II
nature, qui surpassent de bien loin tous les plaisirs dont l’homme civil peut avoir l'idée. Je compris pourquoi pas un sauvage ne s’est fait Européen, et pourquoi plusieurs. Européens se sont faits sauvages... Il est incroyable combien les nations et leurs institutions les plus vantées. paraissaient petites et diminuées à mes regards ; il me semblait que je voyais les royaumes de la terre avec une lunette invertie ; ou plutôt, moi-même agrandi et exalté, je comtemplais d’un œil de géant le reste de ma . race dégénérée. ”
La plus grande partie de cette tirade vient en ligne droite des Dialogues. ,
C’est ainsi, comme dit le poête Regnard, que
Grandes maisons se font par petite cuisine.
Il faut avouer, cependant, que dans son Génie dw Christianisme, Chateaubriand juge le baron de Lahontan à son mérite: “Lorsque, dit-il, les jésuites firent paraître la correspondance connue sous lé nom de Zertres édifiantes, elle fut citée et recherchée par tous les auteurs. On s’appuyait de son autorité, et les faits qu'elle contenait passaient pour indubitables. ‘Mais bientôt la mode vint de décrier ce qu’on avait admiré. Ces lettres étaient écrites par des prêtres chrétiens : pouvaient-elles valoir quelque chose? On ne rougit pas de préférer ou plutôt de feindre de préférer aux Voyages des Dutertre et des Charlevoix, ceux d’un baron de la Hontan, ignorant et menteur.”
Re VHI Le voyage de la rivière Longue.—Est-ce une Fiction P— Ce gwen pensent les auteurs.
Le baron de Lahontan a-t-il fait le voyage à la
rivière Longue ? Cette rivière a-t-elle jamais existé ? Voilà deux questions qui ont été beaucoup débattues autrefois. Les uns n’hésitent pas à déclarer que cet épisode des voyages du baron béarnais n’est qu’une simple fiction, et que l’auteur n’est qu’un imposteur. Les autres croient au voyage, maintiennent que le récit en est véridique, et vont même jusqu’à indiquer sur la carte
la rivière qui fut explorée.
Comment démêler le vrai du faux dans ce débat qui eut le don de passionner les géographes et les historiens du siècle dernier ?
La gloire des explorateurs a toujours été fort contestée surtout de leur vivant. Sans parler du grand Colomb, que l'Espagne jeta dans les fers quand il venait de lui donner un monde, voyons ce qui se passsait dans cette Nouvelle-France, au temps où Jolliet, la Salle, les la Verandrye s’avançaient dans les profondeurs mystérieuses de l’ouest et du sud. Quand on étudie l’histoire ancienne du Canada, il faut toujours se rappeler que la colonie était divisée en deux factions : celle des jésuites, protégée tantôt par Denonville, tantôt par Duchesneau ; celle des récollets, dont Frontenac était l’inspirateur et l'organe autorisé.
Les missionnaires avaient été entraînés dans cet engrenage, et ils ne pouvaient plus s’en dégager, quelques efforts qu'ils fissent. Ils avaient beau se défendre, protester de leur neutralité ou de leur bon vouloir, les factions cherchaient à les compromettre malgré eux, et persistaient à se couvrir de leurs manteaux. Chaque école avait ses favoris et ses méthodes. Aussi, tous les faits, toutes les actions du temps sont-ils diversement
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appréciés, suivant que l'écrivain qui tient la plume relève de l’un ou l’autre camp. Règle générale, il faut se défier beaucoup de tous les jugements prononcés par les contemporains sur les hommes et les choses. Il y en a peu qui soient sans appel. L'esprit de parti fit commettre alors des injustices inconcevables, et il appartient à la postérité impartiale de les redresser chaque fois qu'elles se rencontrent sur son chemin.
