LI-; I5AROX DE LATIONTAX
on [iréteiid ([ue les cleniitret; portent leurs eaux à l'O. : la seconde route, celle de Lahontan, telle ((ue nous l'avons indiquée est d'environ 3 degrés plus au S. Il y a même beaucoup d'apparence cpie ces deux routes sont la même. Les indications que Lahontan dit cpi'il reçut en 1688 de ces Sauvages, du cours d'une rivière à l'O., s'accorde avec celles tpi'a suivies M. d'Anville dans sa carte de 1746, en citant la rivière découverte par le Sauvage Oeliagac. Le dessin (juc les Sauvages tracèrent à Lahontan sur des peaux de cerfs, l'cpréseutait une pareille rivière, hors qu'il la place 2 ou 3 degrés plus au S. ; mais il n'a jamais prétendu garantir la latitude qu'il lui donnait, d'après une carte aussi grossière. Toutes les notions anciennes et modernes acquises depuis la découverte de l'indication des différentes routes proposées en remontant le Missouri, la Eivière longue, le Mississipi même, ou en traversant le lac des bois dans le pays des Sioux, tout s'accorde à supposer une chaîne de montagnes du S. au ]Sr., dont les eaux coulent à l'E. et à l'O. Plus la route qu'on tentera sera dans un pays bas et voisin du Golfe du Mexique, plus le trajet sera long et pénible pour aller chercher au revers de la montagne une rivière navigable d'un cours opposé, et enfin plus on s'exposera à traverser les terres dont les Espagnols sont en possession, ou sur lesquelles ils ont des prétentions. Plus au contraire on cherchera cette route dans le haut des terres et dans le voisinage des sources du Mississipi, plus on s'éloignera des terres espagnoles ; il ne serait pas même impossible que le terrain s'élevant de plus en plus, on ne trouvât les montagnes applanies, comme on le peut présumer de la quantité de lacs dont tout le pays est entrecoupé dans la partie septentrionale du Canada ; c'est de quoi l'Amérique offre plusieurs exemples.
" Quelqu'un de ces lacs peut donner naissance à deux rivières d'un cours oppo.sé ; ' et dans ce cas on pourrait, à la faveur de ce lac, passer d'une rivière qu'un aurait remontée, dans une autre qui descendrait, traverser en canot tout le continent de l'Amérique Se[)tentrionale d'une navigation continue et du Golfe du Mexique ou de la mer du îford, en remontant le Mississipi ou le fleuve St-Laurent, retomber dans une rivière qui conduirait à la mer du Japon ; découverte, sans contredit, plus avantageuse pour le commerce de France, (pie ne serait à celui d'Angleterre le fameux passage cherclu'^ par la Baie d'IIudson, (piand même on l'aurait trouvé.
" Il me conviendrait moins qu'à tout autre de m'étendre sur les mo\-ens qu'on peut emjjloyer pour prouver un heureux succès à cette entreprise. Je me contentei'ai de remarquer qu'elle doit être secrète, ignorée également des Sauvages et des habitants du Canada. On sait les peines et les tracasseries que la jalousie et l'intérêt particulier des compatriotes ont suscité de tout temps à ceux qui ont travaillé aux découvertes dans ce pays ; quand on n'a pas osé s'y opposer ouvertement, on a fait agir les Sauvages. Ces peuples ne consentent qu'avec peine que l'on passe sur leurs terres pour former des liaisons avec leurs voisins ; c'est les dépouiller d'un commerce qu'ils font eux-mêmes, et dont ils sentent tout l'avantage. Il s'agirait de leur persuader que l'objet de l'entreprise leur est utile, pour les engager à concourir à son succès. Les guerres presque perpétuelles qui subsistent entre eux, forment un nouvel obstacle ; ils ne voient pas tranquillement les Français porter du fer et autres munitions offensives à leurs ennemis. Ces peuples (pie nous traitons de Sauvages, ne sont pas si grossiers qu'on se l'imagine communément, et il faut plus de ménagements et de politiques qu'on ne pense pour les amener à ce que l'on peut désirer d'eux. Malgré ces
' Les plus gTaniQs fleuves de l'Amérique méridionale, la rivière des Amazones, l'Orinoque, Rio-negro, ont des communications. Il est probable que le Rio de la Plata communique avec les précédentes par le lac Xarayes. L'Amérique septentrionale fournit d'autres exemples de semblables conimunications.
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difficultés, je crois qu'un très petit nombre de personnes intelligentes suffirait pour tenter cette découverte, pourvu qu'elles n'eussent point d'autre but que l'honneur de la nation et le succès de l'entreprise, et qu'elles fussent subordonnées à un chef qui réunit les qualités nécessaires pour réussir, dont la première est la confiance de ceux qui marcheraient sous ses ordres."
Comme ou le voit, ce mémoire de M. de la Grange de Chézieux contient des arguments assez sérieux. Ecrit par un homme impartial et fort au courant de tous les ouvrages concernant les découvertes sur le continent américain, il est de nature h faire hésiter le chercheur qui, au milieu de toutes ces contradictions et de tous ces démentis, désire fixer son esprit et arrêter un jugement définitif.
L'abbé Prévost, Eyriès, la Grange de Chézieux semblent apporter un grand poids au fait que le voyage de Lahontan ne fiit jamais démenti par aucun de ceux qui l'accompagnaient. Cet argument, à notre sens, ne vaut rien. Lahontan ne cite aucun nom parmi ses compagnons de voyage, qui, d'après lui du reste, ne se composaient que de quelques soldats de sa garnison et d'une troupe de sauvages. Comment veut-on que ces simples manœuvres, coureurs de bois ou trappeurs, ignorants ou besogneux, eussent pris connaissance des écrits du barou qui ne parurent qu'en 1703, plus de quinze ans après l'expédition.
Au Canada, où l'on ne s'occupait guère alors des derniers ouvrages parus en librairie, le livre de Lahontan était conuu pourtant. H ne manquait pas, à Québec ou à Montréal, de gens qui s'intéressaient à toutes les relations qui s'imprimaient en Europe au sujet du pays. Dans le cours de nos recherches, un fait nous a souvent frappé, c'est que dans la plupart des inventaires de successions, dans les familles un peu à l'aise, il se trouve presque toujours quelques exemplaires, parfois même des séries complètes des Relations des Jésuites et du 3fercure français. Les prêtres de Saint-Sulpice, ceux des missions étrangères, de même que les jésuites d'Europe, tenaient leurs confrères du Canada au courant des nouvelles publications. Le 13 mars 1683, par exemple, on voit M. Tronson envoyer à M. de Belmont, supérieur de Saint-Sulpice à Montréal, un exemplaire du livre de Hennepin, Découverte de la Louisiane. Nous avons trouvé un exemplaire du livre de Lahontan dans la bibliothèque de Philippe Boucher, qui fut curé de Saint-Joseph de la Pointe de Lévy, de 1690 à 1721. La mère Duplessis de Sainte-Hélène, supérieure de l'Hôtel-Dieu de Québec, connaissait aussi l'ouvrage du même auteur, et elle écrivait, le 25 octobre 1740, à M" Hecquet de la Cloche, une de ses parentes qui demeurait à Abbeville : " Je suis bien aise que le baron de la Hontan vous ait fait connaître un peu le Canada. Il dit vrai en plusieurs choses, et ment aussi quelquefois en exagérant par trop ce qu'il avance."
C'est là le sentiment d'une bonne et sainte religieuse qui ne voudrait point faire de médisance et craint d'être injuste en disant trop. D'autres n'eurent point tant de ménagement. C'est ainsi que, dans un mémoire du missionnaire Lemaire, daté de la Louisiane le 15 janvier 1714, on lit : " On regarde en ce pays, comme des contes faits à plaisir, ce qu'on lit dans le baron de La Hontan de cette partie occidentale de la Louisiane, et il faut attendre que celle-ci soit peuplée de Français pour découvrir ce qui nous est inconnu de ce pays là.'' '
n semble que, pendant un temps, un mot d'ordre ait été donné quelque part de battre en brèche, à tort ou à raison, les écrits de Lahontan. Aussi, au Canada, où, règle générale, on ne pensait que ce que les autorités voulaient. Lahontan passa généralement pour un romancier.
Que penser, encore une fois, au milieu de toutes ces contradictions"?
' até par Margry, t VI, p. 186.
S'il était possible de retracer les agissements de Lahontan depuis le 24 septembre 1688, jour où il (lit avoir commoncé sou expéditiou, juscju'au mois d'avril 1689, date de sou retour k Michilliurakiuae, les uo'uds de cette téucbrcuse énigme seraient bien vite déliés, ^fais ou ne gardait pas alors dans les postes établis aux contins du désert des rôles de paie ou de présence bien réguliers; cbacun taisait un peu à sa fantaisie. C'était cliose prescpie entendue que l'offic-icr ([ui recevait une commission d'allur commaudor dans nue de ces garnisons lointaines, apportait dans ses bagages autant ilo lettres de congé qu'il lui eu fallait pour faire une traite profitable. CoTument prouver un alibi cpu'lconque à deux siècles de distance? Comment suivit' ;\ la [piste un parti de voyageurs ou une escouade «le soldats se dirigeant vers un point quelconque à des distances considérables ?
L'avocat le Beau prétend f|uc Lahontan fut longtemps malade k Québec et qu'il n'alla jamais plus loin que Montréal, l'uurtant, si cet officier avait été malade, comme on le dit, son nom serait inscrit sur les registres de l'HAtcl-Dicn de (^m'iici', où l'on garde encore les livres des entrées et des sorties de tons les militaires (pii reçurent des soins à cet hôpital sous le régime français.
Il \' a ceci de eertaiii. Lahontan ne reçut jamais aucune mission otHeielle de faire ce voyage. Lorsqu'il partit de Michilllniakinac avec ses soldats, ipii venaient de recevoir leur solde, il alla faire la traite i|Uel((U(.' part. 8'il a rencontré une rivière aussi importante ([ue la rivière Longue, il n'en a jamais rendu compte au gouvernement, ni à Denonville, cpi'il vit à Montréal au retour de son voyage, ni à Frontenac, (|ui fut son protecteur. Il semble pourtant qu'en faisant valoir alors sa découverte, il eut [)u en obtenir de l'avanoement. Jamais, dans le tei.nps, la ncuivelle de cet extraordinaire voyage ne fut connue. Il n'en est question ni dans la correspondance des gouverneurs avec les ministres, ni dans les récits des voyageurs contemporains, ni dans les milliers de lettres qui ont été conservées de cette époque lointaine. Lahontan, lui-même, lorsqu'il implorait sa gnlce des l'ontchartrain auprès des personnages influents, garda l'inviolable secret de sa découverte. Ce n'est que treize années après son expédition (1689-1703), alors qu'il a perdu tout espoir do rentrer dans sa patrie, qu'il fait connaître au monde ce voyage désormais fameux. C'est la tactiqiie que Hennepiu avait suivie lorsqu'il voulut se donner le mérite de la découverte de l'embouchure du ^lississipi.
Quels motifs poussèrent donc Lahontan à faire le récit de cette expédition imaginaire? Reportons-nous à l'épocjuc où parut la première édition de son ouvrage.
Cavelier de la Salle avait découvert l'embouchure du Mississipi, mais ses voyages restaient encore un mystère pour le plus grand nombre. Plusieurs même les contestaient. Les relations de Marquette, de Tonty, de Hennepiu trouvaient des incrédules.
La science, de sou côté, voyait un grand problême géographique à résoudre dans ces mj'stérieuses explorations du centre américain. Découvrirait-on, enfin, ce passage vers l'ouest, qui devait mener aux royaumes du Cathay et du Japon, et qui avait été le but des premières expéditions de Cartier? De même que, de nos jours, on a suivi avec une fiévreuse curiosité les entreprises de Livingstone, de Stanley, de Brazza, cherchant à arracher ses secrets au continent noir, les savants du commencement du xviir' siècle voulaient savoir ce qu'il fallait penser de ces régions de l'Amérique du Xord récemment explorées, de ces grands fleuves, de ces mers intérieures, de ces plaines immenses, et, en particulier, de cette route vers l'ouest depuis si longtemps cherchée et que l'on disait tenir enfin.
La Gazette de Hollande et la Gazette de France avaient tenu le public au courant de ces explorations autant que le permettait alors le système encore embryonnaire du reportage.
Renaudot, surtout, qui rédigeait la Gazette de France, s'intéressait particulièrement aux découvertes de la Salle. Il entretenait à ce sujet une correspondance fort suivie avec l'abbé Bernciii. 11 s'était occupé aussi du méchant livre du P. Hennepin. Le Mississipi était devenu populaire. Les gazetiers de Paris, Renionville, Thoisnard, Argour s'étaient joints à Renaudot et à Bernon.' Ce groupe important avait pris l'affaire en main. De 1694 à 1703, toute l'Europe savante est anxieuse d'avoir des nouvelles certaines de la Salle et de ses compagnons. En 1698, avait eu lieu la première campagne d'Iberville au golfe du Mexique. Ce célèbre marin s'y était rendu une deuxième fois l'année suivante. En 1700, il avait remonté le grand fleuve jusqu'à la nation des Taensas. Dans un troisième voyage, opéré de 1701 à 1702, il avait poussé ses explorations encore plus loin, et, enfin, en 1703, le l'oi de France Tavait nommé commandant en chef de la Louisiane.
On conçoit qu'un voyage en Amérique, paraissant dans ces circonstances toutes spéciales, eût manqué d'intérêt, si l'auteur avait négligé d'y traiter des régions de l'ouest, du Mississipi et de ses affluents. Lahontan sut saisir le bon moment pour jiuljlier le récit de ses aventures. Il était sûr d"uu succès de librairie, ce qui n'était pas à dédaigner pour un baron sans emploi, sans baronnie et sans fortune. Il attirait sur lui l'attention des savants, il se créait ainsi des relations sociales, rentrait dans le mouvement qui poussait l'attention des cours vers l'Amérique, se ménageait des entrées auprès des princes ou des souverains étrangers dont il recherchait la protection. La faim, l'occasion, l'herbe tendre purent l'engager à se donner le mérite d'une découverte imaginaire. Pourquoi n'aurait-il pas recueilli sa petite part des lauriers réservés à la Salle et à ses illustres compagnons? Pourquoi ne se serait-il pas donné lui aussi la gloire du découvreur? Ces pays d'Amérique, il en revenait. Il avait connu Tonty, du Luth, Perrot, la Durantaye. N' était-il pas à Michillimakinac lorsque les restes de la malheureuse expédition de la Salle y arrivèrent au printemps de 1688?
Une autre raison put encore engager Lahontan à raconter ce vo^-age, où il prétendait avoir pénétré plus loin vers l'ouest qu'aucun explorateur connu.
Les explorations des Français d;ins rintérieur du continent américain, avaient stimulé l'ambition des Hollandais et des Anglais. En 1699, ces deux nations songeaient sérieusement à créer des établissements sur le Mississipi et au pays des Illinois. Les Anglais, tenaces, se préparaient à faire une concurrence redoutalde à la France dans ces nouvelles contrées. Ils y avaient été excités pur un homme ([ui ne connaissait ces pays que jiarce (pi'il avait été au service de la France, sous les ordres de Cavelier de la Salle. Cet homme, c'était le réciillet Louis Hennepin, dont le grand découvreur avait bien deviné le caractère le jour où il disait de lui, qu'il éprouvait l'invincible besoin de mentir, pour se faire valoir et se mettre en évidence.-
Après avoir, en 1683, dédié son livre de la Découverte de la Louisiane à Louis XIV, Hennepin en avait donné une nouvelle édition avec des modifications étranges. Il prétendait avoir descendu le Mississipi en 1680. avant la Salle, et l'avoir remonté en (pKirante-huit jours. ('Ct ouvrage avait été uiulliplié à l'intini. (hi l'avait traduit eu allemand, en liolhtn-
' Les gazettes qui se publiaient alors à Paris étaient: la GnzeUe de France de Eenaudot, et les A'btiivaiu- Entreliens politiques, par le Noble, Paris, J. Moreau, 1702-1707, in-12.
Cf. Bibliotlu'qne Nationale L. '-,' et L. C- 58. 11 y avait aussi la Gazette de Hollande, quatre volumes cotés à la bibliotlicque Nationale G. 4292 et 4293.
■ " Le caractère d'Hennepin, dit encore la Salle, est d'exagérer toutes choses. Il parle plus conformément à ce qu'il veut qu'A ce qu'il sait."
dais, en espagnol. Utrecht, Amsterdam, la Haye, Londres, Leydes, Rotterdam, Brème et Bruxelles en répandirent des éditions de tous les formats.
La dédicace qui, en 1683, avait dépassé les bornes de la Hatterie à l'égard de Louis Xl\', avait été remplacée dans la nouvelle édition par une autre où Ilennepin accablait Guillaume III de ses hyperboliques éloges. " Triste personnage, dit Margry, que ce moine qui, feignant d'interpréter les secrets de la Providence, colportait ses iiagorneries d'un prince à l'autre, proposait à un prince protestant la conversion des sauvages, en vertu de découvertes qu'il n'avait pas faites, et invoquait de sa plume sacrilège, pour tâcher de faire croire à ses mensonges, le redoutable témoignage de Dieu ([u'on ne trompe pas."
Les écrits de Ilennepin eurent une influence considérable sur l'esprit des Anglais. Le moine imposteur s'oftrait lui-même à faire partie d'une expédition, et les Anglais songeaient sérieusement (1097) à aller faire les établissements nouveaux fpi'il patronisait avec une verve et une ardeur dignes d'une meilleure cause. En 1698, le roi Guillaume accorda une patente h deux seigneurs anglais qui s'étaient associé trois capitaines de navire pour aller au Mississipi. Ils envoyèrent en Hollande pour savoir siHennepin voulait retourner en Amérique et piloter les navires, comme il s'y était oflert dans son livre. Le moine fut introuvable. Le retour d'Iber^^lle des bouches du Mississipi vint prouver que cet auteur, sur les relations duquel on s'était iié, avait menti d'un bout à l'autre. Ilennepin alla cacher sa lionte quelque part, mais sa mésaventure n'empêcha pas qu'il eût des imitateurs. Il ne mancpiait pas alors de ces explorateurs de contrebande, gens de mauvaise foi, qui écrivaient au coin du feu des voyages qu'ils n'avaient jamais faits, espérant ainsi s'attirer une gloire facile ou des avantages de la cour. C'est à peu près à cette époque que parut la fausse relation de Mathieu Sagoan sur la rivière du Mississipi.
Lahontan, on s'en souvient, alors qu'il espérait rentrer en grâce auprès de son gouvernement, avait écrit à Paris une longue lettre où il racontait avoir rencontré dans les rues d'Amsterdam deux matelots qui disaient avoir des nouvelles de l'expédition du malheureux la Salle. Le ministre fit faire une enquête, et il fut prouvé que le baron avait menti. Pourquoi, en 1703, n'aurait-il pas employé les mêmes moyens que Ilennepin et Sagoan, dans l'espoir d'obtenir du service de l'Angleterre? Aussitôt son livre paru en Hollande, il s'empresse d'en faire faire une traduction anglaise, la dédie à un prince du sang du Royaume-Uni et met bien eu vedette l'intérêt que l'Angleterre a à ruiner le commerce de la France en Amérique. C'est le système qu'avait adopté Hennepiu, et nous sommes tenté de croire que les deux firent la paire.
Mais, dira-t-on, si Lahontan a bâti tout d'une pièce ce voyage imaginaire de la rivière Longue, comment se fait-il qu'il dinnie des renseignements si exacts sur le Mississipi, sur ses principaux affluents et sur la plupart des nations qui vivaient sur ses bords? A l'époque où Lahontan écrivait, il existait déjà toute une bibliothèque de livres et de mémoires sur ces lointaines régions. Rien de plus facile pour lui, par exemple, que de consulter la relation de Marquette, que Thévenot avait publiée dans son Recueil de Vogages paru en 1681. Thévenot, dans ce même recueil, discutait déjà l'exploration de la Salle. La première édition de la Description de la Louisiane de Hennepin parut en 1683. Il en parut de nouvelles éditions en 1688,1697,1698. Lahontan a-t-il pu les ignorer? Il dut rencontrer, du reste, plus d'une fois, ce fameux moine, réfugié comme lui en Hollande. Il n'y a pas de doute encore que Lahontan lut V Etablissement de la Foy dans la Nouvelle-France, du récollet Leclercq, qui fut imprimé en 1691. C'est dans ce livre que se trouvent deux relations du voyage de la Salle
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au Mississipi : l'une du P. Zenobe Membre, l'autre du P. Aiiastase Douaj-. Comme Leclercq, Lahontan se moque des prétendues conversions opérées par les jésuites, et de l'exagération de leurs relations. Il n'ignorait pas non plus le mémoire sur les dernières découvertes de la 8alU', publié par Touty en 1697. (iuoi de plus aisé (pie de broder un voyage à l'aide du récit de ces voyageurs? Lahontan avait vécu dix ans au Canada. Il y avait appris les tentatives de Nicolet en lt)40. N'avait-il pas rencontré du Luth, les Tonty, la Durantaj'e, Perrot, qui connaissaient toutes ces régions? Un esprit observateur comme celui du baron béarnais n'avait tlû rien ouljlier des longs récits des coureurs de bois. Dans ces postes de l'ouest où Lahontan avait servi, on iiossédait depuis longtemps la vague connaissance d'une rivière qui venait de l'ouest. Lamothe-Cadillac, qui fonda Détroit le 24 juillet 1701, raconte dans ses lettres, qu'il y a chez les Sioux une rivière qui s'étend dans les profondeurs des terres sur un parcours de mille lieues. "Cette rivière, dit-il, est liordée de belles prairies, dont on ne voit pas la fin. Sa source n'est pas connue. Elle vient de l'ouestet tombe dans leMississi[ii. On pourrait aller par là à la mer occidentale." Et, plus loin, il ajoute : " En prenant la rivière Saint-Pierre, qui se jette dans le Mississipi, ou peut aller jusqu'à mille lieues dans l'intérieur. Cette rivière est aussi grande et aussi belle que le Mississipi. On devrait atteindre en remontant à sa source une rivière qui coule vers l'est."
