‹ Le baron de Lahontan [microforme]Chapitre 13 sur 29 · MONSIEUR · texte numérisé non relu

MONSIEUR

& Encore que je n'aie discontinué de travailler à un abrégé de l’histoire naturelle du Canada, sur les mémoires du baron de Ta Hontan, je n'ai pu le finir aussitôt que j'aurais souhaité, À cause de la diversité des matières qui se trouvent fort dispersées dans ses lettres ; elles se tronveront dans peu arrangées d'une manière à pouvoir aider dans les spéculations,

“ La chose la plus importante que je trouve dans ces relations, c'est la découverte d'une belle rivière nommée rivière Longue qui venant de loin par le 46 degré de latitude septentrionale, droit du Sud, se décharge dans le fleuve de Mississipi à Est droit qui se trouve dans la carte du baron de la Hontan (dont voici la copie) étant sous le 286" degré de longitude,

M, de la Hontan a remonté cette rivière jusqu'à l'endroit marqué dans la carte par la

fleur de lis en rouge,

! Neuf tomes en dix volumes publiés 1726-1730. La Martinière, né à Dieppe en 1662, mourut à la Haye en 1749. En 1709, il devint secrétaire français du duc de Mecklembourg. A la mort de ce dernier, il alla en Hollande se fixer à la Haye, et il dut y connaître Lahontan.

? Littérateur français (1643-1721).

* James Constantine Pilling, author of Bibliography of the Algonquian languages, Washington, 1891, p. 295.— Reise auf dens langen Flusse, in Allgemeine Hist. Vol. XVI—1758.

!® Canada, Correspondance générale, C. 11, vol. XXXVII,

# Comme il place cet endroit au 269 degré de longitude, il se trouve (en comptant 161% lieues communes de France pour un degré dans le cercle de longitude, par 46 degrés de latitude, -enant 24 pour la valeur d'un degré duns un grand cercle, que le chemin que ce voyageur a fait en remontant sur cette rivière, est d'environ 283 lieues de France,

+ Depuis la fleur de lis, on voit le chemin que mon voyageur aurait eu À faire jusqu'à lu souree de cette rivière, Mais le froid, pas tant que lu guerre, qui était entre les Gnasitares (peuple chez lequel était arrêté quelque temps) et des nations plus avancées sur ce fleuve, l'ont empêché de se hasarder plus avant.

“Ces mêmes Gnasitares ni firent présent d'une eurte, qu'ils avaient désignée sur une peau de cerf et qui merque la source (d'entre des prodigieuses montagnes) d'une autre grande rivière, qui va droit au Sud comme l'autre en venait de même,

“+ Une des nations qui habite ses rivages ee sont les Mozeeleek, nation plus humanisée que d'autres Sauvages, et plus avant vers l'embouchure de la rivière, il y a une nombreuse nation qui se nomme Tanuglauz,

“Sur la carte on a marqué en quelque manitre une espèee de leurs barques, une face de médaille, et une médaille de cuivre rouge, couleur de rose, qu'on dit se trouver chez eux en abondance,

& La chose qui m'étonne c'est que vette riviore Longue que M. de la Hontan a remontée le premier (et qui autrefois était nommée par les Sauvages Rivière-Morte) n'est aucunement marquée dans nos plus récentes cartes géographiques, J'ai la carte que j’eus l'honneur de voir chez vous, Monsieur, l'autre jour, elle ne S'y trouve pas marquée non plus,

“ ]]l Va bien d'autres choses à redire encore sur nos cartes de ce pays là, eu attention aux observations de M. de la Hontan, comme j'aurai l'honneur de vous représenter duns quelque peu de temps

“ Demeurant toujours avec bien de respect, # Monsieur, “ Votre très humble et très obéissant serviteur,

(Hi , Digne :

LASKOFFKY.”

Les savants allemands, mettant de côté les démêlés personnels de Lahontan avec la France, ne songèrent qu'à voir et discuter dans ses œuvres le philosophe et le matérialiste, La nature de ce peuple mystique et chercheur s'étonna cependant des idées hardies que Île baron rapportait du nouveau monde, Jean-Jacques Brucker, un des plus grands érudits du siècle dernier, celui-lh même que lon a appelé le père de lhistoire de la philosophie, cherchait des vestiges philosophiques chez les peuples les plus barbares, et la jeune Amérique, que Lahontan prétendait décrire dans ses Dialogues, n'échappa pas à son regard attentif. Voici ce qu'il dit de ces Dialogues dans son Histoire critique de la Philosophie :"

“ C'est avec assez de subtilité qu'on y raconte qu'un certain Adario discute avec Lahontan sur les principaux points de la doctrine chrétienne, sur les mœurs, les lois et les institutions des chrétiens et celles de sa nation, Les objections qu'il soulève sont telles, qu’elles

1 Tome IV, deuxième partie, p 920. Brucker (1696-1770) Historia critica philosophiæ a mundi incunabulis ad nostram usque ttatem deducta. Leipzig, 1741-1744, cinq volumes in-40, réimprimés avec un sixième volume en 1767, à Leipzig.

Ketl

ant

Page 1