Pour ne citer que le cas des grands explorateurs de l’époque, y en a-t-il qui aient été plus vilipendés, plus honnis, plus conspués que la Salle, Joliet, les la Verandrye ? Lorsque la Salle s'avance vers les grands lacs et donne à la France un pays plus grand que l’Europe, le gouverneur la Barre affirme à la cour que ses découvertes sont imaginaires ou mensongères, et qu’il songe plutôt à ses affaires personnelles qu’à celles du roi. Les récollets nient la découverte du Mississipi par Jolliet et Marquette, en 1673. “ J'avais apporté avec moi, dit le P. Douay, le livre, imprimé à Paris en 1681, de cette découverte prétendue, et je remarquais dans toute la route qu'il n’y avait pas un mot de véritable. Les Akansas nous assuraient n'avoir jamais vu d’autres Européens avant monsieur de la Salle. ” :
Pour se venger des récits du récollet Douay, les adversaires de la Salle traitaient ce dernier d’imposteur et de visionnaire. Les partisans de la Salle ripostaient de leur côté que les jésuites poussaient Jolliet, ancien frère donné de leur ordre, à s’attribuer la découverte du Mississipi pour en faire perdre la gloire à leur héros.
Les deux écoles qui se disputaient les lauriers de Jolliet et de la Sale sont encore en présence l’une de
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l’autre lorsqu'il s'agit d'étudier le voyage de la rivière Longue et la découverte de Lahontan.
L’historien Charlevoix n'hésite pas à dire que le voyage à la rivière Longue n'est qu'une pure fiction aussi fabuleuse que l’île de Barataria dont Sancho Pança était gouverneur, parce qu'il renferme d'assez nombreuses erreurs géographiques, et que l’auteur y mentionne des peuplades sauvages, comme les Essenapés et les Gnacsitares dont les noms sont entièrement inconnus aux autres voyageurs.
Lahontan, tout en rendant hommage à la pureté des mœurs des jésuites, a porté un jugement sévère sur leur conduite politique au Canada. Il peut se faire que le P. Charlevoix n’ait pu oublier ce jugement. Nous avons vu déjà avec quelle rigueur il s'attaque à sa manière d'écrire, et comment il cherche à le trouver en défaut sur les détails souvent les plus insignifants. Il y a des auteurs qui pensent que l’on s’est trop souvent reposé sur l’autorité du P. Charlevoix pour porter des jugements sur les hommes et les choses de son temps. “Le plus souvent, disent-ils, les jugements de cet historien ne décèlent pas moins de légèreté que d’ignorance des choses. Quand on n'appartient pas à son école, on est sûr d’y rencontrer l'injustice de parti pris. C'est un écrivain superficiel que l’on surprend à tout propos commettant des injustices flagrantes. ”
Ces critiques vont beaucoup trop loin à notre sens. On ne peut nier cependant que Charlevoix ait traité certains grands personnages de notre histoire d’une façon qui n’est pas toujours très juste. L’appréciation qu’il fait de l'œuvre, des motifs et de la conduite de
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Cavelier de la Salle, par exemple, n’est pas digne d’un historien de sa valeur. Dans le cas particulier de Lahontan, Charlevoix semble avoir voué à cet auteur une haine spéciale, et nous ne voudrions pas nous appuyer sur son seul jugement.
L'avocat Charles le Beau, qui vint au Canada en: 1720, prétend que Lahontan ne se rendit jamais plus loin que Montréal.
“ Quelle estime, par exemple, écrit-il dans la préface de ses œuvres, une personne peut-elle avoir du baron de Lahontan, lorsqu'elle vient à parcourir le récit de ses voyages ? De quel œil peut on voir parler des sauvages qui n'ont existé que dans son imagination ? Si le baron de Lahontan, qui était garde marine lorsqu'il est tombé malade à Québec, où il a été obligé de demeurer quelque temps jusqu'à sa convalescence, si ce baron, dis-je, se fût contenté de nous faire la description des lieux par lesquels il a passé, depuis le premier port de France jusqu’à Montréal, ceux qui savent qu'il n’a guère été plus loin que cette ville, eussent pu ajouter foi à ce qu'il débite. Mais son livre est devenu bientôt suspect, surtout lorsqu'on est parvenu à découvrir que la plus grande partie de ses relations n'est écrite que sur le rapport de quelques coureurs de bois qui lui en ont fait accroire.