M. de la Grange de Chézieux a cru trouver une ressemblance entre les sauvages Tahuglaux dont parle Lahontan et les nations des Tejuago que citent les Espagnols, entre les Eokoros du même auteur et les Aixaoros de Benavidès.' Ce rapprochement de noms a (piebpie chose d'assez singulier, en eftet. Mais il ne faut pas ouljlier ipie Lahontan était du pays de Béarn, qu'il devait être suffisamment versé dans bi langue espagnole, qu'il a fait un assez long séjour en Espagne et au Portugal, et qu'il a pu y lire les relations des voyageurs de ce pays. Quand Lahontan parle des Espagnols, dans son voyage de la rivière Longue, il semble, du reste, avoir quelque Y>en copié Hennepin.^ Le P. Anastase Douay dit, lui aussi, avoir rencontré des nations sauvages qui lui parlèrent des Espagnols. Vingt nations sauvages, raconte-t-il, allaient faire la guerre aux Espagnols, et elles l'invitèrent d'y aller avec eux.
Il ne faut jamais perdre de vue, enfin, que Lahontan a rencontré, en 1688, les compagnons de la Salle à Michillimakimac, et qu'il a recueilli d'eux de précieux renseignements. Dans son prétendu voyage sur le Mississipi, il a bien le soin de ne se rendre que jusqu'à l'Arkansas, où Hennepin était allé. Il y avait là, en 1687, quand le sulpicien Cavelier, le frère du malheureux la Salle, le P. Anastase Douay, le pilote Joutel y passèrent, une maison bâtie à l'européenne, avec une grande croix, sur laquelle étaient attachées les armes du roi de France. Ce fort était commandé par le sieur Couture, qui y vivait avec deux Canadiens. Tonty les avait placés là par ordre de la Salle pour y nndntenir l'alliance avec les nations sauvages, voisines de ces lieux.' Il est bien étonnant que Lahontan ne signale pas la présence de ce fort et de la petite garnison, alors qu"il s'y rendit Tannée suivante. Il nous semble que la rencontre de ces Français au milieu de la solitude du désert dût être un épisode assez frappant de son voyage. Il se contente de dire, imi parlant de l'Arkansas, où il prétend s'être rendu : " cette rivière si bien connue de la Salle et d'autres Français."
' Le pilote Joutel, compagnon de la Salle, parle de la nation des Teao. Un homme de bonne volonté en pourrait faire : Tahuglaux.
- Edition de 1698, p. 87.
■' Hennepin, p. 97, édition de I6S>S, déclare qu'il avait connu particulièrement ce Couture au l'auada. Il avait été, dit-il, du voyage que nous entreprîmes pour la découverte de la Louisiane en 1680.
LE BAliON DK I.AUUNTAN 143
En remontant le Mississipi, Liilioiifaii use de lu môme réserve. Il uv di'passe pas le saut Saint-Antoine, jusqu'où s'était rendu Hennepiu.
Plusieurs ont cru voir dans la rivière Saint-Pierre, (pii traverse le Minnesota, la rivière Longue dont paiic iialionlaii. Dapi-ès ]r \-i)liiiiie des eaux et sa [losition gi'ui>-raplii((ue, disent-ils, ce ne peut être (pie la rivière découverte en 1688. Cette rivière, ([ui prend sa source dans un chapelet de laes sur la frontière du Dakota, coule, en eft'et, entre les 45 et 46 de latitude. Après avoir poursuivi sa course vers le sud-est, sur une distance de 320 milles, elle rencontre un atlluent (|ui porte le nom de /iluc-J'Jiiiili, tourne vers le nord-est, et vient se jeter, au i)out di' 120 milles, dans le Mississijii, près de Mendota. ("est une rivière h pente douce ([ui roule ses eaux au milieu d'une vallée légèrement ondulée. Les steamers peuvent la remonter jusrpi'à 40 milles, à un point où la navigation se trouve interrompue dans les basses eaux par une chaîne de rochers. Les bateaux d'un moyen tonnage pénètrent d'ordinaire en toute saison jus([u';\ 205 milles de son end)ouchnre.
Par une singulière coïncidence il se trouve cpie la rivière Longue, décrite par Lahontan, est située siir sa carte à peu près sous la même latitude que la rivière Saint-Pierre. Le hasard servit bien cette fois le voyageur, qui déclare lui-même n'avoir eu dans tout son voyage qu'un pauvre astrolabe pour prendre la hauteur des terres. Il est bon de savoir, cependant, que jusqu'aux navigations d'Iberville, les latitudes et les longitudes des cartes des régions de l'ouest avaient été données à peu près. D'après ce célèbre nnirin, on mar(piait, par exemple, Michillimakinac par le 289 ', tandis qu'il devait être par le 298 . On numpiait le Mississipi par le 273 ou le 275 , il trouva 284''' 30'. On ignorait même la juste longitude de Québec, que l'on marquait être à 310 ', 'quoiqu'il fût à l'est de beaucoup.
Lahontan eut la chance heureuse do trouver une rivière à peu i)rès sous la latitude qu'il avait indiquée.
Si c'est la rivière Saint-Pierre que Lahontan découvrit en 1688, il est bien extraordinaire, cependant, que Nicolas Perrot, commandant au poste des Nadouessioux, qui en prit possession au nom du roi le 8 mai 1689, en présence du missionmiire Marest et de Lesueur, c'est à dire un an après le voyage du baron, ne mentionne pas le fait de cette découverte. Il rencontra k l'entrée de cette rivière une tribu sauvage (pi'il appelle les Mantantous, et, plus loin, dans les terres, il trouva les Manchokotous et les Sougeskitoux. Où étaient allés les Essanapés et Gnacsitares de Lahontan '? Ces tribus si puissantes, au dire du voyageur, n'avaient pu disparaître sitôt 't
En 1697, un traiteur fameux dans l'histoire de l'ouest des premiers temps, Pierre Lesueur, se rendit par les terres avec (pielques Canadiens juscpi'à la rivière Saint-Pierre à la prise de possession de laquelle il avait assisté en 1689. Lesueur avait épousé la cousine germaine d'Iberville, et grâce à la i^rotection de ce dernier, il était parvenu à intéresser quel({ues particuliers de Paris dans la recherche des mines qu'il prétendait avoir trouvées dans les régions où coule cette rivière. Une compagnie s'était formée, et M. l'IIuillier, fermier général, en fut le premier soutien. Le premier voyage de Lesueur ne paraît avoir abouti à aucun résultat. En 1699, il demanda de retourner à la rivière Saint-Pierre, en pénétrant, cette fois, par l'embouchure du Mississipi. Comme il jouissait d'un grand crédit sur les peuples Sioux, où il avait trafiqué depuis plus de quatorze ans, la permission lui fut accordée. Iberville l'embarqua sur sa flotte avec huit ou dix hommes. Au mois d'avril 1700, Lesueur remontait le Mississipi. Il raconte, dans le journal qu'il a laissé de ce voyage, qu'arrivé à un quart de lieue en deçà du saut Saint-Antoine, il entra dans une rivière qui se
Sec. I., IS'.M. 19.
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jette sur la rive droite du Mississipi, et qu'on nomme la rivière Saint-Pierre. E pénétra dans l'intérieur jusqu'à une distance de 44 lieues, à un endroit où la rivière Saint- Pierre est grossie des eaux d'une rivière qui s'appelle maintenant Blue-Earth, mais que Lesueur nomma la rivière Verte. C'est à 1 lieue de ce confluent que l'explorateur bâtit un fort qui prit le nom de l'Huillier, en l'honneur du principal promoteur de la compagnie. Lesueur passa l'hiver dans ces parages, travaillant à exploiter une mine de cuivre rouge qu'il y avait découverte. H en rapporta 4,000 livres. Au printemps de 1702, Lesueur était de retour du fort l'Huillier, où il avait laissé un Canadien du nom d'Eraque comme commandant. Xous nous sommes attardé à raconter les divers voyages de Lesueur dans les parages de la rivière Saint- Pierre, parce qu'ils sont d'une grande importance au point de vue de la question que nous étudions.
S'il est vrai, comme on le prétend, que la rivière Saint-Pierre soit la même que cette rivière Longue que Lahontan dit avoir rencontrée en 1688, n'est-il pas extraordinaire que Lesueur, qui s'y rendit en 1689, 1697 et 1700, et qui y passa un hiver entier à explorer, ne fasse aucune mention des nations que le baron y rencontra ? Comment Lesueur, qui faisait la traite chez les Sioux depuis plus de quatorze ans. au dire de l'intendant Champigny, a-t-il pu ignorer totalement l'expédition de Lahontan ? Comment les sauvages qui vivaient sur les bords de la prétendue rivière Longue, avaient-ils pu si vite oublier le passage des six canots du Béarnais?
Lahontan, qui était un causeur plein de verve, et qui savait saisir tous les détails dans ses observations de chaque jour, a eu la main malheureuse dans ce voyage de la rivière Longue.
La description des lieux et des villages qu'il rencontre est faite avec des traits si vagues qu'il est pour ainsi dire impossible de les identifier aujourd'hui. Tout est jeté dans un moule banal. Aucunes remarques typiques sur la nature du pays, les bois, les plantes, la chasse, la pêche. H ignore même cet affluent si important de la rivière Verte, que Lesueur rencontre à 40 lieues de l'embouchure de la Saint-Pierre. Quelle différence entre Lahontan et les voyageurs de cette époque ? Voyez le jésuite Marquette, sur les grèves sauvages du Wisconsin, qui cueille les plantes qu'il rencontre sur son passage et les jette au fond de son canot afin de pouvoir les étudier plus à son aise, le jésuite Beaulieu qui, sur les bords du Saguenay, étudie le soir, à la lueur du feu de bivouac, l'anatomie des animaux. Jolliet dresse des cartes, la Salle rédige des mémoires, Lamothe-Cadillac donne du pays des grands lacs des descriptions superbes. Qui a pu égaler Champlain, quand il décrit les endroits qu'il rencontre avec une telle précision de pinceau qu'on les peut reconnaître à la simple lecture de ses ouvrages ?
Chose étonnante ! lorsque Lahontan parle de contrées connues, de ri\'ières déjà explorées, comme le Wisconsin, la Wabash, l'Illinois, le Mississipi. le lecteur peut s'orienter. Entre-t-il sur le territoire de cette fameuse rivière Longue, tout devient mystère : les peuples qui l'habitent sont tellement fabuleux, que lui seul, de tous les voyageurs, les signale : les noms que portent ces nations sont tellement étranges, que personne n'en a gardé la mémoire.
Ce qui a lieu de surprendre encore dans ce voyage, c'est la rapidité avec laquelle les six canots de Lahontan traversent cette immensité de pays. Parti de Miehillimakiiiac le "24 septembre 1688, Lahontan y revenait le 22 mai 1689. Il est tacilc de mesurer sur une carte la longueur du chemin parcouru en aussi peu de temps. Et si l'on songe à la ditficulté des portages, aux tâtonnements inévitables d'un trajet en contrée inconnue, aux arrêts forcés pour
Lr, BARON DH J.AllOJSTAN 147
premlre langue dans les villages, est-il vraisemblable ([uedans le cours de liiiit mois mie expédition semblable ait pu être menée à bonne iin ? Que dire lorsqu'on voit la tlcittille de T^alumtan remonter le eours du Mississipi dejuiis 1rs Arkansas jusqu'aux Illinois, en explorant l'einlmui-inire dt' toutes les rivitTes, t-n un peu moins d'un mois, en iilcine saison printanière, alors que le grand tleuve, grossi par la t'onte des neiges et la crue de ses iKunbreux affluents, coule avec une rapidité si extraordinaire, ((Ue Vou ne ixunait y faire i|ue 5 ou (j lieues par jour en canot, d'après toutes les relations'?
A part ces quelcpies invraisemblances qui sautent aux yeux, il t'aut avouer que Laliontan a su ourdir habilement la trame de S(Ui voyage imaginaire. 11 a bien le soin, par exem])le, chaque fois qu'il traite d'un eoin de pays connu dans cette immense région du Mississipi, de ne dire que juste ce qu'il t'aut, ce (pi'il a pu apprendre des autres voyageurs, ou ce qu'il a pu recueillir dans Hennepin, Douav, Membre ou Tliéveuot. Il ne se coupe jamais dans son récit, et malgré la revision que le texte a subie dans les difi'érentes éditions le fonds reste toujours le même. C'est à peine si l'on peut constater quelques divergences dans les dates. Par exemple, dans les premières éditions, il dit être arrivé le 5 octobre au village des Kikapous ; les éditions postérieures donnent le 9 octobre. Il suit de là que les diverses étapes du voyage sont reportées à quatre jours de différence. Il raconta, en 1703, être entré dans la rivière Longue le 2 novembre 1688 ; les éditions subséquentes portent le 7 novembre. Les dates concordent de nouveau dans toutes les éditions lorsqu'il est question du départ de l'auteur du village des Eokoros, le 21 novembre.
Lahontan a-t-il voulu par là dérouter les chercheurs de l'avenir ? Comment compter avec un persouage de ce calibre ? '
Dès 1715, les géographes français mirent en doute la relation de Lahontan, ainsi qu'on le peut voir par les lettres qu'adressait alors le missionnaire Bobé à l'Isle. Ces lettres ont été publiées dans V Historical Magazine {1^'" série, III, 231 et 232). Sur les cartes qu'il publia de 1710 à 1720, le géographe anglais Ilerman Moll semble croire à la version du voyageur de la rivière Longue. Un autre cartographe anglais, John Senex (1710), après l'avoir acceptée avec beaucoup d'hésitation, tinit par la rcyeter complètement. Daniel Cox, dans sa Carolava (1727), l'adopte sans réserve. La rivière Longue est aussi dessinée sous le nom de Mongoina dans VAthis de roli'e en 1733. Le géographe allemand Homann, de Nuremberg, se laissa lui aussi guider par cette fausse indication. On a vu dans le mémoire de M. de la Grange de Chézieux, que l'Isle, après avoir tracé la rivière Longue sur sa carte du Canada la fit disparaître sur celle du Mississipi. Il dut suivre les conseils de Bobé. Bellin, le cartographe qui a illustré les œuvres de Charlevoix, guidé par ce savant auteur, se donna bien garde de tomber dans les erreurs de ses devanciers. Aussi passe- t-il sous silence la rivière Longue. Il semble que l'on aurait dû accepter cette carte définitive de Bellin. Cependant quelques années après la publication de son ceuvre, la rivière Longue figure encore sur la carte qui accompagne les Extraits raisonnes des Voyages faits dans les Parties septentrionales, publiés à Lausanne, par Samuel Engel. La même erreur se répète dans les éditions de 1765 et 1779, et sur la carte de la traduction allemande de cet ouvrage.
M. Justin Winsor, à qui nous empruntons quelques uns des détails qui précèdent, dit dans sou beau livre Narrative and Oritical History of America, (vol. IV, pp. 257-262), que l'explorateur Carver accepta comme véritable le récit du voyage de Lahontan à la rivière Longue, et qu'il reconnaît en elle la rivière Saint-Pierre, où il pénétra durant l'hiver de 1766-
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17G7. Xons avons parcouru attentivement l'ouvrage de Carver, ' et nous n'y trouvons rien de semblable. Ce voyageur ne mentionne qu'une seule fois le nom de Lahontan dans son livre (p. 220), lorsqu'il traite des coutumes et des habits des sauvages, et encore est-ce pour dire que plusieurs des récits du baron ne sont que des fictions trompeuses (mère delusio7is).
M. "Winsor dit encore que le voyageur Long, dans son Exp 'dition à la Rivière Saint- Pierre, rejette complètement le récit de Lahontan. Dans le livre des voyages de Long que nous avons sous les yeux, il n'est pas question de la rivière Longue. - Il peut se faire que le savant bibliothécaire de l'université Harvard ait voulu parler d'un autre voyageur du nom de Long que nous ne connaissons pas.
Un écrivain des Etats-Unis, M. J.-H. Perkins. qui a étudié cette question, pense que Lahontan entra dans la rivière Saint-Pierre ou Minnesota, qui se jette dans le Mississipi, an fort Swelling, pendant une crue des eaux du grand fleuve, et qu'il apprit des sauvages que l'on pouvait communiquer par cette rivière jusqu'à la baie d'Hudson par la rivière Rouge et le lac Winnipeg, qu'il confondit la mer du Xord ou de ]"Ouest avec celle du Sud et du golfe de Californie. ''
Dans un rapport qu'il présenta au Congrès américain en 1843, Nicolet suppose que la rivière Cannon est celle dont parle Lahontan, et il donna en conséquence à ce cours d'eau le nom de Lahontan. Mais il est impossible que Lahontan ait voulu parler de la rivière Cannon, qui n'a qu'un parcours de 80 milles.
Une revue de notre pays, publiée à Toronto, The Canadian Journal, s'est aussi occupée quelque peu de Lahontan. Dans le fascicule du mois de février 1872,^ M. H. Scadding dit, traitant du voyage de la rivière Longue, qu'aucune personne de bon sens qui voudra réfléchir un instant ne pourra croire qu'il fût possible au milieu des mois de décembre, janvier, février et mars, de conduire une flottille de canots avec des soldats, des guides et desjiorteurs, sur une rivière située dans une semblable latitude. Il ajoute qu'en publiant son livre, alors que la guerre battait son plein entre la France et l'Angleterre, Lahontan a voulu attirer sur lui l'attention et faire une bonne spéculation de lilu-airic. En se taisant auteur, il ne désirait que s'attii'er des faveurs de cour.
Cependant, dans le fascicule de juillet 1872 (n" 76), après y avoir réfléchi de nouveau, M. Scadding semble accepter la version de Lahontan qu'il regrette, dit-il, d'avoir attaquée trop vertement. Les particularités du voyage à la rivière Longue ne lui paraissent plus aussi indignes de foi. L'hiver de 1688-1689 a pu être exceptionnellement tempéré. ^ Le climat des contrées situées à l'ouest du lac supérieur n'est pas aussi rigoureux que dans les régions de l'est assises sous la même latitude. Il est possible, d'après M. Scadding, que
' Tratch Ihrough the interior paris of North Amema, tn the wcars 1766, 1767, and 1768. By J. Oinvr, E«g., captnin of a Company of provincial troops during the late uar with France. London, 1778.
'' Voyages chez différenlen Nations saurageis de l'Atiiérii/ue sepltmrionale,elc.,paT J. Long, trafiquant et inttrprC-te des langues indiennes. Long vint au Canada en 1768, et retourna en Angleterre en 17S7. Nous consultons la traduction de Billecoq, dans les éditions de 1794 et de 1810.
■' Cf. J.-H. Perkins, dans la North American Review (1839), vol. XLVIII, n° 9S, et dans ses Annales de rOiiest publiées à Cincinnati, en 1846, p. 20.
' N° 75, New Séries, vol. XIII, p. 24ii.
* Le voyageur Carver pénétra dans la rivière Saint- Pierre le 25 novembre 1766. Il la trouva libre de glace. 11 s'avança jusqu'à 200 milles dans l'intf rieur, naviguant toujours sur la rivière. Il s'arrêta le 7 décembre et campa au milieu des Xadouessioux pendant sept mois. Ces sauvages, dit-il, ne connaissent pas l'usage de la raquette. Carver revint par le mime chemin, le 7 avril 17tj7.
LE BAIÎON DK LAIIONTAN 149
Liiliiuitaii ;iit reinoiili' jusi[n"à l'ext i'('iiiité ouest du lac (iui-jiarle. FI rroit voir sur la carte qui tut tracée sur uue peau de cert" le lac Big-Stonc. iMitin, il peut se taire que les Essaiiapis soient les Assiniboines, les Gnacsitares, les ("hocktaws, les Eokoros, les Absorokas, que les Anglais appellent Crows.
