‹ Le baron de Lahontan [microforme]Chapitre 9 sur 29 · COUT · texte numérisé non relu

COUT

ible qu’il

“ Depuis ma lettre écrite M, le baron de Ta THontan m'a dit être dans la résolution de passer en France, Je lui ai exposé tout ee que j'ai eru qui pourrait l'engager à rester, j'ai même prié nos bons religieux qui sont iei de lui faire connaître qu'il était du service du roi de ne pas abandonner ainsi ce poste; mais eela n'a fait nulle impression sur son esprit. Je me serais peut-être plus opposé à son départ que je ne fais S'il ne nr'avait témoigné qu'il voulait vous aller rendre compte de ma conduite. Je ne vous demande sur eela, monseigneur, que de la faire examiner: je ne vous dirai plus rien de la Sienne, cette dernière marque qu'il en donne prouve assez tout ee que j'ai eu l'honneur de vous dire à ce sujet.”

Lahontan partait du Canada, aussi pauvre qu'il v était venu, mais il emportait de son

passage dans cette lointaine contrée, une notoriété qu'il était bien loin de supposer!

LAHONTAN RÉFUGIÉ AU POoRTUGAI, PUIS EN FOLLANDES SOLLICITE EN VAIN SA GRACE, T1 <E DÉCIDE À ÉCRIRE SES MÉMOIRES (1694-1703).

Le navire qui portait Lahontan fut le dernier qui sortit de Plaisance dans Fautommne de 1693. Il eut une traversée orageuse, Battu par une tempête qui dura plus de trois jours, son équipage crut qu'il serait englouti dans les flots. Pour comble de malheur, arrivé en vue des terres d'Europe, un corsaire de Flessingue lattaqua à lhnproviste, et le capitaine, effravé, voulut se jeter sur les rives de France,

Aborder en France, e'était pour Lahontan le déshonneur, honte, prison. TT avait sous les yeux l'exemple d'un officier comme lui, Mathieu de Lino, que Fon venait de jeter à la Bastille sous l'aceusation d'avoir conspiré avec les Anglais? Qu'étaitil? st non un déserteur. M, de Brouillan, du reste, avait écrit aux gouverneurs de l'île de Rhé, de Belle-Ise, et de la Rochelle, de Farrêter aussitôt qu'il serait débarqué. Devanceraitil les courriers de son implacable adversaire ? Grâce à 300 pistoles, il décida son capitaine à le jeter sur les côtes du Portugal. Parti de Plaisance le 14 décembre 1693, Lahontan abordait le 31 janvier 1694, À Viana, port de mer à l'embouchure de la petite rivière de Lima, une de celles que les anciens appelaient le Léthe.

Plût au ciel que le malheureux officier eût bu quelques gouttes du fleuve mythologique des Grees, il eût perdu peut-être le souvenir de toute injure et de tout ressentiment, et au lieu de vivre en fugitif, le reste de ses jours, il aurait parcouru une carrière honorable, celle que lui promettaient À la fois ses talents et son caractère audacieux,

De Viana, Lahontan se dirigea à petites journées sur Oporto, puis se rendit à Lisbonne, où il rencontra l'abbé d'Estrées, ambassadeur de France auprès de la cour du Portugal, C'est de qu'il partit, le 14 avril 1694, pour se rendre À Amsterdam, avec un passeport de l'envoyé de Hollande, en attendant qu'il plât à M. de Pontehartrain d'aller en Paradis? Après avoir erré à travers Rotterdam, Amsterdam, Lubec, on le trouve, au commencement

1 Voir appendice. Pièce nr Note sur M. de Brouillan.

Le ?S janvier 1694, on donnait, de Versailles, la compagnie de Lahontan, commandés par le sieur deCostebelle, au sieur de Rancogne, (Manuscrits de la Nouvelle-France, AT, p. 145.)

2? Le 18 janvier 1695, interrogatoires par M, de la Reynie, lieutenant de police, au sujet de l'affaire de M, de Lino, emprisonné à la Bastille, accusé d’avoir conspiré avec les Anglais.

