‹ Le baron de Lahontan [microforme]Chapitre 14 sur 29 · RUN · texte numérisé non relu

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paraissent vraiment plus fortes et plus substantielles que les réponses de Lahiontan, C'est ce qui a fait soupeonner aux savants que tout ce dinlogue a été composé par son auteur dans le seul but de confondre la religion chrétienne par des arguments empruntés aux sanvages américains, Lahontan, en effet, suecombe sur tous les points et Adario triomphe, Ce livre auseita de grandes haines contre Lahontan, qui vivait alors à la cour du Hanovre, I fut aceusé partout d'être athée, de mépriser et de trahir la religion chrétienne, Puik on Le soupe gonna d'avoir imaginé cette fable dans le but d'imiter Bodin dans son Cofoque sur les difté. rentes Religions, et de s'attirer ainsi un peu de gloire en combattant la religion chrétienne, Jamais, à la vérité, an homme aussi barbare que l'était Adario eût pu discuter de la sorte"!

Brucker nous apprend encore que plusieurs doutèrent non seulement de l'existence du sauvage Adario, mais crurent aussi que Lahontan n'était qu'un personnage fietif, un nom de plume, sous lequel se euchait Le moine fugitif français Gneudeville, Telle est l'opinion qu'exprimait Freytag, dans son Analecta Lilterarie de bris l'ariortbuts, ot Trynins

L'illustre Leibnitz dut Iniamême intervenir atin de combattre cette étrange assertion, Dans une lettre écrite en 1710, il affirme que le baron de Lahontan est un personnage réel, Qu'il a fait véritablement un voyage dans la partie française de F'Amérique septentrionale, et que, pour avoir voulu défendre son droit trop opiniâtrement, il déplat au marquis de Pont. chartrain, et dut s'enfuir du nouveau monde et quitter le service de la France, Dans cette même lettre, Leibnitz, qui se disait l'ami de Lahontan, regrette que ce dernier n'ait pus mieux répondu sur les points de doctrine à Adario (personnage huron venu en France, iv a quelques années, et qui préféra ses institutions aux nôtres).

Le savant Reïmanus appelle Lahontan un autre Lucien, aux discours profanes et aux mœurs dissolues, ennemi de su religion et de toute religion chrétienne, n'a éerit ses Dictogues, ditil, que dans un seul bat: détruire la religion chrétienne et la remplacer par le naturalisme.'

L'auteur de lu Bibliotheca Historie Litterariæ selecta” soupeonne avec raison Lahontan,

! Subtiliter satis, ait, Adario quidam cum Hontuno de præcipuis capitibus doctrine Christian, deque legibus, moribus el'inatitutis Christianorum suxque gentis dissernisse dicitur, jusque objectiones tales adferuntur, ut majores et substantiores fuiass responsionibus Hontani non immerito videantur : Permonuit id viros doctos passim, ut conjurerent, totum istun diologum ah auctore eum in finam confictum esse, nt christianam religionem telis Americanis confoderet. Semper enim succumbit Hontanus, triumphat Adario. Magnam id conflavit invidiam Lahontano, tm in aul@ Hmoverand viventi, atheismi enim et contempte ac neglectæ proditwque Christian religionis parsim accusatus est, tnque suspicionem adductus, fabulam eum totam excogilaviase, ut Bodini colloquiua heptaplomeres imitaturus, gloriam ex oppugnaté Christian religione caperet : numquam enim hominem hujus modi barbarum ejus generis colloquia inatituisse,

? Imo eo nonulli descenderunt, ut non Adarionem modo, sed La Hontanum quoque, Jictum nomen esse conjicerent, (/nter hor recentiasimi sunt Freytagius Le. ac Trynius in Freydeucker. Lexico p. 295, utroque verum auctorem credente Gueudevillium quemdam, monachum e Gallia profugum.)

% Adfert tum Bruckerus ipsum Leibnitii locum ex Kpistol. ad diverses, vol. IV, p. 22, ubi Bierlingio anno 1710, respondet Baronem La Hontanum virissimum esse hominem, et iter quoque illius verum. Aliquam diu enim in America sepe tentrionalis parte Gallicana eumdem egisse, et quum Marchioni Pontis Curtrini, rerum maritimarum apud Gallos administro ,propler jus quoddum suum aorius defensum displicuisset, America primun, deinde et (rallia excessisse. Teibnitz ajoute : Vellem tamen alicubi Adario suo (homini etiam vero ex Huronum /;°nte, et qui in Gallium ante aliquot annos venit, sed sua pra nostris instituta probavit), circa religionis capita meluis satisfeciset,

4 Cf Reimanus in Catal. Bibl, tom, TI, p. 1046, ubi Hontanum alterum Lucianum vocat, sermone profonum, moribus dissolutum, religionis sux et Christianæ totius inimieum, quem hune ad finent conscripsisse arbitratur hos dialogos, ut reli- # mem convelleret Christianam, in que locum ejus Naturalismum substitueret. (Voir aussi tbid., p. 1119.)

