‹ Le baron de LahontanChapitre 33 sur 53 · VASE · texte numérisé non relu

VASE

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taws, les Eokoros, les es que les Anglais appel-

lent Crows.

C'est maintenant une opinion reçue parmi les histo-

riens contemporains des Etats-Unis que Lahontan n'a

jamais découvert ni exploré aucun affluent du Mississipi,

qu'il peupla une rivière tictive de tribus imaginaires,

trompant ainsi les géo ;raphes pendant plusieurs années.

Francis Parkman, celui qui, de tous les Américains, a le mieux connu l’aistoire de la race française dans le nouveau monde, u’hésite pas à ranger le récit du prétendu voyage à la rivière Longue parmi les pures fabrications (skeer fabrication) Pour lui les peuplades des Eokoros, les Gnacsitares, les Mozeemlek, les Fahuglaux sont aussi imaginaires que les nations que Swift fait rencontrer à Gulliver. Il trouve que Hennepin et Lahsntan font la paire, à cette exception près que Lahontan n’a pas ajouté, comme Hennepin, le vol et le plagiat au mensonge. Le premier s'est contenté d'inventer un prétendu voyage de découverte sur un terrain neutre, tandis que le second a essayé lâchement de dérober à la Salle et à ses compagnons, le crédit qui pouvait rejaillir sur eux

: pour des travaux réels et des découvertes glorieuses.

Il y a quelques années les habitants du Minnesota jouirent, en plein mois de janvier, d'une température printanière et tout à fait extraordinaire pour la/saison, Les plus anciens habitants de Saint-Paul prétendirent que cet hiver, si doux, n'était pas sans précédent. On découvrit alors dans les archives de la Société historique du Minnesota, la description du voyage que Lahontan prétend avoir fait dans ces parages pendant l’hiver

de 1688- 1689. Cet incident avait lieu en 1888.

y a quelque cent mille ans.

Comme dans ces contrées nouvelles, tout événement qui date de plus de cinquante ans est du domaine de

l'antiquité, il était naturel que les habitants rappelassent AY

par une solennité quelconque, un voyage accompli il y a

deux siècles, à une époque facilement confondue par eux

avec les témps héroïques. Des gens bien informés firent sans doute comprendre au bon peuple du Minnesota qu'il valait mieux ne pas chômer le deuxième centenaire du voyage de Lahontan, car il ne fut plus rien dit dans les journaux de ce souvenir historique.

L'Etat du Minnesota a voulu rappeler à la postérité les noms de plusieurs des explorateurs de l’époque française. C’est ainsi que l’on voit sur les cartes récentes de ces contrées de l’ouest, des comtés ou des villes qui portent les noms de Hennepin, Nicolet, la Salle, Jolliet, du Luth, Lesueur ; mais on a eu le bon goût ou le flair d'ignorer jusqu’à présent le baron de Lahontan.

Nous faisons erreur jusqu’à un certain point. En regardant attentivement sur une carte géographique des Etats-Unis, dans la partie nord-ouest de l'Etat du Nevada, au sud de la limite de l’Orégon et de l’Idaho, le lecteur pourra voir le lac Lahontan. Ilne faut pas croire cependant que ce soit là la grande mer intérieure dont parle le baron dans son voyage à la rivière Longue, et sur les bords de laquelle s’élevaient douze villes bâties de pierre. Le lac Lahontan est un lac antéhistorique. Imaginez plutôt un grand bassin hydrographique, complètement fermé, et dont les eaux, accumulées dans les parties basses, formèrent jadis le lac Lahontan, et cela au commencement de l’époque quaternaire, c’est-à-dire il y

Depuis, les changements

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météorologiques ont fait diminuer la quantité de pluie qui tombait autrefois dans ce grand bassin, l'évaporation 1 NOR l’a emporté sur la précipitation, et actuellement le lac | ‘1 20 Lahontan se voit réduit aux lacs minuscules appelés : 110 Pyramid, Winnemuca, Humboidt, Carson nord et sud. ni

} Ne

D'où vient ce nom de lac Lahontan F2 Empressons- 1 nous de dire qu’il n’a aucune valeur historique. Ilfut 24 4 donné, il y a une trentaine d’années, par M. King, géo- CR graphe américain. C’est ainsi que les savants des Etats- * TSI

Unis,se souvenant qu'ils appartiennent au peuple le plus PUR pratique du monde, ont voulu rappeler la mémoire de Lahontan, le voyageur imaginaire, en donnant son nom à un lac aussi hypothétique peut-être, que la rivière

Longue.

