‹ Le baron de Lahontan [microforme]Chapitre 11 sur 29 · MOINE · texte numérisé non relu

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et Leclereq étaient venus à la suite, lorsque, depuis longtemps déjà, les éditions de ces auteurs avaient disparu de la librairie. L'œuvre de Leclereq fut supprimée presqu'aussitôt après son apparition, de sorte qu'il ne restait plus que les voyages de ennepin et quelques mémoires particuliers en véritable cireulation lorsque parut le livre de Lahontan.

La grande liberté que Lahontan avait donnée À sa plume, et l'intérêt que l’on portait alors aux découvertes dans Flinterland américain, contribuèrent à faire lire son livre, ct le firent rechercher avec avidité, En 1703, il en fut tiré successivement trois éditions en langue française, La même année, Lahontan traversait en Angleterre et ÿ fit bonne récolte. Son ouvrage fut traduit en anglais, et il le dédia à William, due de Devonshire," comme il'avait dédié l'édition française À Frédéric, roi de Danemark.

La publication de ce livre, où l'administration coloniale était vivement attaquée, où il était parlé en termes fort isrespectueux des ministres Pontehartrain, et où les courtisans et les gens en place étaient assez vertement attaqués, devait attirer des représailles, Quel était done ce jeune officier de marine, inconuu hier, qui suppliait humblement de rentrer sous le drapeau, et qui se redressait tout à coup, tenant à la main une plume vengeresse, au lieu de l'épée dont on l'avait empêché de se servir? On écrivait de Paris à Lahontan que les Pontchartrain cherchaïent les moyens de se venger de loutrage qu'il leur avait fait, en publiant dans son ouvrage quelques bagatelles qu'il aurait dû taire. On lavertissait aussi qu'il avait tout lieu de craindre le ressentiment de plusieurs ecclésiastiques qui prétendaient avoir été insultés. D'autres l'aceusaient d'être un sauvage, c'est pourquoi il se croyait obligé parler si librement des peaux-rouges. Lahontan s'était attendu à la fureur des nns et des autres en faisant imprimer ses Voyages. On l'avertissait encore de Paris, qu'on employait des pédants pour éerire contre lui, et qu'il lui fallait se préparer à essuyer une grêle d'injures qu'on allait faire pleuvoir sur sa tête, Il résolut de se moquer des injures, de faire face à l'orage qui venait du côté de la capitale, et de continuer la guerre à coups de plume, puisqu'ilne pouvait la faire À coups d'épée,

En 1704 parut done une nouvelle édition des Voyages, et les Dialogues favent réimprimés par deux fois en cette même année. L'auteur en profita pour répondre dans sa préface aux injures dont on le menaçait,

Lahontan n'était ni un savant, ni un lettré. Passé au Canada à l'âge de dix-sept ans, il m'avait pu continuer au milieu de la vie des cunps son instruction commencée au collège, Cependant il avait, comme tous les officiers de ce temps-là, le goût des livres, I nous raconte quelque part avec quelle joie il apportait avec Tai à la chasse, au milieu des bois, # les honnêtes gens des siècles passés Le bonhomme Homère, laimable Anacréon et son cher Lucien, ainsi qu'il les appelle, ne le laissaient jamais. aurait bien voulu apporter avee lui le sévère et grave Aristote, mais son canot n'était ‘pas assez grand pour le contenir dans son équipage de syllogisimes péripatéticiens® IEse défiait du reste de ee philosophe qui n'aurait pas manqué d'effraver les sauvages par son jargon ridicule et ses termes vides de sens, I prétérait le laisser chez les jésuites qui le savaient entretenir fort généreusement?

Lahontan cite encore Pétrone au nombre de ses auteurs favoris, Ce livre, assez obseène, comme on le sait, faillit Jui causer une mauvaise aventure, FT Favait laissé sur la table de sa pension avec d'autres ouvrages, lorsque le curé de Montréal, entrant à limproviste, le mit en

! Devonshire, grand seigneur anglais, déponsait avec une royale munificence ses immenses revenus, et jouissait d’une grande faveur auprès de la roine Anne.

