‹ Le baron de Lahontan [microforme]Chapitre 10 sur 29 · AN · texte numérisé non relu

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aceue@il, M, de Pontehartrain, à qui la lettre de Lahontan fat communiquée, en écrivit à l'abbé Bidal, le résidant de France à Hambourg, Celuiei fit faire toutes les recherches, et il lui fut répondu qu'il n'était arrivé aueun vaisseau, ni aneun Français de li Virginie, ni des Îles voisines. L'histoire rapportée par Lahontan n'était done qu'un conte fantastique, et le résidant reçut l'ordre de ne pas donner suite à l'affaire,

Dans l'intervalle, Lahontan s'était rendu à Copenhague, où résidait M de Bonrepanrs, ministre de France an Danemark. Ce dernier, qui S'intéressait aux choses de Fesprit et recherehait le commerce des écrivains et des savants, aceneilit favorablement officier male heureux qui venait se recommander à lui, le présenta à la cour. puis lui donna des lettres pour des personnes qu'il pensait pouvoir fléchir le ministre Pontehartrain. Pahiontan, muni de ee sauf-conduit, se rendit À Versailles en décembre 1694 Les personnes ätqui M de Bonrepaus Pavait adressé essavèrent en vain d'obtenir que Fancien Heutenant de roi de Plaisance justifiit sa conduite!

A toutes les instances qui lui furent fuites, le ministre répondit que Fesprit raide et inflexible du roi ne recevait jamais de justifieations d'un inférieur envers son supérieur, Lahontan n'ayant pu vaincre “la dureté et le naturel iroquois® de Pontehartrain. partit pour sa province de Béarn, dans espérance qu'il Sv consolerait at mien des siens de <a disgrice, Télas ! que de désenehantements, lorsqu'il se trouva ho vue d'une terre dontil ne lui restait plus que le nom! Depuis douze ans qu'il était parti que de choses étaient passées !

Le château paternel, où était écoulée son enfinee avait été vendu en justice pendant que lui, jeune officier sans protections, servait dans un pays lointain au milieu de peuplades bar bares, Celui qui avait suceédé à Ikuae de Lom d'Aree, Charles Casamajor d'Orions était déjà

mort et lon pouvait voir son épitaphe à li place d'honneur dans Féglise de Lahontan

! Troisième lettre de Lahontan: Voyages de Portugal et de Danemark. La correspondance de Bonrepans de 1695 à 1697 est conservée aux Archives nationales étrangères, à Paris, aux Papiers de Bonnae.

? La terre de Lahontan était alors devenue la propriété de la famille de Blair.

Messire Samuel de Blair, conseiller d'honneur au parlement de Navarre, baron de Lahontan, neveu de Charles de Casamajor et de Marie de Blair, devint leur héritier. Il assistait le 6 août 1736 au mariage de Messire Jacques de Blair, son fils, avec Marie-Françoise-Marguerite de Barrère. Samuel de Blair mourut dans son château, le 6 septembre 1745, à l’âge de qnatre-vingt-quatre ans, ainsi qu'en fait foi l'acte suivant:

“ Le sixieme septembre mil sept cens quarante cinq deceda dans 8 n château, messire Samuel de Blair, ancien conseiller du roy au parlement de Navarre et baron de Lahontan, agé de quatre vingts quatre ans où environ et feut inhumé, le landemain, dans la chapelle suceursalle de cette parroisse, en presence de sieur François Camiade, procureur d'office, sieur Louis Daniel Lostalot, notaire royal, Jean Lacroix et Daniel Larroder, benoits 6t maîtres d'école, qui ont signé avec moy. (Signé:) Camiade ;— Larroder;— J. Lacroix ;— Lostalot;— Dombert, curé.” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1745, £° 4.)

La baronnie passa alors au fils aîné, Jean Pierre de Blair. Celui-ci assistait, le 1S février 1766, an mariage de Marie de Blair, sa sur, avec Messire Bernard de Latenlade. (Dufau de Maluquer et Gourgain. Hrmorial de Béarn, tome T, pp. 34-35.) Il mourut le G juin 1767 (Lettre du curé Bacqué). Jean Pierre de Blair, son frère, lui succéda. Rain commo les Pom d'Arche, 62 dernior vendlit vers la tin du xvur siècle la seigneurie de Lahontan à M. Le Quien de Lanenufville, frère du dernier évêque de Dax (Lettre du président de la Société de Borda, 28 avril 1890). On trouve l'acte suivant, le 12 novembre 1783, à Dax : Baptème do Charles Auguste-François Laborde, fils de Jean Laborde, maître d'hôtel de Mar l'évêque de Dax, et de Jeanne-Marie Fontan. Parrain, illastrisgime et révérendissime M# Loquioen de Laneufville, évêque de Dax ; marraine, dame Jeanne de Lavielle, baronne de Lahontan, veuve de messire Charles-Arnaud Pequien de Laneufville, chevalier, seigneur baron de Lahontan, ancien capitaine de cavalerie. (Archives communales de Dax, Etat civil, 99, 23,

La dame baronne passa tout le temps d'e la révolution à Lahontan sans être trop inquiétée. Elle put même donner l'hospitalité à son beau-frère, le dernier évêque de Dax, Charles- Auguste le Quien de Laneufville, qui après

Sec, I, 1894, LH,

Le pauvre officier était dans sa patrie, et n'y trouvait plus d'amis, Quelques gentilshommes campagnards, qui avaient conpu son père, ne savaient l'entretenir que de vignes, de

S, lui parlaient, du matin au soir,

jardinage, de chasse et de pêche. D'autres, les paysans na sorciers, loups-garous, apparitions surmaturelles, Que faisaient à ce vovageur les farfadets, les lutins, les spectres, les fantômes, les magiciens? Un esprit fort, comme il appelait déjà, ne saurait jamais se laisser persuader qu'il y a des sorciers. Un esprit fort devait approfondir la nature des choses, ne devait rien croire que ce que lt raison à mûrement examiné, et, sans avoir égard aux préjugés, décider sagement les choses dont il s'est éclairé à fond. Et comme il ne erovait pas à toutesles chimères qu'on lui racontait, ces bonnes gens le prenaient six mois de séjour à Lalhoutan, émigra en Espagne. La peur fit brüler à ceite époque les cahiers des notaires, toutes les pièces historiques et les titres de noblesse, sur la place située en face de la chapelle du château.

