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de Frouce jusqu'à Montréal, ceux qui savent qu'il n'a guère été plus loin que cette ville, eussent pu ajouter foi à ce qu'il débite, Mais son livre est devenu bientôt suspect, surtout lorsqu'on est parvenu à découvrir que la plus grande partie de ses relations n'est écrite que sur le rapport de quelques coureurs de bois qui lui en ont fait accroire.” !
Le Beau vint au Canada, plus de trente-cinq ans après le départ de Lahontan. Il n’y demeura qu'une année à peine, et, encore, après avoir occupé une position subalterne de commis dans les magasins du roi à Québec, fut-il obligé de s'enfuir comme un déserteur chez les sauvages iroquois, d'où il passa À Boston, puis en Hollande. Fils de famille incontrôlable, qu'une lettre de cachet du roi avait fait embarquer pour le Canada en compagnie de quelques mauvais sujets de son espèce, le Beau à pu se passer la fantaisie, dans le récit de ses aventures romanesques, d'attaquer la véracité du baron béarnais. Malgré ses assertions, il est bien prouvé cependant par les archives oflicielles de l’époque, que non seulement Lahontan se rendit à Montréal, mais encore qu'il commanda au fort Saint-Joseph, à plusieurs centaines de lieues dans l'ouest, sur les bords du lac Erié.
Ce n'est pas sur le témoignage d'un homme de la qualité de le Bean qu'il faut s'appuyer pour critiquer Lahontan. Cela n'a pas empêché les biographes et les encyelopédistes de dire que le Beau a relevé soigneusement les inexactitudes et même les altérations de la vérité qui se trouvent dans quelques relations, et particulièrement dans celles du baron de Lahontan.
Le Beau ne fut qu'un faiseur, qui essava de décrire les mœurs des sauvages qu'il ne connaissuit pas, en empruntant le plus possible au P. Latitau, missionnaire jésuite. Ce n'est point l'observateur ni l'auteur digne de foi dont on peut invoquer le témoignage.
L'abbé Prévost S'est fait le défenseur de Lahontan.
A l'égard du fameux baron de Lahontan, dit-il, il est assez naturel qu'un jésuite, ami de la religion et de la décence, n'en ait pas porté un Jugement favorable, mais on ne voit pas si bien sur quels fondements le critique attaque sa bonne foi, surtout dans son voyage de la rivière Longue, qui ne paraît pas moins vérifié par le témoignage de ses soldats que par le sien.” ?
En mettant À part toute prévention, dit à son tour le géographe Eyriès, l'on ne trouve pas de motif plausible pour nier la réalité de ce voyage. Quoiqu'il v ait des erreurs dans les noms des peuplades sauvages, et dans la position des Tieux, cependant la fidélité de cette relation est garantie par autant de témoins qu'il y avait de Français à la suite du voyageur ; et jamais celui-ci n'a été accusé d'imposture sur ce point. Ni les inexactitudes d'un ancien
1 Aventures du S' QC, le Beau, avocat en parlement, ou Voyage curieux et nouveau, parmi les Sauvages de l'Amérique septentrionale, ete., ete, à Amsterdam, chez Herman Uytwerf, 1738, deux volumes. Cet ouvrage est dédié à Mer F.- J.-G, de Biron, due de Courlande, de Semigalde, comte dn Saint-Empire, chevalier de l’ordre de Saint-André, ete.
Le père de Charles le Beau, né à Morlon, canton de Fribourg, était officier dans la Compagnie des Cent-Suisses. Le Beau perdit sa mère, étant encore enfant, Après s'ûtre fait recevoir avocat, il se brouilla avec son père, qui le fit embarquer pour le Canada. Il fit le voyage sur l'Elephant, en compagnie de l’évêque Dosquet et de l’intendant Hocquart. L'Elephant fit naufrage près du cap Tourmente. Le Beau arriva à Québec le 18 juin 1729. Employé d'abord au bureau du castor, il fut nommé ensuite premier commis au magasin du roi, grâce à la recommandation des récollets. Au bout d’un an, l'ennui le prit et il s'enfuit par la rivière Chaudière à la Nouvelle-Angleterre, où, après avoir séjourné quelque temps à Naranzouac et dans les villages iroquois, il s'embarqua à Boston pour la Hollande. 11 prétend s'être rendu jusqu’au détroit,
? Histoire des Voyages de l'abbé Prévost (vingt et un volumes in-40, 1745-1770), page v de l'avertissement placé en tête du vol. XIV. Bibliothèque Nationale, à Paris—cote G. 6065.
voyageur devaient le faire accuser de fourberie, combien s’en trouveraient-ils qui pussent i 1 t ue ss 3l
être justifiés ?”