? Tome T, p. 87, édition de 1704.

pièces. On conçoit la colère du jeune officier, L'on eut toutes les peines du monde à le maîtriser. Vingt ans après il ne pouvait songer à cette tyrannie sans pester encore contre le zèle indiscret de ce cruel.! )

La lecture était alors la seule consolation de Lahontan dans ses peines, ses déboires, au milieu de l'ennui noir qui l'enveloppait comme d'un manteau de plomb, Quelle vie délicieuse il menait, quand il pouvait s'échapper aux prosaiques devoirs du soldat et s'enfermer dans la torêt avec ses chers auteurs. A Plaisance, au cours de ses querelles avec Brouillan, les livres étaient aussi son seul refuge.*

En dépit de toutes ses lectures, Lahontan n'avait pu se dédoubler et devenir homme de lettres, C'est par nécessité, Antôt que par goût, qu'il prit la plume. Aussi dans sa dédicace de 1703, déelare-t-il raconter ses aventures en voyageur, et non point en auteur qui cherche à plaire. ai passé les plus beaux jours de ma vie avec les sauvages de l'Amérique, et ce n'est pas lt qu'on apprend à écrire et à louer poliment. J'écrivais tout simplement ee qui n'arrivait, à un de mes parents, qui l'avait exigé de moi, Cette matière naturelle plaira peut-être plus que si j'avais écrit avec plus d'étude et d'art.”

Dans l'édition de 1704, limprimeur revint à la charge sur ce sujet. “Son style ne paraîtra peut-être pas des plus purs ni des plus châtiés, dit-il, maïs cela même doit le rendre moins suspect d'affectation, et d'ailleurs que peut-on attendre d'un jeune officier de marine ? Ce qui est fort certain, et pas un lecteur judicieux n'en disconviendra, é'est que l'auteur s'est uniquement attaché à exposer Simplement les choses ; ne flatte personne, il ne déguise rien, et l'on paraît justement lui attribuer les qualités nécessaires à tout narrateur, décrire comme Si n'avait ni patrie ni religion, soit! ans faire aucun tort à ce qu'il doit à son Dieu et à sol) roi.

Ces explications du libraire étaient devenues nécessaires, car décidément le bon publie avait trouvé le style de Lahontan dur et désagréable Uembarrassé et souvent barbare?

Un historien hollandais, Sean-Frédérie Bernard, qui tenait la plume en 1715, donne dans l'un de ses ouvrages lt note dominante à l'époque.

“ Peu de voyageurs, dit-il, sont capables de bien faire Fhistoire des hommes, paree qu'il faut beaucoup de jugement et de raison pour S'en acquitter dignement, et qu'il est difficile de discerner ce qui est l'ettet de la prévention d'avec la pure vérité. Les défauts dans lestyle et dans la justesse sont les premiers que je rencontre. Le style d'un voyage étant le même que celui de l'histoire, on doit éviter de le guinder vers un faux sublime; au contraire il doit

l L'exemplaire dans lequel nous avons lu cet épisode porte en marge l’annotation suivante, écrite de la main de M. Jacques Viger, antiquaire canadien bien connu: “ Cet incommode curé était ou M' Dollier de Casson, sup. et curé en titre de Montréal, ou Mr Etienne Guyotte, curé d'otlice du 10 Sbre 1682 au 27 70e 1693. Ni l'un ni l’autre n’aimaient les polissons.” Et il ajoute: “ Quel sacrilège! Déchirer au lieu de recommander des uuvres qui ont mérité à leur auteur le titre d’auctor purissimæ impuritatie, J, V,”

: Tous les ofliciers coloniaux brûlaient d'avoir des livres. 11 faut parcourir leurs correspondances intimes pour s'en convaincre. Tous ne les désiraient pas cependant dans le goût de Lahontan. Le chevalier de Baugy demande à son frère en 1687 “quelques livres plaisants pour passer le temps, surtout quelques comédies des plus jolies, comme l’Avare, le Malade imaginaire, quelques Crispins.”