Le 13 mars 1807 : Décès, dans son château de Lahontan, de dame Jeanne Laville,îgée de soixante et quatre ans, veuve de Charles Arnould Lequien de Laneufville. La déclaration de décès est faite par M. Jean-Baptiste Lequien de Laneufville, fils de la défunte, et Pierre Casaubon, otlicier de santé. (Archives communales de Lahontan, Etat civil.)

La tombe de cette baronne existe encore. On la voit dans l’église de Lahontan avec l'épitaphe suivante :

Sous cette tombe est enserelie Madame de Lavil », veuve de feu Monaeur de Laneurile, ci-devant baron de Lahontan, décédée le 13 mars 1S07, âgée de 63 ans. Lecteur, priez pour le repos de son me.

Les familles de Laneurville et de Laville existent encore. M. Cirot de Laville, prélat romain, domicilié à Bordeaux, a écrit la vie de son parent, l'évéque de Laneuville,

En 180$, le château seigneurial de Lahontan fut vendu à M. le baron général de Vinot. (Matrice cadustrale de Lahontan, 1 volume, f° 416). Grand’eroix de la légion d'honneur, homme très aimable, très érudit et plein de bravoure, le général Vinot avait épousé une demoiselle de Laussat, qui était venue aux Etats-Unis avec son père, qui y remplit des missions diplomatiques assez importantes et fut nommé gouverneur üe la Murtinique,

Le 6 juin 183$: Décès, dans son château de Lahontan, de Julien-Gilbert Vinot, baron, maréchal de camp en retraite, grand-otlicier de l’ordre royal de la légion d'honneur, chevalier de Saint-Louis et membre de l'Epée de Fer de Suède, âgé desoixante-six ans, né à Soissons (Aisne), domicilié à Lahontan, époux de dame Augustine-Elizabeth- Camille de Laussat, et fils d'Antoine-Nicolas Vinot et de Marie-leanne Chaperon, décédés. (Etat civil de Lahontan.)

La dame baronne de Vinot vivait encore en 1S90. Elle était âgée de quatre-vingt-seize ans et habitait Lahontan. Dès 145, elle avait vendu son château à M. Charles-Baptiste Oswald baron d’Abbadie. (Matrice cadastrale de Lahontan, Vol. H, 19 457.) M. d'Abbadie est le propriétaire actuel du château de Lahontan, et y réside habituellement. Ilest âgé de quatre-vingt-six ans et porte très gaillardement son âge.

Le château seigneurial de Lahontan est une construction moderne, assez vaste, sans le moindre caractère architectural. C’est M. d'Abbadie qui l'a modernisé. Il n'a plus maintenant que l'aspect d’une vaste maison carrée, baissnée par un vivier, qu'alimente 6n partie un ruisseau allant au moulin seigneurial d'autrefois. Devant le château,et à sa gauche, s'étendent des prairies et des terres labourables, dont quelques-unes aboutissent au gave de Pau. À droite, un petit parc, des granges, et le bourg de Lahontan. D'après un vieil inventaire, le château fut rebäti en 1757, et depuis, chaque châtelain l’a retouché suivant son goût.

D'après les coutumes dacquoises, les barons de Lahontan avaient le droit de basse et moyenne justice. La basse justice s'occupait des actions personnelles pour l'intérêt civil et pécuniaire. La moyenne justice s’exerçait sur les successions, les héritages, les coufections d'inventaire, la nomination des tuteurs et curateurs, la police et la connaissance des délits n’allant pas au delà de l'amende et de la prison, et dont les marques étaient les ceps et les colliers. L'ancienne maison de justice de Lahontan portait le nom de Sautrice. C’est 1à que se tenait la cour de la baronnie, là aussi qu'habitait le notaire royal et qu'on logeait les prisonniers. Un médecin, M. Casaubon, l’acheta de la baronne de Vinot. Elle était en ruines. M. Casaubon utilisa les matériaux pour des décharges, tout en gardant la vieille porte et l'ancien portail, En mourant, M. Casaubon laissa cette maison à M“ Cousseilhat- Casaubon, qui l'habite.

La baronnie de Lahontan faisait partie, avant la révolution, de l’archiprètré de Rivière-Gave (diocèse de Dax)et dépendait de la subdélégation de Dax. Elle est anjourd’hui dans le département des Basses-Pyrénées, arrondissement d’Orthez, canton de Salies. Depuis : ‘oncordat, Lahontan fait partie du diocèse de Bayonne.

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pour un athée, D'autres pensées, du reste, inquiétaient Lahontan, Ne pourrait-il pas rassembler quelques débris de l'ancienne splendeur paternelle ?!

La moitié de l'été s'était passée en courses à Orthez, à Dax, en consultations avec les gens d'affaires, en examen de papiers, lorsque tout à coup une lettre de Versailles lui apprit que l'ordre était donné de l'arrêter. Lahontan avait déjà reçu heureusement près de 200 livres de ses fermiers, et un très beau cheval qui Faïda à se tirer de ce mauvais pas. Au point du jour, vêtu d'habits d'emprunt, il sortit de la ville, dépista ses gens, et, évitant les bourgs et les villages, il chercha à travers les landes, les champs, les vignes, les bois, et par des routes détournées, à gagner les frontières d'Espagne. [Terra ainsi, sans être reconnu, mangeant et couchant dans les chaumières isolées, reprenant, le jour, sa route au sein des campagnes revêtues en ce moment de leur plus éclatante végétation [n'avait d'autre guide que le soleil et la vue des Pyrénées. A Faspect du ciel splendide, des champs en fleurs, des forûts, des montagnes, il retrouvait ectte passion pour la nature sauvage, cet enivrement de Ja solitude que les malheurs n'avaient pu altérer en son âme. Arrivé à Karuns, dernier village du Béarn, dans la vallée d'Ozao, des paysans lentourèrent soudain de tons côtés. Il ernt d'abord qu'il avait le grand prévôt à ses trousses, Mais, non, on Favait arrêté parce que sa mine l'avait fait prendre pour un huguenot. Obligé d'entrer dans un cabaret et de subir un interrogatoire sur des matières de religion, il put échapper enfin à la fureur des paysans et aux policiers de Pontehartrain, et atteindre Fuesca, en terre espagnole, après avoir franchi les Pyrénées par la vallée de Saïint-Jean-de-Pied-de-port. Le 8 octobre 1695, 11 était à Saragosse, C'est de là qu'il cerivait la dernière lettre qui soit connue de lui. se proposait alors de gawner Bilbao, et de côtoyer les ports du Portugal.