Le Beau vint au Canada, plus de trente-cinq ans après le départ de Lahontan. Il n’y demeura qu'une année à peine, et, encore, après avoir occupé une position subalterne de commis dans les magasins du roi à Québec, fut-il obligé de s'enfuir comm2 un déserteur chez les sauvages iroquois, d'où il passa à Boston, puis en Hollande. Fils de famille incontrôlable, qu’une lettre de
COR TC RU NU D D'or rl DR ON NE ne Ce
cachet du roi avait fait embarquer pour le Canada en compagnie de quelques mauvais sujets de son espèce, le Beau a pu se passer la fantaisie, dans le récit de ses aventures romanesques, d'attaquer la véracité du baron béarnais. Malgréses assertions, il est bien prouvé cependant par les archives officielles de l’époque, que non seulement Lahontan se rendit à Montréal, mais encore qu'il commanda au fort Saint-Joseph, à plusieurs centaines de lieues dans l’ouest, sur les bords du lac Erié.
Ce n'est pas sur le témoignage d’un homme de la qualité de le Beau qu'il faut s'appuyer pour critiquer
Lahontan. Cela n’a pas empêché les biographes et les.
encyclopédistes de dire que le Beau a relevé soigneusement les inexactitudes et mêmes les altérations, de la vérité qui se trouvent dans quelques relations, et particulièrement dans celles du baron de Lahontan.
Le Beau ne fut qu’un faiseur, qui essaya de décrire les mœurs des sauvages qu'il ne connaissait pas, en empruntant le plus possible au P. Lafitau, missionnaire jésuite. Ce n’est point l'observateur ni l’auteur digne de foi dont on peut invoquer le témoignage.
L'abbé Prévost s’est fait le défenseur de Lahontan.
“ A l'égard du fameux baron de Lahontan, dit-il, il est assez naturel qu’un jésuite, ami de la religion et de la décence, n’en ait pas porté un jugement favorable, mais on ne voit pas si bien sur quels fondements le critique attaque sa bonne foi, surtout dans son voyage de la rivière Longue, qui ne paraît pas moins vérifié par le témoignage de ses soldats que par le sien. ?”
“ En mettant à part toute prévention, dit à son tour le géographe Eyriès, l'on ne trouve pas de motif plausible
pour nier la réalité de ce voyage. Quoiqu'il y ait des erreurs dans les noms de peuplades sauvages, et dans la position des lieux,cependant la fidélité de cette relationest garantie par autant de témoins qu'il y avait de Français à la suite du voyageur; et jamais celui-ci n’a été accusé d’imposture sur ce point. Si les inexactitudes d'un ancien voyageur devaient le faire accuser de fourberie, combien s'en trouveraient-ils qui pussent être justifiés ? ”
Ce qui peut avoir engagé l’abbé Prévost et quelques autres écrivains à défendre la véracité de Lahontan, est sans doute le mémoire que publiait M. de la Grange de Chézieux, dans le Mercure de France du mois de mai 1754, sur les pays et la mer situés à l’ouest du Canada. Supposant l'existence d’une mer située à l’ouest du continent américain, M. de la Grange de Chézieux discute les moyens les plus propres pour y parvenir, et ii étudie tour à tour les relations des voyageurs qui jusque-là, avaient exploré l'intérieur de ce pays nouveau. Cette pièce, fort peu connue, et difficile à consulter à cause de sa rareté, nous croyons devoir la reproduire en entier.