# Lettre xxv, datée do Viana en Portugal, le 31 janvier 1694, p. 386, éd, de 1728,

4 Voyages de Portugal et de Danemark, 64. de 1728, p, 140.

104 J.-EPMOND ROY

de Tété, à Hambourg, d'où il écrivit, le 19 juin 1694, une lettre que l'on va lire, mais qui ne ace se trouve pas au nombre de celles qu'il publia plus tard dans ses Voyages de Portugal et de l'al Danemark, et qui se rapportent à cette période de ka vie. Cette lettre a été découverte par lui MP. Margry dans les archives de France, et est lui qui l'a fait imprimer le premier dans îles son beau livre de PÆtablissement des Français dans Ê Amérique septentrionale. rés

Hambourg, 19 juin 1694,

MONSIEUR, mil . : , ter à : 5 reel Jeme suis donné le bien de vous écrire, il y a trois ou quatre mois, de Portugal, touchant I 4 ie . : RE Je | eu les affaires que j'ai eues avec M, de Brouillan, et comme je me suis imaginé que M# de Pont- 5 ; | er ; : S ou chartrain me donnerait tort eu égard à linfériorité et que je deineurerais en France sans : . ie EE mu emploi, tandis que tant de braves gens sont en exercice, je me suis résolu de voyager dans Ja $ , . : ur: . OI les pays du nord et pour cet effet, je me suis embarqué à Lisbonne dans une flute portugaise, D & »

: | « R , ü qui devait aller à Amsterdam, avec un passeport de Fenvoyé de Hollande, pour voyager sûrement, où je suis arrivé à bon port, et où j'ai demeuré sept où huit jours ; ensuite de quoy . | re MR A ee ; | : SEE RER se : infl je suis venu ici, où j'ai rencontré deux Français qui viennent de la Virginie, qui n'ont dit qu'ils avaient été avec feu M, de la Salle à la découverte de sa rivière dans le golfe du Laul . . . % , . s, . . , . ) Mexique, et que mon dit sieur de la Salle étant mort, ils s'étaient jetés parmi les sauvages, pos \ . ’ . . . \ st où ils ont demeuré einq ans entiers, vivant avec eux et allant très souvent saccager les cdi : : : à ne Espagnols dans leurs villages, IIS disent tant de choses touchant la richesse de cette terre pas

par la quantité de mines d'or et sablons d'or qui y sont et la facilité que nous aurions de nous en saisir que j'en ay dressé un mémoire que je vous enverrai au premier jour. Is nr'ont

lui,

appris le désordre où sont les Anglais dans la Nouvelle-Angleterre ; une révolte Sy est faite \ la Virginie, crainte

bar

avant leur départ et plusieurs personnes de Boston <e sont sauvées mo

d'être massacres, IT a très peu de temps qu'ils sont arrivés en cette ville dans un vaisseau

chargé de tabac qui vient de ces pays là, et ce qui n'a fait savoir que ces hommes étaient ici,

c'est qu'ils ont proposé à quelques marchands de cette ville de leur donner un petit vaisseau à 16

pour aller charger d'argent au Mexique, Sobligeant À être mis à mort en cas que leur entre-

prise n'ave pas un bon succès, Ts n'ont paru avoir assez d'intelligence, cependant on n'a pas de € 4 : ‘ : “4 4 ; . : : K de ensuite je traverserai en Italie par Vienne, Si je puis avoir un passeport de lPenvoyé de lem- sdb

voulu y toper. Je pars demain pour Copenhague, d'où j'irai en Suède et de 1 en Pologne,

pereur, qui est À Varsovie, Je ne puis, monsieur, vous donner d'autres nouvelles si ce n'est

que la plupart des Hollandais de marque et de distinction souhaiteraient fort la paix et je cons fout

pro(

puis vous dire avec toute vérité que les plus grands ennemis que nous ayons dans ces pays-ci,

sont les Français réfugiés ; aussi sont-ils odieux parmi toutes les nations et il y en a très peu

d'éc qui trouvassent crédit dans les bourses des villes, espère, monsieur, que vous me ferez la (Ar

erâce de me conserver votre souvenir, puisque je suis et seray incessament avec passion,

Ma Béa suc Lal

inonsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur,

On a là la preuve que Lahontan essayait par tous les moyens d'entrer dans les bonnes Lal vrâces de la cour. On S'intéressait alors vivement dans les ministères au sort du malheureux ia explorateur de la Salle, et tout ce qui pouvait le concerner avait chance de recevoir bon bar

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1 Vol. IV, pp. 6,7,8.

210 avril 1694.

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