Les mœurs espagnoles ne devaient guère aller à un esprit novateur et sceptique comme celui de Lahontan : aussi le trouve-t-on bientôt de retour au Danemark, où l'avait été si bien aceueilli une première fois. lui fallait du reste chercher des cours amies de la France, pour s'y ménager des protecteurs. La paix de Ryswick vint (décembre 1697), et il essaya de nouveau de rentrer au service de sa patrie.*

I fit solliciter sa grâce par les plus hauts personnages. M" Ta duchesse du Lude, dont le mari, grand maître de l'artillerie, était très intime avec M" de Frontenuc, le comte d'Avaux, alors ministre de Franee en Hollande, et qui appartenait à la famille de Mesmes, une des plus illustres de Béarn, s'employèrent pour lui. Deux des plus fiuneux intrigants politiques de l'époque, le cardinal de Bouillon et le comte de Guisear, qui vivaient en Hollande, se mirent À sa disposition, M, de Quiros, dominicain apostat, qui avait conservé de bonnes relations en France, S'intéressa à son sort. Mais rien ne put fléchir les Pontchartrain,

Pendant ce temps-là une meute de créanciers voraces s'acharnait à la dispute des

derniers lambeaux de la suecession paternelle. Lors de la vente de 1684, la baronnie de

! Lettre datée d’Erleich, 4 juillet 1695. Voyages de Portugal et de Danemark. On a vu que, dans l’acte de baptême de 1691, on qualifie Lahontan de baron d'Herlèche. Esleich, Erleich et Heslèche signifient la même chose. Ce sont des terres et maisons situées en face de Lahontan, sur la rive droite du gave de Pau, qui sépare Lahontan d’Esleich, quartier qui porte encore ce nom, et qui fait maintenant partie des communes de Labatut et Habas, département des Landes, diocèse d’Aire et Dax. Les barons de Lahontan étaient également barons d’Eslech. (On écrit aujourd’hui Esleich.) On montre en cet endroit les ruines d’une petite chapelle de secours appelée “la Capelle.” (Lettre de M" Cousseilhat-Casaubon.)

? Article signé Eyriès, dans la série des biographies de Michaud. Le traité de Ryswick, conclu entre les Pays- Bas, l'Angleterre, l'Empire et l'Espagne, fut signé en Hollande, près de la Haye.

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Lahontan avait rapporté une somme de 21,000 livres : mais ee moncant avait À peine suffi à paver quelques dettes. On s'était attaqué ensuite au capital jadis donné par Isane de Lom d'Aree et si première femme Jeanne Guérin, à a ville de Bayonne, aux terres d'Esleich, puis aux maisons que la Bunille possédait encore dans lenelos du Temple, à Paris Lors de la distribution de ces deniers, de nombreuses contestations étaient survenues entre Tes créanciers, Chacun voulait avoir le pas sur les autres ou être colloqué par préférence, On conserve encore, aux archives de Bayonne, les pitees de ec funeux procès, qui forment un volumineux dossier de plusieurs centaines de pages, texte serré. Nous avons sons les veux lteopie d'un arrêt qui

fut vendu, le 23 juin 1699, parle parlement de Paris, en ectte affaire,

Qu'il satlise de dire que

Fénoncé de cet arrêt mentionne plus de cent cinquante sommmations, requêtes, répliques, soutehements, contredits, arrêts et sentenees, sans compter les productions de pièces Nous y trouvons lus pde soixante parties intervenantes. [en vient de Paris, de Tours, de Rouen et de tous les coins de Béarn. Les procédures, commencées en 1664 “étaient continuées d'année en ainée jusqu'en 1699 qu'intervint Farrèt de distribution des deniers, mais en 1789, la ville de Bavonne avait encore à compter avec les créanciers et les héritiers du baron de Lahontan.*

Le lecteur comprendra par ce court résumé, la haine que Lahontan a vouée dans ses derits aux lois de tous les pays et à l'ordre des avocats en particulier.

La guerre de la succession d'Espagne (1701) brisa les dernières espérances que Lahontan avait conservées de rentrer en grâce, Absolument ruiné dans Fesprit du roi et des ministres de France, après avoir tenté toutes les voies pour se justifier, il voulut au moins se donner la satistiction de publier lt cause de ses malheurs, et se venger de MM. de Pontehartrain, père et fils, très riches en or et on argent. Ne pouvant plus se servir de son épée, il prit la plume et se fit pionphlétaire, Sous prétexte que ses ennemis l'avaient cruellement et honteusement noirei, il résolut de revendiquer son honneur. Complètement ruiné de fortune, sans emploi, il voulut prouver que * son exil et sa fuite ne pouvaient lui faire du tort dans l'esprit des honnêtes gens fe ne serais point coupable, dital, si je n'avais point en tête des personnes si puissantes, L'on n'est point innocent dès qu'on a le malheur de leur déplaire. C'est avoir tort que d'avoir raison contre cles.”

Tel sera le thème favori de Lahontan. Ilest, pourtant, des injustices st erlantes qu'il y aune certaine douceur à les subir; le publie vous rend alors bien plus que Fautorité ne vous Dte,

Pendant son séjour au Canada, Lahontan avait rédigé un journal de ses aventures, et entretenu un commerce régulier de lettres avec un de ses vieux parents, désireux de se renseigner sur les pays d'outreaner, Ces notes, en avait fait part aux nombreux Français que le régné autoritaire de leur pays obligeat chaque année à se réfugier en Hollande. On

1 L'original est aux archives de Bayonne (CC. 8IS, f° 24), La copie forme cinquante-cinq pages, grand papier royal, texte serré.

2 Archives de Bayonne, BB. 74 (1710-1720). Lettre à M. de Cannam . La créance des héritiers du baron de Lahontan.

BB. 77 (1727-1730). Réponse de la ville de Bayonne à un mémoire aûressé à M. d'Adoncourt, sur la créance des héritiers du baron de Lahontan (Isaac le Long d’Arce).

BB. 90 (784-1788) Lettre à M. de Neville... La créance des héritiers du baron de Lahontan... Lettre à M. Galart, l'ainé... sur le méme sujet.

(567-17S9) Quittances délivrées par les héritiers du baron de Lahontan. (Arch. comm., CC. 840. Dulaurens, Invent, Somm., tome TL.)

(1787) Archives Comm. de Bayonne, CC, S40, n° 40. Même sujet.