C’est Has un excellent résumé qui nous fait connaître à quel degré d'avancement était alors la science géographique au point de vue des choses américaines. C’est ensuite le plaidoyer le plus sérieux que nous connaïssions en faveur de Lahontan, touchant son voyage à la rivière Longue. Il est juste que nous mettions au
.dossier cet important document de la défense, qui porte pour titre :
€ Mémoire sur les pays et la mer situss à l'ouest du
Canada. Par M. D. L. G. D. C “A est vraisemblable, dit M. de Chézieux, qu'il
existe à l'Ouest du Canada et au Nord du Nouveau Mexique une mer ou un golfe, qui entre fort avant dans les terres, et qui communique avec le Grand Océan qui sépare l'Amérique de l’Asie, et qu'on nomme communément Mer du Sud. Il y a un mémoire ancien de feu M. G. de l'Isle, de l’Académie des Sciences fait pour prouver l'existence de cette mer à l'Ouest du Canada, et il l'avait dessinée sur le globe de M. le chancelier Boucherat, en 1698. M. Belin est du même avis dans sa dissertation, à la tête du tome 5 de l’histoire de la Nouvelle France, par le R. P. Charlevoix, édition in-12. L'un et l’autre citent les auteurs qui concourent à établir ce fait La relation vraie ou supposée, de l'amiral Fonte ou Fuente, récemment publiée, mais imprimée en anglais dès 1708, les témoignages de nos voyageurs, de nos missionnaires, des sauvages mêmes, l'accord de nos géographes modernes, tout est favorable à cette opinion.
“ L'existence de cette mer que nous nommerons mer de l'Ouest, étant supposée, il se présente naturellement deux réflexions. Cette découverte serait-elle utile à la France ? Quels sont les moyens les plus propres pour'y parvenir ?
“ Je ne m'étendrai pas sur la première de ces deux questions : tout le monde est à portée de sentir quelle augmentation de commerce il résulterait pour la France, si nous avions un port dans ces mers occidentales. Sans parler du vaste champ que la mer du Sud ouvrirait pour former des liaisons avec les Espagnols du Mexique, etc., ne pourrait-on pas se procurer, de gré ou de force, des relations directes dans le Kamtchatcka, dans le Japon,
à la Chine même, en évitant de faire le tour de l’Afrique,
étendre jusqu'aux terres arctiques un commerce qui ne pourrait être que très avantageux, puisque nous serions, pour ainsi dire, les premiers à y pénétrer. Ces pays abondent en pelleteries, et nos vins, nos eaux de vie, nos gros draps, marchandises les plus propres à ces climats, sont celles-là même sur lesquelles le bénéfice serait le plus sûr et le plus considérable.
“ Cette découverte contribuerait à immortaliser un ministère que le rétablissement de notre marine rend déjà si recommandable ; elle ferait connaître aux peuples les plus éloignés la puissance du roi et l’industrie de la nation, elle serait le lien de notre commerce sur l’un et l’autre hémisphère.
“ Les grands lacs du Canada, le fleuve de St-Laurent d’un côté, le Mississipi de l’autre, procureraient une communication facile de cette mer avec la France. Cette communication, même en supposant un trajet par terre, serait du moins aussi favorable que celle que les Anglais ont jusqu'ici vainement cherché par le détroit d'Hudson. On connait les difficultés et les risques de la navigation dâns les mers glaciales ; nous aurions un pays tempéré à traverser, et pendant la guerre nous serions, en le traversant, à l’abri des insultes de nos ennemis.
“ Mais quelle route faut-il tenir pour achever cette découverte ? Le premier auteur qui indique expressément une voie pour parvenir à la mer Occidentale du Canada, est le père Marquette, dont la relation fait partie du recueil de Thévenot. Ce religieux accompagna M. Joliet dans le voyage qu'il fit en 1673 dans ces contrées, où il fut envoyé par M. le comte de Frontenac. Telle est la route qu’il rapporte.
