PAR
avec des filles et des femmes qui étaient en France à charge de pauvres communautés, d’où on les a tirées, pour les conduire de leur plein gré en Canada. C'est une chose que j'ai apprise sur les lieux par des personnes de probité et dignes de foi : comme du K. P. Joseph. récollet canadien, et d’autres vieillards qui ont presque touché à ces premiers temps. Aussi, Lahontan, si sujet à caution dans tous les point capitaux de son ouvrage, ne doit pas faire prendre pour vérité des calomnies si injurieuses à l'honneur des Canadiennes. Il n’en n'aurait pas pu dire davantage de la Louisiane, où chacun sait que l’on a envoyé beaucoup de filles du caractère sur lequel il parait prendre tant de plaisir à s'étendre.”
Que l’on ait fait jadis des battues dans les rues de Paris pour y raccoller des pauvres et les embarquer de force pour le nouveau monde, cela ne peut faire de doute. De tous temps, les agents d’émigration, alléchés par les fortes primes offertes par les compagnies ou par les gouvernements, ont cherché à grossir leurs envois de sujets peu propres. Pour eux la quantité l'emporte, ils ne se
‘souviennent guère du reste,
“,.. Parmi les honnêtes gens, il nous vient parfois de terrible racaille,” écrivait la mère de l’incarnation, le 7 septembre 1668. ‘“ Il est vrai qu'il vient ici beaucoup de monde de France, et que le pays se peuple beaucoup, dit-elle une autre fois, mais parmi les honnêtes gens il vient beaucoup de canailles de l’un et l’autre sexe, qui causent beaucoup de scandale.” e
Nous avons déjà dit quel triage sévère se faisait, une fois les émigrés rendus au port de Québec. Le Conseil Souverain n’hésitait pas à faire retourner en France
tous ceux qui re pouvaient justifier d’un bon caractère ou de ressources suffisantes. La colonie n'avait pas besoin de bouches inutiles. On voulait de bons travailleurs et d’honnêtes gens. Quant aux mauvaises femmes, quant à celles même dent la réputation était douteuse, ou dont les antécédents ne prometta'ent rien, il suffit de parcourir les archives du Conseil pour constater de quelle manière elles étaient traitées. Jamais justice ne fut plus expéditive et plus rigoureuse. Qu'on lise, par exemple l'arrêt général qui fut rendu le 5 avril 1675. Nous ne citons que celui-là, mais il en existe une cinquantaine du même genre.
La métropole, de son côté, prit les mesures les plus sévères pour empêcher les abus qui pouvaient se commettre. Un arrêt de la cour du parlement de Paris, du 18 avril 1663, défendit, sous les peines les plus sévères,
d'enlever aucunes personnes sous quelque prétexte que ce fût, même celui de les envoyer en Amérique. Nous
avons sous les yeux le texte de cet arrêt, qui est fort peu * connu, et nous le publions en appendice. 4 Que nous ayons eu quelques mauvais sujets,que des banqueroutiers soient venus s'établir au Canada, cela est fort possible. Les pays nouveaux ne sont pas plus exempts des misères humaines que les contrées depuis longtemps établies. 11 est certain même que la colonie | hérita de plusieurs faux sauniers qui y furent envoyés par ordre des autorités. Mais un homme pouvait tromper la gabelle, chercher à se protéger contre les exactions du fisc, sans pour cela devoir être rangé au nombre des mauvais sujets. L’exception, du reste, n’a jamais fait
Ja règle.
Il existait autrefois à Bayonne une coutume assez curieuse, C'était de faire habiller, chaque année, cinq ou six mendiants par la ville, et de les envoyer ensuite à læ pêche à la morue à Terreneuve. Il ne suit pas de là que tous ceux qui faisaient la pêche dans ces parages étaient des mendiants et des vagabonds.
Que quelques mauvais sujets, banqueroutiers, faux saumiérs, où filles de joie, soient venus au Canada, personne ne le peut nier, mais ceifurent des marchandises de contrebande. Il reste un fait acquis, c’est que le fond dominant fut tel qu'on le pouvait désirer dans la formation d’un nouveau pays.
IL n'est pas étonnant que le baron de Lahontan, qui entretenait de si forts préjugés sur les origines de la colonie canadienne, ait parlé d’une façon fort peu respectueuse des femmes du pays. Elles étaient, s’il faut l’en croire, de mœurs faciles. “ On y est dévôt en apparence, écrit-il, car on n'oserait avoir manqué aux grandes messes, ni aux sermons, sans excuse légitime, (C’est pourtant durant ce temps-là que les femmes et les filles se donnent carrière, dans l'assurance que les mères ou les maris sont occupés dans les églises.” Il raconte ailleurs à propos de la foire qui se tenait chaque année à Montréal, une histoire invraisemblable au sujet des relations que les femmes de cette ville auraient entretenues avec les aborigènes,
Lahontan, qui était célibataire, méprisait les femmes par parti pris. Il ne croyait pas que la vertu leur fût possible. Qu'il soit au Canada, au Portugal ou en Espagne, il ne voit partout que des maris trompés, des intrigues amoureuses. Pour lui, toutes les femmes sont
des Manon Lescaut, et tous les hommes des Georges Dandin. L'homme qui possède une pareille disposition d'esprit est bien malheureux.
Toutes les médisances de ce soldat besogneux ne s'accordent guère, du reste, avec ce qu'il dit lui-même de la sévérité avec laquelle les prêtres défendaient toutes réunions sociales. “ Ce qui fait qu'on se marie facilement en ce pays, dit-il quelque part, c’est la difficulté de pouvoir converser avec les personnes de l’autre séxe. Il faut se déclarer aux pères et mères au bout de quatre visites qu'on fait à leurs filles, il faut parler de mariage ou cesser tout commerce, sinon la médisance attaque les uns et les autres comme il faut. On ne saurait voir les femmes sans qu'on en parle désavantageusement, et qu'on traite les maris de commodes ;' enfin, il faut lire, boire ou dormir, pour passer le temps en ce païs-là.”
Dans un autre endroit, le baron rend encore un témoignage plus juste :
‘“ Le sang du Canada est fort beau, dit-il,'les femmes y sont généralement belles, les brunes y sont rares, les sages y sont communes ; et les paresseuses y sont en assez grand nombre ; elles aiment le luxe au dernier point, et c'est à qui mieux prendra des maris au piège.”
Quant aux intrigues avec les aborigènes, Lahontan a menti de propos délibéré. C'est un fait connu et constaté par tous les anciens qui ont écrit sur le Canada : les Indiens d'Amérique n’éprouvaient que du mépris pour les femmes blanches. Les femmes n'ont rien à appréhender d'eux, dit la mère de l’Incarnation. D'un autre côté, Tanguay, qui a compulsé un million deux cent