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l'avait engagé à les publier, mais comptant toujours que la fortune lui redonnerait ses emplois,

il les avait gardées en portefeuille, quitte à les jeter au feu à la première nouvelle de sa rentrée en grâce, La nécessité, le besoin de e créer des protecteurs auprès des cours étranpères, la haine qu'il portait à ceux qui n'avaient point voule écouter ses humbles supplie tions, le décidèrent done à se fire auteur, Mais comme le Simple récit des malheurs et de lu disgrâce d'un officier de marine, n'aurait pas suffi à attirer sur lui l'attention, il voulut se donner la gloire de l'explorateur. Un lieutenant de roi à Plaisance, bourgade ignore, perdue dans les brumes de Terre-Neuve, ne pouvait prendre l'Europe à témoin de son nnocenee ct Fintéresser À son infortune, mais un voyageur dans les plaines inconnues de FOnest

américain avait plus de chance de se faire entendre,

LE LIVRE DE LAHONTAN PARAÎT À LA TAYE EN 1703.—VOYAGES MÉMOIRES DIILOUUES AVEC LE SAUVAGE ADARIO.— APPRÉCIATION.

C’est en 1703 que parut, pour la première fois, à la Haye, le livre de Lahontan, Le roi we en Italie avait donné le goût des

de Danemark, Frédéric IV, prince facile auquel un voya beaux-urts, connaissait l'auteur, I l'avait accueilli avec bonté, s'était fait raconter ses malheurs et lui avait donné sa protection, C'est à lui que le baron béarnais dédia son ouvrage, L'épître qu'il lui adresse à la tête de son livre, est plate comme tous les discours des courtisans, et comme toutes les dédicaces du temps Cette dédicace courtisanesque surprend d'autant que la planche frontispice du titre porte pour gravure un sauvage armé d'un are ct d'une flèche, un pied posé sur un code de lois, l'autre sur une couronne et un sceptre. Cette composition allégorique à pour légende: Æt leges et sceptra territ. Tout cela rappelle la doctrine anarchiste et annonce le fonds des raisonnements de Pauteur. On représente, en ettot, l'anarchie sous la figure d'une femme dont toute l'attitude annonce la fureur ; elle foule aux pieds le livre de la loi et un faisceau de baguettes, symbole d'union: d'une main elle brandit N

: ses côtés gisent un sceptre brisé et un joug

un poignard et de l'autre une torche allumée ; É rompu, La légende latine Æt leges et sceptra territ ramène aussi À l'esprit ces deux vers de

Diderot, que les anarchistes réclament comme un des leurs :

La nature n’a fait ni serviteurs ni maîtres : Je ne veux ni donner, ni recevoir des lois.

La planche qui accompagne celle où est gravé le sauvage anarchiste dénote chez l'auteur des idées tout aussi avancées, C'est un globe tecrestre entouré de constellations, Une tourterelle plane dans l'espace et se dirige vers le globe au-dessus duquel sont inscrits les mots Orbis Patria. Ne dirait-on pas un précurseur du groupe des sens-patrie 2 Lahontan, du reste, écrit eyniquement, gel avait renones à toute sorte d'attachement de patrie, et 1 déclare

1 Lrédérie IV, né eu 1671, mort en 1730, succéda, en 1699, à son père Christian IV. Allié de Pierre le Grand contre Charles XI1 de Suède, qui le contraignit de signer la paix de Travendal, en 1700. Il réorganisa la défense militaire de son pays afin de prendre sa revanche. Après la défaite essuyéo par Charles XIT à Pultwa, il lui déclara la guerre (1709). IlLenvoya 16,000 Danois contre lui. [l éprouva d’abord des revers, mais parvint à se relever. Il fit Stenboch prisonnier avec 11,000 hommes, à Tonning (1713). De retonr de Bender, l’année suivante, Charles XII porta la guerre en Norvège et périt au siège de Frederickghall, en 1718. Le sénat suédois proposa la paix tout à l'avantage de Frédéric IV (1720)

dans sa préface aroir toutes les qualités nécessaires à un narrateur, celle d'écrire comme S'il avait né patrie ne re lipion.!

[faut croire que les princes danois du commencement de XVHr sièele n'avaient pas les mêmes sentiments que ceux datjourd'hui, puisqu'ils pouvaient accepter la dédicace de livres S'annoneant sous des auspices aussi révolutionnaires,

L'ouvrage de Lahontan, imprimé en trois volumes, se divise en quatre parties distinctes, Le premier tome, partagé en vingt-einq lettres suivant la mode de l'époque, comprend le voyage de l'auteur et ses aventures at Canada depuis 1683, date de son départ de France, jusqu'à sa fuite au Portugal, en 1693, IT y raconte son arrivée, st vie de désænvrement dans les cantonnements, chez les paysans, les expéditions contre les Troquois, en 1684 et 1687, le commandement qu'ileut au fort de Saint-Joseph, sa course vers l'onest jusqu'à Michillimakinue, puis dans les régions mystérieuses où coule la rivière Longue, son retour à Québec, laceneil que lnitit Frontenae, les projets qu'il forma pour défense des grands lues, sa nomination à la lieutenance de roi À Plaisance, en Terre-Neuve, ses démêlés avec le gouverneur de cette place et su fuite en Portugal,

Rien que les aventures de Lahontan n'auraient eu qu'un intérêt bien médiocre, mais l'auteur a grossi sa relation d'une foule de petites anecdotes et de médisanees, assez souvent malienes, C'est un grand eauseur, Sa jaserie, conne celle du religieux dominicuin Labat, mérite quelquefois le nom de commérage, à cette différence qu'ils a de la bonhomie dans la malice du P, Labat, et que Fon ne ressent pas, en le lisant, Fenvie de se ficher, tandis que, chez Lahontan, c'est de humalice de parti pris la plupart du temps. On ne peut nier que Lahontan soit observateur, et qu'ileût fait, dans les temps of nous vivons. un excellent journaliste, dans le dernier sens moderne du mot. Ia toutes les qualités d'un reporter sil est très curieux, peu sernpuleux, cherche avant tout Le piquant, FA propos et la vogue, I aime à pénétrer tous les secrets d'aleove. Ce qu'il voit, ille voit bien, et ia vu beaucoup; aussi certaines parties de son œuvre ont une importance réelle. C'est l'opinion de historien Parkinan, et tout homme impartial et dépouillé de préjugés qui voudra Fétudier, en viendra à Bt mème conclusion. Le récit que Lahontan fuit des expéditions des gouverneurs la Barre et Denonville est exact et mouvementé. a été beaucoup cité, et avec raison, par les auteurs contemporains. Le gouverneur li Barre, qui savait tenir la plume, et qui avait raconté la campagne qu'ilfit à Cayenne contre les Anglais, ne jugea prits à propos d'écrire le récit de l'expédition malheureuse qu'il entreprit en 1684 contre les Froquois. [nest pas donné À tous d'écrire, comme Xénophon, sa propre retraite, Ce fut Lahontan qui se chargen, sans y être commandé, de jouer le rôle d'historiographe.