C'est maintenant une opinion rc(;U(' [larnii les historiens contenqioi-ains des Etats-Unis que Lahontan n'a jamais découvert ni exploré aucun atHuont ilu Mississipi, ([u"il peupla une rivi^re fictive de tribus imaginaires, trompant ainsi les géographes pendant plusieurs années. '
Francis Parkman, celui qui, de tous les Américains, a le mieux connu l'iiistoire de la race française dans le nouvean monde, n'h('site pas à rangt'r le ré'cit (hi prétendu voyage à la rivière Longue parmi les pures fabrications {aheer fabrication). Pour lui les peuplades des Eokoros, les Gnacsitares, les Mozeemlek, les Tahuglaux sont aussi imaginaires que les nations que Swift fait rencontrer à Gulliver. Il trouve que Hennepin et Lahontan font la paire, à cette exception près que Lahontan n'a pas ajouté, comme Hennepin, le vol et le plagiat au mensonge. Le premier s"est contenté d'inventer un prétendu voyage de découverte sur un terrain neutre, tandis que le second a essayé lâchement de dérober ;\ la Salle et à ses conqjagnons, le crédit qui pouvait rejaillir sur eux pour des travaux réels et des découvertes glorieuses.^
Il y a (pielques années les haliitants du Minnesota jouirent, en ^ilein mois de janvier, d'une température printanière et tout à fait extraordinaire pour la saison. Les plus anciens habitants de Saint-Paul-qjrétendirent que cet hiver, si doux, n'était pas sans précédent. On découvrit alors dans les archives de la Société historique du Minnesota, la description du voyage que Lahontan prétend avoir fait dans ces parages pendant l'hiver de 1688-1689. Cet incident avait lieu en 1888.'
Comme dans ces contrées nouvelles, tout événement qui date de plus de cinquante ans est du domaine de l'antiquité, il était naturel que les habitants rappelassent par une solennité quelconque, un voyage accompli il y a deux siècles, à une époque facilement confondue par eux avec les temps héro'i'ques. Des gens Ijien infoi-més firent sans doute compi'endre uti bon peuple du Minnesota qu'il valait mieux ne pas chômer le deuxième centemiire ilu voyage de Lahontan, car il ne fut pins rien dit dans les journaux de ce souvenir historique.
L'Etat du Minnesota a voulu rappeler à la postérité les noms de plusieurs des explorateurs de l'époque française. C'est ainsi que l'on voit sur les cartes récentes de ces contrées de l'ouest, des comtés ou des villes qui portent les noms de Hennepin, Nicolet, la Salle, Jolliet, du Luth, Lesueur ; mais on a eu le bon goût ou le iiair d'ignorer jusqu'à présent le baron de Lahontan.
Nous faisons erreur jusqu'à un certain point. En regardant attentivement sur une carte géographique des Etats-Unis, dans la partie nord-ouest de l'Etat du Nevada, au sud de la limite de l'Orégon et de l'Idaho, le lecteur pourra voir le lac Lahontan. Il ne faut pas croire ce[)endant (|ne ce soit là la grande mer intérieure dont parle le baron dans son voyage à la rivière Longue, et sur les bords de laquelle s'élevaient douze villes bâties de pierre. Le lac Lahontan est un lac antéhistorique. Imaginez plutôt nu grand bassin hydrographique, complètement fermé, et dont les eaux, accumulées dans les parties basses, formèrent jadis le lac Lali(,)ntan, et cela au commencement de l'époque quaternaire, c'est-à-dire il y a quelque
' Americcm Cyclopedia, vol. X, p. 107.
^ La Salle and the Discovery of the Oreat West, by Francis Parkman, Boston, 1887, appendice, p. 458.
^ Dépêche publiée dans les journaux de New-York (2 janvier 1888).
ISO J. -EDMOND ROY
cent mille ans. Depuis, les changements météorologiques ont fait diminuer la quantité de pluie qui tombait autrefois dans ce grand bassin, l"évaporation Ta emporté sur la précipitation, et actuellement le lac Lahontan se voit réduit aux lacs minuscules appelés : Pyramid, Winnemuca, Humboldt, Carson nord et sud.'
D'où vient ce nom de lac Lahontan ? Empressons-nous de dire qu'il n'a aucune valeur historique. Il fut donné, il y a une trentaine d'années, par M. King, géographe américain. C'est ainsi que les savants des Etats-Unis, se souvenant qu'ils appartiennent au peuple le plus pratique du monde, ont voulu rappeler la mémoire de Lahontan, le voyageur imaginaire, eu donnant son nom à un lac aussi hypothétique peut-être que la rivière Longue.
Les femmes d'après Lahoxtax. — Le premier, il colporte la xocvelle que le Canada fut
PEUPLÉ PAR DES FILLES DE JOIE HiSTOIRE DE CORPS DE GARDE. — Le CHEVALIER DE
BaUGT. LeSAGE et son roman DES AVENTURES DE M. RoBERT CHEVALIER DIT DE BeAU-
CHÊNE. RÉFUTATION DES ACCUSATIONS DE LaHONTAN. CoMMENT EST NIÉE CETTE FABLE
RIDICULE. TÉMOIGNAGES DES CONTEMPORAINS. OrIGINE DES CANADIENS.
H ne manque pas de gens en Europe et en Amérique qui croient encore que la colonie de la Xouvelle-France fut peuplée à l'origine par des repris de justice et des filles perdues. Les rois très chrétiens auraient suivi l'exemple de Romulus lorsqu'il voulut fonder la cité aux sept collines. Le Canada du xvii° siècle n'aurait été ni plus ni moins que la Nouvelle- Calédonie de l'ancien régime. Il entre dans ces spéculations beaucoup d'ignorance et presque toujours de la malice. Les plus savants nous citent les commissions qui donnaient à Roberval le pouvoir d'aller fouiller les prisons de France pour y recruter des colons pour son établissement, ou encore, l'exemple du baron de Léry et des détenus qu'il abandonna sur l'île de Sable à leur malheureux sort. Ceux-là oublient que les projets d'établissement de Roberval et de de Léry ne fiirent que des tentatives misérablement avortées, et qu'aucun de ces colons ne prit racine sur la terre d'Amérique.
C'est le baron de Lahontan qui, le premier, fit imprimer et colporta cette fable ridicule, que les anciens colons du pays se marièrent à des filles de mauvaise vie que l'on avait envoyés de France " comme une cargaison vivante sur les navires du roi." H ne fit que répéter les histoires de corps de garde que l'on se racontait à la veillée parmi les troupes, mais il doit en porter toute la responsabilité devant l'histoire. Officier de marine, Lahontan partagea contre les Canadiens tous les préjugés des siens. Les racontars de ce cadet de Gascogne, aigri, frondeur, mauvais sujet, buveur, et querelleur, nous ont fait un tort considérable. Xos ennemis se sont emparés de ces mensonges comme d'une arme, et depuis deux siècles on nous les lance à la figure. Des écrivams aussi sérieux que Parkman s'y sont laissé prendre. - D'autres, sur la foi de gens apparemment bien disposés, les propageront dans les siècles à venir, malgré nos protestations indignées. Comme une sottise peut faire du chemin !
Il n'est pas vi-ai, pourtant, que les sources de cette race française du Canada soient empoi-
' Nous devons ces intéressants renseignements à M?' Laflamme, recteur de l'université Laval. • Parkman : Old Régime in Canada, p. 215.
LE BARON DE T;AnONTAN 151
sonnées, et qne ce petit poiiple, sage et laliorirux, suit lo produit 1iyl)riik' m' <lo repris do justice et de femmes sans nKeiirs.
Non, la Xouvelle-Fraiiee ne tut jamais une euionie péuaie ; les bords du Saint-Launuit ne virent jamais ni forçats, ni faussaires, ni filles de lupanars fonder ces beaux et paisibles villages, qui t'ont aujourd'hui la gloire de l'Angleterre.
L'acte d'accusation du baron de Laliontan se lit comme suit :
"Après la réforme de ces troupes,' on y envoya de France; plusieurs vaisseaux chargés de tilles de moyenne vertu, sous la direction de \ieilles l)éguiiies ipii les divisèrent en trois classes.' Ces Vestales étaient pour ainsi dire entassées les nues sur les autrt-s, en trois ditlërentes salles, où les époux choisissaient leurs épouses de la manièri' ipic le lioucher va choisir les montons au milieu d'un troupeau. 11 y avait de <pn)i contenter les fantas([ues dans la diversité des tilles de ces trois sérails, car ou en voyait de grandes, de petites, de blondes, de brunes, de grasses et de maigres; enfin chacun y troinait chaussure à si)n lucd. 11 u'en resta pas nue an bout de (piinze jours. On m'a dit (pie les plus grasses furent plutôt enlevées qne les autres, parce (pi'on s'imagiiniit (prêtant moins actives elles auraient plus de peine à (juitter leur ménage, et (pi'elles résisteraient mieux au grand froid de l'hiver, mais ce princi^je a tr(unpé l)ien des gens. (Juoi (pTil en soit on peut ici faire une renun-(pie assez curieuse. C'est qu'en quelque partie du monde où l'on transjiorte les plus vicieuses européeimes, la populace d'outre mer croit ;\ la bonne foi que leurs péchés sont tellement efiacés par le baptême ridicule dont je vous ai parlé, ' qu'ensuite elles sont censées filles de vertu, d'honneur et de conduite irréprochable. Ceux qui voulaient se marier s'adressèrent à ces directrices auxquelles ils étaient obligés de déclarer leurs biens et leurs faculti's, avant (pie de prendre dans une de ces classes celles qu'ils trouvaient le plus à leur gré. Le mariage se concluait sur le champ, par la voie du prêtre et du notaire, et le lendemain le gouverneurgénéral faisait distribuer aux mariés un bœuf, une vache, un cochon, une truie, un coq, une poule, deux barils de chair salée, onze éciis avec certaines armes (pie les grecs appellent jf/Ji^^, Les officiers, plus délicats que leurs soldats, s'accommodaient des filles des anciens gentilhommes du pays ou de celles des plus riches habitants "
Ce passage est extrait de l'édition de 1703.' Le récit est encore plus enjolivé dans les éditions subséquentes de 1705 et de 1741.'
Lorsque Lahontan brodait cette histoire, il venait justement d'arriver au Canada. C'était pendant l'hiver de 1683, (|u'il passa cantoinié sur la côte de Beau[)ré. Il parlait donc, sur ou'i-dires, de faits qui se seraient passés vingt ans avant sa venue au pays, lors du licenciement des premières compagnies du régiment de Carignan. Il ne faisait, du reste, (pie répéter les médisances de ses compagnons d'armes, gens fort iieu sympathi(pies aux colons, et que ceux-ci de leur part détestaient cordialement, s'il faut en croire les récits de répo(pie.
Un des camarades de Lahontan, le chevalier de Baugy, qui servit avec lui pendant la campagne de 1687, et (pii fut l'aide de camp du gouverneur Denonville, nous a laissé des mémoires. On voit bien dans ces mémoires, qui n'ont éti' puliliés (pie récemment, que Lahontan rapportait l'histoire courante parmi les soldats de l'époque, et l'on sait que ces
' L'auteur parle du régiment de Carignan, licencié au Canada.
'' L'écrivain fait ici allusion au baptême des bancs de Terreneuve, cérémonie groteS(^ue ciue les matelots faisaient subir à ceux (jui pour la première fois venaient en Amérique. ■' Vol. I, pp. 11 et 12.
* Vol. I, p. 13.
sortes de gens ont tuujunrs aime à médire des femmes et du paysan, en quel(^ue ]iays (ju'ils servent.
" Les gens de ce pays sont tort doubles, dit le chevalier de Baiigy, tenant du sauvage ; grands causeurs qui, pour la plupart, ne savent ce qu'ils disent, la plupart se faisant gentilshommes. Ils ne sont nullement d'accord ensemble, et il faut les entendre parler les uns des autres. C'est à qui se déchirera le mieux. Pour ce qui est des femmes, elles sont, pour la plupart, d'assez bonne humeur ; il ne les faut pas trop pirêclier, à ce qui m"a été dit, pour obtenir d'elles quelques faveurs. Tout ce que je sais, c'est que la plupart sont des donselles venues de France pour peupler le pays ; si l'on peut tirer de là quelque conjecture, elle n'est pas à leur avantage. Cependant, ce n'est pas règle générale, dans le grand noml)re il doit y en avoir d'honnêtes. Les plus honnêtes sont les otficiers venus avec les troujies — pour le reste banqueroutiers ou gens qui ont des affaires, presque tous gens de sac et de c(n-de qui sont venus s'établir." (pp. 151, 152 et 153.)
On conçoit que CCS récits de troupiers, fabriqués dans les soirs d'orgie, eurent le ilou d'exciter l'imagination de quelques écrivains fantaisistes. Quel plus beau sujet de roman que ces razzias de tilles de joie en pleines rues de Paris, leur transbordement sur les navires de l'Etat, leur exil dans les thébaïdes d'Amérique ! L'enlèvement des Sabines n'était que jeu d'enfant h côté de ces mariages forcés, et de ces unions étranges, opérées par ordre du roi, à des milliers de lieues de la patrie, dans un pays sauvage, entre des filles arrachées à leurs amants et des gens de mer ou des coureurs de bois à demi civilisés.
L'abbé Prévost a tiré de là le sujet d'un des plus beaux romans du dix-huitième siècle. Manon Lescaut n'aurait jamais existé s'il n'y eût pas eu de Louisiane.
Lesaare, le fameux auteur de Gil Blas et du Diable boiteux, choisit la Îfouvelle-France piour théâtre des aventures du capitaine de flibustiers Robert Chevalier dit de Beauchêne.'
Prévost broda sur un fond vrai parce qu'il est de fait que le gouvernement français tenta de peupler la Louisiane avec les rebuts de la capitale. Lesage emprunta les princi- .paux épisodes de son récit aux chroniques malicieuses de l'époque, ou il les recueillit de la bouche de quelques-uns de ces nombreux tils de familles que leurs parents envoyaient au Canada aiin de dompter leur fougue, et qu'il fallait ensuite rapatrier aux frais de l'Etat. Laliontan, en réalité, fut le vrai coupable, parce que, le premier, il osa donner l'autorité de la parole imprimée à ces racontars qui, jusqu'à lui, n'avaient couru que dans les cercles de soldats. C'est dans son œuvre que Lesage puise à large main, lors(pril décrit la façon dont se faisait le mariage des nouveaux colons à leur arrivée au Canada.
"Avant qu'on distribue les colons nouvellement arrivés dans leurs quartiers, écrit-il, on a grand soin de procurer à chacun sa chacune, le célibat étant un vrai crime d'Etat dans une colonie. Il faut que les nouveaux débarqués se marient en arrivant à Québec. Ce qui se fait de la manière suivante : La dame Bourdon, directrice ilc la maison où Ton met les femmes qui viennent de Paris, assortit les époux à sa fantaisie. Heureux l'époux à qui elle donne une compagne saine de corps et d'esprit. Ce n'est pas que pour faire recevoir sans répugnance au futur la bénédiction nuptiale, elle ne lui fasse un bel éloge de sa future." Lesage accompagne cette description d'une histoire ridicule, ([u'il suppose racontée par un récollet, qui aurait marié un jour une fille borgne et qui ne mi/ait pas de l'autre œil à un petit tailleur qui ne s'aperçut pas des défauts de la future.
' Avcnlures de M. Robert Chevalier dit de Beauchêne, capitaine de flibuiticrs dann la Nouvellc-Fhince, rédigées par Lesage, 1783.
LE BAEON DE LAUONTAN 1S3
Voilà comment, s'écrit l'histoire. Un troupier, de retour dans ses fo^-ers, raconte ses folles aventures dans rintimité, un romancier s'en empare. La légende se l'orme, et la fantaisie devient, avec les années, une vérité irréfutable.
C'est ici le lieu de réfuter la légende propagée par Lahontan.
Il n'y a pas un homme sérieux qui ait étudié notre histoire sans parti piis, (|ui ne puisse dire (pie tout au Canada prêche hautement le soin particulier avec lequel on fit le choix des éléments de la colonie.
Le fonds domiiumt fut une importation de paysans paisil)les, laborieux, régulièrement organisés sous leurs seigneurs, dit M. Rameau.'
" Les chefs de famille qui passèrent en Canada n'étaient pas tous des gens de naissance, écrit le réeollet Leclercq, mais étaient en France de bons bourgeois de ville, médiocrement accommodés ou des artisans de différents métiers, des laboureurs peu aisés ou des soldats, mais très honnêtes gens de leurs personnes, ayant de la probité, de la droiture et de la religion ; et, quand bien même la disgrâce de la fortune aurait contribué à leur éloignement, ils ne laissaient pas d'être gens d'honneur dans leur état et condition. On y fit souvent passer des personnes suspectes, parmi quantité de gens d'honneur, mais les autorités n'y voulurent jamais rien souffrir d'impie, de libertin ou de mal réglé. L'on examinait et choisissait les habitants, et renvoyait en France les marchandises de contrebande et les 2>ersonnes vicieuses ou marquées."
"On doit rendre cette justice à la colonie de la î^ouvelle-Francc, écrit Charlevoix, que la source de presque toutes les familles qui y subsistent encore aujourd'hui est pure, et n'a aucune de ces taches que l'opulence a bien de la peine à effacer : c'est que les premiers habitants étaient, ou des ouvriers qui y ont toujours été occupés à des travaux utiles, ou des personnes de bonne famille qui s'y transportèrent dans la seule vue d'}- vivre plus tranquillement et d'y conserver plus sûrement leur religion. . .''
Et combien d'autres ont rendu témoignage à la Ijonne réputation dos habitants du Canada? Lahontan, lui-même, malgré son esprit faussé, hargneux et naturellement médisant, a parfois des échappées de vérité. " La plupart de ces habitants, dit-il, sont des gens libres, qui ont passé de France ici avec quelque peu d'argent pour commencer leurs établissements. D'autres qui, ajjrès avoir quitté le métier de la guerre il y a trente ou quarante ans, lorsque le régiment de Carignan fut cassé, embrassèrent celui de rairriculture." '
Les premiers qui vinrent s'établir sur cette libre terre d'Amérique furent des pauvres, gens de mers, ouvriers ou fils de paysans, mais ils étaient honnêtes. Ils vinrent ici pour améliorer leur sort, alors que leurs semblables mangeaient souvent de l'iierlie dans le beau pays de France, s'il faut en croire ce qu'a écrit la Bruyère. S'ils eussent été riches, ils n'auraient iioint quitté leur patrie. Les riches voyagent pour leur plaisir, mais n'émigrent pas. Il n'est pas nécessaire, du reste, pour qu'une émigration soit saine et honnête, qu'elle ne soit composée que des bourgeois ou des grands d'un royaume.
Tels furent les hommes qui, les premiers, vinrent coloniser ce pays.
Ceux qui exerçaient le pouvoir dans la colonie avaient la main à faire strictement observer l'ordre qui voulait que la race de ces colons fût forte et saine, pure de toute alliage. C'est ainsi que le Conseil Souverain décrète un jour que tous ceux qui tombent du mal
' Les Français en Amérique. — Acadiens et Canadiens- ^ Vol. I, p. 11, éd. de 1703.
Sec. L, 1894. 20.
oailne doivent quitter le pays.' Une autre fois il renvoie en France toutes les personnes inhabiles au travail.' Avant de pouvoir s'établir définitivement dans le Jjays, tout colon doit faire un stage de trois ans. Ce n'est que lorsqu'il a prouvé son caractère et ses aptitudes qu'il acquiert enfin la qualité d'habitant. Etre reconnu habitant est presque un titre de noblesse dans cette colonie nouvelle.
Est-il possible de croire que les autorités de la métroixde, désireuses de perpétuer des familles dans cette colonie si j^leine d'avenir, et qui devait être comme un prolongement de la France de ce côté-ci de l'Atlantique, eussent choisi pour compagnes à ces braves gens, les filles des lupanars de Paris? Est-ce ainsi que le roi de France récompensait des soldats qui, pour la plupart, avaient fait les campagnes de Bohême, de Hongrie ou d'Italie ? A quoi devait servir le soin particulier que l'on prenait de choisir les colons de cette nouvelle terre, si c'était pour les jeter dans les bras de filles perdues ? Comment ces hommes libres pouvaient-ils accepter un semblable hymen ?
C'est à l'année 1639 qu'il faut faire remonter un des premiers convois réguliers de filles qui aient été dirigés de la métropole sur la colonie du Canada, dans le dessein de peupler ce nouveau pays. Le Mercure français raconte dans quelles circonstances fut fait ce premier envoi. Ce récit est de nature à justifier les Canadiens des accusations que l'on a portées contre leur origine. Il sutfit de le citer.