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Ce qui peut avoir engagé l'abbé Prévost et quelques autres écrivains À défendre ll
, sv, , . . out véracité de Lahontan, est sans doute le mémoire que publiait M. de la Grange de ;
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Chézieux, dans le Mercure de France du mois de mai 1754, sur les pays et la mer situés à à
À : à à No ; ne : : pie mên l'ouest du Canada. Supposant l'existence d’une mer située à l'ouest du continent américain,
mer
M. de la Grange de Chézieux discute les moyens les plus propres pour y parvenir, et il étudie
pren
tour à tour les relations des voyageurs qui, jusque-là, avaient exploré l'intérieur de ce pays
, ‘ 1 , ogg \ \ , gros nouveau. Cette pièce, fort peu connue, et diflicile À consulter À eunse de sa rareté, nous Dé . . . \s , , , . , Jenel croyons devoir la reproduire en entier, C'est d’abord un excellent résumé qui nous fait
connaître à quel degré d'avancement était alors la science géographique au point de vue des
notr4
choses américaines, C'est ensuite le plaidoyer le plus sérieux que nous connaissions en I a pt
et l’:
faveur de Lahontun, touchant son voyage à la rivière Longue, Il est juste que nous
mettions au dossier cet important document de la défense, qui porte pour titre :
* Mémoire sur les pays et lu mer situés à l'ouest du Canada. Par ML D. L. G, D. CS proc À
mên
Ilest vraisemblable, dit M. de Chézieux, qu'il existe à l'Ouest du Canada et au Nord Aue
du Nouveau Mexique une mer où un golfe, qui entre fort avant dans les terres, et qui com- ele
munique avec le Grand Océan qui sépare l'Amérique de l'Asie, et qu'on nomme communé- rase
ment Mer du Sud. I y à un mémoire ancien de feu M. G. de l'Isle, de l'Académie des ae Sciences ! fait pour prouver l'existence de cette mer à l'Ouest du Canada, et il l'avait dessi-
née sur le globe de M. le chancelier Boucherat, en 1698. M. Belin est du même avis dans indiq
sa dissertation, à la tête du tome 5 de l'histoire de la Nouvelle France, par le R. P. Char- Mari
levoix, édition in-12. L'un et l'autre citent les auteurs qui concourent à établir ce fait. La M.J
relation vraie ou supposée de l'amiral Fonte où Fuente, récemment publiée” mais imprimée sait en anglais dès 1708, les témoignages de nos voyageurs, de nos missionnaires, des sauvages
mèmes, l'accord de nos géographes modernes, tout est favorable à cette opinion. & pa
+ L'existence de cette mer que nous nommerons mer de l'Ouest, étant supposée, il se “ lie
présente naturellement deux réflexions, Cette découverte serait-elle utile à la France? & piy
Quels sont les moyens les plus propres pour ÿ parvenir ? “per
| Anne | RAR Se “riv
! Article signé Evyriès, dans la Biographie universelle, ancienne et moderne de Michaud, Paris, 1817, tome XX, page 525, verbo Hontan, et éd. de 1857, tome XIX, page 593. !
* Bibliothèque Nationale, Paris, cote L 26, p. 33. M. de la Grange de Chézieux était avocat. Il a publié en | supp. 1756, un ouvrage ayant pourtitre: La Conduite des Français justifiée, ou Observations sur un Ecrit anglaisintitulé : Con- lapp duite des Français à l'égard de la Nouvelle- Ecosse, depuis son premier Etablissement jusqu'à nos Jours, par D. 1, G. D. C., dit l: Utrecht, et à Paris, le Breton, 1756, in-12, VIII, 256 pp. Dans cet ouvrage il réfute une lettre de Jefferys, dE
géographe anglais, et prouve la priorité et les droits incontestables des Français dans la possession du Canada ; il fait aussi l'historique de la découverte et des voyages de Verrazano, Cabot, Cartier et Champlain. On trouve dans aussi parmi les manuscrits de la bibliothèque de Rouen (collection Coquebert de Montbret), plusieurs études inédi-
tes du même auteur: 2428 (693) Mémoires sur les Côtes occidentales et orientales de l'Afrique, par le Sr Lagrange de parai , . # D sa v ‘ eurc
Chécieux, secrétaire du Roy, censeur royal.—195. Mémoires concernant les Limites de la Guyane ou France équi- \
noctiale, 1752, fait pour M. Rouillé, alors ministre de la marine.—261. ÆExsay sur le Commerce de l'Inde, 273 pp., | pere
xvi siècle.