LH raconta de même l'expédition de Denonville, en 1687, et sa narration est digne de foi, On a publié récemment en France le journal que tint alors le chevalier de Baugy, aide de eampet scerétaire de ce gouverneur, et Fon peut juger qu'il n'y a pas grand'ehose à reprendre sur ee que rapporte Lahontan.

June faut pas demander éependant au baron béarnais les qualités que lon prête d'ordinaire à l'historien : la correction, l'élégance, la sobriété. I ne fait point de tableaux et de

descriptions générales. Le sujet ne Sy prêtait guère. Quand il écrit tout bonnement ee

1 xxvt lettre, t. I, p. 269.

2 Nouveaux voyages aux Îles d'Amérique, par J.-Bte Labat. La Haye, 1724, six volumes,

# Journal du voyage du sieur de la Burre en la terre ferme et Isle de Cayenne, imprimé à Paris en 1671. M. de la Barre a aussi écrit un livre intitulé: Description de la France Equiroctiale.

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qu'il au vu de sos propres VOX, observé de particulier et de précis, c'est un témoin utile, A\ ces conditions tout homme est apte à faire des mémoires quand ilen a le loisir,

Lahontan se vante sans cesse de dire Les choses comme elles sont, de ne flatter niépargner personne, d'être impartial, de louer les gens qui ne sont pau en état de lui fire du bier et de condamner la conduite de plusieurs qui pourraient Tui faire du mad, veut enfin tout sacrifier à amour de la vérité, parler en toute franchise. Ce livre nest bon que paree qu'il contient la vérité toute pure, ditil, dans son épitre à Frédérie [V0 on v voit régner, ajoutetil plus loin dans st préface, partout cette exactitude, et cet ir de bonne foi qui s'empare tout d'abord d'un esprit équitable, et qui fait voir efficacement qu'on ne tend rien moins qu'à surprendre,

Nous voudrions pouvoir dire du livre de Lahontan, conne Montaigne, en présentant sos sis au publie : C'est DATI livre de bou Lo lecteur, Mais, malgré les promesses si sotvent répétées par Lahontan, iln'est pas toujours ce témoin fidèle et probe que lon voudrait voir, [aeu des déboires La perte de ses emplois, Ro ruine de sa Bunille, son exil, ont contribué à le rendre injuste et ont vieié son esprit. Partout dans les pages de son livre percent le désappointement et la raneune amère. Malgré ses défunts, Lahontan nous fournit des détails où les autres voyageurs ne sont pas entrés, et ses récits sont toujours asstisonnés de piquantes réflexions, Fa dessiné des portraits qui resteront. Ce chirurgien qui, au milieu de l'épidémie qui frappe les soldats de la petite armée de a Barre, discute sur le protoplisme et Les vibrions générateurs de tous les maux qui frappent ki pauvre humanité, est digne des Purgon et des Diatoirus dont Molière Sest si agréablement moqué. La troisitine lettre, qui contient une description de Québec, est à lire en entier. Dans le palais de lintendant siège le conseil souverain, qui s'assemble quatre fois par semaine, Frontenae traite les membres de ce parlement comme Cromwell ceux d'Angleterre, Chacun ÿ plaide su cause, eur on ne voit ni procureurs ni avocats, ainsi les procès sont bientôt finis, sans qu'ilen coûte ni frais ni épices aux parties. Les juges, qui ne reçoivent que 400 livres de pension par an, sont dispensés le porter la robe et le bonnet, Ces graves conscillers, négociants gourmés et infatués de leur charge, dont le rerenn le plus elaër sont des p'ehes d'anguilles le baron, né malin, ne manque pis de leur donner en passant un coup de boutoir.

trouve la ville de Trois-Rivières petite à cause de son peu d'habitants, rouis ceux-ci sont tort riches et logés magnifiquement, I faut être de Ru nature du chien pour v habiter, ou du moins se plaire à se gratter la pean, car les puces + sont en plus grand nombre que les grains de sable, Les meilleurs soldats du pays sont originaires de ee Dieu,

La neuvième lettre est consacrée au cop 'ineree de Montréal, dont presque tous les marchands n'étaient alors que des commissionnaires de ceux de Québec. TT ant lire encore les pages où il est traité des coureurs de bois et des canots d'écoree,

Malgré ses préjugés contre les colons, Lahontan ne peut S'empêcher de frire leur éloge, qu'il entremêle, ilest vrai, de dures vérités,

“ Les Canadiens où créoles, dit-il, sont bien faits, robustes, grands, forts, vigoureux, entreprenants, braves et infatigables, il ne leur manque que la connaissanee des belles lettres, [ls sont présomptueux et remplis d'eux-mêmes, S'estiment au-dessus de toutes les nations de la terre, et par malheur ils m'ont pas toute la vénération qu'ils devraient avoir pour leurs

parents..." # Les femmes aiment la parure, et intra point de distinetion, de ce côté,

entre la femme d'un petit bourgcoïis et celle d'un gentilhomme et d'un ofticier.” Ceci était écrit en 1684

Que l'on place à cûté de ce portrait celui que dessinait lintendant Hocquart en 1737 : Les Canadiens, éeritil, sont naturellement grands, bien faits, d'un tempéramment vigoureux, sont industrieux et adroits, Ts aiment la distinetion, sont extrêmement sensibles au mépris et aux moindres panitions, Hs sont intéressés, vindicatifs, sont sujets À livrognerie, font un grand usage d'eau de vie, passent pour n'être pus véridiques, [x sont volages, ajoute-t-il, naturellement indociles, ont trop bonne opinion d'eux-mêmes, ce qui les empêche de réussir comme ils pourraient le faire dans les arts, l'agriculture et le commerce, La lonsueur et la rigneur des hivers les entrainent À l'oisiveté."