“ En remontant pendant 5 ou 6 joursle Pekitanog ‘“ (nom que porte le Missouri dans sa partie supérieure, “ vers le 43 degré de latitude) on trouve une belle prairie “ de 20 ou 30 lieues de long, qu’il faut traverser allant “ au Nord-Ouest ; elle se termine à une petite rivière sur ‘ laquelle on peut s’embarquer. Cette seconde rivière a “ son cours vers le S. O, pendant roou 15 lieues, après “ quoi elle entre dans un petit lac, qui est la source d’une “ rivière profonde, laquelle va au couchant, où elle se jette “ dans la mer. ”
“ Je doute fort qu’en suivant ces indications, on put se flatter d’un heureux succès, en supposant fidèle le rapport des sauvages, sur lequel cette route est fondée. Il y a bien de l’apparence que la grande rivière dont il est ici parlé, n’est autre que le Rio-Bravo, autrement dit la
. Rivière du Nord, dont le cours était alors inconnu, et qui, comme on le sait aujourd’hui, loin de conduire ses eaux à la mer Vermeille ou à la mer Occidentale, se décharge dans le Golfe du Mexique.
“ Les anciennes relations de la Nouvelle France, des années 1659, 1660, 1669 et 1670, paraissent indiquer une autre route pour parvenir à la mer de l'Ouest, ainsi que le livre du père Saghard Théodat, Recollet, intitulé Voyages au pays des Hurons. Il résulte des différents rapports des Sauvages qui y sont rapportés, qu'il existe une mer à l'Ouest des peuples, que nous appelons présentement les Sioux ; que dans le pays des Assinipoils, voisins de ces peuples, il y a une grande rivière qui mène à cette mer de l'Ouest ; que cette rivière n'est qu'à 8 journées de la mission de Outaouacs, et qu'on ne compte
qu'environ 200 lieues de cette même mission à la mer,
suivant le père d’Ablon, qui en était supérieur en 1670.
“Ce système parait avoir été adopté par MM.
Belin et d'Anville, dans leurs cartes de ces pays septentrionaux : l’un et l’autre marquent une rivière tendant à l'Ouest, située à peu près dans la même latitude ; et le second ajoute qu'elle a été découverte depuis peu par le sauvage Ochagac. Il lui fait traverser de l'E. à l'O. le lac des Bois qu’il place par 47 degrés de latitude Nord.
“ Je ne puis passer sous silence un trait qui m'a frappé dans la relation de la Nouvelle France de 1660. Les Nadouessis, présentement appelés Sioux, disent qu'ils sont presque au bout du monde ; qu'à la vérité il y a encore d’autres peuples vers le Soleil Couchant, appelés Carezi ; mais qu'au delà de ces peuples, la terre est coupée, et qu'il n’y a plus qu'un grand lac dont les eaux sont puantes. C’est ainsi que ces peuples désignent la mer.
“je retrouve ces même peuples à l'Est de la Tartarie, dans le voyage d’Isbrand, de la Russie à la Chine, inséré dans le Recuerl des voyages au Nord. A V'Est, dit cet auteur, “ Sont les 2 rivières de Eugur et d'Uda, qui “ ont leurs lits au Nord du fleuve Amur, coulent comme “ Jui à l'Est, et vont se décharger de même dans l'Océan “ Oriental, ou mer d’Amur. Les rivages de ces deux “ rivières sont habités par des Tunguses et par des autres “ peuples appelés Alemuri et Woreisi. Ces derniers ‘“ disent être sortis du pays de Cœla, qui n’est pas éloi- “ gné deleurs habitations (vers l'Est), et où, quand le vent “est favorable, ils peuvent se rendre dans peu de jours. ”
‘“ Les Woreisi d’'Isbrand, venus de l'Est, seraient-ils les peuples appelés Karesi par les Sioux, et qu'ils disent
être les derniers habitants de leur continent, sur les bords de la mer de l'Ouest ? Ce nom pourrait souffrir un changement plus considérable en faisant, de bouche en bouche le tour du monde. Si ma conjecture était vraie, le pays des Cœla serait situé à l'Ouest des Sioux et du Canada, et les parties Orientales de l'Asie et les Occidentales de de l'Amérique ne seraient séparées que par un bras de mer, que l’on peut franchir en peu de jours avec un vent favorable, Cette remarque n’est point étrangère à mon objet, puisqu'elle ajoute un degré de vraisemblance aux conjectures sur la situation de la mer occidentale : mais revenons aux chemins qui peuvent y conduire.
