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retranchements palissaces du fort (11 juillet). On avait mis vingt jours à faire le trajet. Il fallut attendre l’arrivée de M. dé la Barre, qui n'eut lieu qu’au milieu d'août, L'armée traversa le lac et se rendit à la rivière Famine, à l'entrée du pays des Iroquois. Le commandant s’aperçut alors. qu’il n’était point en état d'attaquer l'ennemi. Les troupes avaient campé pendant plus d’un mois dans un endroit marécageux, et presque tous les soldats étaient pris d’une fièvre maligne, mal étrange qui en fit périr plus de quatre-vingt. Il fallut retraiter sans avoir frappé coup. Pour cacher sa faiblesse, la Barre fit un simulacre de paix avec la Grande Gueule, chef de guerre de l’ennemi.
Cette campagne infructueuse n’était pas de nature à contenter un homme du caractère de Lahontan. Le bruit courait sous le manteau que M. de la Barre s'était servi de cette expédition pour favoriser et couvrir la marche de plusieurs canots pleins de castors qu’il avait fait trafiquer chez les sauvages des lacs, et l’aigreur du Béarnais n’en fit qu'augmenter. N'était-ce pas une honte que de faire la guerre pour quelques marchands ?
De retour à Montréal, au commencement de novembre, Lahontan y passa l'hiver à mener la vie ennuyeuse
de garnison: Il en profita pour accompagner dans les
bois, un parti de chasseurs algonquins et apprendre la langue des aborigènes. Au printemps, on le
trouve cantonné à Chambly. C'était alors l’habitude
de disperser les troupes dans les seigneuries pour y passer la saison des neiges. Au mois de septembre 1685, Lahontan reçut l’ordre de se rendre à Boucherville. Il devait demeurer dans ces nouveaux
quartiers jusqu’au mois dé juin 1687. Pendant ces trois longues années, le jeune homme emploÿa son temps, l'été à la pêche, l'hiver à chasser l’orignal ou le caribou dans les forêts du nord ou sur les rivières du lac Champlain. Il préférait encore la solitude des bois où lé calme dé la campagne à la vie que l’on ménait à Montréal. Là, au moins, il pouvaït faire à s4 fantaisie, tandis qu’à la ville on menait rondement la discipline parmi les troupes cantonnées. Il lé fallait bien. Il ne manñquait pas, en effet, parmi ces soldats de là marine, de nombreux fils de famillé que les parents envoyaient au Canada pour calmer un peu la fougue de leur jeunesse. On peut s'en convaincre en parcourant la correspondance des gouverneurs et des intendants. Aussi les prêtres tenaientils la main à faire observer rigoureusement les ordonnances dans toutes les relations sociales. Lahontan s'en plaint amèrement à plusieurs reprises dans sa correspondance.
“ On ne saurait y faire, dit-il, aucune partie de plaisir, ni jouer, ni voir les dames, que le curé n’en soit informé, et ne le prêche publiquement en chaïre. Son zèle indiscret va jusqu’à nommer les gens, et s’il refuse la communion aux femmes des nobles pour un simple fontange de couleurs, jugez du reste. Vous ne sauriez à quel point s'étend l’autorité de ces seigneurs ecclésiastiques. J'avoue qu’ils sont ridicules en leur manière d’agir, ils excommunient tous les masques, et même ils accourent aux lieux où il s’en trouve pour les démasquer et les accabler d’injures ; ils veillent plus soigneusement à
la conduite des filles et des femmes que les pères et les maris. Ils crient après les gens qui ne font pas leurs
dévotions tous les mois, obligéant à Pâques toutes sortes de personnes de portér des billets à leurs confesseurs. DS défendent et font brûler tous les livres qui ne traitent pas dé dévotion... IIS né sé contentent pas d'étudier les actions des géns, ils veulent encore fouiller dans leurs pensées. Jugez, après cela, monsieur, l'agrément qu’on peut avoir ici.”
Ce zèle des prêtres devait être fort ennuyeux, en éffét, pour des officiers où dés soldats désŒœuvrés menant la vic de garnison, mais qui peut blâmer ces anciens pasteurs d’avoir voulu conserver parmi nos ancêtres cette rigidité dés mœurs qui fait des races fortes et vaillantes ?
Dans ces quartiers de Boucherville, Lahontan vivait donc en paix. Là, au moine, il n'avait que l'emportement zélé d’un simple prêtré à essuyer en cas de bal, de jeu et de festin.
Au mois de juin 1687, alors qu’il était campé à l’île Sainte-Hélène, il recut des lettres dù bureau de M. Seignelay, qui lui apprenaient que le gouverneur de la colonie avait ordre de le laisser passer én France pour y vaquer à ses affaires de famillé. Ses parent lui écrivaiént én même temps qu'ils avaient eu bien de la peine à obtenir ce congé, et qu'enfin. le plus tôt il pourrait se trouver à Paris, le meilléur ée serait. Maïs hélas ! on était àla veille d’une nouvelle campagne contrée les Iroquois. Déjà M. Deénonville, gouverneur qui avait succédé à M. de la Barre, était en marche pour Montréal. Un: soldat ne pouvait ainsi abandonner lé drapeau. Il fallait se mettré én route bon gré mal gré. Lahontan äctompagna donc l'expédition qui éut lieu alors. Cetté campagne de 1687 fut beaucoup plus glorieuse qué celle
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à laquelle il avait pris part trois années auparavant. Les Iroquois furent défaits, leurs villages saccagés, leurs récoltes détruites. L'armée triomphante s’avança ensuite jusqu'à Niagara, où elle construisit un fort. Le 31 juillet, M. de Denonville prenait solonnellement possession de toute cette contrée au nom de la France.
Lahontan commande un détachement au fort Saint-Joseph sur le détroit du lac Erié (1687-1688 ),.
Le 6 juin 1686, le marquis de Denonville écrivait à M. de la Durantaye, commandant des postes de l’ouest, qu’il était absolument nécessaire pour le service du roi et de la colonie, qu’il retînt auprès de lui le plus de Français qu’il pourrait, au détroit du lac Erié et au portage de Toronto. Le même jour, il écrivait à Greysolon du Luth pour lui donner ordre d’aller établir un fort au détroit du lac Erié avec cinquante hommes, et d'y nommer un commandant. Il lui expliquait que le lieu où il l'envoyait était d’une conséquence d'autant plus grande qu'il devait mettre le Canada en relation avec les Illinois. On pourra par ce moyen couvrir les alliés et leur donner un asile, contenir les Iroquois ou leur donner la chasse. Ce poste est très important, et il y faudra un homme entendu. ;
Presque à mi-chemin entre la Kaministiquia, dernier poste de l’extrême ouest alors connu, et le fort de Frontenac, première étape sur les mers intérieures, se trouve une étroite rivière qui unit le lac Huron au lac Erié. C'est à la tête de cette rivière, en un endroit propice d’où il pouvait commander tout le pays environnant, que du
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