Unautrecaractére que Lahontan a eravonné de main de maître, c'est celui de Brouillan, gouverneur de Plaisance, C'est bien lle type du fonetionnaire conenssionnaire de l'époque, qui, étant fort peu où mal payé, vent se racheter sur les déchets. Comme on voit bien en présence encore, dns es lettres du baron, les deux écoles qui dès lors se partagenient la colonie, celle qui ravonnait autour de Frontenue et le groupe conduit pur le Ber et les autres négociants,

La lettre qu'il écrit à la suite du siège de Québec, en 1690, est étincelante, enflammée, Un jeune éerivain, qui a étudié dix-huit relations décrivant cette infruetuense attaque, trouve que dans celle de Pahontan Fesprit pétille comme les fusillades entendues à la Cavurditre. Le style en est vit alerte, rapide comme la jeunesse et le feu des vaillantes milices canadiennes engagées sur les grèves de Beunport,

Lahontan est jeune, il est gentilhomme, il a eu des malheurs iles raconte an milieu de tout cela, et trouve moven d'umuser les esprits légers de son temps, et d'intéresser à son sort. Cavalier d'esprit et d'assez bonnes études, actenn registre de tout ee qui était à su portée, et ilen tire parti le mieux qu'il peut.

L'auteur ne pouvait tout dire dans ces lettres destinées 4 un vieux parent, mais comme nous le savons, avait eu le soin de faire un journal très minutieux dans le cours de ses aventures. Ce sont les extraits de ce journal qui forment le sujet du second volume et qu'il nous donne sous le titre de mémoires,

C'est la partie la plus sérieuse des ouvrages de Lahontan, celle qui, duns le temps ot elle parut, put être consultée avec plus de profit. En France et ailleurs, on regarda ces mémoires comme le fruit des travaux d'un homme quine savait pas écrire, mais qui décrivait assez sincèrement ee qu'ilavait vus La conséquence fut que beaucoup, surtout parmi les compilateurs, les citérent de préférence à des écrits plus fidèles, qu'ils ne prirent pas la peine de consulter,

Puns ces mémoires, Lahontan sort du particulier pour entrer dans le général, Sa personnalité est moins en exise. L'auteur donne d'abord une description abrégée du Canada. I Sattache surtout à la région des lues, et mentionne en passant les mines de cuivre du lac Supérieur, [vante les charmes du climat de ces régions et la fertilité de la terre, Pour lui, l'avenir du pays est autour des lacs Erié et Ontario. Ni la navigation était libre de Québec jusqu'au lue Erié, dital y aurait de quoi faire le plus beau, le plus rielie et le plus fertile royaume du monde, Ceci dénote nn coup d'œil juste,

Lahontan vante aussi beaucoup F'Acadie, mais il prévoit qu'elle passera un jour aux Auglus. [est impitoyable pour les gouverneurs Perrot et Menneval, qu'il accuse de faire la traite et de maltraiter les colons. Le Laron de Saint-Castin, ce gentilhomme d'Oloron en Béarn, qui était presque son compatriote, trouve dans Lahontan un vif admirateur,

A la suite de FAcadie, lauteur parle de Terreneuve et de Plaisance, où il a habité, C'est une des meilleures descriptions que nous ayons de ces lointains parages,

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Après avoir ainsi parcouru tout le pays à vo’ d'oiseau, fourni sur chaque chose d'assez bonnes notions, parlé fort sensément de la mauvaise gestion des affaires du pays, Bahontan donne une table des nations sauvages, décrit les animaux," les oiseaux, les poissons, lex arbres, lex fruits, On peut trouver Bides choses instruetives Les détails de toutes sortes y abondent, surtout ces détails intimes que lon aime à retrouver deux cents ans après paree qu'ils nous font vivre pour ainsi dire de lu vie dex anvcôtres,

Le chapitre du commerce du Canada est très Hinportant notre sens; malheureusement l'écrivain le rédige dans un moment de colère atin de favoriser Tex négochunts anglais,

La dernière partie dex mémoires est spéchdement réservée il description des menrs des sauvages, L'auteur y traite des habits, des logements, de lt complexions du tempérue ment, des manières des sauvages étudie leur crovanee, Tes obstacles 4 teur conversion il nous dit eo qu'ils adorent, ce que sont leurs amours et leurs mariages, de quelles maladies its souffrent et les remèdes dont ils se servent, leurs chasses, leur facon de faire la guerre, Le tout se termine par un petit dictionnaire de la langue des sunvages, et une table explicative des termes de marine et des néologismes que l'auteur a dû employer au cours de ses éerits,

Pour quelqu'un qui n'aurait pas une connaissance approfondie de Fhistoire du Canada, nous avouons que la lecture de ces pages serait difficile, tant la vérité se mêle souvent à la fetion, C'est pourquoi ces mémoires ont cessé depuis longtemps d'avoir Fantorité qu'ils ont eue un jour, Cependant, quels qu'ils soient, le chercheur hopartial et prudent v peut faire encore une bonne moisson et en tirer un grand avantage,

Le troisitme volume de Pahontan contient ses voyages en Portugal et en Danemark, C'est une suite de six lettres dont li première est datée de Lisbonne, Le 10 avril 1694, et Ta dernière de Saragosse, le 8 octobre 1695, L'auteur y raconte ses pérégrinations à travers le Portugal, le Danemark, le Hanovre, son séjour en France, ses tentatives infructuenses pour rentrer en grâce, sa fuite de Lahontan, C'est une sèche description de villes connnes Lalontan s'y montre médiocre observateur, contre son habitude, C'est la partie ko plus faible de son œuvre. Le biographe ÿ tirera cependant quelque avantage à raison des détails que le baron y donne sur ses malheurs personnels,

Ce troisième volume contient encore les Dialogues de Lahontan avec un sauvage. Ce sont ces dinlogues, que Le baron laissait prévoir dans ses mémoires at chapitre de le eropunes des sauvages el des obstacles à leur conversion, qui ont rendu son nom funeux parmi les philosophes du xvit sitele, et qui l'ont fuit exéerer pa tous les éerivains honnêtes et consciencieux, Disons tout de suite que e'est une critique très amère des pratiques de l'église romaine, une fiction simplement destinée À répandre les idées anti-chrétiennes,

Lahontan se met en seène avec nn sauvage auquel il donne le nom d'Adario,

Cet Adario ne serait ni plus ni moins que Kondiaronk, le fameux chef huron surnomme le Rat par les Français. Tous ceux qui ont étudié Fhistoire de notre pays connaissent Kondinronk. Ce fat le sauvage le plus intrépide, le plus ferme et le plus éclairé qu'on ait jamais trouvé dans Amérique septentrionale, Jamais, dit Garneau, ? sauvage ne montra plus de génie, plus de valeur, plus de prudence, plus dé connaissance du éœur humain. Son esprit avait des ressources inépuisables, Kondiaronk brillait autant dans les conversations que dans les assemblées publiques par ses reparties vives, pleines de sel et ordinairement sans réplique.