" La piété n'a point de bornes, écrit l'annaliste, elle s'étend au delà des mers, et va jusqu'aux extrémités de la terre. Quantité de religieux étant partis les années passées pour amener les sauvages du Canada à la connaissance de leur créateur, le grand fruit qu'ils y ont fait, a donné envie à plusieurs personnes de contribuer à ce charitable dessein, et pour ce sujet l'on tire tous les ans un assez bon nombre de filles de l'hôpital Saint-.loseph du faubourg Saint-Germain de Paris, pour peupler ces terres désertes. Une si sainte coutume ayant donc fait choisir trente-cinq ou quarante filles dans cet hôpital, pour les envoyer à Dieppe, et les faire embarquer sous la conduite d'un capitaine nommé Bontemps, la fondatrice des ursulines, veuve du sieur de Touvois la Frété, voulut témoigner le zèle qu'elle avait pour la gloire de Dieu ; elle entreprit la conduite de toutes ces filles, leur associa quelquesunes de ses religieuses, avec intention de leur faire bâtir un couvent en ce pays-là, et pour appuj-er ce dessein, alla trouver la reine à Saint-Germain pour recevoir ses commandements. Elle avait espéré un bon accueil de cette sage et grande princesse, elle ne fut pas trompée en son opinion. Sa Majesté approuva son dessein, loua son courage et sa piété, lui promit que sa libéralité seconderait Tardcur (ju"ellc faisait paraître, et témoigna vouloir ((ue l'Eglise qu'elle bâtirait en ce nouveau monde, fût consacrée à sainte Anne, qui est sa patronne. La flotte dans laquelle elle était, partit de Dieppe le 15 du mois de mai (1639)." ■'
C'est donc de cet hôpital Saint-Joseph que l'on tirait tous les ans quelques filles pour les diriger sur le Canada. Et les personnes que Ton envoyait pour aider aux religieuses à " amener les sauvages du Canada à la connaissance de leur créateur" ne devaient pas être de trop mauvaises mœurs après tout.
Anne d'Autriche prenait beaucoup d'intéi-êt à l'accroissement de la colonie, aussi bien
' JugernentK et Dêlihéralionii,\o\. I, p- 114.
'' fh'id., vol. I, pp. •-'03-204.
■' Vingt-troisième tome du Mercure franrui.t, ou Suite de l'Histoire de notre Temps, sous le rigne du Tris Chre/lien Bon f't France et de Navarre Louis XllI, 'es aimées 1039 et 1640. A Paris, chez Olivier de Varennes, rue Saint-.' acques, au Vase d'Or, MDCXLVI, pp. 333 et 334.
LE BAllON l)K LAIIONTAX 155
que plusieurs des principales dames de la cour. Elle fit dirio;er de nouveau l'ii l(ir)4 un certain nomlire de tilles vers le Canada. "Ce jjrintemps, écrit le T. le deune, la Reine y envoya qui'l([Uc nond)re de tilles tort honnêtes, tirées des maisons d'honneur. On n'en reçoit i^oint d'antres dans cette nouvelle peuiilade. .Pesais d'assurance ([ue dix-huit ans se sont (écoulés, sans c|Ue le niaîlre des hautes (cuvres ait l'ait aucun acte de son métier, sinon sur deux vilaines, (pie l'on hannit après avoir été pnblii[uement fustigées. Tant que ceux (pli tiennent le timon défendront aux vaisseaux d'amener de ces marchandises de contrebande, tant qu'ils s'opposeront au vice et ([u'ils teront régner la vertu, cette colonie fleurira et sera bénie de la main du Très-Haut." '
Un autre convoi de trente-deux lilles arriva eu 1659.
Voilà ce qui fut fait sous le régime des compagnies, et la c(donie n'eut pas à se plaindre de la (pialité des émigrants qm lui arrivèrent alors.
A partir de 10t)2 jus(pi";i 1IJ70, on peut retracer d'année' en année le nombre des filles qui vinrent au Canada, leurs noms, leurs qualités, leur pays d'origine, leur état de fortune, à quelle famille elles appartenaient. Et que l'on rcmarqiu' que ce fut pendant ces huit années que se forma le gros de la population canadienne. Les PP. jésuites, dans leur journal de eluKpie jour, la mère Marie de l'Licarnation, dans ses lettres, le gouverneur et l'intendant, dans leurs correspondances avec le ministre, notent soigneusement l'arrivée de clia([ue convoi. La surveillance la plus sévère est exercée dans le choix des personnes au point de vue physique et moral. Jamais émigration ne fut plus intelligemment organisée. Jamais peuplement d'un pays ne s'exerça avec un soin plus minutieux. Colbert, le grand ministre, présidait de la métropole à la formation de ce peuple nouveau qui devait continuer les traditions de la France de ce côté-ci de l'Océan. Laval et Talon complétaient son œuvre dans la colonie.
Suivons de d;ite en date l'arrivée de ces nouveaux colons.
1662. — 10 août. On attend de jour en jour de France deux vaisseaux du roi, où il y a deux cents hommes d'armes, le reste sont des familles et des gens de travail que le roi fait passer gratis afin que le pays en soit soulagé. {Lettres de Marie de V Inearnation, 156"".)
6 novembre. — Arrivée de M. de Monts et de M. Boucher avec près de quatre cents personnes.
1663. — Arrivée de M. de Mésy et de l'évêque de Laval, avec cent familles composées de cinq cents personnes, avec des avances pour un an pour défrayer les dépenses de leurs terres. [Lettres de lïarie de rincarnntiov, II, 269.)
1664. — 18 août. Le roi, voulant continuer de peupler le pays, envoyé trois cents hommes, tous défrayés pour le passage, à condition qu'ils servent les habitants qui leur paieront gages. Après trois ans de service ils seront en droit de se faire habitants. {Ibid., Il, 274.)
1665. — 2 octobre. Le vaisseau de ISTornuiudie arrive avec quatre-vingt-deux, tant filles que femmes, entre autres cinquante d'une maison de charité de Paris, où elles ont esté très bien instruites. Item cent trente hommes de travail tous en bonne santé. (Journal des Jésuites, p. 235, éd. de 1871.)
— Le roi a envoyé cent filles. Elles sont quasi toutes pourvues. Il en enverra encore deux cent l'an prochain. Il envoie aussi des hommes pour fournir aux mariages. Cette
' Relation de 1654,
156 J.-EDMOND EOY
année il en est bien venu cinq cent, sans parler de ceux qui composent l'année. (Lettres de Marie de l'Incarnation, II, 313.)
1667. — 25 septembre. Quatre-vingts filles arrivées par le Saint-LfMis. (Journal des Jésuites.)
— H est venu cette année quatre-vingt-douze filles de France qui sont déjà mariées pour la plupart à des soldats et à des gens de travail, à qui l'on donne une habitation et des vivres pour huit mois, afin qu'ils puissent défricher des terres pour s'entretenir. H est aussi venu un grand nombre d'hommes aux dépens du roi. Le roi a envoyé des chevaux, cavales, chèvres, moutons, afin de pouvoir peupler le pays de troupeaux et d'animaux domestiques. Il est probable que les soldats resteront ici. Us y trouveront des terres qu'ils n'auraient peut être pas dans leur pays. (Lettres de Marie de l'Incarnation, 18 octobre.)
1668. — Le vaisseau arrivé cette année était chargé comme d'une marchandise mêlée. Il y avait des Portugais, des Allemands, des Hollandais, et d'autres de je ne sais quelles nations. Il y avait aussi des femmes maures, portugaises, françaises et d'autres pays. H est venu un grand nombre de filles et on en attend encore. La première mariée a été la mauresque qui a épousé un Français.' Quant aux hommes, ce sont les gens qui ont été cassés du service du roi et qu'il a envoyés en ce pays. On les a tous mis au bourg Talon, à deux lieues de Québec pour y habiter et le peupler. Le roi leur donne une barrique de farine et de lard. L'on ne veut plus demander que des filles de village, propres au travail comme les hommes ; l'expérience fait voir que celles qui n'y ont pas été élevées, ne sont presque pas propres pour ici, étant dans une misère d'où elles ne peuvent se tirer. (Lettres de Marie de V Incarnation, 196"".)
1669. — 15 mai. Sa Majesté envoie cent cinquante filles 'pour y être mariées. (Lettres de Colbert.)
— octobre. M'"^ Bourdon a été chargée, en France, de cent cinquante filles que le roi envoyé en ce pays par le vaisseau normand. Elles ne lui ont pas peu donné d'ennuis durant un si long trajet — car comme il y en a de toutes conditions — il s'en est trouvé de très grossières et de très difficiles à conduire. Il y en a d'autres de naissance, qui sont plus honnêtes et lui ont donné plus de satisfaction. Un peu auparavant arriva un vaisseau rochelais chargé d'hommes et de filles, et de familles fournies. Les vaisseaux ne sont pas plus tôt arrivés que les jeunes hommes y vont chercher des femmes, et dans le grand nombre des uns et des autres on les marie par trentaine. Les plus avisés commencent à se faire une habitation un an avant que de se marier, parce que ceux qui ont une habitation trouvent un meilleur parti. C'est la première chose dont les filles s'informent, et elles font sagement, parce que ceux qui ne sont point établis souffrent beaucoup avant d'être à leur aise. Outre ces mariages, ceux qui sont établis depuis longtemps ont tant d'enfants que cela est merveilleux. (Lettres de Marie de V Incarnation.)
* Au rostre de la paroisse de Québec, sous la date du 9 octobre 1668, on trouve en effet que Simon Longueville, fils de Marcel Longneville et de Jeanne Bernard, de Notre- Dame-d'Estable, ville de Montpellier, épousa Espérance-du-Rosaire, maure de nation, qui avait été baptisée en la paroisse de S'-Paul de la ville de Lisbonne, en Portugal.
Le 17 septembre 166S, Octave Zapa;'lia, écuyer, sieur de Ressan, fils d'Achilles Zapaglia et de Dominique Razetti, de la ville de Mantoue, épouse à Québec, Anne Guillemot du Plessis, fille de feu Guillaume du Plessis et de Tiennette Desprès.
Parmi les Portugais dont parle la mère de l'Incarnation se trouvent les ancêtres de la famille Dassilva. Parmi les Allemands, ceux de la famille Molleur (Mûlhor).
LE BARON DK LAIIONTAN 157
H)70. — 27 août. Arrivée de rintciidant Talon avec cent cin(|uaiite filles et un grand iioniliro d'ottioiers et de soldats. Il emmène des chevaux, des moutons, des chèvres. (Ibul.)
— 10 novembre. Il est arrivé, cette année, cent soixante et cin(| filles, trente seulement restent à marier. .le les ai réparties dans des tiimilles recommandahles, jusqu'à ce que les soldats qui les demandent en mariage soient prêts à s'établir ; on leur t'ait [irésent en les mariant de 50 livres en provisions de toute nature et en eftiets ; il faudrait encore que Sa Majesté en envoyât cent cinquante à deux cent pour l'an prochain ; trois ou (piatre jeunes filles de naissance trouveraient à épouser ici des officiers qui se sont établis dans le pays.
Madame Etienne, chargée par la tlirectrice de l'IIApital-Général de la direction des jeunes filles qu'il envoie, retourne en France pour en ramener celles que l'on enverra cette année. . . n faudrait fortement recommander que l'on choisît des filles qui n'aient aucune difformité naturelle ni un extérieur repoussant, mais (pii fussent fortes, afin de jiouvoir travailler dans ce pays, et enfin, (pfclles eussent de l'aiititudi' à qnelqui' ouvrage niannel. .l'ai ('■crit dans ce sens à M. le directeur de l'hôpital. (Lettre de Talon.) '
Ces simples notes, que l'on pourrait appeler les nouvelles à la main de l'époque, nous donnent la date d'arrivée des convois de filles à marier. A l'aide des archives des [)aroisses de Québec et de Montréal, et des greffes des notaires, on peut retracer l'origine, la généalogie, l'état de fortune de chacune de ces émigrées. On y peut lire, comme dans un livre ouvert, sous quels auspices et dans quelles circonstances elles furent amenées à se fixer dans ce pays. Ce travail, qui dépasserait les bornes que nous nous sommes tracées dans cette étude, nous nous réservons de le présenter un jour à la Société royale. îTos origines sont si pures et si bien dégagées de toutes scories, que nous ne craignons pas d'in(lii(ucr les sources nù il est possible de les saisir sur le vif et dans toute leur intimité. Ce qui nous a surtout étonné en parcourant ces dossiers poudreux, c'était de voir quel degré d'instruction possédaient ces filles-, quel empressement les plus hauts dignitaires mettaient à assister à leurs unions et à apposer leur signature à leur contrat de mariage, de quels soins on les entourait, avec quelle délicatesse on cherchait à leur éviter les ennuis d'un voyage aussi long que celui de France au Canada. Le gouvernement français traitait vraiment d'une façon bien extraordinaire ces pauvres filles pei-dues de mœurs et de réputation.
Après avoir trié sur le volet les femmes et filles destinées au Canada, i m les mettait sous la garde d'une personne vertueuse pour les envoyer au pays. La sœur Bourgeois fut souvent chargée de conduire plusieurs de ces recrues. Rendues à Montréal, elle les logeait chez elle. C'est ainsi que dans le recensement de 1667, on voit qu'il y a à la congrégation quatre filles à marier, et dans un grand nombre de contrats il est dit que In future demeurait chez la sœur Bourgeois, ou simplement à la congrégation ; dans d'autres on marcpie exiu-essément que c'est à la congrégation même que le contrat de mariage a été fait et passé.'
' Vide Rameau, p. 283.
^ Presque toutes savaient écrire leur nom, et d'une manière remaniuable, au point <le vue calligrapliique.
■ Ainsi, dans les contrats de niariajie de Mûrie Gouert, venue de la paroisse Saint Sulpice ù Paris (27 mai 1C67), de Geneviève Lesnai, qui épousa Pierre de Vaucliy (18 nov. I<iti7) ; dans celui d'Anne-Marie Fannexesce, d'Hambourg, il est marqué qu'elles demeuraient cliez la sœur Bourgeois. Marie Fannexesce, fille de qualité, dont le père avait été capitaine dans les troupes impériales, épousa à Villemarie, Hubert le Roux, fils d'un notaire royal de Vitry-le-Français i7 nov. 1673). Entre autres contrats de mariage, faits et passés à la congrégation, nous avons celui d'Elizabetli Haquin, avec Antoine de Courtemancbe, dit Joli-Cœur, auquel assista toute la noblesse du pays (4 nov. 1()66) ; les contrats de Jeanne Layset, avec Jean Beaucbamp, de la Rocbelle (4 nov. 1666), de Marguerite Tesnard avec Charles Boyer, du bourg de Valse, diocèse de Poitiers (23 nov. 1666) ; celui de Jeanne Colet avec Mathieu Binet dit l'Espérance du village d'Epernay en Picardie (5 nov. 1668) ; de Jeanne Fauconnier, d'Orléans,
1S8 J.-EDMONI) ROY
Le convoi spécialement destiné à Québec était tantôt sous la garde de M""' Bourdon, la femme de l'ancien procureur général de la colonie, tantôt sous celle d'une directrice des hôpitaux de Paris. M"" Bourdon logeait aussi ces tilles chez elle, comme le faisait la sœur Bourgeois.
Lahonlan et Lesage se moquent de ces vieilles duègnes prudes qu'ils comparent aux conductrices d'un troupeau do chair humaine. Mais n'est-ce pas le système des matrones adopté par les gouvernements modernes d'Amérique dans des circonstances analogues ? Les méthodes se succèdent, mais se ressemblent toujours par quelque côté.
Les rois ti'ès chrétiens encourageaient de la façon la plus généreuse les mariages de ces filles. Chaque contrat comporte la dot du roi, qui consistait en une somme d'argent fixe, des bestiaux, des instruments de culture. Le mari fournissait le homestead acquis dans les conditions les plus avantageuses et bien souvent à simple titre gratuit. On favorisait, du reste, avec une égale libéralité les mariages des fils de colons nés dans le pas's. En 1668, le roi écrit à l'évêque de Laval d"user de son influence pour que les garçons se marient à dix-huit ans et les filles à seize, et l'année suivante il assigne annuellement 3,000 livres, afin d'accélérer ces unions. Il mande à ses officiers de donner de ce fonds 20 livres de gratification à tous les garçons qui se marieront à vingt ans et au-dessous, et 20 livres à chaque fille qui s'établira au plus tard à l'âge de seize ans. C'était ce qu'on appelait le présent du roi. En 1670, une peine pécuniaire était édictée contre les parents qui négligeaient de faire marier leurs enfants quand ils étaient parvenus à cet âge. De six mois en six mois, ils étaient tenus de se présenter au greiie afin de déclarer pourquoi leurs enfants n'étaient point encore mariés. En 1700, le roi accorde encore 3,000 livres pour doter soixante filles, à raison de 50 livres chacune.
Y a-t-il quelque chose dans ce système qui puisse choquer les mœurs ou les sentiments des plus délicats ? Que l'on compare les méthodes de cette époque avec celles qui furent employées pour coloniser l'Ontario et les provinces de l'ouest. Les plus malveillants ne pourront s'empêcher d'admirer la sage prévoyance et la largeur de vues qui présidaient à ces unions.
En 1670, il fut constaté que les filles tirées des villes n'étaient point aptes à supporter les rudesses de notre climat et les misères des commencements d'une vie de colon. Colbert écrivit à ce propos une lettre à l'évêque de Laval, et l'on se mit à choisir les nouvelles recrues dans les villages, aux environs de Rouen, et dans trente ou quarante paroisses aux alentours.
C'était assurer du coup au pays une population saine et robuste. En eflet, la race des gars et des filles de Normandie n'a rien qui lui soit comparable.
Les auteurs qui ont déjà traité de nos origines, ont souvent cité les témoignages d'écrivains contemporains, afin de réfuter les sottes assertions des Lahontan et des Lesage. Il est juste que nous groupions dans cette étude consacrée à l'accusateur toutes les preuves qui peuvent le confondre.
Interrogé en France, sur l'état moral de la population du Canada, Pierre Boucher, un des plus anciens et des plus respectables habitants du pays, qui fut gouverneur de la ville de IVois-Rivières, disait :
" Voici encore une question qui m'a été faite, savoir, comme on vit en ce pays ; si la
avec Antoine Dufreane dit Saint-Antoine, natif de Saint-Véry en Picardie (21 novembre 1668). Cf. Greffe de Bénigne Basset cité par Faillon.
justice s'y rend ; s'il n'y a ixiint do liKcrtinuirc, ou iiu'il y jiussc, dit-on, i[u;intitô de <,^arnemciits et de tilles mal vivantes.
". . . . Il n'est pas vrai cju'il vienne iri de ees sorties de lilles, et ceux (|iii en parlent de la façon se sont grandement mépris et ont pris les îles de Saint-Christophe et de la Martiinipie pour la Nouvelle-France. S'il y en \'ient ici, on ne les connait point pcnir telles ; car avant que de les emharquer, il tant qu'il y ait ((uel([ues-uns di' leurs pai'cnts ou amis (pii assurent qu'elles ont toujours été sages. Si, par hasard, il s'en trouve i(uelques-unes, de celles qui viennent, (pii soient décriées, ou que pendant la traversée elles aient eu le hruit de se mal comportei-, on les renvoie en France.
" Pour ce ({ui est des garnements, s'il y en passe, c'est ({u'on ne les coiuiait pas : et, quand ils sont dans le paj's, ils sont obligés de vivre en honnêtes gens, autrement il n'3' aurait ]ias de jeu pour eux : on sait aussi bien pendre eu ce pays qu'ailleurs, et on l'a fait voir à qui'lqiu's-uns ipù n'cmt pas été sages." '
Ceci était écrit en 1663, et couvre toute la ]i('i'io(h' du n'gime des compagnies depuis la fondation do la colonie.
La mère André Duiiiessis de Sainte-Hélène, supt'rieure de l'Ilôtel-Dieu de (inébec, une femme des plus remarquables, fort lettrée et très spirituelle, écrivait en 1702, en parlant du [icuplciuent origimiire île la colonie :
"■ Un certain nombre de ces tilles étaient des demoiselles de (pudité, sans bien ; d'autres appartenaient à de bonnes familles qui, étant chargées d'enfants, les envoûtaient dans ce pays, dans l'espérance cpi'elles y seraient mieux pourvues; et eniin, on en tira beaucoup de l'hôpital dt' la i'itié à Paris, ovi elles avaient été Inen élevées dès leur bas âge."
" Quant aux filles qu'on y envoyait pour les marier avec les nouveaux habitants, écrit Charlevoix, un auteur qui avait longtemps demeuré dans le pays, on eut toujours soin de s'assurer de leur conduite avant que de les embarquer; et celle qu'on leur a vir tenir dans le pays est une preuve (pi'on y avait réussi. . ."
L'avocat le Beau, (pii vint au Canada en 1729, traitant di; même sujet, s'attaipie directement à Lahontan :
" Il y eut, dit-il, plus de trois cents hommes de Carignan (pii s'établirent dans le i)ays, non pas avec des filles de joie, comme le jirétend le baron de Lahontan, mais avec des filles et des femmes qui étaient en France k charge de pauvres communautc's, d'où on les a tirées, pour les conduire de leur plein gré en Canada. C'est une chose que j'ai apiirise sur les lieux par des personnes de probité et dignes de foi : comme du R. P. Joseph, récollet canadien, et d'autres vieillards qui ont presque touché à ces premiers temps. Aussi, Lahontan, si sujet à caution dans tous les points capitaux de son ouvrage, ne doit pas faire prendre pour vérité des calomnies si injurieuses à l'honneur des Canadieinies. II n'en aurait pas pu dire davantage de la Louisiane, où chacun sait que l'on a envoyé beaucoup de filles du caractère sur lequel il parait prendre tant de plaisir à s'étendre." "
Que l'on ait fait jadis des battues dans les rues de Paris pour y raccoller des pauvres et les embarquer de force pour le nouveau monde, cela ne peut faire de doute. De tous temjis, les agents d'émigration, alléchés par les fortes primes offertes par les compagnies ou par les
' Histoire véritable et nathrelle den Mccurs et Prodxwtions de la Nouvelle-France, par Pierre Boucher, dédiée à Colbert, 1663, édition canadienne, pp. 153 et 154. ',^Voyages\Ae le Eean, t. ], p. H.
