur^^s^U jr a de grandes autorités contre.

— C'est le langage de la tolérance; s'il n^y avait eu que des prêtres comme vous en France, la bulle Unigenitus n*y aurait pas. mb tout en feu; sans compter que nous ne sommes pas entièrement délivres de cette guerre sainte, qui a réveillé le mauvais génie du fanatisme au moment où la philosophie commençait à Passoupir.

— J^ai encore rendu grâce à tnon humble position qui fn'a permis de ne prendre aucun

patti dans ces querelles qui ont affligé PEglise ; ^ n^ayant rien qu^on pût m'enlever, ni les adhé^ rens ni les appelans ne m^ont tourmenté pour me faire déclarer mon opinion.

-— Si bien , dit Champfort, que c^est la pau-» vreté des gens de Totre état qui fait leur sa-» gesse et leur bonheur.

— Leur sagesse , c'est bien possible , répondit Groque<>Dieu ; mais quant à leur bonheur, mon opinion est que tout se compense; et si la sainte Eglise m'eut affligé de quelque gros bénéfice avant la bulle Unigenitus^ j'aime à croire qu'elle m'aurait inspiré ce qu'il fallait faire et dire pour le conserver.

— Comment arrangez-vous cela? lui demanda Champfort , d'intelligence avec ^juo groupe de femmes qu'il voyait postées derrière le chapelain , dans l'intention de lui jouer quelque tour.

— Je dis que, dans le cas supposé, il y a toute apparence que l'Esprit-Saint descendant' surtiBioi.... Ouf ! s'interroropit-il, étourdi par un énorme poids qui , lui tombant sur le cou ,

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déteirmina un salut que probablement il eût aublié de faire au nom de FEsprit-Saint.

— » Fade reirb^ SatanUj s^écrîa-t*il en voyant pendre des jambes de femme sur ses épaules; et il se mit à courir en se débattant au milieu d'aune assourdissante explosion de bravos , de battemens de mains et dVclats de rire, comme saint Antoine dans le fort de la tentation ; quoique, au premier aperçu des pièces, la bayadère qui venait d^enfourcher Croque-Dieu ne parût pas faite pour tenter le moine le plus libertin.

— Hé ! hé ! hé I fit-il quand il fut las de courir, c'est madame d^Aine ; vous croyez donc que je ne vous avais pas devinée à votre espiégl^ie? Connu! connu! .

Néanmoins il commençait à éprouver dans le dos une sensation extraordinaire qui refiroi* dit tout-à-coup sa belle humeur, pendant que madame d^Aine, au contraire, consommait sa ikrce dans un rire inextinguible.

— Tirez ! tirez ! tirez ! s^écria Champfort.

» Ah ! maman , dit la baronne , que cette

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