# M, de la Grange de Chézieux.
‘ Ce méinoire vient d’être donné au public par MM. de l'Isle et Buache, de l’Académie des Sciences, l’un frère leur v et l’autre gendre de feu M. Guillaume de l'Isle. Consid. Géographiques, p. 26, nouvelles cartes des découvertes de : l'amiral de Fonte, p. 51.
* Voyez les deux ouvrages de MM. de l'Isle et Buache, ci-devant cités.
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“Je ne m'étendrai pas sur la première de ces deux questions : tout le monde est à portée de sentir quelle augmentation de commerce il résulterait pour la France, si nous avions un port dans ces mers occidentales, Sans parler du vaste champ que la mer du Sud ouvrirait pour former des liaisons avec les Espagnols du Mexique, ete, ne pourrait-on pas se procurer, de gré où de force, des relations directes dans le Kamtehateka, dans le Japon, à la Chine même, en évitant de faire le tour de l'Afrique, étendre jusqu'aux terres arctiques un commeree qui ne pourrait être que très avantageux, puisque nous serions, pour ainsi dire, les premiers À y pénétrer, Ces pays abondent en pelleteries, et nos vins, nos eaux de vie, nos gros draps, marchandises les plus propres À ces elimats, sont celles même sur lesquelles le bénéfice serait le plus sûr et le plus considérable,
“ Cette découverte contribuerait à immortaliser un ministère que le rétablissement de notre marine rend déjà si recommandable ; elle ferait connaître aux peuples les plus éloignés la puissanee du roi et l'industrie de la nation, elle serait le Tien de notre commeree sur Fun et l'autre hémisphère,
“ Les grands lacs du Canada, le fleuve de S'Laurent d'un côté, le Mississipi de l'autre, procureraient une communication facile de cette mer avec la France, Cette communication, même en supposant un trajet par terre, serait du moins aussi favorable que celle que les Anglais ont jusqu'iei vainement cherché par le détroit d'Hudson." On connait les difficultés et les risques de la navigation dans les mers glaciales ; nous aurions un pays tempéré à traverser, et pendant la guerre nous serions, en le traversant, à abri des insultes de nos ennemis.
“ Mais quelle route faut-il tenir pour achever cette découverte? Le premier auteur qui
indique expressément une voie pour parvenir à la mer Occidentale du Canada, est le père Marquette, dont la relation fait partie du recueil de Thévenot, Ce religieux aceompagna M. Jolict dans le voyage qu'il fit en 1673 dans ces contrées, où il fut envoyé par M. le comte de Frontenac. Telle est la route qu’il rapporte?
En remontant pendant 5 où 6 jours le Pekitanong (nom que porte le Missouri dans sa “ partie supérieure, vers le 43 degré de latitude) on trouve une belle prairie de 20 ou 30
“lieues de long, qu'il faut traverser allant au Nord-Ouest ; elle se termine à une petite “rivière sur laquelle on peut S'embarquer. Cette seconde rivière à son cours vers le S.O. “ pendant 10 ou 15 lieues, après quoi elle entre dans un petit lac, qui est la source d'une “ rivière profonde, laquelle va au couchant, où elle se jette dans la mer.”
“Je doute tort qu'en suivant ces indications, on put se flatter d’un heureux succès, en supposant fidèle le rapport des Sauvages, sur lequel cette route est fondée. Il y a bien de l'apparence que la grande rivière dont ilest ici parlé, n'est autre que le Rio-Bravo, autrement dit la Rivière du Nord, dont le cours était alors inconnu, et qui, comme on le sait aujourd'hui, loin de conduire ses eaux à la mer Vermeille ou à la mer Occidentale, se décharge dans le Golfe du Mexique.