® Lx Bruckeri tamen sententia hive non impediunt, quo minus just sit suspicio, Hontanum quem satis libere de sacris dogmatibrus judicasse constat, multa Huroni huic adjinxiese. Quæ si in contumeliam sacræ civitatis Christiane non excogilata fuere, ad lata certe eo consilio, ut peregrina patriis pr." "it ouctor, seque pertot annos non frustra barbara apud gentem commoratum esse ostenderet. Nihil autem magis procit malam Hontani caussam, quam infirma responsiones, quas, objectionibus Adarionis «ui opposuit, admodum subtilibus.

juge assez libre des dogmes sacrés, d'avoir beaucoup ajouté à ee qu'a pu dire Adario, # S'il

n'a pas fait cela, ditl, par mépris de la religion chrétienne, il l'a certainement fait dans le but «le montrer ses préférences pour les institutions étrangères comparées à celles de sa patrie, et pour montrer aussi que ee n'était pas en vain qu'il avait demeuré pendant tant d'années chez une nation barbare. Rien ne démontre plus la mauvaise foi de Lahontan que les réponses infines qu'il apporte aux objections subtiles d'Adario.”

[va près de deux siècies maintenant que parurent pour la première fois les ouvrages de Lañontan, et l'on ne s'occupe guère aujourd'hui de ses idées philosophiques et de ses théories sur la régénération des sociétés. Vouloir changer l'ordre des choses établies, c'est l'éternel rêve de tous ceux qui ont manqué leur voie dans la vie. TS passent, d'autres les remplacent, le silence se fait sur tous. Combien connaissent le livre du jeune otticier béarnais ?

On ne peut nier que Pahontan eût une pensée originale, le jour où 1 S'imagina de mettre en présence de la eivilisation des sociétés organisées, l'homme libre des forêts d'Amérique, de comparer la vie sauvage aux mœurs et aux coutumes européennes, Mais combien d'autres depuis ont usé de ce true ingénieux et relégué le nom de Lahontan dans l'ombre ? Que sont les pauvres dialogues du baron à côté des immeortelles Lettres persanes de Montesquieu ?

Le mérite de Lahontan, si mérite il y a, fut d'avoir été un précurseur, Il est facile, par exemple, de voir À la simple lecture du Discours sur l'Oriqine et les Fondements de l'Inéqulité pur les Hommes, de Jean-Jacques Rousseau, que le célèbre citoyen de Genève s'est inspiré large nent des Didlogues de Lahontan. Combien d'autres philosophes du XVI siècle y ont puisé sans que cela paraisse ? Ils n'ont pas jugé À propos de raconter À la postérité dans quel fumier d'Ennius ils cueillaient des perles,

Combien, parmi les admirateurs de Chateaubriand, savent que quelquesunes des belles pages des Natchez, d'Atala et de René ont été inspirées par Lahontan 7 L'illustre écrivain a fait plus, il a donné à un des principaux personnages de ces romans le nom d’'Adario, celui-là même que le baron béarnais avait choisi pour le héros des Dialogues, Qu'on lise le dernier chapitre de l'Essai historique sur les Rérolations : Une Nuit chez les Sauvages de P Amérique, et l'on touchera du doigt la source où Chateaubriand à puisé lorsqu'il écrit :

“Jei, plus de chemins à suivre, plus de villes, plus d’étroites maison, plus de présidents, plus de républiques, de rois, surtout plus de lois et plus d'hommes. Des hommes? si: quelques bons sauvages qui ne s'embarassent pas de moi, ni moi d'eux; qui, comme moi encore, vivent libres où la pensée les nène, mangent quand ils veulent, dorment où et quand il leur plaît ....