: C’est à peu près la même excuse que donne la Potherie dans la dédicace de son Histoire de l'Amérique septentrionale au due d'Orléans (édition de 1753) : “Ce n'est pas à un Américain comme moi à prendre un essort si haut. Je laisse done aux plumes délicates des Français à traiter une matière si relevée... ..”

‘ Article signé Evyriès, dans la Biographie universelle de Michaud,

* Charlevoix, Liste des auteurs, t. VI, de son Histoire, p. 409, éd. de 1744,

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être simple, grave, naturel, enjoué quelquefois, si lon veut, mais sans affecter de l'être, et sans chercher un badinage, qui, souvent, est plus burlesque qu'ingénieux et délicat,

# En quelque narration que ee puisse être, il est aisé de donner le change au lecteur,et de déguiser les idées des choses, lorsqu'on se sert d'un style pompeux et élevé qui ne représente rien que d'une manitre excessive, où d'un style burlesque dans lequel auteur ne cherche qu'à être plaisant où badin. Tlne faut pas non plus qu'un voyageur montre à chaque page sa mauvaise humeur et revienne toujours à la charge sur les injustices qu'on lui fait. De ecx retours continucls, de plaintes, et de mauvaise humeur, le leetenr ne peut tirer que des conséquences contre la sincérité du voyageur, Le laisse à penser si dans les voyages que la Hontan nous a donnés, il n'aurait pas mieux fait de parler modestement des chagrins qu'on lui a faits au Canada, et Siln'aurait pas dû préferer un style simple et naturel, au style plaisant qu'il

affecte, et qui lui plait Si fort, que pour mieux réussir à être agréable...

Les libraires que patronnait Lahontan comprirent la nécessité de se conformer an goût du publie, et en 1705 parut une édition entièrement revue et corrigée,

On lit dans la préface de cette édition de 1705 :

“ Quelques personnes d'esprit ayant représenté que lautre édition péchait dans le style, qu'on ÿ trouvait des phrases basses, des expressions vuleuires, Ges railleries froides et de l'embarras dans la narration: lon a tâché de remédier à tout cela. On a presque refondu toutes Les lottres, et l'on croit que le style en paraîtra plus pur, plus net, plus dégaué, et avec un peu plus de finesse dans lenjouement, On à conservé le sens de auteur, mais on à donné un nouveau tour à la meilleure partie de son ouvrage; comme il était rempli de transpositions qui vâtaient absolument le bon ordre du récit et qui, par conséquent, devaient blesser le discernement du lecteur, on a eu soin de les ôter et de donner à chaque chose l'étendue et la liaison naturelle qu'elle devait avoir dans un narré.”

On mit, en effet, à sa place ee qui devait l'être, et de la vraisemblance partout où elle manquait. Les Voyages parurent “habillés proprement de neuf" pour nous servir d'une expression de l'éditeur,

Les Dialogues avaient été trouvés pauvres et remplis d'un long et ennuyeux galimatias : on en tira le meilleur et on lajusta au nouveau style des Voyages juué À propos de rééditer les Voyages de Portuqu et de Danemark. Le

Ine fut pas baron de Lahontan, ajoute cruellement limprimeur, n'est pas assez nécessaire pour fatiguer les hommes de ce qui le concerne personnellement dans ces deux relations, et quant à ec qu'elles contiennent de plus, il n'y a rien de mieux connu. Qui ne sait ce que l'auteur dit de ces deux royaumes, de leurs capitales, de leurs ports, de leur commeree 7 IT est juste d'avoir plus d'égard pour le publie, et c'est le ménager trop peu, cest lui manquer de respect que de proposer à sa curiosité une lecture où qui ne lai est d'aucune importance, où qui ne lui apprend rien de nouveau,”

Ainsi retouchée, l'édition de 1705 passe, parmi les collectionneurs, pour lt bonne édition, est vrai de dire que le style v est plus coulant, le dialogue mieux coupé. Cependant, il faudra toujours préférer l'édition de 1703, telle qu'elle est sortie de lt plume de l'auteur, si l'on veut le bien étudier,

Instruction pour voyager utilement, dans le Recueil des voyages au Nord de Bernard, imprimé à Amsterdam, édition de 1731,t,1, pp. exlvii et exlviii, et dans l'avertissement, première partie, t. 1V,de la première édition, en 1715. ? Dans cette édition de 1705, les dialogues portent pour titre: Conversations de l'auteur de ces voyages, avec

Acdario, sauvage distingué, où l'on voit une description exacte des coutumes, des inclinations et des mœurs de ces peuples.