“ Les anciennes relations de la Nouvelle France, des années 1659, 1660, 1669 et 1670, paraissent indiquer une autre route pour parvenir à la mer de l'Ouest, »insi que le livre du père Saghard Théodat, Recollet, intitulé: Voyage au pays des Hurons® I résulte des
! Les nouvelles tentatives faites en 1753 dans ce dessein, par les habitants de la Pennsylvanie, ont été inutiles ; leur vaisseau est revenu sans avoir pu même entrer dans la baie d'Hudson. ? Recueil des Voyages de T'hévenot, in-8°, Paris, 1681, p. 30. % Paris, 1632, p. 109.
différents rapports des Sauvages qui y sont rapportés, qu'il existe une mer à l'Ouest des peuples que nous appelons présentement les Sioux ; que dans le pays des Assinipoils, voisins de ces peuples, il y a une grande rivière qui mène à cette mer de l'Ouest ; que cette rivière n'est qu'à 8 journées! de la Mission de Outaouacs, et qu'on ne compte qu'environ 200 lieues de cette même mission à la mer, suivant le père d'Ablon, qui en était supérieur en 1670.
“ Ce système parait avoir été adopté par MM. Belin et d’Anville, dans leurs cartes de ces pays septentrionaux : l'un et l'autre marquent une rivière tendant à l'Ouest, située à peu près dans la même latitude ; et le second ajoute* qu'elle a été découverte depuis peu par le Sauvage Ochagac, Il lui fait traverser, de l'E, À l'O. le lac des Boiïs, qu'il place par 47 degrés de Latitude Nord,
“Je ne puis passer sous silence un trait qui m'a frappé dans la relation de la Nouvelle France de 1669. Les Nadouessis, présentement appelés Sioux, disent qu’ils sont presque au bout du monde ; qu'à la vérité il y a encore d’autres peuples vers le Soleil Couchant, appelés Carezi; mais qu'au delà de ces peuples, la terre est coupée, et qu'il n’y a plus qu’un grand lac dont les eaux sont puantes. C'est ainsi que ces peuples désignent la mer.
“Je retrouve ces mêmes peuples à l'Est de la Tartarie, dans le voyage d’'Isbrand, de la Russie à la Chine, inséré dans le Recueil des Voyages an Nord. A VEst, dit cet auteur, “Sont les 2 rivières de Eugur et d'Uda, qui ont leurs lits au Nord du fleuve Amur, eculent comme lui à Est, et vont se décharger de même dans l'Océan Oriental, où mer d’Amur, “ Les rivages de ces deux rivières sont habités par des Tunguses et par des autres peuples “appelés Alemuri et Woreisi. Ces derniers disent être sortis du pays de Cœla, qui n’est # pas éloigné de leurs habitations (vers TEst), et où, quand le vent est favorable, ils peuvent “ se rendre dans peu de jours.”
+ Les Woreisi d'Isbrand, venus de FEst, seraient-ils les peuples appelés Karest par les Sioux, et qu'ils disent être les derniers habitants de leur continent, sur les bords de la mer de l'Ouest ? Ce nom pourrait souffrir un changement plus considérable en faisant, de bouche en bouche, le tour du monde, Ni ma conjecture était vraie, le pays des Cœla serait situé À l'Ouest des Sioux et du Canada, et les parties Orientales de l'Asie et les Occidentales de l'Amérique ne seraient séparées que par un bras de mer, qne l'on peut franchir en peu de jours avec un vent favorable, Cette remarque n'est point étrangère À mon objet, puisqu'elle ajoute un degré de vraisemblanee aux conjectures sur la situation de la mer occidentale : mais revenons aux chemins qui peuvent y conduire,
“+ Quelques précis et quelque constants que paraissent les rapports qui supposent dans le pays des Sioux, des rivières qui tendent à la mer de l'Ouest, le P. de Charlevoix, dans le journal ‘de son voyage à la Nouvelle France, préfère la rivière de Missouri, c'est-à-dire la première route, à peu près indiquée par le P. Marquette. L'historien du Canada prétend que cette rivière tire sa source à l'Orient, d'une chaîne de montagnes pelées, et qu’au revers des mêmes montagnes, il sort une autre rivière qui coule à FOuest, et se décharge dans la mer. Le P. Iennepin paraît aussi de ce sentiment dans la préface de son voyage, imprimé à Utrecht en 1698. Je conviens que la découverte de tout le cours du Missouri pourrait être fort avantageuse, il y a beaucoup d'apparence que la chaîne de montagnes dont cette rivière
! Mémoire de feu M. de l'Isle, de l'Académie des Sciences, déjà cité. ? Amérique seplntrionale, 1746.