2;ouveriiemeiits, ont cherché à grossir leurs envois de siijets peu propres. Pour eux la quantité Feraporte, ils ne se souviennent guère du reste.
"... Parmi les honnêtes gens, il nous vient parfois de terrible racaille," écrivait la mère de rincarnation, le 7 septembre 1668. " Il e.st vrai nu'il vient ici beaucoup de monde de France, et que le pays se peuple beaucoup, dit-elle une autre fois, mais parmi les honnêtes gens il vient beaucoup de canailles de l'un et l'autre sexe, qui causent beaucoup de scandale." '
Nous avons déjà dit quel triage sévère se faisait, une fois les émigrés rendus an [lort de Québec. Le Conseil Souverain n'hésitait pas à faire retourner en France tous ceux qui ne pouvaient justifier d'un bon caractère ou de ressources sutfisantes. La colonie n'avait pas besoin de bouches inutiles. On voulait de bons travailleurs et d'honnêtes gen.s. Quant aux mauvaises femmes, quant à celles même dont la réputation était donteuse, ou dunt les antécédents ne promettaient rien, il suffit de parcourir les archives du Conseil pour constater de quelle manière elles étaient traitées. Jamais justice ne fut plus expéditive et plus rigoureuse. Qu'on lise, par exemple, l'arrêt général qui fut rendu le 5 avril 1675.^ Nous ne citons que celui-là, mais il en existe une cinquantaine du même genre.
La métropole, de son côté, prit les mesures les plus sévères pour empêcher les abus qui pouvaient se commettre. Un arrêt de la cour du parlement de Paris, du 18 avril 1663, défendit, sous les peines les plus sévères, d'enlever aucunes personnes sous quelque pirétexte que ce fût, même celui de les envoyer en Amérique. Nous avons sous les yeux le texte de cet arrêt, qui est fort peu connu, et nous le publions en appendice.
Que nous ayons eu quelques mauvais sujets, que des banqueroutiers soient venus s'établir au Canada, cela est fort possible. Les pays nouveaux ne sont pas plus exempts des misères humaines que les contrées depuis longtemps établies. Il est certain même que la colonie hérita de ]ilusieurs faux sauniers qui y furent envoyés par ordre des autorités. Mais un homme pouvait tromper la gabelle, chercher à se protéger contre les exactions du fisc, sans pour cela devoir être rangé au nombre des mauvais sujets. L'exception, du reste, n'a jamais fait la règle.
Il existait autrefois à Bayonne une coutume assez curieuse. C'était de faire habiller, chaque année, cinq ou six mendiants par la ville, et de les envoyer ensuite à la pêche à la morue à Terreneuve. Il ne suit pas de là que tous ceux qui faisaient la pêche dans ces parages étaient des mendiants et des vagabonds.
Que quelques mauN'ais sujets, banqueroutiers, faux sauniers, ou filles de joie, soient venus au Canada, personne ne le peut nier, mais ce furent des marchandises de contrebande. Il reste un fait acquis, c'est que le fond dominant fut tel qu'on le pouvait désirer dans la formation d'un nouveau pays.
Il n'est pas étonnant que le baron de Lahontan, (|ui entretenait de si forts préjugés sur les origines de la colonie canadienne, ait parlé d'une façon fort peu respectueuse des femmes du pays. Elles étaient, s'il faut l'en croire, de mœurs faciles. " On y est dévAt en apparence, écrit-il, car on n'oserait avoir manqué aux grandes messes, ni au.x sermons, sans excuse légitime. C'est pourtant durant ce temps-là que les femmes et les filles se donnent carrière, dans l'assurance que les mères ou les maris sont occupés dans les églises." ^ Il raconte
' Lettre 189, II, p. 377 ; Ibid., II, p. 437-
- Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, vol. I, p. 966.
' Vol. II, p. 74, édition de 1704.
LE I5AU0N DE LAllONTAN 161
aillcnrt*, i\ propos de la foire qui se tenait chaque année à Montréal, une histoire invraisemblable au sujet des relations que les femmes de cette ville auraient entretenues avec les aborigènes.'
Laliiintan. qui était céliliatain', nié|irisait les feiunics par parti pris. Il ne croyait pas que la vertu leur fût possible. Qu'il soit au Canada, au l'ortugal ou eu Espagne, il ne voit partout que des maris trompés, des intrigues amoureuses. Tour lui, toutes les femmes sont des Manon Lescaut, et tous les hommes des Georges Dandin. L'homme qui possède une pareille disposition d'esprit est bien malheureux.
Toutes les médisances de ce soldat besogneux ne s'acconlent guère, du reste, avec ce (pi'il dit lui-même de la sévérité avec huiuelle les prêtres di'lendaient toutes réunions soeiales. •'Ce qui fait qu'on se marie facilement en ce pays, dit-il ipiehpie i)art, c'est la difhculté de pouvoir convei'ser avec les personnes de l'autre si'xe. Tl faut se déclarer aux pères et mères au bout de quatre visites qu'on fait à leurs tilles, il t'aut parler de mariage ou cesser t(iul commerce, sinon la médisance attaque les uns et les autres comme il faut. ( )ii ne saurait voir les femmes sans qu'on en parle (h'savantageusement, et ipi'on traite les maris de commodes; enfin, il faut lire, boire ou dormir, p(Uir passer le temps eu ce païs-là.""
Dans un autre endroit, le baron rend encore un témoignage plus juste:
" Le sang du Canada est fort beau, dit-il, les femmes }■ sont généralement belles, les brunes y sont rares, les sages y sont (•ommunes ; et les paresseuses y sont en assez grand nondtre ; elles aiment le luxe au dernier point, et c'est à qui mieux [irendra des maris au piège." ^
Quant aux inti-igues avec les aborigènes, Laliontan a menti de prcqios délil'éré. C'est un fait connu et constaté par tous les anciens qui ont écrit sur le Canada : les Indiens d'Amérique n'éprouvaient que du mépris pour les femmes l)lanches. Les femmes n'ont rien à appréhender d'eux, dit la mère de l'Incarnation. ' D'un autre côté, Tangua}', (pii a compulsé un million deux cent vingt-six mille deux cent trente actes de nos registres, a relevé quatre-vingt-quatorze mariages entre des blancs et des femmes indigènes, dans l'espace de deux siècles. Ces chiffres sont plus éloquents que toutes les démonstrations que nous pourrions faire. Ils sont de nature à faire disparaître bien des préjugés. Combien eroient encore ipie la population franco-canadienne est formée jiour la plus grande partit' de sang mêlé':' Les descendants de ces quelques familles dans une nation composée de deux millions d'âmes sont un élément à peu près imperceptible. Pariun pro inhihi repiitntiii:
Que dans les avant-postes, jetés sur les limites de la civilisation, il y ait eu, autretbis, des désordres et des nueurs déploraljles, nous ne pouvons pas le nier. Les coureurs île bois, les batteurs d'estrades, les soldats et les ofHciers cantonnés dans les garnisons perdues au milieu du désert avaient la vie large et facile. Le père jésuite Carheil, qui vécut longtemps au poste de Michillimakinac, nous a laissé une peinture fort peu flattée de ces temps :
" Une des principales occupations des garnisons, dit-il, est de faire de leur fort vui lieu que j'ai honte d'appeler par son nom, oîi les femmes ont appris que leurs corps pouvaient tenir lieu de marchandises, et qu'elles seront mieux reçues que le castor, de sorte que c'est présentement le commerce le plus ordinaire, le plus continuel et le plus en vogue. . . . Tous
' Vol. I, p. 65.
^ Vol. II, pp. 78 et 79, édition de 1704. ' Mémoires, édition de 1704, p. 81.
* Lettres, t. II., p. 4.
Sec. I., 1894. 21.
les soldats tiennent table ouverte à toutes les femmes de leur connaissance, dans leur maison. Depuis le matin jusqu'au soir, elles y passent des journées entières, les unes après les autres, assises à leur feu et souvent sur leur lit, dans des entretiens et des actions propres à leur commerce. . ." '
Ce que dit ici le père Carheil ne s'applique pas, cependant, aux établissements plus importants, où régnait, au contraire, la plus grande sévérité dans les mœurs, au dire de tous les écrivains contemporains.
" A l'appui du tribut rendu à la pureté des mœurs des premiers Canadiens, nous citerons, dit l'historien Ferland, une autorité qui ne peut être soupçonnée de flatterie : ce sont les registres de Notre-Dame de Québec, où turent inscrits presque tous les baptêmes qui se tirent dans le gouvernement de Québec, jusque vers l'année 1672. Sur six cent soixante et quatorze enfants qui turent baptisés depuis l'an 1621 inclusivement, jusqu'à l'année 1661 exclusivement, on ne compte qu'un seul enfant illégitime." '
L'abbé Tanguay. qui a poursuivi des études du même genre, a fait un relevé des naissances dans toute la colonie. De 1701 à 1770, sur un total de 165,194 naissances, il a trouvé 163,828 enfants légitimes et 1,366 illégitimes, ce qui donne une proportion par 1,000 de 8-03. De 1771 à 1870 inclusivement, sur 2,057,290 naissances, la statistique, tel que compulsée par le même écrivain, donne 2,037.716 enfants légitimes et 19,574 illégitimes, ce qui fait une proportion de 9'05 par 1,000.
Ces chiflres sont vraiment éloquents lorsque Ton songe que, d'après Marbeau, on compte à Paris un enfant illégitime sur trois naissances.
Conclusion. — Appréciation générale sur Lahontan et son œuvre.
Arrivé à la fin de cette étude, où nous avons essayé de réunir toutes les pièces qu'il était possible de recueillir, suit dans les archives soit dans les anciens auteurs, nous ne savons trop quel verdict le lecteur rendra sur celui qui en est l'objet. Lahontan a été bien diversement apprécié. Les uns l'ont attaqué avec une opiniâtreté qui peut paraître parfois extraordinaire, les autres l'ont défendu avec non moins de persistance. Le dossier de l'inculpé paraît maintenant au grand jour et il est à peu près complet. Avant que sentence finale soit rendue, résumons en quelques traits ce qui ressort de la carrière et du caractère de ce pei-sonuage multiple.
Un écrivain du commencement du siècle, qui a fait une étude approfondie sur l'armée française de l'ancien régime,^ nous a tracé des ofliciers d'alors un portrait qui a sa place ici. "C'était, dit-il, une génération de petits-maîtres, dissolus, frivoles, étourdis, à l'esprit léger. Devant l'ennemi, il n'y en avait pas de plus braves, et ils étaient toujours prêts à se faire tuer à la tête de leurs soldats. Mais ils ne pouvaient endurer les privations des camps et les dures corvées des temps de paix, sans maugréer et pester."
Lahontan fut un peu de tout cela à la fois. Nous doutons fort cependant qu'il ait jamais été ce que l'on ai)pelle un soldat. Pendant ses dix années de service au Canada, il
' Cité par ilargry, Introduction, cil.
'' Cours d'Histoire du Canada, éd. de 1865, vol. II, p. 14.
' Le général Ixiuis SoFane, auteur de VHittoire de l'ancienne Infanterie françaiiK, Parisi 1S49- 1853, huit volumes in-S°, avec atlas.
jirit part à iUmix campagnes, assista à deux sièges, et lo sort voulut (|u"il nr s"v distinguât par aucune action d"éclat. Il était h Montréal lors du fameux massacre de Lachiiic et ne prit aucune part à la sortie <le la garnison. Enfermé dans Québec pendant \c siège de Pliipps, il est confondu dans la tourbe commune des officiers de second rang, et son nom n'apparaît dans aucune des dépêches de Frontenac, où celui-ci cite tous ceux qui se sont conduits avec valeur. Quand on veut l'envoyer en mission auprès des Iroquois, il préfère la vie monotone et enntiycuse de garnison, et trouve moyen d'expédier à sa place le chevalier d'Aux. Le baron béarnais n'est pas de ceux qui bravent le danger, ou cherchent les aventures périlleuses dans l'espérance d'oliteiùr un rapide avancement. Tl ne se vante pas, du reste, de ses actes de bravoure, ni ne se targui' de son ardeur guerrière. Au contraire, il déclare que " la valeur, oui même la valeur d'un gascon, doit céder h la prudence, et de plus, la sage nature ih>iis ordomie de fatiguer le jaret pour le salut de sa tète." Dans une occasion où il revenait de Michilliniakinac à Montréal, ses gens apiirciinent (pTil y a dans le voisinage nu [larti iriroquois, et il a toutes U's peines du monde à les retenir. Ils veulent s'enfuir sous bois. '• Mais si vous n'aviez pu en venir à bout, qn'eussiez-vous fait, lui demanda-t-on ? " "Ce que j'eusse fait? répond le baron, j'aurais tâché de courir plus fort qu'eux." ' Et, d'ailleurs, que dire de cette sentence dans la bouche d'un soldat : '■ Oh 1 l'excellente nourriture que la peur ! elle donne courage et force ; elle supplée à tous les besoins de la vie, et alors on ne s'aperçoit pas qu'on est un homme, sinon par ce seul endroit qu'on craint de ne l'être plus."
Il y a des soldats modestes, sensés, qui ont le culte de l'honneur, du devoir, de la règle, toujours prêts à combattre, à servir, né demandant rien, contents et presque étonnés lorsque leur vient la récompense, s' abstenant de critiquer les chefs, inviolablement iidèles au drapeau. D'autres, nés pour la guerre, sont braves, glorieux, avides des occasions, impatients de les faire naître, toujours en avant, confiants, brillants, ardents aux honneurs et à la récompense. Il y a aussi, dans les rangs, le contingent des penseurs, des philosophes, des raisonneurs.
Lahontan appartenait à cette catégorie.
Il n'est jamais content, n'a jamais un mot d'éloge pour ses supérieurs ou ses compagnons d'armes. Il est toujours hargneux, toujours critique, et médit de tout. On dirait qu'un invincible dégoût lui serre la gorge, et qu'il a gardé sur toutes choses une rancœur ineffaçable.
Lahontan s'est peint à nous maigre, pâle, triste.'* C'est le type physique que l'on prête d'ordinaire aux tempéraments bilieux et acariâtes. Ajoutons à ces dispositions de nature, que les malheurs domestiques avaient dû déteindre sur ce caractère déjà frivole et léger.
Après avoir maugréé contre les autorités qui, deimis trois ans, le laissaient pourrir d'emiui dans quelcpie village isolé (1684-1687), part-il pour la campagne de Denonville contre les Iroquois (juin 1687), Lahontan trouve que le roi dépense bien mal son argent, qu'il écoute les avis de quelques perturbateurs publics qui cherchent leur utilité particulière dans le désordre général. Pourcpioi troubler ces pauvres Iroquois qui n'en donnent aucun sujet ? Et quand la campagne est commencée, il s' apitoyé sur le sort que l'on fait subir à ces
1 Voyages, éd. de 1741, vol. II, p. 98.
' Loc. cit., vol. I, p. 1 73.
'" Le pommeau des selles du pays, dont la dureté n'accommode pas les gens aussi maigres que moi.-." (Voyage en Portugal et en Danemark, p. 111.) " Les Aragonais sont presque aussi maigres que moi {ibid., p. 213), de lil, vous pouvez juger de leur bonne mine. Leurs visages sont aussi pâles que le mien."
barbares. Il roue de coups les sauvages alliés aux Français qui veulent torturer les prisonniers ennemis. La chose va si loin que l'on est obligé de le mettre aux arrêts, et de faire croire aux sauvages indignés qu'il est ivre et incontrôlable. C'est dans cette même campagne qu"on amène au quartier général un déserteur qui est fusillé après avoir été convaincu d'avoir servi de guide aux Anglais. Laliontan trouve cette punition injuste au dernier degré. Mais sur (pK)i compter eu temps de guerre si l'on ne châtie pas les déserteurs et les espions ?
Il est désolé de n'assister qu";\ des boucheries, et de ce que les officiers sont occupés pendant cinq ou six jours à couper les blés de l'ennemi avec leurs épées dans les champs.
Quand tout le monde blâme la Barre au sujet de la campagne infructueuse de 1684, lui seul trouve que ce n'est pas la faute du pauvre homme, et il s'en prend aux médecins de l'expédition et discute avec eux des maladies et des remèdes au lieu de faire son service.
Commandant du fort Saint-Joseph, avec son talent réel d'observation, il eût sans doute deviné l'importance que prendrait un jour ce poste, nuiis il s'y sent pris d'un invincible ennui et il en déguerpit sans honneur et sans gloire. Au moment même, où désespérant de rentrer dans les bonnes grâces des ministres, Lahontau se préparait à publier ses pamphlets, Lamothe-Cadillac fondait Détroit.
N'ommé lieutenant de roi à Plaisance, Lahontan, au lieu de s'occuper des devoirs de sa chai'ge, passe son temps à la chasse, ou crayonne sur le coin des tables d'auberges des chansons satyriques contre son supérieur qui le veut réprimander.
On raconte que les jeunes hommes du Béarn abhorrent le service militaire pour la plupart, et que le département des Basses-Pyrénées a compté parfois à lui seul la moitié ou même les trois cinquièmes des insoumis français.'
Si cela est vrai, Lahontan a bien été de son sang et de sa race, .lamais homme ne fut moins fait pour le métier des armes. C'est le type de l'indiscipliné dans toute la force du mot.
Il y a eu parmi les contemporains, un militaire du temps du premier empire, qui nous fait songer à Lahontan : c'est Paul-Louis Courier. Comme lui, Lahontan est bilieux, acariâtre, se moque et médit de tout, discute sans cesse ses chefs. Aussi i)eu zélé l'un (pie l'autre jîour le service, tous deux rêvent des poètes et des écrivains au milieu d'une campagne, tous deux font contre la discipline les plus grandes équipées et désertent leur poste au moment du danger. Hommes à coups de tête, rêvant de philosophie et d'idées nouvelles, et négligeant les détails de leur métier, officiers incommodes et dangereux que l'on note, paraît-il, dans les régiments parmi les mal-pensants. Comme Courier, Lahontan se forma h l'étude au milieu de la vie des camps. Il s'échappait du service et des corvées pour lire ses chers auteurs. Médisant des chefs, frondeur, incapable jamais de faire uiu' action d"éclat, sans bravoure et s'en vantant, capable de servir le Grand Turc aussi bien (pir la France, Lahontan eut les goûts, les travers et la méchanceté du grand pamphlétaire, il lui nuini|ua son érudition et son immense talent, et il ne fut qu'un piètre écrivailleur.
Lahontan avait l'esprit nourri de paradoxe et de contradiction. En temps de paix, il veut se voir ;\ la guerre. Est-il à la ville il aspire de vivre loin du monde avec ses livres. Il ne peut jibis demeurer au Canada, " dans ce pays contrôlé par les prêtres et les bigots," et demande à grands cris son rappel. Une fois rendu en France, il peste contre les gens
' Elia<''e Reclus, Géographie universelle — La France, t. IT, p. 94.
LR BARON 1)K LATroNTAiV 165
en place, les avocats, les courtisants. Dans son village, il trouve tout le lunnde idiot et bête, et veut se revoir au milieu des sauvages. Il ambitionne les postes lionoritiques dans le même placet où il fait un plaidoyer pour l'obscuriti'. Il r('clame l'argent prêté par son père à la ville de Bayonne, et envie le sort des Indiens (|ui n'ont pas le sou. Il accompagne ses livres de uTavures anarrliisti's où rimninu' de la nature l'uidi' aux pieds le sceptre t't les l(jis, et il tombe à g^'iioux devant les duchesses pour di^inander sa grâce. Il se moque des t'ourtisans et il se tait plat valet des grands au Danenuirk et en Angleterre. Robespierre, dans son discours sur l'Etre Suprême,' a tracé un portrait des encyclo[>édistes cpii s'appli([ue bien à Lahontan :
" Ces coryphées, dit-il, déclanudent ([Uelipietbis contre le despotisme, et ils étaient pensioimés par les despotes; ils faisaient tantôt des livres contre la cour, et tantôt des dédicaces aux rois, des discours pour les courtisans, et des madrigaux pour les courtisanes; ils étaient fiers dans leurs écrits, et rampants dans les antichambres."
A (pioi tient la gloire ?
Tous les encyclopédistes ont traité Lahontan comme un grand voyageur, et ils ne citent pas même les noms des Jolliet, des Marquette, des Xicolet et des la Vérandrye.
Que dire des livres du baron béarnais ? Le sohi (pie Lahontan prenait d'observer tout autour de lui nous a valu certainement des pages utiles. C'est un esprit inquisiteur et bien en avant de son temps. Il est curieux d'y voir, par exemple, sa préoccupation au sujet de l'origine des indigènes, avant les recherches du père Lafitau et celles de l'abbé Bobé.
