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Les dialogues comprennent trois entretiens. Le pre-
mier roule sur le christianisme en général. “ Profite des
grâces et des talents que Dieu t'a donnés, éclaire-toi des grandes vérités du Christianisme” dit Lahontan en s'adressant à Adario. Celui-ci proteste que sa religion primitive est aussi bonne que celle des chrétiens. “ Elle
“est basée sur la justice et la sagesse.” La discussion se
continue alors très vive, très piquante, très mouvementée.
A chaque argument apporté par le baron, le sauvage
retorque avec vigueur. On passe en revue l'éternité des
peines, la foi, l'enfer, le paradis, la vérité des écritures, le péché originel, la présence réelle, l’incarnation. “ Nous observons les commandements de Dieu mieux que ne tont les Français, dit Kondiaronk. Pourquoi la religion des Anglais ne serait-elle pas aussi bonne que la vôtre ?
Vous avez traversé l'Océan pour sauver nos âmes, dites-
vous, mais vous ñne pouvez pas vous accorder entre vous sur ces grandes vérités. Vos ordres religieux sont toujours à se quereller, chacun prêche sa morale. Qui croire 2” Le vieux chef, tout en louant très fort la continence et les mœurs des jésuites, se moque de leurs
‘enseignements comme l'aurait fait un janséniste. Entre
temps, la conversation roule sur le célibat des prêtres, le pape, le ourgatoiré, les indulgences. C’est un ramassis de toutes les objections alors en vogue contre le chris tianisme, l'église catholique et la vérité révélée.
L'entretien se termine par Adario qui donne congé
-en ces termes à son pauvre prêcheur : “ Aïnsi, mon
“ . d e - ,- - frère, crois tout ce que tu voudras, aie tant de foi qu'il te plaira, tu n'iras jamais dans le bon pays des âmes si
tu ne te fais Huron. L’innocence de notre vie, l’amour
que nous avons pour nos frères, la tranquilité d'âme dont nous jouissons par le mépris de l'intérêt, sont trois choses que le grand Esprit exige de tous les hommes en général. Nous les pratiquons naturellement dans nos villages, pendant que les Européens se déchirent, se volent, se diffament, se tuent dans leurs villes, eux, qui voulant aller au pays des Âmes, ne songert jamais à leur créateur, que lorsqu'ils en parlent avec les Hurons.…...?
Le deuxième entretien traite des lois, de la justice, de la vénalité des juges, des faux témoins, de l'inégalité des punitions. Pourquoi des lois, si ce n’est pour les observer ? Et les règles de la justice étant constamment violées, ne vaudrait-il pas mieux n'en pas avoir ? Dans le troisième dialogue on discute sur la société civile en général. À quoi bon les distinctions entre les hommes ? Pourquoi l'argent ? Il faut revenir à l’état primitif, met-
tre tous les biens communs, ne plus connaître ni le tien.
ni le mien. Les hommes devraient vivre de chasse et de pêche. Adario, qui a visité la France, compare la vie sauvage à l'état civilisé, se moque des rois, des grands seigneurs, critique les coutumes et les modes curopéennes. Lahontan ne perd pas l’occasion de mettre dans sa bouche les plus violentes tirades. Les riches, les femmes, les médecins, les savants, les prêtres passent tour à tour sous le fouet vengeur de ce désillusionné.
Il va sans dire que ces conversations sont sorties toutes armées du cerveau du baron béarnais. Kondiaronk, qui est mis en scène, n’eut jamais les idées encyclopédiques qu’on lui prête. L'historien la Potherie raconte au contraire, que ce fameux chef:indien avait les sentiments d’une belle âme et n'était sauvage que de nom.