“ Délivré du joug tyrannique de la société, je compris alors les charmes de cette indépendance de la nature, qui surpassent de bien loin tous les plaisirs dont l'homme civil peut avoir l’idée. Je compris pourquoi pas un sauvage ne est fait Européen, et pourquoi plusieurs Européens se sont faits sauvages... [Test incroyable combien les nations et Teurs institutions les plus vantées paraissaient petites et diminuées À mes regards ; if me semblait que je voyais les royaumes de la terre avec une lunette invertie; où plutôt, moi-même agrandi et exalté, je contemplais d'un œil de géant le reste de ma rave dégénérte.”

La plus grande partie de cette tirade vient en ligne droite des Dialogues,

C'est ainsi, comme dit le poète Regnard, que

Grandes maisons se font par petite cuisine.

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I! faut avouer, cependant, que dans son Génie du Christianisme !, Chateaubriand juge le baron de Tahontan à son mérite : “ Lorsque, dit-il, les jésuites firent paraître la correspondance connue sous le nom de Lettres édifiantes, elle fut citée et recherchée par tous les auteurs, On s'appuyait de son autorité, et les faits qu'elle contenait passaient pour indubitables, Mais bientôt la mode vint de décrier ce qu'on avait admiré. Ces lettres étaient écrites par des prêtres chrétiens : pouvaient-elles valoir quelque chose ? On ne rougit pas de préférer où plutôt de feindre de préférer aux Voyages des Dutertre et des Charlevoix, ceux d'un baron de la Hontan, ignorant et menteur.”

LE VOYAGE DE LA RIVIÈRE LONGUE.—ES$T-cE UNE FICTION Ÿ—CE QU'EN PENSENT LES AUTEURS,

Le baron de Lahontan at-il fait le voyage à la rivière Longue? Cette rivière at-elle jemuis existé? Voilà deux questions qui ont été beaucoup débattues autrefois. Les uns n'hésitent pas à déclarer que cet épisode des voyages du baron béarnais n'est qu'une simple fiction, et que l'auteur n'est qu'un imposteur. Les autres eroient au voyage, maine tiennent que le récit en est véridique, et vont même jusqu'à indiquer sur la carte la rivière qui fut explorée,

Comment démêler le vrai du faux dans ce débat qui eut le don de passionner les géographes et les historiens du sièele dernier ?

La gloire des explorateurs a toujours été fort contestée surtont de leur vivant. Sans puler du gran Colomb, que l'Espagne jeta dans les fers quand il venait de lui donner nn monde, voyons ce qui se passait dans cette Nouvelle-France, au temps où Joliet, la Salle, les la Verandrye s'avançaient dans les profondeurs mystérieuses de l'ouest et du sud, Quand on étudie l'histoire ancienne du Canada, il faut toujours se rappeler que la colonie était divisée en deux factions: celle des jésuites, protégée tantôt par Denonville, tantôt par Duchesneau ; celle des récollets, dont Frontenac était l'inspirateur et l'organe autorisé,

Les missionnaires avaient été entraînés dans cet engrenage, et ils ne pouvaient plus en dégager, quelques efforts qu'ils fissent. Ils avaient beau se défendre, protester de leur neutralité où de leur bon vouloir, les factions cherchaïent à les compromettre malgré eux, et persistaient À se couvrir de leurs manteaux. Chaque école avait ses favoris et ses méthodes, Aussi, tous les faits, toutes les actions du temps sont-ils diversement appréciés, suivant que l'écrivain qui tient la plume relève de l'un ou l'autre camp. Règle générale, il faut se défier beaucoup de tous les jugements prononcés par les contemporains sur les hommes et les choses. Il y en à peu qui soient sans appel. L'esprit de parti fit commettre alors des injustices inconcevables, et il appartient À la postérité impartiale de les redresser chaque fois qu'elles se rencontrent sur son chemin.

Pour ne citer que le cas des grands explorateurs de l’époque, y en at-il qui aient été pius vilipendés, plus honnis, plus conspués que la Salle, Joliet, les la Verandrye? Lorsque la Salle s'avance vers les grands lacs et donne à la France un pays plus grand que l'Europe, le gouverneur la Barre affirme à la cour que ses découvertes sont imaginaires où mensongères, et qu'il songe plutôt à ses affaires personnelles qu'à celles du roi. Les récollets nient la découverte du Mississipi par Jolliet et Marquette, en 1673. “J'avais apporté avec moi,