“ Quelques précis et quelque constants que paraissent les rapports qui supposent dans le pays des Sioux, des rivières qui tendent à la mer de l'Ouest, le P. de Charlevoix, dans le journal de son voyage à la Nouvelle France, préfère la rivière de Missouri, c'est-à-dire la première route, à peu près indiquée par le P. Marquette, L'historien du Canada prétend que cette rivière tire sa source à l'Orient, d’une chaîne de montagnes pelés, et qu'au revers des mêmes montagnes, il sort une autre rivière qui coule à l'Ouest, et se décharge dans la mer. Le P. Hennnepin parait aussi de ce sentiment dans la préface de son voyage, imprimé à Utrecht en 1698. Je conviens que la découverte de tout le cours du Missouri pourrait être fort avantageuse, il y a beaucoup d’apparence que la chaîne de montagnes dont cette rivière tire son origine, est la même qui fournit aux Espagnols les mines abondantes du nouveau Mexique.; mais je trouve des inconvénients à prendre cette route pour aller
à la mer de l'Ouest. 10. Cette chaîne de montagnes
peut former un obstacle considérable à la navigation, et suppose au moins un long trajet par terre. Dans une description de l'Amérique qui se trouve à la fin des voyages de Lionnel Wasser, on lit que le Rio-Bravo tire sa source d’une des plus hautes montagnes et des plus
inaccessibles ; et vraisemblablement en suivant la route
indiquée par le Père de Charlevoix, on doit rencontrer cette chaîne de montagnes et le Rio-Bravo. 20.10€ n'est que par coniéctures qu'on place à l'O. de ces montagnes une rivière différente du Rio-Bravo, et qui coulerait al'O. Si cette prétendue rivière existe, et surtout si elle est navigable, elle est, suivant les apparences, occupée par les Espagnols. Le P. de Charlevoix en fournit lui-même une preuve ; il rapporte que les Espa”
gnols étaient descendus sur les rivages du Mississipi par le Missouri, et qu'ils y furent défaits par les PEUPLES sauvages de ces cantons.
“Le baron de Lahontan nous offre une troisième route par la rivière Longue. Ce qu'il en ‘dit n’est pas fondé sur des rapports vagues ou sur des conjectures, l'auteur l’a vérifié lui-même. On trouve tout le détail de sa découverte dans le premier tome de.ses Voyages.
“ Lahontan partit le 24 septembre de Missilimakinac, poste situé à la décharge du lac Supérieur dans celui des Hurons , Il traversa le lac des Illinois, que les dernières cartes nomment Michigan, et par la baie des Puants ; et en remontant la rivière dite présentement des Renards, il parvint, après un court trajet par terre, à
la rivière d'Ouisconsine, par laquelle il descendit dans le
Mississipi. Toute cette partie de sa route est aujour-
d’hui connue, et cela seul était une belle découverte en |
1688 ; jusque là il avait toujours marché à l'Ouest. Parvenu au Mississipi il remonta ce fleuve vers le Nord, jusqu’à la rivière Longue qui vient de l'Ouest et débouche sur la rive occidentale ; il place dans 5a carte l'embouchure de cette rivière au 45e degré de latitude.
“ Cette position conviendrait assez à la latitude que les cartes les plus récentes assignent à Fendroit où le
Mississipi venant de l'Ouest,tourne vers le Sud, direction
qu'il conserve jusqu’à la mer. On pourrait croire, à l’inspection de ces cartes, que la rivière que Lahontan nomme rivière Longue, est le Mississipi même, qu’il avait pris pour une rivière affluente, à cause du changement dont on vient de parler ; mais on ne peut guère s'arrêter à cette conjecture. Ce détour du fleuve, de l'Ouest au Sud, est au-dessus du Sault St-Antoine,ce sault barre le Mississipi ; Lahontan n'avait pu le franchir que par un portage ; aurait-il négligé dans sa relation une circonstance aussi remarquable que celle de cette cataracte ? Il paraîtrait plus vraisemblable que la rivière Longue est celle qui tombe dans le Mississipi, un peu au-dessous du Saut ; elle vient en effet de l'Ouest, et sort du lac des Tintons, suivant M. d’Anville, qui la nomme rivière St-Pierre dans sa carte de l'Amérique septentrionale,
“ Lahontan employa huit jours à remonter de l’embouchure de lOuisconsine et celle de la rivière Saint= Pierre, dont il ne parait pas que le cours soit bien connu.