]Mais ce qui gâte tout chez lui, c'est le dénigrement haineux et de parti pris, ce S(uit les faits présentés souvent d'une manière [)eriide. La comiilaisance avec lai[uelle tous les auteurs ennemis de la France ont cité Lahontan nous indique liien (piel soin doit prendre le lecteur de le contrôler sans cesse.
Au point de vue des mœurs et de la décence, les livres de Lahontan sont de ceux qui se lisent peut-être parfois le soir, en cachette, mais sur le premier feuillet desquels on devrait inscrire cet épigraphe, qu'un auteur contemporain place en vedette sous le titre d'un de ses romans : La mère /l'en devra pas permettre la lecture à sa fille.
Pour terminer, citons ce que M. Parkman dit de Lahontan. Ce jugement de l'éminent historien donne, pensons-nous, une bonne vue d'ensemble du sujet de cette étude :
"Lahontan, dit-il, peut être appelé un homme en avant de son siècle; car il avait l'esprit caustique, sceptique et moqueur, qui a marqué cent ans plus tard l'approche de la grande révolution, mais qui n'était pas un des caractéristiques du siècle de Louis XIV. Il disait ordinairement la vérité quand il n'avait pas de raison de faire autrement, et cependant il était capable parfois de mensonges prodigieux. Lahontan a essayé d'imposer à ses lecteurs une histoire merveilleuse de prétendues découvertes au delà du Mississipi ; et sa mauvaise réputation sous le rapport de la véracité, est due principalement à cette fabrication. D'un autre côté, le l'écit de ce qu'il a vu dans la colonie s'accorde d'ordinaire avec les témoignages contemporains." '■
' Cité par Tliiers : Histoire de la Révululion frani;aise. '' Frontenac, pp. 105 et 106.
166 J.-EDMOND EOY
PIÈCES JUSTIFICATIVES n» 1
La navigation du gave de Pac.
Le 27 mai 1688, le baron de Lahoiitan, alors à Michiliiraakinac, écrivait à M. de Seignelay, une longue lettre au sujet des travaux que son père avait faits pour améliorer la navigation sur le gave de Pau.
J"ai cru devoir réunir ici toutes les pièces probantes au sujet des grands services qu'Isaac de Lom d'Arce rendit alors au Béarn.
Extrait d'une lettre du baron de Lahontan à M. de Seignelay, datée à Mickiehillimakinac, le
27 mai 1688. Monseigneur,
Je suis fils d'un gentilbomme, qui a dépensé trois cens mille écus pour grossir les eaux des deux gaves béarnais ; il a eu le bonheur de réussir dans cet ouvrage, en faisant entrer quantité de ruisseaux dans ces deux rivières ; le courant de l'Adour en a été tellement renforcé que, grossissant la barre de Bayonne, un vaisseau de cinquante canons }■ peut entrer avec plus de facilité, que ne faisait auparavant une frégate de dix. Ce fut en vertu de ce grand et heureux travail, que le roi, pour récompenser mon père, lui accorda, comme aussi à ses descendants à perpétuité, certains droits et profits, le tout montant à la valeur de trois mille livres par an, ce qui se vérifie par le commencement d'un arrêt donné au conseil d"état, le neuvième jour de janvier 1658, signé Bossuet, et collationné, etc. La seconde utilité que le roi et la province retirent des travaux de mon père, consiste en la descente des mâts et des vergues des Pyrénées, que nul autre que lui n'aurait jamais entrepris, et qui aurait infailliblement échoué, si par ses soins et par des sommes immenses, il n'eût doublement grossi les
eaux du gave d'Oloron .
30 décembre 1648.
Gratification de 20 livres, données par le corps de ville de Bayonne à des mariniers, pour avoir conduit, des Pyrénées à Bayonue, trois bateaux appartenant à M. d'Arce. (Archives communales de Bayonne, CC. 421, u"129. Dulaurens, Inventaire sommaire des archives de la ville de Bayonne, tome l".)
A nos seigneurs les eschevins, jurats et Conseil de la ville de Bayonne.
Supplient humblement les sieurs Pivolet et autres, bapteliei^s, disant qu'ilz ont conduit trois bapteaux en ceste ville, despuis les mous Pirenees, apartenant a M' Darce, avec despans, de quy la rivière a esté rendue navigable, ce quy doit aporter de grandz biens a la ville de Bayonne et causer ung négoce interisable, a quoy nous [avons] aporté nos soings et aporterons d'icy en avant. Ce considéré, il vous plaize, a l'imitation des autres villes, de leur donner une estrene telle qu'il plairra a vos libéralités. Et prieront Dieu pour vos prospérités et de vostre ville ; et ferés bien. Ainsi signé : Pivolet et Duval.
Est acoi'dé aux supliants, pour gratifications, la somme de vingt livres, quy leur seront payées par M' de Larroy, trésorier de la ville, en verteut des presans, sans qu'il soit besoing d'autre mandement, et en seront deschargés, prenant aquiet au dos et le raportant a la redition de vos comptes. Faict a Bayone, en Conseil, le 30' décembre 1648. Ainsi signé : de Lalande, clercq assesseur.
(Signé:) DE MoNHO, greffier.
ÎTous soubs signés, Jean et aultre Jean Pivolet, père et fis, marchans et conducteurs en les ribieres de Garone et Salât et a presant en la ribiere du gabe de Pau, fesant la conduicte
troues (sic) bateaux, confesons avoyer ressu des nieins du sieur de Laroy, tresaurier de presaute aune, la somme de vingct libres ordonnés, en l'aultre part escbriptes. — Fect Bayonue ce trantiesme desamlire 1648. — Sur «[uoy nous sommes siçnés.
(Signé:) .). i'i\oi,KT; .1. l'rvdi.ET.
6 janvier 1649.
Lettre adressée par le corps de ville de Bayoniic à M. de hi Vie, avocat (ji.iicrul an juirlnneat de Bordeaux. (Archives communales de iîayonne, Blî. 68, ï' S ".)
Monsieur,
Monsieur le premier esehevin nous a faict part d'une lettre que Monsieur de Laliorde luy a eserii)t, par hupu^lle il luy mande (|ue vous avés haillé requeste au nom du sindiq eu la Cour des monnoyes, dont il nous a envoyé la niinutti', ensemble de l'arrest quy a esté prononcé, portant que le sindiq fera apparoir de sa quallitté et raportera delil)eration du corps de ville, portant necessitté qu'il y a d'ouvrir le contoir et taire travailler la monoye, comme aussy de dresser ung procès verbal des désordres quy sont arrivés en ceste ville, du despuis le chaumage de la monnoye, sattisfaisaut a (pioy, nous vous envoyons le procès
verbal, l'acte de prestation de serment du sindiq ,. C'est tout ce quy se
présente a vous escripre sur nos attaires, a quoy nous adjousterous une nouvelle digne de curiosité et d'estre couchée dans la gasette, quy est que M' Isaq Dulong, sieur d'Arse, bearuois, entreprant de rendre la rivière du Gabe navigalile, (juy seroit uug grand bien jiour ce païs et le l>ear, quy auroint tous deux par ceste invantion le ctnnmerce par la voye de la rivière. Il a faict construire deux bapteaux du port d'environ seize thonneaux, chacun proche d'un bourg dans le Bearn appelle de St Pée, six lieues au dessus de Pau et distant de ceste ville de vingt-deux lieues, duquel lieu il a taict naviger lesdits l)apteaux jusques dans ceste ville, ce que nous avons regardé ave([ grand estonnement, aussy bien que la ville de Pau et tous les endroictz ou lesdits bapteaux ont passé comme une chose qu'on n'avoit jamais veu et quy surpassoit la créance. Comme nons nous craignons que vous verres d'autres choses a Paris quy nous estonneront davantage. Dieu nous en préserve par sa sainte grâce et a vous particulièrement de mauvaise rencontre, ce sont les souhaits de vos. . . .
Pour M' de La Vie, conseiller du roy en ses Conseils et son advocat gênerai au parlement de Bourdeaux. — Du 6° janvier 1649.
21 avril 1649.
J.r)v< du Conseil d'Etat du roi prescrivant les mesures nécessaires pour faciliter la naviijatio» sur le Gave de Pau et sur le Neez, et défendant à toutes sortes de personnes d'empêcher le sieur Isaac du Loin d'Arce ou ses commis de transporter toutes sortes de marchandises et denrées, qu'ils feront descendre des provinces de Bigorre et Béarn par la dite rivière, à peine de 3,000 livres d'amende. (Archives des Basses-Pyrénées, C. 1339, pièce de 4 feuillets, in-folio, parchemin.)
Extrait des registres du Conseil d'Etat. — Sur ce qui a été représente au roy, eu son Conseil, par Isaac du Loin, sieur d'Arce, qu'en exécution des lettres patentes de Sa Majesté, duement veriffiées, tant au parlement (pie Chambre des Comptes de Navarre, le 18 septembre 1648, par lesquelles Sa Majesté auroit accordé h perpétuité au dit de Loin et a ses hoirs et ayans cause, la foculté de naviguer, luy seul, et mettre batteaux sur la rivière du Gabe [Gave] ' et du Nez [Néez] ■ tant en considération de ses services qiie jiour son rem-
' Le Oare de Patt, Aont h nom Qave est synonyme de "cours d'eau rapide " est quelquefois désigné sous ce simple nom de " Gave." Sorti des glaciers de Gavarnie, dans les Hautes-Pyrénées, il traverse la vallée du Livedan, passe près d'Argelès, cou tourne le pied du rocher de Lourdes, puis s'engage entre les Pyrénées et les collines du Bigorre et coule vers l'ouest jusqu'au delà de Saint- Pé. Là, entré dans le département des Basses-Pyrénées par
168 J.-KDMOND KOY
l)oursement des depences qu'il est obligé de faire pour rendre les dites rivières navigables, il auroit travaillé avec tant de fruit pour l'utilité publique cpie, contre l'espérance d'un chacun, il auroit fait decendre des batteaux sur lesdittes rivières, depuis S'-Pé ' jusques aux villes [de] Nay, ' Pau '" Ortes [Orthez],'' Belloc [Bellocq], ' Peyraliora [Peyrehorade], - Bayoune, ' et iceux fait remonter jusques a laditte ville de Pau, avec grande peine et travail, a cause des nasses qui sont sur laditte rivierre du Gabe [Gave], que pour les roues, arbres et arbrisseaux qui sont au long des rives desdites rivières, n'ayant pu avoir passage libre dans les dites nasses, à cause de ce que ceux qui tiennent les moulins de Sa Majesté, par engagement a vil jirix, ont fermé ladite rivière, d'un coté a l'autre, sans laisser passer une goutte d'eau que par dessus lesdites nasses, bien que par les ordonnances il soit fait deffences de faire des nasses sans laisser des pertuis suffisants a passer des bestiaux, dont s'etant plaint au parlement de Pau et recpiis conformément a l'arrêt d'iceluy du 9 février 1630, qu'il fut commis un des conseillers de ladite cour, ensemble le procureur gênerai de S. M. pour visitter les nasses qui sont sur laditte rivière du Gabe [Gave] et faire procéder aux ouvertures et constructions des passalis nécessaires pour rendre la navigation libre ; ledit procureur général ayant consenty les dites conclusions, arrêt seroit intei'venu, le 19 novembre 1643, portant que le susdit arrêt du neuf février 1630 seroit exécuté par le sieur Doyennart [d'Oïbénart] conseiller audit parlement et Duhau [de Salies du Ilau], procureur général, et (pie, suivant iceluy, il seroit fait ouverture et passalis nécessaires pour la navigation, ou besoin seroit, nonobstant opposition ou appellation quelconques ; et, par autre arrêt du premier février 1649, du consentement dudit iirocureur gênerai, ordonné que les rives qui sont sur le long desdites rivières du Gabe [(;iave] et du Nez [Néez] seront mises en état nécessaire pour la facilité de la navigation, et, a ces tins, enjoint a toutes les communautés qui aboutissent a l'une et a l'autre desdites rivières, de couper et oter les arbres, buissons et autres choses qui pouroient empêcher qu'en remontant les batteaux, les hommes et chevaux ne les puissent tirer facillement, lesquels arrêts il ne peut mettre a exécution, dans toute l'étendue que ladite rivière du Gabe [Gave] jieut être rendue navigable, pour être du ressort de divers parlements commenceant dans la Bigorre, ressort du parlement de Toulouse, et passant au travers du Bearn et finissant à Bayonne, ressort du parlement de Bourdeaux [Bordeaux], eii sorte que le dessein que le supliant a eu de servir le public se trouveroit éludé, sy, pour terminer toutes les difficultés qui se pouiToient rencontrer dans l'exécution desdittes lettres patentes et arrêts du Conseil, donnés en conséquence, il ne luy étoit pourvu
312 mètres d'altitude, il se dirige vers le nord-ouest, passe à Nay, au pied de la colline de Pau, descend à travers une large et belle plaine vers Orthez, où il s'engage dans une suite de gorges, d'étranglements et de ravins pittoresques, entrecoupés de petites plaines. Au delà de Peyrehorade, il rencontre l'Adour, dont il triple le volume et dont il fait, dès lors, un véritable fleuve. Le Gave est facilement navigable, à la remonte, depuis le couHuent jusque vers Peyrehorade; il porte même des bateaux à vapeur jusque devant cette ville; mais, en amont, il a un
courant trop rapide pour être remonté sans de grandes difficultés (Adolphe ^oa.^ine, Géograpliie dts BasKs-
Pi/rénées, Paris, Hachette, 1S83, p. 16.)
' " Le Gave reçjit dans le département des Basses- Pyrénées : le Louzon, le Bées, le Gest, l'Ourse, le Loust, le Nêez, le ruisseau des Hies, la Bayse, le Luzoué, le Geû, la Geùle, le Laa, le ruisseau de la Taillade, le Gave d'Oloron "
" Le Née:, peu abondant dans son cours supérieur, qui se déroule dans les collines des environs de Rébénacq, reçoit, aux environs de ce village, 1"^ débordement d'une source énorme qui jaillit du milieu des prairies et forme sur le champ une véritable rivière. Cette source est vraisemblablement le i)roduit des pertes du Gave d'Ossau qui, au sortir de la haute vallée, au moment de s'infléchir vers l'ouest comme tous les cours d'eau de la région, s'engouffre en partie dans les crevasses du sol. Grâce à l'afilux qui lui arrive ainsi des Pyrénées, le Néez prend
l'aspect d'un petit torrent, et se rend au Gave par un long détour, à 3 kilomètres en aval de Pau " (Joanne,
Gêogrdpliic di'D Bassen- Pyrénées, p. 18.)
' Saint-Pê, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Argelès (Ilautes-Pyréuées).
* Nay, chef-lieu de deux cantons de l'arrondissement de Pau (Basses-Pyrénées). ^ Pau, chef-lieu du département des Basses-Pyrénées.
" Orthez, chof-lieu d'arrondissement (Basses- Pyrénées). ' Bellocq, commune du canton de Salies ^Basses-Pyrénée8).
* Peyrehorade, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Dax (Landes).
" Bayomu, chef lieu d'arrondissement, port de commerce très important (Basses- Pyrénées).
LE BARON l)K liAIlONTAN 169
par Sa Majesté, tant sur le fait (U'sdites nasses, pertuis et passalis que puur itihIi'c! les rives, le long desdites rivières du Gal)e el du Nez [Xi'c/,] lil)res pour poux'uir rciiiniilci' les Imtteaux et a ce qu'il ne luy puisse êti'c donne'' auc-nn t'iii|i(''i-lienien1 <lr piMunii- Ihirc ti'ansporler toutes sortes de marchandises et denrées (ju'il fera dcsscndrc par lailillc l'ivieiTc [unir l'aire conduire tant en la vilk^ de Paris (pi'en celle de Htiurdcaux [JJordeaux] et autres du royaume, ipi'il avisera ;
\'u LA Ki:iiri':rK présentée par ledit du Ijoin audit parlement de Pau, à ce (pie, coiifdrmément audit arrct du neuvième février l(:i30, il fut commis un conseiller et le ]U'(>cureur général de Sa Majesté, pour visiter les nasses (pii sont sur ladittc rivierre du (laKc [(ilave], a faire procéder aux ouvertures nécessaires, nonobstant uppositicms, sur laquelle sont les eonclusions dudit procureur général et l'arrêt de ladite cour, du dix neuvième no\enil)re mil six cent (pnirante trois, portant ((ue celuy du ncinième févrii-r mil six cent trente sera exécuté par les sieurs Dojennat [d'Oïliénart], consi'iller, et du lleau [de Salies du llau], ]U'ocureur général, et que, suivant iceluy, il sera fait onverlui-e et i)assulis nécessaire pour la navigation, nonobstant opjiosition ou appellation (pielcom^ut', ledit arrêt du neuvième février mil six cent trente ; autre arrêt dudit parlement, du premier février mil six cent ([uarante neuf portant (pie les rives ser(Uit mises en état pour pouvoir remonter les l)atteaux, et a ses (sic) tins enjoint aux comnuinautés cpii aboutissent a Tune et a l'autre desdites rivières du Gabe [Gave] et du Nez [Néez| de couper et oter les arbres, buissons et tout ce (|ui pourroit empêcher (pi'en remontant les batteaux, les hommes ny chevaux ne les puissent tirer facillement, les certifficats du sieur comte de Toulongeon, gouverneur de Bayonne, echovins, jurats et consuls de laditte ville et de celle de Pau et d'Orthes en Bearn, que ledit d'Arce, contre l'opinion commune, a rendu ladite rivière du (4alie [( Jave] navigal)le ; ouy le rapport du sieur de Mauroj', conseiller du roy en ses Conseils et intendant de ses tiiumces, et tout considéré ;
Le Roy, en son Cônseii., a ordonné et ordonne, conform('ment auxdits arrêts du }iarlement de Pau des neuf février mil six cent trente, neuf noveml)re mil six cent quarante trois, et premier février mil six cent quarante neuf, qu'il sera fait visitte des nasses étant sur lesdites rivières du Gabe [Gave] et du Nez [Néez], et fait procéder aux ouvertures nécessaires et construction des passalis pour la navigation, ensemble que les rives, qui sont le long desdites rivières, seront mises en état nécessaire, pour la facilité de la navigation, par les communautés qui aboutissent a l'une et a l'autre desdites rivières, comme il est p(irté par lesdits arrêts, en sorte qu'en remontant les batteaux, les hommes et chevaux puissent tirer et conduire facillement ; enjoint sadite Majesté audit parlement de Navarre et aux lieutenans généraux de Tarbe [Tarbes) et de Dax, chacun en l'étendue de leur district et jurisdietion, de tenir la main a l'exécution du [trésent arrêt ; fait Sa Majesté très expresses inhibitions et deti'enses a toutes sortes de personnes d'empêcher ledit d'Arce, ses commis ou ayans cause de transporter toutes sortes de marchandises et danrées (pi'il fera decendre desdites provinces de Bigorre et Bearn par la dite rivière, a peine de trois mille livres d'amende et de tous dépens, dommages et intérêts, et sera le présent arrêt exécuté nonobstant (ippositions ou appellations (pielcompies et sans préjudice d'icelles.
Fait au Conseil d'Etat tenu à S'-Germain, le vingt un avril mil six cent quarante neuf.
Collationné, (Signé :) Coquei.ey de Chaussepierre.
9 janvier 1658.
Arrêt du Conseil d'Etat du roi constituant en faveur du sieur Isaac du Loin, sieur d'Arce, une rente annuelle de 3,000 livres, ■pendant douze années, à prendre sur les droits de la couJuine de Baijnnne, depuis le '["'janvier 1659, jwur dédoniuiager ledit sieur d'Arce des dépenses faites par lui pour rendre le Gave de Pau navigable. (Archives des Basses- Pyrénées, C. 1339, pièce de 4 feuillets, parchemin.)
Extrait des registres du Conseil d'Etat. — Sur ce qui a été représenté au roy, en son Conseil, par Isaac du Loin, sieur d'Arce, que pour le recompenser des services qu'il a rendus
Sec. I., 1894.. 22.