Ho XIV : 1

Les femmes d'après Lahontan.—Le premier, il colporte la

nouvelle que le Canada fut peuplé par des filles de

joie— Histoire de corps de garde.—Le chevalier de

Baugy—Lesage et son roman des aventures de W. à 4 Robert Chevalier dit de Beauchéne.—Réfutation: des RATES accusations de Lahontan.—Commnent est niée cette ne fable ridicule.— Témoignages des contemmporains.— a ‘ai Origine des Canadiens. #8 Il ne manque pas de gens en Europe CE en Améri- Nu n ‘que qui croient encore. que la colonie de la Nouvelie- 6000

France fut peuplée à l’origine par des repris de justice 0 et des filles perdues. Les rois très chrétiens auraient " suivi l'exemple de Romulus lorsqu'il voulut fonder la | cité aux sept collines. Le Canada du XVII siècle n’aurait été ni plus ni moins que la Nouvelle-Calédonie de l'ancien régime. Il entre dans ces spéculations beaucoup 4

d'ignorance et presque toujours de la malice. Les plus savants nous citent les commissions qui donnaient à Roberval le pouvoir d’aller fouiller les prisons de France pour y recruter des colons pour son établissement, ou encore, l'exemple du baron de Léry et des détenus qu'il abandonna sur l’île de Sable à leur malheureux sort. Ceux-là oublient que les projets d'établissement de Roberval et de de Léry ne furent que des tentatives misérablement avortées, et qu'aucun de ces colons ne prit racine sur la terre d'Amérique.

C'est le baron de Lahontan qui, le premier, fit imprimer et colporta cette fable ridicule, que les anciens colons du pays se marièrent à des filles de mauvaise vie que l'on avait envoyés de France “ comme une cargaison vivante sur les navires du roi” Il ne fit que répéter les histoires de corps de garde que l’on se racontait à la veillée parmi les troupes, mais il doit en porter toute la responsabilité devant l’histoire. Officier de marine, Lahontan partagea contre les Canadiens tous les préjugés des siens. Les racontars de ce cadet de Gascogne, aigri, frondeur, mauvais sujet, buveur, et querelleur,nous ont fait un tort considérable. Nos ennemis se sontemparés de ces mensonges comme d’une arme, et depuis deux siècles on nous les lance à la figure. Des écrivains aussi sérieux que Parkman s’y sont laissé prendre. D'autres, sur la foi de gens apparemment bien disposés, les propageront dans les siècles à venir, malgré nos protestations indignées. Comme une sottise peut faire du chemin.

Il n’est pas vrai, pourtant, que les sources de cette race française du Canada soient empoisonnées, et que

ce petit peuple, sage et laborieux, soit le produit hybride

né de repris de justice et de femmes sans mœurs.

Non, la Nouvelle-France ne fut jamais une colonie pénale; les bords du Saint-Laurent ne virent jamais ni forçats, nifaussaires, ni filles de lupanars fonder ces beaux et paisibles villages, qui font aujourd’hui la gloire de l'Angleterre.

L'acte d'accusation du baron de Lahontan se lit comme suit :

“ Après la réforme de ces troupes, on y envoya de France plusieurs vaisseaux chargés de filles de moyenne vertu, sous la direction de vieilles béguines qui les divisèrent en trois classes. Ces Vestales étaient pour ainsi dire entassées les unes sur les autres, en trois différentes salles, où les époux choisissaient leurs épouses de la manière que le boucher va choisirles moutons au milieu d’un troupeau. Il y avait de quoi contenter les fantasques dans la diversité des filles de ces trois sérails, car on en voyait de grandes, de petites, de blondes, de brunes, de grasses et de maigres ; enfin chacun y trouvait chaussure à son pied. Iln'en resta pas une au bout de quinze jours. On m'a dit que les plus grasses furent plutôt enlevées que les autres, parce qu'on s’imaginait qu'étant moins actives elles auraient plus de peine à quitter leur ménage, et qu’elles résisteraient mieux au grand froid de l'hiver, maïs ce principe a trompé bien des gens. Quoi qu'il en soit on peut ici faire une remarque assez curieuse. C’est qu'en quelque partie du monde où l'on transporte les plus vicieuses européennes, la populace d'outre mer croit à la bonne foi que leurs péchés sont tellement effacés par le baptême ridicule dont je vous ai

parlé, qu’ensuite elles sont censées filles de vertu, d’hon-

7 al à

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