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ce qui lui avait fait donner par les aborigènes le nom de rivière morte. Le 8 novembre, Lahontan, qui avait suivi le cours de cette rivière, bordée, de coteaux et de prairies, rencontrait un premier campement de sauvages. Il était habité par les Eokoros, peuple civil et doux, distribué en douze villages, et qui pouvait mettre vingt mille guerriers en campagne. Il demeura au milieu de cette nation jusqu’au 21. Le 27, au bout de 60 lieues de navigation, il arrivait chez les Essanapés. La capitale, ou village principal de cette nation, où habitait le grand chef, se trouvait à 50 lieues plus loin, sur le bord d’un lac. Lahontan y arriva le 3 décembre. C'était une grande confédération que celle des Essanapés. Ces bons sauvages croyaient à la métempsycose, et suivaient ainsi, sans le savoir, les doctrines de Pythagore. Leur chef ne sortait jamais sans être porté par six esclaves, et l’on jetait alors sur son chemin, des feuilles d'arbre et des fleurs. (Ce superbe potentat apprit au baron que beaucoup plus loin, dans l’intérieur, vivait un peuple composé d’honnêtes gens, qui lui était allié depuis un quart de siècle. Il lui offrit trois cents hommes pour l’escorter, s’il désirait s’y rendre. Les Gnacsitares—c'était le nom de ce peuple—avaient pour adversaires acharnés une nation inquiète, turbulente, belliqueuse, fort nombreuse, puisqu'elle pouvait armer vingt mille guerriers. On les appelait les Mozemleks. C'est pour se défendre contre les Mozemleks que les Essanapés et les Gnacsitares s'étaient liés d'amitié depuis si longtemps. Le 19 décembre, après quinze nouvelles journées de navigation, le baron béarnais mettait pied à terre au milieu des îles où
les Gnacsitares faisaient d'ordinaire leurs résidences.
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Ceux-ci le prirent ainsi que ses compagnons de voyages pour des Espagnols. On voulut même lui faire un mauvais parti. Des coureurs furent envoyés jusqu’à 80 lieues dans les régions du sud ; ils en ramenèrent des experts, qui déclarèrent que ces étrangers, qui étaient venus s'asseoir à leurs foyers, n'étaient point de l’Estramadure ni des Asturies. Les Espagnols, à ce que raconte Lahontan, habitaient à 80 tayous, c’est-à-dire à 240 lieues de là, et étaient fort craints de tous les aborigènes de ces contrées. Chez les Gnacsitares, le baron vit plusieurs prisonniers de la nation des Mozemleks, et il se plaît à nous dire comment ils avaient le teint basané, la barbe touffue et une longue chevelure.
Les Gnacsitares lui tracèrent sur une peau de bœuf une carte informe du pays des Mozemlek. Ce pays était situé sur les bords d’une rivière qui prenait sa source dans les montagnes d’où sort la rivière Longue. De ces hautes montagnes, larges de plus de 6 lieues, la rivière de Mozemlek se dirigeait vers l’ouest, et, après une course de 150 lieues, se déchargeait dans un grand lac d’eau sa'ée, de 300 lieues, de circuit. Autour de ce lac, on pouvait voir plus de cent villages, À l'embouchure de cette rivière s’élevaient dix villes avec des murailles de pierre. La puissante nation des Mo:emleks cultivait les arts, et la mécanique fleurissait parmi eux. On y fabriquait des étoffes et des haches de cuivre. Un des esclaves mozemleks portait à son cou une médaille de cuivre, que Lahontan dit avoir fait fondre, à son retour, par l’arquebusier de M. Tonty, au fort Saint-Louis des Illinois.
Les Gnacsitares parlèrent encore à Lahontan d’un grand peuple voisin des Mozemleks,et qu’ils appelaient