% Recueil des Voyages au Nord, Amsterdam, 1727, t. VIII, p. 201.
# Histoire du Canada, in-12, Paris, 1744, t. V, p. 444.
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tire son origine, est la même qui fournit aux Espagnols les mines abondantes du nouveau Mexique ; mais je trouve des inconvénients à prendre cette route pour aller à la mer de l'Ouest. 10. Cette chaîne de montagnes peut former un obstacle considérable à la navigation, et suppose au moins un long trajet par terre. Dans une description de l'Amérique qui se trouve à la fin des voyages de Lionnel Wasser, lon lit que le Rio-Bravo tire sa source d'une des plus hautes montagnes et des plus inaccessibles ; et vraisemblablement en suivant la route indiquée par le Père de Charlevoix, on doit rencontrer cette chaîne de montagnes et le Rio-Bravo, 20, Ce n'est que par conjectures qu'on place à l'O. de ces montagnes une rivière différente du Rio-Bravo, et qui coulerait à FO. Ni cette prétendue rivière existe, et surtout si elle est navigable, elle est, suivant les apparences, occupée par les Espagnols. Le P, de Charlevoix en fournit lui-même une preuve ; il rapporte que les Espagnols étaient descendus sur les rivages du Mississipi par le Missouri, et qu'ils y furent défaits par les peuples sauvages de ces cantons?
“ Le baron de Lahontan nous offre une troisième route par la rivière Longue. Ce qu'il en dit n'est pas fondé sur des rapports vagues où sur des conjectures, l'auteur Pa vérifié luimême, On trouve tout le détail de sa découverte dans le premier tome de ses Voyages,
“ Lahontan * partit le 24 septembre de Missilimakinae, poste situé à la décharge du lac Supérieur dans celui des Hurons. IT traversa le lac des Finois, que les dernières cartes nomment Michigan, et par la baie des Puants ; et en remontant la rivière dite présentement des Renards, il parvint, après un court trajet par terre, à la rivière d'Ouisconsine, par laquelle il descendit dans le Mississipi. Toute cette partie de sa route est aujourd'hui connue, et cela seul était une belle découverte en 1688 ; jusque à il avait toujours marché à l'Ouest. Parvenu au Mississipi il remonta ce fleuve vers le Nord, jusqu'à la rivière Longue qui vient de l'Ouest et débouche sur la rive occidentale ; il place dans su carte l'embouchure de eette rivière au 45° degré de latitude.
‘ Cette position conviendrait assez à la latitude que les cartes les plus récentes assignent À l'endroit où le Mississipi venant de l'Ouest, tourne vers le Sud, direction qu'il conserve jusqu'à la mer. On pourrait croire, à l'inspection de ces cartes, que la rivière que Lahontan nomme rivière Longue, est le Mississipi même, qu'il avait pris pour une rivière affuente, à cause du changement dont on vient de parler ; mais on ne peut guère s'arrêter à cette conjecture. Ce détour du fleuve, de l'Ouest au Sud, est au-dessus du Saut St-Antoine, ce saut barre le Mississipi; Lahontan n'aurait pu le franchir que par un portage; auraitil négligé dans sa relation une circonstance aussi remarquable que celle de cette cataracte? Ilparaîtrait plus vraisemblable que la rivière Longue est celle qui tombe dans le Mississipi, un peu au-dessous du Saut ; elle vient en effet de l'Ouest, et sort du lac des Tintons, suivant M. d'Anville, qui la nomme rivière St-Pierre dans sa carte de l'Amérique septentrionale,
“ Lahontan employa huit jours à remonter de l'embouchure de l'Ouisconsine et celle de Ta rivière Saint-Pierre, dont il ne parait pas que le cours soit bien connu,
“ Notre voyageur entra dans la rivière Longue le 23 octobre, il la remonta jusqu'au 19 décembre, et il mitenviron 35 jours à lu descendre et revenir au Mississipi. Il rapporte les
principales cireonstances de sa découverte, ses aventures, les noms et les mœurs des peuples,
il décrit leurs habitations, leurs habillements, ete, il donne une carte de la partie de la rivière
! Paris, 1706, p. 338.