! L'auteur range parmi les insectes les grenouilles meuglantes. ? Histoire du Canada, 1, 382,

Sec. I, 1894 15.

Il était en cela le seul homme au Canada qui pât tenir tête au comte de Frontenae, qui linvitait souvent À sa table, pour procurer À ses officiers la satisfaction de l'entendre; et il disait qu'il ne connaissait parmi les Français que deux hommes d'esprit, le gouverneur et le père jésuite Carheil. Personne nent peut-être plus d'esprit que lui, dit l'historien Charlevoix, qui l'avait connu. Rayvnal a éerit que e‘était an Machiavel né dans les forêts, M. Margry l'appelle une espèee d'Ulysse indien, mélange de bravoure et d'astnee, Les Français le nommaient le Rat: emblôme de misère, de meurtre et de rapine,

Bien avant Pontiac, Kondiaronk avait songé À former une grande confédération de toutes les tribus sauvages, en + comprenant même les Cing-Nations, C'est ce rêve que Île grand chef outaouais reprit en seconde main plus d'un demi-sièele après.

Lahontan était à Michillimakinac, lorsque Kondiaronk v vint en 1688, à la suite du piège qu'il avait tendu aux Iroquois à Fanse de la Famine, 4 fut témoin de la mort du sauvage iroquois, que M. de la Durantave, commandant du poste, reçut de Kondiaronk, et qu'il fit passer par les armes. Ainsi se trouvèrent rompues les préliminaires de paix que M. le gouverneur Denonville avaient commencées avec ces barbares,

Le baron béarnais put alors causer À son aise avec ce fameux guerrier, et il prétend que ses dialogues ne sont qu'un résumé des conversations qu'ilent dans le temps.!

Les dialogues comprennent trois entretiens. Le premier roule sur le christianisme en général. + Profite des grâces et des talents que Dieu t'a donnés, éclaire-toi des grandes vérités du ehristianisme,” dit Lahontan en adressant à Adario. Celui-ci proteste que sa religion primitive est aussi bonne que celle des chrétiens. Elle est basée sur la justice et Ta sagesse.” La diseussion se continue alors très vive, très piquante, très mouvementée, A chaque argument apporté par le baron, le sauvage retorque avec vigueur, On passe en revue l'éternité des peines, la foi, l'enfer, le paradis, la vérité des écritures, le péché originel, Ia présence réelle, l'incarnation. + Nous observons les commandements de Dieu mieux que ne font les Français, dit Kondiaronk. Pourquoi la religion des Anglais ne serait-elle pas aussi bonne que la vôtre? Vous avez traversé l'Océan pour .1ver nos âmes, dites-vous, mais vous ne pouvez pas vous accorder entre vous sur ces grandes vérités. Vos ordres religieux sont toujours à se quereller, chacun prêche sa morale. Qui croire? Le vieux chef, tout en louant très fort la continence et les mœurs des jésuites, se moque de leurs enseignements comme raurait fait un janséniste. Entre temps, la conversation roule sur le célibat des prêtres, le pape, le purgatoire, les indulgences. C'est un ramassis de toutes les objections alors en vogue contre le christianisme, l’église catholique et la vérité révélée,

L'entretien se termine pur Adario qui donne congé en ces termes À son pauvre précheur : “Ainsi, mon frère, crois tout ce que tu voudras, aie tant de foi qu'ilte plaira, tu n'iras jamais dans le bon pays des Âmes situ ne te fais Huron. L'innocence de notre vie, l'amour que nous avons pour nos frères, la tranquilité d'âme dont nous jouissons par le mépris de l'intérêt, sont trois choses que le grand Esprit exige de tous les hommes en général. Nous les pratiquons naturellement dans nos villages, pendant que les Européens se déchirent, se

volent, se diffiunent, se tuent dans leurs villes, eux, qui voulant aller au pays des Âmes, ne

songent jamais à leur créateur, que lorsqu'ils en parlent avec les Turons....

Le deuxitine entretien traite des lois, de Ta justice, de la vénalité des juges, des faux

! Lahontan dit que Koudiaronk (Adario) était âgé de trente-cinq ans, en 1688, Si l'acte de sépulture de ce fameux Huron, qui se trouve aux archives de Montréal, sous la date du 3 août 1701, est exact, Kondiaronk était alors âgé de soixante-deux ans. En eflet, cet acte le dit âgé de soixante-quinze ans à son décès.

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témoins, de l'inégalité des punitions. Pourquoi des lois, si ce n’est pour les observer ? Et les règles de la justice étant constamment violées, ne vaudraitil pas mieux n’en pas avoir ? Dans le troisième dialogue on discute sur la société civile en général. A quoi bon les distinetions entre les hommies ? Pourquoi l'argent? IT faut revenir à l'état primitif, mettre tous les biens communs, ne plus connaître nile tien nile mien. Les hommes devraient vivre de chasse et de pêche. Adario, qui a visité la France, compare la vie sauvage à l'état civilisé, se moque des rois, des grands seigneurs, critique les coutumes et les modes curojiennes, Lahontan ne perd pas l'occasion de mettre dans sa bouche les plus violentes tirades. Les riches, les femmes, ies médecins, les savants, les prêtres passent tour à tour sous le fouet vengeur de ce désillusionné.

Il va sans dire que ces conversations sont sorties toutes armées du cerveau du baron béarnais. Konciaronk, qui est mis en scène, n'eut jamais les idées encyclopédiques qu'on lui prête. L'historien la Potherie raconte au contraire," que ce fameux chef indien avait les sentiments d'une belle âme et n'était sauvage que de nom, * Considérable par sa piété, dit-il, il prêchait souvent dans l'église des jésuites de Michillimakinae, où les sauvages n'étaient pas moins touchés des vérités du christianisme qu'il leur enscignait. [était difficile d'avoir p'us de pénétration d'esprit qu'il en avait.”

L'historien Ferland pense de même.

