‹ Le baron de LahontanChapitre 16 sur 53 · SO · texte numérisé non relu

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discours des courtisans, et comme toutes les dédicaces du temps. Cette dédicace courtisanesque surprend d’autant que la planche frontispice du titre porte pour gravure un sauvage armé d’un arc et d’une flèche, un pied posé sur un code de lois, l'autre sur une couronne et un sceptre. Cette composition allégorique a pour légende : Et leges et sceptra territ. Tout cela rappelle la doctrine anarchiste et annonce le fonds des raisonnements de l’auteur. On représente, en effet, l'anarchie sous la figure d'une femme dont toute l'attitude annonce la fureur ; elle foule aux pieds le livre de la loi et un faisceau de baguettes, symbole d'union ; d’une main elle brandit un poignard et de l’autre une torche allumée ; à ses côtés gisent un sceptre brisé et un joug rompu. La légende latine Æ% leges et sceptra territ ramène aussi à l'esprit ces deux vers de Diderot, que les anarchistes réclament comme un des leurs :

La nature n’a fait ni serviteurs n1 maîtres : Je ne veux ni donner, ni recevoir des lois.

La planche qui accompagne celle où est gravé le sauvage anarchiste dénote chez l’auteur des idées tout aussi avancées. C’est un globe terrestre entouré de constellations. Une tourterelle plane dans l’espace et se dirige vers le globe au-dessus duquel sont inscrits les mots Orbis Patria. Ne dirait-on pas un précurseur du groupe des sans-patrie ? Lahontan, du reste, écrit cyniquement,gw'i/ avait renoncé à toute sorte d'attachement de patrte, et il déclare dans sa préface avoir toutes Les qualités nécessaires à un narrateur, celle d'écrire comme s'i n'avait ni patrie ni religion.

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Il faut croire que les princes danois du commencement du XVIII siècle n'avaient pas les mêmes sentiments que ceux d'aujourd'hui, puisqu'ils pouvaient accepter la dédicace de livres s’annonçant sous des auspices aussi révolutionnaires. à

L'ouvrage de Lahontan, imprimé en trois volumes,

se divise en quatre parties distinctes. Le premier tome,

partagé en vingt-cinq lettres, suivant la mode de l’époque, comprend le voyage de l’auteur et ses aventures au Canada depuis 1683, date de son départ de France, jusqu’à sa fuite au Portugal, en 1693. Il y raconte son arrivée, sa vie de désœuvrement dans les cantonnements, chez les paysans, les expéditions contre les Iroquois, en 1684 et 1687, le commandement qu'il eut au fort de Saint- Joseph, sa course vers l’ouest jusqu'à Michillimakinac, puis dans les régions mystérieuses où coule la rivière Longue, son retour à Québec, l'accueil que lui fit Frontenac, les projets qu’il forma pour la défense des grands lacs, sa nomination à la lieutenance de roi à Plaisance, en Terre-Neuve, ses démêlés avec le gouverneur de cette place et sa fuiteen Portugal.

Rien que les aventures de Lahontan n'auraient eu qu'un intérêt bien médiocre, mais l'auteur a grossi sa relation d’une foule de petites anecdotes et de médisances, assez souvent malignes. C'est un grand causeur. Sa jaserie, comme celle du religieux dominicain Labat, mérite quelquefois le nom de commérage, à cette différence qu'il y a dela bonhomie dans la malice du P. Labat, et que l’on ne ressent pas,en le lisant, l'envie de

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