2? Histoire du Canada, t. V, p. 433.
3 Voyages de Lahontan, à la Haye, 1704, t, I, p. 136.
qu'il parcourut, et qu'il déclare avoir levé lui-même ; il en joint une autre, dont l'original lui fut, dit-il, tracé sur des peaux par les sauvages, et sur laquelle il se trouve une rivière tendant à l'Ouest, peu éloignée des sources de la rivière Longue ; il entre dans le détail des peuples qui habitent À l'embouchure de cette seconde rivière. Ta dessiné la forme de leurs maisons, de leurs bateaux où navires, et il avoue que ce n'est que des sauvages qu'il tient ces connais: sances ; il va jusqu'à nous représenter l'empreinteet citer la couleur d'une espèce de médaille fabriquée par les Tahuglaux, peuple situé aux environs du Grand lac où se jette cette rivière de l'Ouest, et qui lui fut donnée par les sauvages,
“ Enfin toutes les parties de sa relation paraissent naturelles ; elles se soutiennent réciproquement, et il semble assez difficile de se persuader qu'elles ne sont que le fruit de l'imagination de l'auteur.
“ Cette relation fit grand bruit ous le femps, et elone fut on tite voquée en doute, et l'on conçut dès lors de grandes espérances sur Bi déconne er occidentale
du Canada; c'est peut-être parce qu'on s'était fatté qu'ilne restait pile d'obaueles À vainere,
ou parce qu'on à longtemps perdu cette objet de vue qu'on a commencé À doutes te la relie tion de Lahontan, et que peu À per on s'est réuni À traiter sa découverte de chimère, Ce qu'il y a même de plus étonnant, c'est qu'on la fait sans en savoir, at moins sans en produire aucune preuve,
“M de L'Isle, dans sa carte du Canada, avait placé la rivière Longue, il la supprimée dans sa carte du Mississipi, sans en dire la raison. Le RP, de Charlevoix regarde la découverte du Baron de Lahontan comme aussi fabuleuse que l'île de Baratavia :! mais cet auteur ne le prouve pas, et ce n'est que sur des preuves claires qu'on devrait se déterminer à traiter avee tant de mépris la relation d'un voyageur célèbre,
“ Le baron de Lahontan était officier, il était gentilhomme; le P, de Charlevoix en convient, Quelle récompense aurait-il pu espérer en faisant des suppositions aussi grossières ? T1 n'était point seul quand il fit cette découverte, N'était-ce pas se déshonorer gratuitement ?— plsieurs français l'accompagnaient, et lorsque sa relation parut, elle aurait pu être démentie par des témoins vivants; ceux qui ont pris À cœur de le décrier, n'auraient pas eu de peine à en citer quelques-uns, Ile pourrait faire que la disgrâce du baron eut influé sur son ouvrage ; sa découverte ne pouvait guère faire fortune, l'auteur ayant eu le malheur de déplaire an Ministre. Ajoutez que des sentiments trop libres lui ayant attiré À juste titre l'inidignation de plusieurs personnes pieuses, on aura peut-être enveloppé dans le même mépris, et sa découverte, et plusieurs traits peu religieux qu'il semble avoir défendus avec affectation dans son ouvrage.
“Je ne puis donc me déterminer à regarder comme absolument apocryphe ce que cet auteur rapporte de la rivière Longue ; les espérances qu'il nous donne sont trop flatteuses, pour les abandonner sans les vérifier, Je vais plus loin ; outre qu'il serait injuste de donner légèrement et sans preuves la qualification d'imposteur à un militaire À qui sa naissance devait inspirer des sentiments, je trouve dans sa relation des apparences de vérité qui frappent. Si ces traits ne suffisent pas pour démontrer sa sincérité, ils doivent au moins suspendre le jugement précipité qu'on en a porté jusqu'à présent,
“ Le P. Hennepin ? qui remonta le Mississipi depuis la rivière des [inois jusqu'au Saut S'-Antoine, et qui revint par lOuisconsine, place à 7 ou 8 lieues au Sud ‘de ce Saut une
1 Hist. de la Nouvelle-France. Voyez la liste et le jugement des auteurs, à la fin du t. VI. 2 Nouvelle Découverte par le P. Hennepin, Récollet, Utrecht, 1697, p. 313.