“ Notre voyageur entra dans la rivière Longue le 23 octobre, il la remonta jusqu’au 19 décembre, et il mit environ 35 jours à la descendre et revenir au Mississipi, il rapporte les principales circonstances de sa découverte, ses aventures, les nomset les mœurs des peuples, il décrit
leurs habitations, leurs habillements, etc, il donne une carte de la partie de la rivière qu’il parcourut, et qu'il déclare avoir levé lui-même ;; il en joint une autre, dont l'original lui fut, dit-il, tracé sur des peaux par les sauvages, et sur laquelle il se trouve une rivière tendant à l'Ouest, peu éloignée des sources de la rivière Longue ; il entre dans le détail des peuples qui habitent à l’embou- .chure de cette seconde rivière. Il a dessiné la forme de leurs maisons, de leurs bateaux ou navires, et il avoue que ce n’est que des sauvages qu'iltient ces connaissances ; il va jusqu’à nous représenter l'empreinte et citer la couleur d’une espèce de médaille fabriquée par les Tahuglaux, peuple situé aux environs du Grand lac où se jette cette rivière de l’Ouest, et qui lui fut donnée par les sauvages.
‘“ Enfin toutes les parties de sa relation paraissent naturelles ; elle se soutiennent réciproquement, et il semble assez difficile de se persuader qu’elle ne sont que le fruit de l'imagination de l’auteur.
“ Cette relation fit grand bruit dans le temps, et elle ne fut ni contredite ni révoquée en doute, et l’on conçut dès lors de grandes espérances sur la découverte de la mer occidentale du Canada ; c’est peut-être parce qu’on s'était flatté qu'il ne restait plus d'obstacles à vaincre, ou parce qu'on a longtemps perdu cette objet de vue qu’on a commencé à douter de la relation de Lahontan, et que peu à peu on s’est réuni à traiter sa découverte de chimère. Ce qu'il y a même de plus étonnant, c’est qu’on l'a fait sans en savoir, au moins sans en produire aucune preuve.
“ M. de L'Isle, dans sa carte du Canada, avait placé
la rivière Longue, il l’a supprimée dans sa carte du Mississipi, sans en dire la raison. Le R. P. de Charlevoix regarde la découverte du Baron de Lahontan comme aussi fabuleuse que l’ile de Baratavia ; mais cet auteur ne le prouve, et ce n'est que sur des preuves claires qu’on
devrait se déterminer à traiter avec tant de mépris la relation d'un voyageur célèbre.
“ Le baron de Lahontan était officier, il était gentilhomme ; le P. de Charlevoix en convient. Quelle récompense aurait-il pu espérer en faisant dessuppositions aussi grossières ? Il n’était point seul quand il fit cette découverte, N'était-ce pas se déshonorer gratuitement ? —plusieurs français l’accompagnaient, et lorsque sa relation parut, elle aurait pu être démentie par des témoins vivants ; ceux qui ont pris à cœur de le décrier, n’auraient pas eu de peine à en citer quelques-uns. Il se pourrait faire que la disgrâce du baron eut influé sur son Guvrage ; sa découverte ne pouvait guère faire fortune, l’auteur ayant eu le malheur de déplaire au Ministre. Ajoutez que des sentiments trop libres lui ayant attiré à guste titre l’indignation de plusieurs personnes pieuses, on aura peut-être enveloppé dans le même mépris, et sa découverte, et plusieurs traits peu religieux qu'il semble avoir défendus avec affectation dans son ouvrage.