Charlevoix trouve que, malgré Tes retouches de style qui furent faîtes en 1705, 11 s'en 1 run faut pourtant que ce soit un ouvrage bien écrit. IT faut avouer que le savant historien se | où montre d'une sévérité extrême chaque fois que le nom de Lahontan se rencontre sous sa en. plume. ne lui pardonne rien, S'attaque à son style, à sa véracité, À «a conduite, # La en plupart des faits v sont défigurés, dit-il... Le Dictionnaire de la langue de pus, comme S'il de n'y avait qu'une langue en Canada, n'est qu'un assez méchant vocabulaire de la langue algonquine : et les Conrersations avec le sauvage Adario ne sont que des suppositions de bar l'auteur, qui a voulu nous apprendre ee qu'il pensait de la religion... Dans son Voyage de

wrtugal et de Danemark se fait voir aussi mauvais Français que mauvais chrétien... n'h

Dans tous ses écrits le vrai est confondu avec le faux.” tou

Charlevoix relève les plus petites erreurs de détail, qu'elles soient de commission ou ou d'omission. Lahontan, décrivant l'autel de l'église des jésuites à Québec, avait parlé de Qu “quatre grandes colonnes exlindriques et massives, d'un seul bloc et d'un certain porphvre noir comme du geai, sans taches et sans HIS Charlevoix prend la peine de noter que ces de colonnes superbes, dont Lahontan a voulu enrichir l'autel des jésuites, sont creuses et grossiè- lo rement marbrées? [se plaint encore que presque tous les noms propres sont estropiés dans les écrits de Lahontan. Le savant auteur oublie que, de son temps même, on écrivait les La plus jolies choses, où les plus raffinées, dans une orthographe abominable, Combien de très beaux esprits du grand siècle, même parmi les habituës de Rambouillet, avaient une ortho- Ac graphe de cuisinière? #7 Aujourd'hui l'orthographe est le commencement de la littérature, tro mais alors, au temps où vivait Lahontan, on la considérait un peu comme du superflu. Nous ne parlons pas, bien entendu, des grands classiques, de:

Quant à l'orthographe des noms de lieux et de personnes, on sait qu'elle n'avait aucune de fixité sous ancien régime, Autrefois, dit M. Lorédan Larchev, on ne se piquait pas de régularité sur ce point. Ainsi M. Redet, archiviste de la Vienne, à relevé jusqu'à quarante tu et une manières d'écrire le nom de Pouillé dans les actes anciens qui concernaient cette A commune de son département. En ee qui concerne les individus, Finsoucianee n'était pas sci moins grande, et rien n'est plus fréquent que de voir non seulement le nom du même person- du nage écrit de deux manières dans le même acte, mais ce personnage Inimême signer de Fe) plusieurs façons. Des lettrés tels que Peirese, at Boëtie, Montaigne ont écrit chacun leur éd nom de quatre manieres.

La règle commune est que les noms de lieux et de personnes sont le plus souvent écrits ré d'apres la prononciation de Fépoque. Et comment juger, et quelle règle à suivre, lorsqu'il il s'agit d'écrire les noms de cent tribus sauvages à peine connues"! N

Lorsque parut lu nouvelle édition des Voyages de Lahontan, les malins voulurent savoir

quel avait été le reviseur des écrits du baron. La rumeur publique ne tarda pas à désigner

un cerivain du nom de Gueudeville,

Nicolas Gucudeville était un bénédietin français qui avait jeté le froc aux orties, Réfugié

en Hollande, il avait cmbrassé le protestantisme et S'était marié. Iessava d'abord d'ouvrir

des cours de philosophie et de belles-lettres ; mais le succès n'ayant pas répondu à ses espé-

! Liste des auteurs, VI, 409.

