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Quiros, dominicain apostat, qui avait conservé de bonnes relations en France, s’intéressa à son sort. Mais rien ne put fléchir les Pontchartrain.
Pendant ce temps-là une meute de créanciers voraces s’acharnait à la dispute des derniers lambeaux de la succession paternelle. Lors de la vente de 1684, la baronnie de Lahontan avait rapporté une somme de 21,000 livres : mais ce montant avait à peine suffi à payer quelques dettes. On s'était attaqué ensuite au capital jadis donné par Isaac de Lom d’Arce et sa première femme Jeanne Guérin, à la ville de Bayonne, aux terres d'Esleich, puis aux maisons que la famille possédait eneore dans l’enclos du Temple, à Paris. Lors de la distribution de ces deniers, de nombreuses centestations étaient survenues entre les créanciers. Chacun voulait avoir le pas sur les autres ou être colloqué par préférence. On conserve encore, aux archives de Bayonne les pièces de ce fameux procès, qui forment un volumineux dossier de plusieurs centaines de pages, texte serré Nous avons sous les yeux la copie d’un arrêt qui fut
rendu, le 23 juin 1699, par le parlement de Paris, en
cette affaire. Qu'il suffise de dire que l'énoncé de cet arrêt mentionne plus de cent cinquante sommations, requêtes, répliques, soutenements, contredits arrêts et sentences, sans compter les productions de pièces. Nous y trouvons plus de soixante parties intervenantes. Il en vient de Paris, de Tours, de Rouen et de tous les coins de Béarn. L2:s procédures, commencées en 1664, s'étaient continuées d'année en année jusqu’en 1699 qu'intervint
l'arrêt de distribution des deniers, mais en 1789, la ville
de Bayonne avait encore à compter avec les créanciers
ue 78 D et les héritiers du baron de Lahontan.
Le lecteur comprendra par ce court résumé, la haine que Lahontan a vouée dans ses écrits aux lois de tous les pays et à l’ordre des avocats en particulier.
La guerre de la succession d'Espagne (1701) brisa les dernières espérances que Lahontan avait conservées de grâce. Absolument ruiné dans l'esprit du roi et des ministres de France, après avoir tenté toutes les voies pour se justifier, il voulut au moins se donner la satisfaction de publier la cause de ses malheurs, et se venger de “ MM. de Pontchartrain, père et.fils, très riches en or et en argent.” Ne pouvant plus se servir de son épée, il prit la plume et se fit pamphlétaire. Sous prétexte que ses ennemis l'avaient cruellement et honteusement noirci, il résolut de revendiquer son honneur. Complètement ruiné de fortune, sans emploi, il voulut prouver que “ son exil et sa fuite ne pouvaient lui faire du tort dans l'esprit des honnêtes gens. ” “Je ne serais point coupable, dit-il, si je n’avais point en tête des personnes si puissantes. L’on n’est point innocent dès qu'on a le malheur de leur déplaire. (C’est avoir tort que d’avoir
raison contre elles.
Tel sera le thème favori de Lahontan. Ilest, pourtant, des injustices si criantes qu'il y a une certaine douceur à les subir ; le public vous rend alors bien plus que l’autorité ne vous Ôte.
Pendant son séjour au Canada, Lahontan avait rédigé un journal de ses aventures, et entretenu un commerce régulier de lettres avec un de ses vieux parents, désireux de se renseigner sur les pays d'outre-mer, Ces notes, il en avait fait part aux nombreux Français que le
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régime autoritaire de leur pays obligeait chaque année à se réfugier en Hollande. On l'avait engagé à les publier, mais comptant toujours que la fortune lui redonnerait ses emplois, il les avait gardées en portefeuille, quitte à les jeter au feu à la première nouvelle de sa rentrée en grâce. La nécessité, le besoin de se créér des protecteurs auprès des cours étrangères, la haine qu’il portait à ceux qui n'avaient point voulu écouter ses l:mbles supplications, le décidèrent donc à se faire auteur. Mais
comme le simple récit des malheurs et de la disgrâce
d’un officier de marine, n'aurait pas suffi à attirer sur lui l'attention, il voulut se donner ia gloire de l’explorateur. Un lieutenant de roi à Plaisance, bourgade ignorée, perdue dans les brumes de Terre-Neuve, ne pouvait prendre l’Europe à témoin de son innocence et l’intéresser à sa fortune, mais un voyageur dans les plaines inconnues de l'Ouest américain avait plus de chance de se faire entendre.
Le livre de Lahontan paraît à la Haye. en 1703.—VOYA- GES.—MÉMOIRES.-DIALOGUES AVEC LE SAUVAGE ADARIO.— Appréciation.
C’est en 1703 que parut, pour la première fois, à la
Haye, le livre de Lahontan. Le roi de Danemark, Fré-
déric IV, prince facile auquel un voyage en Italie avait
donné le goût des beaux-arts, connaissait l’auteur. Il
l'avait accueilli avec bonté, s'était fait raconter ses mal
heurs et lui avait donné sa protection. C'est à lui que le baron béarnais dédia son ouvrage. L’épitre qu'il lui adresse à la tête de son livre, est plate comme tous les
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