170 J.-EDMOND EOY
a Sa Majesté, dans ses armées, et des dépences qu'il convenoit faire pour rendre navigable la rivière du Gabe [Gave], en Bearn, depuis S-Pée [S -Pé] jusques a Bavonne, Sa Majesté lui auroit accordé et a ses hoirs et ayans cause, a perpétuité, les droits et proiiits njentionnés aux lettres patentes, qui lui auroient été accordées, sur les avis donnés par le pai'lement et Chambre des Comptes de Pau, au mois d'août 1648, du proffit et utilité que le commerce en recevroit et la province, et la ville de Bayoune eu pai-ticulier, en sorte que porté d'un zelle tout particulier au bien du service de Sa Majesté, il auroit, avec une excessive depenee, fait de nouveaux passages a ladite rivière, icelle élargie {sic) en deux divers endroits ou elle étoit arrêtée par des montagnes de marbre, fait place aux eaux arrêtées, au tems des inondations, si bien que par son soin et travail, en la dite année 1648, il auroit fait monter et decendre de grands bateaux dont quatre auroient été jusques a Pau, et trois de Pau à Bayonne, et depuis, encore auroit tait decendre et monter trois autres bateaux, de nouveau fabriqués, en 1654, cette interruption de tems étant taite pour lever les diiiicultés et oppositions ; en sorte que par sou soin et diligence, ladite rivière auroit rendu un très grand proffit et utilité a ladite province et a la ville de Bayonne, pour le commerce et communication qu'il a causé, outre que le port de ladite ville de Bayonne, qui etoit des i>lus difficiles, ou les vaisseaux echouoient, arrivent a bon port et sûrement, de sorte que c'est aujounriuiy un des ports et havres le plus commode et assuré ; s' étant ledit d'Arce, pour y parvenir, constitué en plus de cent cinquante mil livres de trais dont il est eu pure perte, sous la lioune foy des arrêts et lettres patentes inexécutés par la uégligeuce des officiers dudit parlement, qui n'ont tenu la main a l'exécution des arrêts et contraindre les propriétaires des moulins et terres etans sur ladite rivière, de soniirir le passage desdits bateaux et des chevaux et attirail pour la navigation, préférant rinteret de quelques particuliers du corps dudit parlement au bien public, et ainsy obligé ledit d'Arce d'abaudonuer un dessein achevé, ou il a employé dix aus de tems, fait plusieurs voyages parmy les troupes rebelles a Sa Majesté et risqué sa vie plusieurs fois et perdu ses biens qui luy ont été voilés par lesdits rebelles, mais comme il [pense ?] que son travail est le salut de ladite ville de Bayonne, parcequ'auparavant on ne pouvoit entrer dedans leur port, auquel de six navires il en perissoit le tiers, au lieu qu'a présent c'est le port le plus assuré ou il entre très facillement des navires de cinq cens tonneaux, sans aucune {sic) risque, ce qui arrive de l'ouverture qu'il a fait pour le passage des eaux, qui daus les innondations ne coulloient non plus qu'aux basses eaux, ce qui faisait que ladite rivière ne pouvoit pousser les sables dans la mer qui fermoient l'emboudiure du port, au lieu qu'a présent, l'eau vient avec force, aux fonts [fontes] des neiges, et pousse les sables dans la nier et rend le port tous les jours meilleur, et, par conséquent, plus traffieable et partant, la coutume de Bayonne plus considérable et la ville plus florissante, pour la sûreté du commerce, ce qui fait que ledit d'Arce recourt a Sa Majesté pour la supplier de lui accorder, pour aucunement le desdommager, la somme de quatre mille livres, par chacun an. a perpétuité, a [irendre sur les droits de ladite coutume de Bayonne, qui appartiennent a Sa ^fajesté. dont il sera payé par les adjudicataires, fermiers, receveurs ou préposés, sur ses quittances et de ses hoirs ou ayans cause, qui seront passées a la chambre des Comptes partout ailleure ou il appartiendra, et à ce faire contraint, nonobstant tous engagemeus, baux, arrêts, déclarations et autres choses contraires, comme il est accoutumé pour les affiiires de Sa Majesté, et jiour cet eÔet, que toutes lettres pattentes, sur ce nécessaires, luy seront expédiées.
Vu AU Conseil du rot : lesdittes lettres patentes de Sa Majesté, veriffiées tant au parlement que chambre des comptes de Xavarre, le 18 septembre 1648. par lesquelles Sa Majesté auroit accordé, a perpétuité, audit sieur d'Arce et a ses héritiers ou ayant cause la faculté de naviguer lui seul et mettre bateaux sur la rivière du Gabe [Gave] ; arrêt de la Cour de parlement de Pau, portant que celuy du 19' février 1630 sera exécuté par le sieur Doyhenard [d'O'ihénart], conseiller, et Duhau [de Salies du Hau]. procureur général, et que, suivant iceluy, il sera fait ouverture et passages nécessaires pour la navigation, ou besoin sera, nonobstant oppositiiuis ou appellations quelconques, eu datte du 10 décembre 1648 ; un certifficat desjurats de la ville de Pau, du 18 décembre 1648, par lequel ils certiffient qu'il y avoit quatre mois et demy que le dit sieur d'Arce taisoit travailler a rompre des rochers pour faire de nouveaux passages a la rivière du Gabe [Gave], pour la rendre navigable, et qu'il a fait arriver quatre bateaux en ladite ville, chargés de bois, instrumcns et machines a creuser et rom[)re des rochers, à cordages avec plus de cinqiuuite personnes, ce qu'ils n'avoient jamais vu sur ladite rivière ; autre certithcat des jurats de la ville
d'Orth^s [Orthez] en Boarn, par U'cuiel ils certifRent que letlit sieur d'Aree a tint decendre trois bateaux [>ar ladite rivière du (-iabe |Gave]. pour passer à Bayouue, eliose (pii n'a jamais été vu (sir) et chose tenue pour impossible ; antre eertitiicat du sieur de Gramont, mareselial des camps et armées de Sa Majesté, par lequel il certifie au roy et a Nosseigneurs de son Conseil que ledit sieur d'Aree a tait arriver h Baj^onne trois bateaux venans des monts Pirennées [Pj-rénées], (ju'il a fait conduire par la rivière du (ilabe, qu'il a rendue navigable, chose qui a toujours été impossible, et que l'on n'auroit jamais cru si la chose n'étoit parvenu a sa vu (.sic;) et de toute la populace, qui etoit présente a cette nouveauté, ce qui fait espérer une ouverte de nouveau négoce et grand commerce do marchandise audit païs, ledit certifficat datte du 2' février 1649 et scellé ; arrêt du parlement de ISTavarre du premier février audit an 1649, portant que les rives, qui sont le long de ladite rivière du Gabe [Gave], seront mises en état nécessaire pour la facilité de laditte navigation, et enjoint a toutes les communautés aboutissantes a laditte rivière de couper et oter les arbres, buissons et tout ce qui pourroit empêcher qu'en remontant les bateaux, les hommes et chevaux ne les puissent tirer et conduire facilement, et pour cet effet, permis aux jurats d'y contraindre chacun des habitans de travailler; arrêt du Conseil d'Etat, du 21 avril 1649. portant que les arrêts dudit parlement di' Xavarre seront exécutés, et ordonné qu'il seroit fait visitte des nasses sur ladite rivière et procédé aux ouvertures nécessaires et constructions des passalies, que les rives seront mises en état nécessaire par les communautés, enjoint sadite Majesté au parlement de Xavarre et a ses lieutenans généraux de tenir la main a l'exécution dudit arrêt, avec deft'ences a toutes pei-sonnes d'empêcher ledit d'Aree ou ses commis ou ayans cause de transporter toutes sortes de marchandises et denrées qu"il fera décendre des provinces de Bigorre et Béarn par ladite rivière, a peine de ti'ois mille livres d'amende, signiiiié aux députés de Gelos, le 15" octobre 1690 ; commission expédiée sur ledit arrêt, ledit jour ; arrêt dudit parlement de Xavarre, du premier octobre audit an 1690, donné les chambres assemblées, par lequel le sieur Dufour, conseiller, est commis pour l'exécution de tous lesdits arrêts et pour informer contre ceux q«i ont rompu et emporté les bateaux et par lequel appert du vol fait audit d'Aree; requête présentée audit parlement, qui commet le sieur Damade en la place dudit sieur Dufour, du sixième septembre 1653 ; deux actes et déclarations faites pardevant notaires par ledit Darce, au bas de laquelle sont les signiflications de laditte déclaration faite aux communautés qui aboutissent aux rives de laditte rivière du Gabe [Gave] ; ordonnance des jurats de Pau. })ar laquelle il se voit les empechemens donnés au sieur d'Aree pour laditte navigation et qu'il en seroit informé, avec deftences de luy plus donner aucun empêchement, du 27 décembre 1653, au bas de laquelle est la publication faite a son trompe de laditte ordonnance en laditte ville, le même jour ; deux actes, l'un du 26 septembre 1653, et l'autre, du cinq décembre audit an, signiffiés auxdittes communautés qui aboutissent a ladite rivière du Gabe [Gave] par lesquelles il les a sommés d'exécuter les arrêts du Conseil et du parlement et par lesquels actes ledit sieur d'Aree a protesté du séjour et depence de pdusieurs hommes et douze chevaux, servant à la navigation, qu'il avoit amenés de Paris, qu'il le consommoit en frais et de tous ses dépens, dommages intérêts, a quoy ils u'auroieut obéis ; procès verbal dressé par le juge de la sénéchaussée d'Orthès en Bearn, le 14" janvier 1654. par lequel il se voit que ledit sieur d'Aree a fait travailler incessament pour rendre laditte rivière navig;able ; certifficat des jurats et echevins de Bayonne, du 28° janvier 1654, par lequel ils certiffient (pie le supliant a fait arriver trois bateaux, venant de Pau, et qu'il a sejournée (,'5/e) trois jours avec lesdits bateaux ; autre procès verbal dressé par M"' Simon Lardoys, commissaire député par laditte Cour de parlement de Xavarre pour l'exécution des arrêts du Conseil et de laditte Cour, par lequel il seroit qu'il s'est transporté pardevers lesdittes communautés pour les sommer et interpeller d'exécuter lesdits arrêts, contenant leurs rejionses, a quoi ledit commissaire auroit vaqué depuis le seize janvier jusqu'au 16 février 1654, sans que lesdites communautés ayent voulu obéir auxdits arrêts ; vu, anssy, plusieurs autres pièces et ouy le rapport du sieur commissaire, a ce député : et tout considéré ;
Le Roy, ex son Conseil, pour aucunement desdommager ledit d"x\rce des grandes dépences qu'il a faites, luy a accordé, fait don de la somme de trois mille livres, pour chacun an, pendant le tems de douze années, à prendre sur les droits de la coutume de Bayonne, appartenant à Sa Majesté, à commencer le premier janvier mil six cent ein([uante neuf, laquelle luy sera, doresiuwant. payé sur ses quittances, par les adjudicataires, fermiers,
172 J.-EDilOND ROY
commis ou préposés a la recette et perception desdits droits, lesquels seront à ce faire contraints, nonobstant tous edits, déclarations, arrêts, eugagemens et autres choses à ce contraire, comme il est accoutumé pour les deniers et affaires de Sa Majesté, lesquelles quittances seront passés et alloués (sic) en la Chambre des Comptes et par tout ailleurs qu'il appartiendra, et pour cet effet, ordonne saditte Majesté que tous arrêts et expéditions nécessaires luy seront délivrés.
Fait au Conseil d'Etat du roy, tenu à Paris, le neuvième janvier mil six cent cinquante huit.
Collationné. (Signé :) Coqdeley de Chacssepierre.
" M. d'Arce fit charger trois bateaux d'ardoise à Saint-Pée, et les conduisit heure u-
" sèment à Bayonne ; il les fit" remonter ensuite jusqu'à Orthez. Il en conduisit un quatrième " qui remonta jusqu'à Pau. Ces particularités sont rapportées par M. Le Bret, dans ses '• Mémoires sur le Béarn. ..." {^Mémoire de M. de Flamichon, concernant V encaissement des Gaves et l'établissement d'une navigation en Béarn, Pau. Y.-P. Vignancour [vers 1774], page 2.)
" Il V a tout juste deux siècles qu'un magistrat béarnais, M. Isaac Duluin,
" S' Darce, conseiller honoraire au parlement de Pau et réformateur du domaine des eaux " et forêts du Béarn. essaya de faire descendre des bateaux sur le Gave.
" Il réussit au delà de toute espérance. Il conduisit plusieurs embarcations de Saint- " Pé à Bayonne ; mais chose plus étonnante encore, il les fit monter de Bayonne à Saint-Pé.
" On devine aisément les périls et les fatigues qui accompagnèrent le téméraire navi- " gateur sur le torrent des Pyrénées ; et cependant à ses premiers voyages. M. Darce ne se " plaignit que des nasses posées par les meuniers riverains, malgré les i>rohibitioDS des " ordonnances, dans toute la largeur de la rivière.
" Il s'adressa au parlement de Pau, qui, par deux arrêts successifs des neuf février lt>30 " et dix neuf novembre 1643, commit un conseiller et le procureur général pour faire ouvrir " les nasses et former les passalis nécessaires pour rendre libre la navigation du Gave.
" Un troisième arrêt i-endu par le même parlement, le premier février 1049, enjoignit " aux communes riveraines de couper et ôter les arbres, baissons et autres qui pourraient empêcher " qu'en remontant les bateatu; les hommes et les chevaux les puissent tirer facilement.
" Mais comme le Gave s'étendait hors du ressort du parlement de Pau, puisqu'il prenait " naissance dans celui de Toulouse pour aller se jeter dans celui de Bordeaux, M. Darce se " pourvut au Conseil du Roi, et le 21 avril 1649, il obtint de ce Conseil l'arrêt qu'il désirait " et qui se terminait ainsi : " Fait Sa Majesté très expresses inhibitions et défenses à toute " sorte de personnes d'empêcher ledit Darce, ses commis ou ayant causes, de transporter " toute espèce de marchandises et denrées qu'il fera descendre desdites provinces de Béarn " et de Bigorre par ladite rivière, à peine de 3,000 livres d'amende et de tous dépens et " dommages-intérêts."
" Déjà, par des lettres du mois d'août 1648, " le Roi avait accordé à M. Darce et à ses " héritiers, à perpétuité, la faculté de naviguer lui seul et mettre bateau sur les rivières du " Gave et du Xéez, tant en considération de ses services que pour remboursement des " dépenses qu'il était obligé de faire pour rendre lesdites rivières navigables."
'■ H paraît que les arrêts du parlement de Pau et du Conseil d'Etat furent négligemment " exécutés. M. Darce s'en plaignit avec amertume, et ne pouvant lutter seul contre les " caprices du torrent et l'inertie des riverains, il dut renoncer à ses hardis projets.''
" Mais le Roi. voulant récompenser son zèle courageux et l'indemniser d'une partie de " ses dépenses, lui accorda, par des lettres patentes du neuf janvier 1659. une pension de " 3,000 livres, pendant douze années, à prendre sur les droits de la coutume de Bayonne. " appartenant à Sa Majesté " {Mémoire sur l'endiguemeni du Gave de Pau. par M.
LE BARON DE LAITONTAÎi 173
Lavielle, conseiller général des Basses-Pyrénées. — Procès- verbaux du Conseil Général des Basses-Pvrénées [1837], publiés par O. Joany, tome IV, pages 271-297 :-^Pau. Vignaneour, 1870.)
]sr° 2,
Finances et Démêlés d'Isaao de Lom d'Aroe avec ses Débiteurs et la Ville de Bayoxxe.
Paris, 22 mai 1658 : Lettre adressée au corps de ville de Bayonne par M. De Chcverrv, relative aux deux aiîaires de la continuation de la coutume et de l'emprunt des 30,000 livres ; arrangements pécuniaires à prendre avec la maréchale, pour la réussite de ces aiFaires. (Archives communales de Bayonne. CC. 851, n" 64.)
Paris, 29 mai et 6 juin 1658 : Lettres adressées au corps de ville de Bayonne par M. de Cheverry, au sujet des 30,000 livres fournies par M. et M "« d"Arce, moyennant une rente viagère de 10 %. (Archives communales de Bayonne, CC. 851, n"*' 66 et 67.)
Paris, dans l'enclos du Temple, 10 juin 1658: Obligation de 30,000 livres tournois consentie par M" David Detcheverry, avocat en la Cour de parlement et au siège de la ville de Bayonne, agissant tant pour lui et en son nom que comme député et ayant charge et pouvoir exprès des échevins, procureur, syndics et quelques uns des principaux bourgeois de la dite ville de Bayonne, par acte passé pardevant de Harrau, notaire royal en la dite ville de Bayonne, le 6 mai 1658, en faveur de " messire Isaae Duloin {sic) sieur d'Eslex et d'Arse, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, etdamoiselle Jeanne Guériii, sa femme, de lui autborisée, demeurans :\ Paris, dai\s Tenclos du Temple." Cet acte porte que " les dits sieur et damoiselle d'Arse, ayant présentement en leur pocessiou une somme de deniers assès considérable comme ilz n'ont et n'auront pas apparâmment aucuns enfens vivans d'eulx deux, ilz auroient pris resolution de donner ceste somme a une communauté au profEt de laquelle elle demeureroit, a condition que pendant la vie d'eulx deux et au survivant, il leur en seroit paie,
une rente consideralde " " Le dit sieur Detcheverry, tant pour lui que pour icelle ville
de Bayonne, promet et s'oldige lui seul avec la dite ville, bailler et paier annuellement et par advanee, de trois en trois mois, au fauxbourg <lu S'-Esprit de ladite ville de Bayonne, soit aus dits sieur et damoiselle d'Arce ou a telle autre personne qu'ilz désigneront trois mil livres tournois de rente viagère, qui sera esteinte et admortie après le deces desdits sieur et damoiselle d'Arce et jusques a ce, lesditcs trois mil livres de rente leur seront paiables comme il est dit ci dessus, soit a tous les deux conjointement ou au survivant d'eulx, en telle sorte que la part du premier decedé demeure et accrue au profit du survivant, qui jouira, pendant
sa vie, entièrement des dites trois mil livres de rente viagère " Acte au rapport de
Prieur, notaire, garde-notes du roi au Châtelet de Paris. (Archives communales de Bavonne CC. 818, n- 1.
Année 1659. Distribution d'une somme de 30,0U0 livres, prêtée par le sieur Isaac du Lom d'Arce, baron de Lahontan : 2,000 livres à M. le maréchal de Gramont ; 6,000 livres à M">" la maréchale, sa fenmie ; 3,900 livres au sieur de Lalande, maître des ports : 1,500 livres au liaron de Lahontan, pour intérêts; 2,000 livres au sieur Detcheverry, pour gratification, etc. Livre en débit et crédit, conteiKint les comjites de tons les créaiitiers de la ville de
Bayonne liquidez par sieur Jean Couronneau, ancien, échevin, en eons 'quence des délibérations
de messieurs du corps de ville d' icelle, jusques et compris Vannée 1687. (Archives communales de Bavonne. CC. 792. f-^ 59 et suivants.)
Paris, 12 octobre 1659 : Deux lettres adressées par M. d'Arce, aux échevins de la ville de Bayonne. Il demande qu'on exécute son contrat ou qu'on lui rende son argent avec les intérêts. Ces deux lettres sont signées : Arce. Elles étaient cachetées d'un sceau assez bien conservé, aux armes suivantes : " écu à la bande chargée de trois sangliers ou porcs-épics, timbré d'un heaume de profil à lambrequins, surmonté d'un sanglier au naturel." (Archives communales de Bayonne, CC. 851, n" 109 et 110.) (X.B. — ^Le sceau plaqué sur la lettre numéro 110 est le plus lisible.)
174 J.-EDMOXD EOY
Paris, 20 novembre 1659 : Lettre de M. cVArce aux échevins de la ville de Bayonne : Insiste pour qu'on exécute sou contrat ; il lui répugne d'aller en justice ; il consent à ce qu'on modifie son contrat sur deux points, savoir qu'il accepte pour caution, au lieu de M. Decheverry, le receveur de la coutume et qu'il recule de deux mois l'époque du payement des intérêts. (Archives communales de Bayonne, CC. 851, n" 111.)
1653-1659. — Lettres de ^OL Peleau et d'Arce, relative aux rentes constituées au profit de M. et M'"" d'Arce. (Arch. comm. de Bayonne, CC. 851. — Dulaurens, Invent, somm., tome I".
1660-1661.— Lettres de MM. d'Arce et Peleau. (Arch. comm. de Bayonne, CC. 852 et 853. — Dulaurens, Invent, somm., tome I".)
1660. — Rente de 3,000 livres, assignée sur la coutume de Bayonne, à Isaac de Lom, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, seigneur et baron de Lahontan. (Il)id., CC, 452.)
Paris, 5 février 1660 : Lettre de M. d'Arce à MM. du corps de ville de Bayonne. Plaintes sur l'inexécution de son contrat. (Archives communales de Bayonne, CC. 852, n" 2.)
Bayonne, 16 décembre 1660 : Lettre de ^L d'Arce : S'excuse au corps de ville sur son indisposition qui ne lui a pas permis de prendre congé de chacun des membres du corps de ville individuellement ; il part satisfait de la bonne volonté qu'on lui a montrée, etc. (Archives communales de Bayonne, CC. 852, n" 42.)
Paris, 11 décembre 1661 : Lettre de M. d'Arce à ^IM. du corps de ville de Bayonne: Il y a près de trois mois qu'il a envoyé à M. de Pej-relongue la ratification de Madame d'Arce, que la ville réclame ; la lui faire demander. (Archives communales de Bayonne, CC. 852, n" 134.)
Lahontan, 8 octobre 1665 : Lettre de ^f. d'Arce aux mêmes ; réclame des arrérages. (Archives communales de Bayonne, CC. 853, n" 112.)
20 septembre 1667, à Lahontan, dans la maison de Pedamoues : Cession de la somme de 7,000 livres, consentie par messire Isaac Delom d'Arce, seigneur baron de Lahontan et Esleix, en faveur d'Alexandre de Bler (Blair). avocat en parlement, "étant k présent à Bourdeaux, absent," représenté par Me Pierre Pagan, conseiller du roi et commissaire ordinaire de la nuirine, son fondé de procuration. La dite somme de 7,000 livres est "à valoir sur les arrérages que la ville de Bayonne doit audit sieur de Lom d'Arce." Acte au rapport de Pierre de Goeytes, notaire royal. (Archives communales de Bayonne, CC. 854. n" 40.)