ina lui tendant peuples aaisons, ‘ONNAÎSnédaille rivière
récipro-
nagina-
uée en dentale raincre, la relare. Ce
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primée découauteur traiter
‘11 CONres? Il ent ?— mentie eine À Vrage ; dire au nation décou-
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rivière qui vient de l'Ouest se jeter dans le Mississipi ; cette rivière dont il ne dit pus le nom pourrait être la rivière Longue de Lahontan, qui aurait pris depuis le nom de St-Pierre. Elle doit être considérable, puisque Lahontan fat 56 jours à la remonter et 35 à la descendre, D'ailleurs le P, Hennepin ne cite que cette rivière, depuis br rivière des Ofentas, dite présentement Moingona, et il passe ts silence Les o où 6 autres rivières que MM. de l'Isle, Belin et d'Anville placent sur li même côte. Une de ces rivières est nommée par ces Géographes, la rivière cachée, elle est située 0 peu près dass la même latitude où Lelontan place lembouchure de la rivière longue; je dis à peu près, car on n'a rien d'exact sur la latitude de ces cantons. Lahoutan observe que embouchure de la rivière longue forme une espèee de lac rempli de jones cui cmbarrassent fort la navigatio à, et qu'ilne reste qu'un petit canal. Ces circonstances pourraient faire soupeonner quelque rapport entre cette rivière, dite cachée, et la rivière longue de Pahontan. Test vrai que la rivière cachée et les autres qui entrent dans le Mississipi, sont représentées comimes très petites dans les nouvelles cartes : mais leur cours est-il bien connu? plusieurs d'entre elles ne pourraient-elles pas être les bouches d'une mème rivière? Le temps seul peut nous instruire l-dessus,
# Vers l'Est du nouvean Mexique, dit Benavides, eité par! Laët, sont les Apaches Vaqueres, nom que leur ont donné les Espagnols, à cause de ces vaches bossues où bufles dont ces peuples ont une grande quantité. De, selon cet auteur, ya 112 lieues vers l'Est jusqu'aux Xamanas, Tapios Xabotoas, proche lesquels sont vers F'Est les Aïxaïs et la province de Guivira, dont il nomme les habitants Aixaoros, Cette route conduit dans la contiée où Lahontan place les Eokoros ; ce nom est presque le même que celui des Aixaoros de Benavides,
“ Lorsque les Espagnols, sous Ta conduite d'Antoine de Espejo, firent la découverte du Nouveau-Mexique, les Sauvages leur montrèrent par signes, qu'à 19 journées de chemin, *il savait un grand lue environné de bourgades Sauvages, qui usaient d'habits, abondaient en vivres et demeuraient dans de grandes maisons ; quelques Espagnols qu'ils trouvèrent dans la Province de Cibola, leur parlèrent aussi d'un grand lac dont les rives étaient peuplées de plusieurs grandes bourgades. Les habitants de Zagato, bourgade située à 20 lieues de Cibola vers l'O, confirmèrent ce qu'on avait dit du grand lac.
“ Ces notions paraissent s'accorder avec les idées que Lahontan donne du lac des Tahuglaux, dont la situation ne s'éloigne pas de celle du Grand Lae dont parle Antoine de Espcjo. Suivant Lahontan, les rives du lac des Tahuglaux sont peuplées de plusieurs bourgudes ; les Tahuglaux sont vêtus, habitent de grandes maisons, ainsi que les habitants voisins du Grand Lac de Espéjo, On peut ajouter que les Espagnols placent au nord et au-delà des montagnes
du *
nouveau Mexique, un grand pays qu'ils appellent Teguajo, d'où ils prétendent que sortit le premier Montézuma, lorsqu'il entreprit la conquête du Mexique. 1e nom de Teguujo, prononcé À l'Espagnol, à quelque affinité avec celui de Tahaglaux. On pourrait supposer avec assez de vraisemblance, que c'est le même nom qui s'est alteré par la différente prononciation des Espagnols et des différents Sauvages, qui successivement servaient d'interprètes à Lahontan, et peut-être depuis par des fautes de copistes,
“ Le détroit que Martin d’'Aguilar trouva À 30 lieues au Nord du Cap Meudocin, sur la côte Occidentale de la Californie, pourrait être l'embouchure du lac des Tahuglaux. Les Sauvages dirent à Lahontan que cette embouchure était bien loin au Sud, et la position qu'ils