? Journal historique, p. T6.

! Voir dans les Causeries du Lundi, de Saïinte-Beuve, troisième édition, Garnier frères, vol. XI, p. 426, une

très curieuse lettre sur l'orthographe des xvne et xvinre siècles, * Almanach des nome, Paris, 1881, page 2.

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unces, 11 fonda à la Haye un jourval politique, P Esprit des Cours d'Europe, feuille satirique, où le gouvernement français, surtout, était violemment attaqué. L'ambassadeur de France en obtint la suppression, Mais Gueudeville éludau cette interdiction en transformant son titre en celui de Nouvelles des Cours d'Europe. Ce journal eat une vogue considérable, I parut de 1698 à 1710, et forme une collection curieuse et recherchée,

C'est ce moine défroqué, impie et libertin, qui passa alors pour avoir prêté la main au baron,

L'historien Bernard, que nous avons déjà cité, et qui vivait au temps de Lahontan, n'hésite pas à dire qu'il a emprunté la plume d'un homme dont le caractère est suspect À tous égards, et qui, même, ne S'en cache pas, puisqu'ilafteete de semer le Tibertinage dans ses

U OEtilcite en note le nom de

ouvrages, ce qui, sans doute fait tort au crédit du baron.” Gueudeville, auteur de l'Atlas historique,

Charlevoix pense que c'est peut-être la conformité de style qu'on ÿ remarque avec celui de l'Atlas de Gueudeville, qui a fait juger que c'était par les mains de ee moine apostat que l'ouvrage de Lahontan avait passé.

On alla plus loin encore. La paternité pleine et entière des dialogues du baron de Lahontan avec le sauvage Adario fut attribuée à Gueudeville Tni-même.,

“ [est bon d'apprendre au publie, dit encore Jean-Frédérie Bernard, que le sauvage Adario est un moine défroqué et libertin, auteur de quelques ouvrages dans lesquels on ne trouve qu'un grossier burlesque et beaucoup d'irréligion." ?

C'est sans doute sur le témoignage du libraire hollandais que se sont basés li plupart des bibliophiles et des encyelopédistes modernes pour faire de Gueudeville le véritable auteur des Dialogues.

Qu'y at-il de vrai dans ces suppositions? [Il n°y a pas de doute que l'édition de 1705 fut revisée et corrigée par une main étrangère. Il suffit de lire la préface pour s'en convaincre, Qui tint la plume? Le témoignage de Bernard, qui passe pour un écrivain consciencieux, ne peut être mis en doute. C’est bien Gueudeville qui fut le reviseur de l'œuvre du baron béarnais. On pourrait, comme l’a fait Charlevoix, comparer le style de l'A#/as et celui des Voyages, tels que retouchés, mais il vaut mieux encore lire les deux textes des éditions de 1703 et de 1705.

Suivant l'habitude des écrivains du temps, Lahontan avait fourni abondamment son récit de citations classiques." Aïnsi, lorsqu'il voit sur l'océan les flots s'élever jusqu'aux nues,

il recommande son âme à Dieu d'aussi bon cœur que le bon Idomenée se recommandait à

Neptune lorsqu'il pensait périr, au retour de la guerre de Troie, Il compare les femmes

1 Loc. cit. CXLIX.

? Même ouvrage, 2" édition, p. CLVIL.

% American Cyclopedia, vol. X, p. 107; Larousse, Verbo Lahontan.

Voir Bibhothèque historique de la France, contenant le catalogue des ouvrages “imprimés et manuscrits qui traitent de l’histoire de ce royaume, où qui y ont rapport, avec des notes critiques et historiques : par fen Jacques Lelong, prêtre de l’oratoire, bibliothécaire de la maison de Paris. Nouvelle édition, revue, corrigée et considérablement augmentée par M. Fevret de Fontette, conseiller au parlement de Dijon.”—Tome III, Paris, Jean Thomas Herissant, MDCCLXX1, page 660, n° 59,706.