Le grand tort de Lahontan dans ces dialogues est d'avoir attribué aux sauvages des idées raffinées et des sentiments subtils,® et d'avoir énoncé des opinions peu d'accord avec l'ordre de chose établi chez les nations civilisées, Encore une fois, il ne voyait que les injustices qu'il avait évrouvées : son esprit uleéré enveloppa dès lors dans la même proseription les sociétés et leurs institutions civiles et religieuses,

Nous ne nous arrêterons pas à réfuter les infinies que ces pages contiennent, Lahontan n'a fait que répéter des arguments connus que Fon trouve dans lt plupart des écrits philosophiques du Xvirr sièele,

La vie sauvage, à dit un écrivain moderne, exerce sa fascination sur toutes ‘réatures vivantes. Celles qui ont grandi dans sa liberté laiment d'un amour incurable. Les animaux qu'on lui arrache meurent pour la plupart, Fair stupide et indifférent, un hinmense ennui dans leur cerveau obscur, L'homme qu'elle à eu pour nourrison languit loin d'elle ; parmi les aïises et les douceurs de la vie civilisée, son me est toute entière À la solitude, on le voit s'y replonger éperdument à la première occasion, sans une hésitation ni un regret, Le civilisé lui-même se trouble parfois À son contact, et il arrive qu'il se donne à elle. On dirait qu'elle l'attire avec la tendre puissance d'une patrie retrouvée ; À l'aspect du désert, il dit avec certitude: Ma vie est 1 3; il faut que j'y aille.”

Cette étrange fascination de la vie sauvage sur les blanes, Lahontan en subit lui aussi, À un moment donné, la terrible influence, Vivre à l'état sauvage, à l'état nature, tel fut le rêve qu'il fit pendant longtemps, et Adario n'eut pas de peine à le persuader,‘ Ces peuples sont heureux d'être à l'abri des chicanes des ministres qui sont toujours maîtres partout, écrit-il.?

Istoire de l'A'nérique septentrionale, vol, IV, p. 228.

Avec le libraire Bernard, il est permis de trouver que, dans ces dialogues, les sauvages du baron “sont très foncés dans l'antiquité.” “ Ils démontrent savamment que les écrits des siècles passés sont faux, changés, ultérés ou supposés, que les histoires de nos jours ont le même sort.” (Recueil de voyages au nord, Introduction, p. elvi.) Que dire encore lorsqu'on voit Adario citer Esope ?

# Préface des Dialogues, édition de 1704.

Jenvie le sort d'un pauvre sauvage, qui leges et sceptra territ, et je souhaiterais passer le reste de ma vie dans sa cabane, afin de n'être plus exposé à fléchir le genou devant des gens qui sacrifient le bien prablie à leur intérêt particulier, et qui sont nés pour faire enrager les honnêtes gens.”

Lahontan croyait au bon sauvage aussi fermement qu'un philosophe du xvirr' sièele, Avant que les blanes fussent venus parmi les sauvages, assure-il, il n'existait pas sur la terre de peuple plus heureux et meilleur,

Héias! cette vie libre des bois, que Lahontan aurait voulu embrasser, ainsi que l'avait

fait un jour son compatriote béarnais, le baron de Saint-Castin, il ne put la ressaisir. La civilisation qu'il fuvait le rejoignit malgré lui. Son âme s'en aigrit. Il acheva de prendre l'humanité en dégoût, le jour où il vit ses terres vendues par les mains ignobles des gens de loi. [devint alors un révolte,

Lahontan dit que pendant son séjour à Québec, il soumit le manuscrit de ses dialogues au gouverneur de Frontenac et que celui-ci se donna la peine de le retoucher. On sait que Frontenae se piquait de littérature, On lui reprochait aussi d'avoir été secrètement janséuiste, et de parler fort librement des jésuites et de leurs missions. On a lieu de croire, dit Charlevoix, qu'il mit la main au livre du récollet Chrestien Leclereq : le Premier Etablissement de le ÆFoi au Canada.

Quoiqu'il arrive assez souvent que Lahontan, dans ses lettres et ses mémoires, reflète les idées personnelles de Frontenac, M ilest impossible de eroire que ce gouverneur ait prêté sa plume à une œuvre aussi impie et aussi malsaine que celle du baron béarnais. Frontenac a pu partager les idées malveillantes et souvent injustifiables du groupe dont il S'entourait, contre les missionnaires jésuites, mais il était un croyant, et il n'aurait certes jamais voulu, malgré tous les déboires que la vie lui fit subir, nier l'autorité des rois, prêcher l'égalité des

hommes, où patronner le partage des biens,

L'OUVRAGE DE LAHONTAN A UNE GRANDE VOGUE.—TL EST TRADUIT EN ANGLAIS. —NOUVELLES ÉDITIONS EN 1704 ET 1705.—REMARQUES SUR LE STYLE DE CET OUVRAGE. LE Moixe GUEUDEVILLE A2T-IL AIDÉ LAHONTAN *

Jusqu'au commencement du XVHr siècle, les Européens n'avaient en guère, pour se renseigner sur les pays d'Amérique, quelles onvrages très sérieux de Champlain, de Lescarbot,

de Kagard et de Ducrenx, ou les relations des missionnaires jésuites® Les récollets TFennepin

! Par exemple, Frontenae se plaint que les jésuites gouvernent tout, qu'ils ont des espions dans la ville et dans la campagne, qu'ils abusent du confessional, se mélent dans les affaires de famille, brouillent les maris et leurs femmes, aigrissent les parents contre les enfants, et tout cela pour la plus grande gloire de Dieu. (Lettre au ministre du 2 novembre 1672.) “Les jésuites, écrit-il encore, songent autant à la conversion du castor qu'à celle des âmes, car la plupart de leurs missions sont de pures moqueries, et je ne croirais pas qu'on leur dût permettre de les étendre plus loin, jusqu'à ce qu'on vit en quelque lieu une église de ces sauvages mieux formée.”

Cité par Maryry. Décourertes, 1, 503,

Il ne faut pas s'étonner de voir ces étranges accusations dans la bouche d'un homme de la valeur de Frontenac. Le grand gouverneur avait ses travers et sc8 prédilections. 11 se laissait facilement entraîner, dans ses colères, à exagérer les racontars qu'on lui rapportait. Tous les historiens mo’ernes, qui ont voulu juger sans parti pris, ont fait l'éloge des belles chrétientés que les missionnaires tentèrent d'établir sur les bords des grands lacs.

: Et encore les Pelations des jésuites avaient-elles cessé de paraître depuis 1673, lorsque le roi, de concert avec le pape Clément X, en avait arrêté la publication, on ne sait trop pourquoi.

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