1 Edition de Furne et Ci à Paris, 1865, p. 473. Sec. I., 1894, 17.

dit le P. Douay, le livre, imprimé À Paris en 1681, de cette découverte prétendue, ! et je L de

remarquais dans toute la route qu'il n'y avait pas un mot de véritable. Les Akansas nous î je assuraient n'avoir jamais vu d'autres Européens avant monsieur de la Salle,” ? $ ss

Pour se venger des récits du récollet Douay, les adversaires de la Nulle traitaient ce Ê é dernier d'imposteur et de visionnaire, Les partisans de la Salle ripostaient de leur côté que les jésuites poussaient Jolliet, ancien frère donné de leur ordre, À s'attriouer la découverte le du Mississipi pour en faire perdre la gloire À leur héros. REA

Les deux écoles qui se dispataient les lauriers de Jolliet et de la Salle sont encore en “a présence Tune de l'autre lorsqu'il s'agit d'étudier le voyage de la rivière Longue et la décou- par verte de Lahontan, k

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L'historien Charlevoix n'hésite pas à dire que le voyage à la rivière Longue n'est qu'une nu pure fiction aussi fabuleuse que lle de Barataria dont Saneho lança était gouverneur, il 4 parce qu'il renferme d'assez nombreuses erreurs géographiques, et que l'auteur y mentionne EL des peuplades sanvages, comme les Essenapés et les Gnacsitares, dont les noms sont entière- — ment inconnus aix autres VOYAgenrs,

Lahontan, tout en rendant hommage À la pureté des mœurs des jésuites, à porté un pour jugement sévère sur leur conduite politique au Canada. [peut se faire que le P. Charle- ds voix n'ait pu oublier ce jugement. Nous avons vu déjà avec quelle rigueur il s'attaque à sa ss manière d'écrire, et comment il cherche à le trouver en défaut sur les détails souvent les plus | insignifiants. [lv a des auteurs qui pensent que lon s'est trop souvent reposé sur l'autorité à du P. Charlevoix pour porter des jugements sur les hommes et les choses de son temps. | : Le plus souvent, disent-ils, les jugements de cet historien ne décèlent pas moins de légèreté | ( que d'ignorance des choses. Quand on n'appartient pas à son école, on est sûr d'y rencontrer l'injustice de parti pris C’est un écrivain superficiel que Fon surprend À tout propos ar commettant des injustices flagrantes.” E 1

Ces critiques vont beaucoup trop loin à notre sens. On ne peut nier eependant que vit Charlevoix ait traité certains grands personnages de notre histoire d'une façon qui n'est pas Le si toujours très juste. L'appréciation qu'il fait de l'œuvre, des motits et de la conduite de | Cavelier de la Salle, par exemple, n'est pas digne d'un historien de sa valeur. Dans le cas | pe particulier de Lahontan, Charlevoix semble avoir voué À ect auteur une haine spéciale, et Le nous ne voudrions pas nous appuyer sur son seul jugement. ne

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L'avocat Charles le Beau, qui vint au Canada en 1729, prétend que Lahontan ne se si

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rendit jamais plus loin que Montréal, “ Quelle estime, par exemple, éeritl dans la préface de ses œuvres, nine personne peut-

elle avoir du baron de Lahontan, lorsqu'elle vient À parcourir le réeit de ses voyages? De star

quel il peut on voir parler des sauvages qui n'ont existé que dans son imagination? Ni le JG baron de Lahontan, qui était garde marine lorsqu'il est tombé malade à Québee, où il a été ete. obligé de demeurer quelque temps jusqu'à sa convalescence, si ee baron, dis-je, se ft : se , .… . . . . , . . 46 DE contenté de nous faire la description des lieux par lesquels 1 a passé, depuis Le premier port FAR Hocq ! Thévenot avait, en effet, publié la relation du P. Marquette dans son Recueil de Voyages (16S1). d’abor ? Cité par Leclereq, dans l'Etablissement de la Foy dans la Nouvelle-France, VA, p 300. Leclercq ‘iit avoir des ré emprunté la plus grande partie de son récit au P. Anastase Douay, qui était avec la Salle. Mais ici encore on après se heurte à l’un de ces démentis si fréquents dans les auteurs de l'époque. Henri Joutel, compagnon de la Salle, Holia qui a écrit une relation détaillée de son voyage, assure à plusieurs reprises que le P. Anastase, au cours de ce { n voyage, n’a jamais écrit une ligne à 8a connaissance, et qu’il n’a pu parler que de mémoire. Joutel se plaint souvent PTT

des inexactitudes et des exagérations de ce livre.

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