“ Je ne puis donc me déterminer à regarder comme absolument apocryphe ce que cet auteur rapporte de la rivière Longue ; les espérances qu’il nous donne sont trop flatteuses, pour les abandonner sans les vérifier. Je . vais plus loin ; outre qu'il serait injuste de donner légèrement et sans preuves la qualification d’impoêteur à un militaire à qui sa naissance devait inspirer des senti-
ments, je trouve dans sa relation des apparences de vérité qui frappent. Si ces traits ne suffisent pas pour démontrer sa sincérité, ils doivent au moins suspendre le jugement précipité qu'on en a porté jusqu’à présent.
“ Le P. Hennepin qui remonta le Mississipi depuis la rivière des Illinois jusqu'au Saut St-Antoine, et qui revint par l'Ouisconsine, place à 7 ou 8 lieues au Sud de ce Sauune rivière qui vient de l'Ouest se jeter dans le Mississsipi ; cette rivière dont il ne dit pas le nom pourrait être la rivière Longue de Lahontan, qui aurait pris depuis le nom de St-Pierre. Elle doit être considérable, puisque Lahontan fut 56 jours à la remonter et 35 à la descendre. D'ailleurs le P. Hennepin ne cite que cette rivière, depuis la rivière des Otentas, dite. présentement Moingona, et il passe sous silence les 5 ou 6 autres rivieres que MM. de l'Isle, Belin et d'Anville placent sur la même côte. Une de ces rivières est nommée par ces Géographes, la rivière cachée, elle est située à peu près dans la même latitude où Lahontan place l'embouchure de la rivière longue ; je dis à peu près, car on n’a rien d'exact sur la latitude de ces cantons. Lahontan observe” que l'embouchure de la rivière longue forme une espèce de lac rempli de joncs, qui embarrassent fort la navigation, et qu’il ne reste qu'un petit canal. Ces circonstances pourraient faire soupçonner quelque rapport entre cette rivière, dite cachée, et la rivière longue de Lahontan. Il est vrai que la rivière cachée et les autres qui entrent dans le Mississipi, sont représentées commes très petites dans les nouvelles cartes ; mais leur cours est-il bien
connu ? plusieurs d'entre elles ne pourraient-elles pas
être les bouches d’une même rivière ? Le temps seul
APrae
peut nous instruire là-dessus. : :
“ Vers l'Est du nouveau Mexique, dit Benavides cité par 1aët; sont les Apaches Vaqueros, nom que leur ont donné les Espagnols, à cause de ces vaches bossues ou bufles dont ces peuples ont une grande quantité. De là, selon cet auteur, il y a 112 lieues vers l'Est jusqu'aux Xamanas, Tapios Xabotoas, proche lesquels sont vers l'Est les Aixaïs et la province de Guivira, dont il nomme les habitants Aixaoros. Cette route conduit dans la contrée où Lahontan place les Eokoros ; ce nom est presque le même que celui des Aixaoros de Benavides.
“ Lorsque les Espagnols, sous la conduite d'Antoine de Espejo, firent la découverte du Nouveau-Mexique, les Sauvages leur montrèrent par signes, qu'à 15 journées de chemin, il y avait un grand lac environné de bourgades Sauvages, qui usaient d’habits, abondaient en vivres et demeuraient dans de grandes maisons ; quelques Espagnols qu’ils trouvèrent dans la Province de
Cibola, leur parlèrent aussi d’un grand lac dont les rives
étaient peuplées de plusieurs grandes bourgades. Les habitants de Zagato, bourgade située à 20 lieues de Cibola vers l'O. confirmèrent ce qu’on avait dit du grand lac.
“ Ces notions paraissent s’accorder avec les idées que Lahontan donne du lac des Tahuglaux, dont la situation ne s'éloigne pas de celle du Grand Lac dont parle Antoine de Espejo. Suivant Lahontan, les rives du lac des Tahuglaux sont peuplées de plusieurs bourgades ; les Tahuglaux sont vêtus, habitent de grandes maisons, ainsi que les habitants voisins du Grand Lac de Espéjo. On peut ajouter que les Espagnols placent au