Le livre Les Supercheries littéraires dévoilées, par J.-M. Quérard (éd. de 1882, t. IT, p. 502), donne aussi la “ Suite du voyage de l'Amérique (du baron de Lahontan), on dialogues de M. le baron de Lahontan et d'un sauvage dans l'Amérique—Amsterdam, 1704,/in-8,” comme ayant été publiée par Gueudeville sous le pseudonyme du baron de Lahontan.

+ Ainsi ont fait Charlevoix, la Potherie, Lescarbot, Dièreville,

Sec. I, 1894, 16.

ON

Parle-t11 des

envoyées de France au Canada aux nonnes de Paphos ou de Cythère,

Esquimaux dun Canada, il emprunte 4 Homère la description qu'il fait des eyelopes an l | À

neuvième livre de Odyssée, S'il s'agit des crocodiles du Mississipi, il traduit et met en vers

burlesques la poésie de l'Arioste :

Il vit sur le rivage et dedans la rivière, Il écrase les gens d'une dent meurtrière, Il 8e nourrit des corps des pauvres voyageurs, Des malheureux passants et des navigateurs,

Dans les éditions subséquentes, les classiques disputent la palme aux pères de l'Eglise, Lahontan pouvait connaître ses auteurs, mais il n'était pas si fort théologien, n'y a qu'un ancien moine comme Gusudeville, qui puisse citer Origéne avec tant d'abondance et de sûreté, Lui seul, en apere vant la terres a pu songer an eri fiuneux de Kaint-Paul, à Fapproche de Malte. Quemd Lahontan raconte que Me de Kaint-Vallier a refuse de bons évêhés en France pour prendre celui de li Nouvelie- Frances est un esprit versé dans l'histoire de Féglise qoi ajoutée après coup que saint Athanase reproclar at moine Dineonce de m'avoir pas scopté cèeht qu'on lui présentait. iunais le jeune oficier béarnas, partant pour la chasse aus ates. aurait songé à inserire sur son ealepin Le poétique nec generee ri cesse bit aitu ab ulino.

Quant aux Déaloques, si Von veut fire part de Lahontan, n'estil pas vraisemblible qu'il a fourni Fidée, le décors et tous les détails de coulisse? Guendeville prit ies acteurs qu'on Pui qpusentait et leur distribua des rôles à sa fantaisie. Lui seul pouvait faire parler théologie, philosophie, morale et politique au sauvage Adario comme un précurseur des

encvel pédistes,

NOUVELLES UDITIONS DES Voyages Mort DE LANG TAN NON LIVRE EST BEAUCOUP CITÉ,

La dernière lettre qui soit connue de Lahontan, est celle qu'il écrivait de Saragosse, le 8 vetobre 1695, De cette date à venir à 1703, il est difficile de dire quelle fut son histoire, Allatl voyager en Italie et en Suède, comme il avait projeté dans une de ses lettres de 1694% Nous lignorons. Les historiens s'accordent À dire qu'il se réfugia alors pour une deuxième fois dans le Hanovre. C'ese la publication de son hivre, en 1703, qui nous runène le baron plus directement sous les veux. nous ÿ apprend qu'il avait erré du Danemark au Hanovre, puis de Ten Angleterre, ee pays où il déelare avoir trouvé la vraie liberté, Dan. ses préfuces, il nous donne quelques détails sur son existence, ses difficultés, sa açon de vivre, Ce sont les ennuis que lui cause toujours son fameux procès, les nouvelles qu'il reçoit de Paris que lon a mis des écrivains À gage à so poursuite,

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En 1710, une lettre de Leibnitz vient tout à coup jeter quelques éelaireissements sur cette vie tourmentée. Lahontan était alors à la cour de l'électeur du Hanovre, où il avait fini pur se retirer Leibnitz nous le montre oceupé à chasser dans la grande forêt ce Gochrde. principauté de Luxembourg, en ee tempsdà la proprifté des dues de Luneboury- Zelle. Le grand philosophe le connaissait et en avait fait son ami. Heat bien en cour, ajoutait-ii, son esprit y plaît, et ia su se créer de solides amitiés La santé de Lahortan

laissait alors à désirer, et cet état maladif Fempêchait de livrer à Finpression plusicurs

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