Lahontan, 23 avril 1669 : Lettre de M. d'Arce : remet la copie d'un arrêt ; et parle du payement de ce qui lui est dû. (Archives communales de Bayonne, CC. 854, n" 109.)
15 juillet 1669, ;\ Lahontan, dans le château dudit lieu : Vente de la maison de Sautrisse et de ses dépendances, moyennant le prix de 12,783 livres, par M'' Pierre de Pons, receveur des tailles, en l'élection des Lannes. habitant à Dax, en faveur de " messire Izacq de Lom d'Arce, conseiller du roy au parlement de îfavarre et refl^'ormateur du domaine de Bearn, seigneur baron de Lahontang et Esleix, et dame Françoise Couste, son épouse.'' Lesdits seigneur et dame de Lahontan con.sentent que "sur la somme de 27,500 livres, audit sieur d'Arce due par le <'orps de ville de Bayonne. ledit sieur de Pons reçoive la somme de 8,783 livres du prix de ladite vente et qu'il s'en fasse payer par vertu et en conseiiuence de l'arrest
du conseil, donné sur la veriffication des debtes du corps de ladite ville de Bayonne "
Acte au rapport de M' Jean de Goeytes, notaire roval. (Archives communales de Bavonne, CC. 818, n" 2.) ' '
LK BAEON DE LAIIONTAX 175
4 août 1670, au chîtteau de Lahontan : Cession de la somme de 29,000 livres par dame FraïK.'oise de Couttes, femme et légitime épouse de mossire Izaac de Lom d'Arce, seigneur baron de Lahontan et Eslin (sic), conseiller du roi au parlement de Xavarre et réformateur général du domaine de Béarn. en faveur de Jean Rolland de Saint-Mesmin, écuver. commissaire général des poudres, salpêtres de France et département de Guyenne et Languedoc, directeur général de la foraine de Guyenne, patentes de Languedoc, coutume de Bayonne, et droif de fret. Cette somme était due au sieur d'Arce et à sa femme par le corps de ville de Bayonne. La cession est faite en paiement de pareille et semblable somme que ledit sieur d'Arce et ladite dame doivent audit sieur de Saint-Mesmin. Acte au rapport de M" Pierre de Goeytes, notaire royal. ( l'))//- ««,s.9( Archives communales de Bayonne, CC. 803, u'" 80 et 81.) (Archives communales de Bayonne, CC. 818, n" 3.)
27 juin 1673, à Ba^'oune : Acte de Pierre de La Seube, sergent royal, immatriculé en la monnaie de la ville de Bayonne, portant saisie-arrèt sur les sommes et deniers dus par le corps de ville de Bayonne. à M. M' Isaac de Lom d'Arce, seigneur et baron de Lahontan et Esleix, conseiller du roi et réformateur au parlement de Xavarre, à la requête de M. M' David de Cheverry, conseiller du roi en ses conseils d'état et privé. Cette acte mentionne un contrat obligatoire de la somme de 11,000 livres tournois consenti par ledit sieur d"Arce en faveur du sieur Pierre Chopin, bourgeois, de la ville de Paris, en date du 29 juin 1668, retenu par Bouret et Prieur, notaires royaux, de ladite ville, et un contrat de déclaration de ladite somme par ledit Chopin, eu faveur iludit de Clieverrv. (Anlnves communales de Bayonne, CC. 818, n" 5.)
" Les maistres des î'equestes ordiunaires de Thostel du roi. a tous ceux quy ces presantes lettres verront, salut. Sçavoir faisons que veu par la cour les detfauts, faute de deèéndre et et comparoir, obtenus eu icelle, les 20e février 1677 et 22e jour de janvier audit an 1677, deslivré le 23e mars audit an, par dame Anne Baujeu, vefve et héritière beneficiere de defFunt messire David de Cheverry, conseiller du roi en ses conseils, ayant droit, par déclaration, de Pierre Chopin, demenderesse aux fins de la requeste du 3e jour d'aoust 1676, suivant l'exploit du 20e jour de novembre audit an. controUé, ledit jour, comparant par il'' Claude Boyer, son procureur, contre M. Armand de Lon d'Arce, demoizelle 5larie de Lon d'Arce sa sœur, et autres enfens et héritiers de messire Izaac de Lon d'Arce, chevallier, baron de Lahontan, deffendeurs et deffaillans. a faute de comparoir, et dame Françoize de Lacour {sic) vefH'e dudit sieur Lon d'Arce, deffaillante, a faute de deffendre. après que les délais de l'ordonnance sont expirés; veu, aussi, ladite requeste du 3" jour d'aoust 1676, présentée par ledit detfnnt s' de Cheverry, contenant ses fins et conclusions a ce (pi'il lui feust permis de faire assigner lesdits defiendeurs eu la Cour, pour reprendre en l'instance des saizies et criées poursuivies en la Cour de la terre et seigneurerie de Lahontan sur ledit deftunt s'' de Lon d'Arce ; ensemble jiour voir déclarer exécutoire, a l'encontre d'eux, le contract de constitution de ôOO livres de rente, passé par ledit defi'unt s de Lahontan au profMt de Pierre Chopin, duquel ledit s' de Cheverry avoit les droits, le 29° jour de janvier 1668, comme il estoit a l'encontre du dit defFunt; ce faisant, condempner personnellement, pour telles parts et portions qu'ils sont héritiers et hipotequairement pour le tout, a paier audit demendeur huit années des arrérages de ladite rente, escheues le 29' jour de juin 1676, et ceux escheus depuis, et continuer a l'advenir, comme aussy condempner a peyer audit s' de Cheverrv la somme de 1666 livres contenue en un billet dudit defFunt s' de Lahontan, avecq les interests de ladite somme a raison de l'ordonnance, que pour facilliter le paiement desdites sommes et arrérages de rente, les deniers ci devant saizis, a la requeste dudit s' Cheverry, entre les mains des habitans et corps de ville de Baionne, provenans des arrérages d'une rente de 1,074 livres par eux constituée au proffit dudit feu s' de Lahontan escheus, jusques au jour de la saizie réelle quy a esté faite de ladite rente, a la requeste de Claude Lois, eseuyer, conseiller secrétaire du roi, seroient baillés et de.slivrés audit s' Cheverry sur et tant moins et
jusques a concurrance de son deub ; ladite Cour a déclaré et déclare
lesdits defFauts avoir esté bien et deuement obtenus, et adjugeant le proflit d'iceux, a tenu et tien ladite instance de saizie réelle et criées pour reprise par les defiendeurs, au lieu et
place dudit defïuiit Pierre (sic) de Lon d'Arce, liaron de Ltihontan, ce faisant, a déclaré et déclare ledit coiitract de constitutiun de 500 livres de rente, passé par ledit defiiint s' de Laliontan, au proffit du s' Cheverry, .le 29 jour janvier 1(368, executtoire a rencontre des deôendeurs, comme il est vit contre ledit delfuut s' de Laliontan, ce faisant les a coudempné et coudempné personnellement, pour telles parts et portions qu'ils sont héritiers et hipotequairemont pour le tout, a payer a la demenderesse les arrérages de ladite rente, deubs et escheus et ipiy escheront a l'advenir, jusques au parfait paiement et renibourcement de ladite rente, et outre a paier a ladite demenderesse la somme de 1666 livres portée par la promesse dudit s' de Lahoutan, du jour de 1676, jusques au parfait paiement, et
outi'e a ordonné et ordonne que pour facilliter le paiement desdites sommes, les arrérages de ladite rente de 1,074 livres deue audit défunt s' de Lahoutan par les eschevins et jurats de la ville de Bayoïuie, quy estoient deubs, lors de la saizie et arrest fait a la requeste dudit defliint s' Cheverry, le 27'' juin 1673, et quy sont escheus jusques au jour de la saizie réelle quy a esté faite de ladite rente, seront baillés et deslivrés a ladite demenderesse sur et tant moins et jusques a concurrence de ce quy luy est deub, a ce faire lesdits eschevins et jurats de la ville de Bayoune contraints, ce faisant descharges envers lesdits defîendeurs, condempne les défendeurs aux despens de l'instance dudit deftaut et de tout ce quy s'en est ensuivy. Et sera la présente sentence executtée nonol)stant l'appel, en baillant caution, quy sera receue par le s' Jassand, m'' des requestes. Sj- mandons au premier huissier etc. — Donné à Paris, auxdites requestes de l'hostel, soulz le scel de ladite Cour, le premier jour d'avril 1677. — Collationné, signé: Lamirault." (Archives con.munales de Ba^onne, CC. 818, n" 6.)
1658-1731. — Créance des héritiers du baron de Lahoutan. — Contrat d'emprant de 30,000 livres par David Detcheverry, avocat, ayant pouvoir des eschevins et jurats de Bayonne, à messire Isaac Dulom, sieur d'Esleix [Eslech] et d'Arce, chevalier de l'ordre de Saint-ilichel, et demoiselle Jeanne Guérin, sa femme. — Requêtes du corps de ville de Bayonne ;\ rintendant Faucon de Ris, au sujet des prétentions du sieur Jean Roland de Saint-ilesmin. à la créance d'Arce. (Arch. comm. de Bayoune, CC. 818. — Dulaurens, Invent, somm., tome I".)
29 août 1679 : M*" Jacques Tuvé-Hautefort, bourgeois de Paris, tuteur d'Anne-^Larguerite Tuvé, sa fille, et de défunte damoiselle Marguerite Brisset, vivant sa femme, donataire de défunte dame Jeanne Guérin, vivante femme d'Isaac Le Long (sic) s' d'Arce, baron d'Eslix et de Lahoutan, demandeur en saisie arrêt etc. (Archives communales de Baj'onne, CC. 818, n" 8.)
1684-1689. — Cession de créance par dame Françoise de Coxitte, épouse d'Isaac Dulom d'Arce, seigneur baron de Lahontan et Esleix [Eslech], à Jean Roland de Saint-Mesmin, directeur général de la foraine de Guyenne. (Arch. comm. de Bayonne, CC. 803. — Dulaurens, Invent, somm., tome I".)
1687. — Distribution iVune somme de 30,000 livres prêtée par Isaac Dulom d'Arce, baron de Lahontan : 2.000 livres au maréchal de Grammont ; — 6.000 livres à madame la maréchale, sa femme; — 3,900 livres à Lalande, maître des ports; — l.ôOO livres au baron de Lahontan pour dés intérêts, à Detcheverry, pour gratification, 2,000 livres. (Arch. comm. de Bayoune, CC. 792. — Dulaurens, Inrent. somm., tome P'.)
îî^" 3.
Note sur M. de Broiillax.
Laliontan a toujours accusé M. lic r>rouillan d'avoir été la cause inunédiate de ses niallu'urs et de ses déboires. C'est lui qu'il jioursuit sans ce-^se de ses sarcasnu^s ; c'est toujours lui qui se dresse comme un fantôme quand on lui parle de ses persécuteurs. Les
accusations qu'il a portées contre ce gouverneur dans son livre, sont si violentes et elles ont duré avec tant de persistance (|u"il iinpc)rte de démêler l'O ([u'il y a de vrai là. M. de Brouilian a-t-il été le concussionnaire que Laliontan dit dans sa xxv'' lettre? Mérite-t-il tons les reproches qu'il lui adresse dans ses 3Iéinoires (pi>. 34 et 35, édition de 1709)?
Un mémoire que nous avons sous les yeux, et dont l'original est déposé aux archives de Terreneuve, ne nous laisse aucun doute sur la véracité de Lahontan à ce sujet.
Ce mémoire daté le 2 février lfi02, par conséquent plus de six mois avant l'arrivée de Lahontan à Plaisaïu'c, porte }iour titre: Mémoire toxclia ut le commerce que 31. de Broinllan fait et veut faire à Plaisance, à Vexclasion des hahiiaiits et marchands. Il fut fait et signé à Nantes par Da%nd Daitherre, à la demande de M. de Gustine, de la part de l'ontchartrain.
M. de Brouilian, dit le mémorialiste, veut se rendre maître du commerce à l'exclusion de tons antres. Lors((>i'il i>assa à Phnsance dans le Johj que commandait M. Daitherre, il n'avait pour tous biens qu'un an d'appointemcnt. Il ï'emivloya à acheter à Nantes des
meubles, vivres, ustensiles et chaloupes de pêche De connivence avec Costebelle, il
a emi)loyé les fonds des troupes pour 1689, 1690. 1691 Il a nourri ses domestiques et
seize ou dix-sept pêcheurs avec les vivres des soldats. Les soldats travaillent pour l'habitant et sont nourris par ce dernier. Brouilian et Costebelle tirent d'eux un percentage en morues. Il a vendu le vin embarqué pour les soldats. Il a employé pour lui et Pasteur les vingt-cinq Basques envoyés pour les habitants. Il est associé avec Gitton, marchand de la Rochelle. Il force les habitants à lui vendre leurs morues.
Tel est en résumé l'acte d'accusation porté par Daitherre. Il s'accorde en tous points avec le réquisitoire que Laliontan publiait, onze ans après, dans ses 31émoires.
M. de Brouillai! partit de Plaisance le 16 juillet 1701, pour aller commander en Acadie. Là, au.ssi, il fut en butte aux accusations des fonctionnaires qu'il avait sous ses ordres. Dans le vingt-deuxième volume de 'la Correspondance générale dn Canada, aux archives de Paris, on trouve un curieux mémoire de M. de Brouilian répondant à une lettre que le ministre lui avait écrite le 4 juin 1704. Nous croyons devoir le citer parce qu'il nous donne quelques détails sur la carrière de ce gouverneur à Plaisance :
" MÉMOIRE DU S" DE BrOUILLAN À LA LETTRE QUE MONSEIGSEUR LUI A ÉCRITE
LE 4 juix 1704.
" Il n'avait mis personne en qualité d'inspecteur sur les travaux des fortifications, il avait seulement commis le S' de Boullay et un appareilleur très appliqué et zélé pour presser les ouvrages ainsi qu'il parait par les certificats ci-joints des S" de Laliat et de Goutin. Le S' de Boulay est un gentilhomme qu'il avait envoyé en France en 1703 pour rendre compte de la colonie ; il est resté et sert actuellement dans la première compagnie des Mousquetaires.
" Il avait expliqué et explique encore qu'il ne s'était point servi des ouvriers employés au service du roi, que dans un tenais où ils n'y étaient point occupés et que l'habitation qu'il y a fait faire a été bâtie par un habitant de l' Acadie et non par un charpentier de S. ^M. ainsi qu'il le justifie par la déclaration ci-jointe.
" Le S' de Goutin n'a pu dire avec sincérité qu'il ne lui a pas laissé la liberté d'établir l'ordre nécessaire dans l'arrangement et la distribution des munitions, puisqu'il ne lui en a jamais donné aucune connaissance ; qvt'il a vu avec regret qu'il les dissipait et fraudait luimême et qu'il a eu l'adresse d'obtenir sans doute sur de faux exposés, la faculté d'agir de concert dans toutes ses fonctions avec le Gouverneur et d'avoir entrée dans le Conseil de Guerre comme commissaire, d'où il s'en est suivi que la portée du génie de cet écrivain étant au-dessous de l'élévation qu'on lui a donnée, il a achevé de se méconnaître, à faire des incidents absurdes daus ce conseil, et enfin à fomenter des cabales et consiùrations qui ont failli perdre la colonie, ainsi qu'il la exposé jjar les mémoires qui précèdent cetteréponse.
" A l'égard de l'excédant de la dépense de l'année 1703, il a déjà dit qu'il n'en avait aucune connaissance, le S' de Goutin ne lui ayant pas communiqué toiis les emplois des fonds. Il s'est réduit au service du roi selon les règles de l'art militaire et à presser le travail des fortifications pour comliattre et repousser les ennemis et par conséquent main- Sec. I., 1894. 23.
tenir et empêcher la destruction de la colonie. Tout était en déi^ordre dans son gouvernement quand il y arriva, cliaeun faisait comme il voulait et commandait de même. La discipline a déplu à plusieurs brouillons qu'il n'a pu ranger à leur devoir ; et bien loin de pouvoir penser à cet excédant de fonds, dont il ne pouvait, comme dit est, avoir aucune connaissance, il n'est pas hors de propos de représenter à monseigneur que les faux exposés et calomnies qu'on a écrites contre lui et qu'il lui parait qu"on a écoutées l'ont jeté dans la nécessité de se mettre continuellement eu garde pour les détruire et faire connaître la vé-rité comme l'on verra dans les suites.
" Sur ce qu'on a expiré à monseigneur qu'il avait pris d'un halùtant pour 100 livres une terre qui en vaut plus de 400, il rapporte le contrat d'acliat que cet halntant en avait fait pour 60 livres. Des certiiicats comme il n"\' avait jamais rien fait, qu"il l'avait voulu donner pour 80, et que le S' Brouillau Ta sommé publiquement de la reprendre en lui rendant les 100 livres et le déboursé des ouvrages cpi'il y a fait faire suivant l'estimation qui en serait faite par tels experts que bon lui semblerait en lui offrant même de lui faire 60 livres de diminution sur la dernière estimation.
" A l'égard de la nommée Barat, femme du Greffier de Plaisance que son mari avait envoyée au Port Royal en attendant qu'il y put venir lui-même suivant la permission de la cour, cette femme serait repassée il y a longtemps à Plaisance pour y rejoindre son mari si elle avait trouvé une occasion favorable pour cela. Elle n'a jamais logé chez lui comme il le justifie par le certificat ci-joint du curé de Port Royal.
" Il n'a trouvé aucune occasion ])our faire passer la dame Preneuse à Québec, ou l'obliger à aller demeurer dans sa prétendue habitation qui a été réunie au domaine du roi quoic[u'elle ait de bons titres de propriété dont elle n'a reçu aucun dédommagement ce qui la met hors d'état de subsister et d'entretenir 5 à 6 enfants. Il n'a pu l'envoyer qu'aux mines pour l'éloigner du S' de Bonaventure qui est si outré des calomnies qu'on a écrites contre lui, qu'il demande avec empressement comme une grâce particulière qu'il plaise k S. M. de lui donner tels commissaires qu'elle jugera à propos pour lui faire son procès s'il se trouve coupable de ce dont on l'a accusé espérant qu'après que sou innocence sera connue on lui rendra justice contre les calomniateurs.
" A l'égard du S' le Guerrier, chirurgien du fort royal, il s'est senti si piqué des calomnies qu'on a faites contre lui qu'il a poursuivi en justice les calomniateurs et les a fait condamner à lui faire réparation d'honneur et aux dépens après quoi il s'est absolument voulu retirer de l'Acadie pour n'être plus exposé aux rapports des esprits aussi dangereux que ceux de ce pays-là.
" Il avait pourvu il y a longtemps qu'on n'enlevât point l'écorce des arbres propres à la mature et l'on s'est conformé à cet égard à ses ordres.
"Il croiyait pouvoir se servir de la même prérogative que les particuliers avaient d'acheter des magasins les choses qui dépérissaient en les payant exactement comme il l'a fait ju.squ'à des articles de six blancs ainsi qu'il parait par les comptes qu'il en a arrêtés avec le S de Goutin. Aussitôt qu'il a su qu'on la trouvé mauvais, il s'est dispensé d'y rien prendre.
" Il s'était flatté qu'on aurait été persuadé cpie c'était au-dessous de son caractère et de sa naissance qu'il se fut abaissé jusqu'à faire vendre du vin et de l'eau de vie en détail quelque exposition qu'on en ait pu faire à Monseigneur ; si l'on avait contre lui des idées pareilles, il se trouv-erait bien malheureux dans le service du roi où il a toujours fait son devoir avec honneur d'être oliligé de rapjiorter continuellement des preuves contraires à ces faux exposés qui sont d'autant plus pi(|U:ints à un homme d'honneur et de c<xHir ([u'on tourne en ridicule lorsqu'on lui manpie ([u'oii dit ([u'il a condamné des soldats à l'amende parce qu'ils n'ont pas bu dans son prétendu cabaret. Il n'a rendu des ordonnances pour condamner à l'amende que sur ce qu'il avait reconnu ([u'il n'y avait point de justice ni de police à l'Acadie et que les ecclésiastiques s'étaient plaints à lui qu'on donnait publiquement de la viande le carême et les autres jours défendus, et du vin et de l'eau de vie les jours de fèti's pendant le service divin. La ntymmée Barat dont on veut parler fut du nombre des cabaretiers ipii payèrent l'amende au S' de Goutin pour avoir donné à boire pendant les vêpres.
" Voilà, monseigneur, sur cet article et sur tous les autres la vérité toute pure qu'on pourrait croire parla droiture du S' dcBrouillan qui après avoir servi -36 ans le roi sans qu'on
Nota— Qu'il l'a envoyé avec un délaiheiiiyiil d'un suldiit et di 4 soryenU suivant ëon ordre dont il remet copie ici— (Note de l'autenr dn mémoire.)