1 Indes occidentales, de Laët, Leyde, 1640, pp. 222, 234.
? Ibid, pp. 229, 230 et 231.
* Voyage de Lionel Waser, page 337. (Cartes du Nouveau-Mexique du père Coronelli et de J. de l'Isle. Sec. I,1894 15.
lui donnèrent, parait assez s'accorder avec la situation du détroit d'Aguilar, ce détroit serait on l'entrée d'un golfe au Nord du nouveau Mexique, qui est précisément notre mer de l'Ouest, tel
“ Ces réflexions m'empêcheront toujours de traiter de romanesque la découverte de d'u
Lahontan, sans avoir des preuves claires et précises de la fausseté qu'on veut lui attribuer rec
jusque là gratuitement. Je pourrais citer iei plusieurs exemples de positions géographiques M.
assez exactement déterminées, qu'on a proscrites légèrement, et auxquelles on a été forcé de Le
revenir, Les auteurs des anciennes cartes les ont souvent dressées sur des mémoires origi- pau naux, sur des relations manuscerites qui leur ont été communiquées, Soit qu'ils n'aient pas wa
voulu indiquer les sources où ils avaient puisé, soit par pure négligence, ces sources sont
demeurées inconnues, et les réformateurs de la géographie ont commencé par proscrire les
positions qu'ils n'ont trouvé garanties par aucun ouvrage imprimé où du moins connu : ils lac les ont tenues pour fabuleuses jusqu'à ce que longtemps après leur réalité s'est quelquefois S,
trouvé confirmée par des témoignages authentiques. Telle est la communication de FOri- pay noque avec le fleuve des Amazones par Rio-Negro, marquée dans les cartes de Sanson, de au Duval et d'autres plus anciennes. Un missionnaire des bords de l'Orinoque, imprimait à à ti Madrid, en 1748, ! que cette communication était une fable, tandis que les Portugais du Para remontaient dans ce fleuve par la route dont on niait l'existence, La Californie, que tous les anciens géographes s'accordaient À représenter comme une presqu'ile, était devenue ile par une espèce de conjuration des modernes, M. Guillaume de l'Isle a le premier rétabli en 1701, la vraie configuration conforme aux anciennes cartes, Enfin, quoi qu'ilen soit de la vérité de la relation de Tahontan, il est certain qu'il existe une mer à l'O, de l'Amérique Septentrionale et au nord de la Californie, puisque les Russes ont reconnu la côte À 37 degrés cet
de latitude. Le plus où moins de distance peut facilement augmenter où diminuer la diffi- aut: culté de la route ; mais les avantages que cette découverte pourrait nous procurer, méritent d'u
bien qu'on fasse des tentatives pour savoir à quoi s'en tenir, Mi: “Jusqu'ici j'ai parlé de trois routes différentes: l'une par le Missouri, en suivant les indi- Jay
cations du P, Marquette, où celles du P. Charlevoix ; l'autre plus an Nord par le pays des ser
Sioux : la troisième celle du baron de Lahontan. Encore une fois, la voie du Missouri me on
parait peu praticable ; elle est exposée À l'inconvénient de traverser Les pays occupés par Les
s Espagnols,
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“ Les nouveaux mémoires de la Louisiane * qui rapportent le détail de l'entresrise de cette que nation contre les peuples dits Missouris, ne lussent aneun lieu d'en douter: de plus cette On route ne présente rien que de vague ot d'incertain. [n'est pis douteux que le Missouri qui ont coule de FORTE. ne tire son origine de cette longue chaîne de montagnes dirigée du au n'a N.. qui sépare le Nouvean Mexique de Br Louisiane set est évident qu'a FO. de ces mon- qu’ tagnes les eaux pendent à FO. mais on peut fre le même raisonnement de toutes les itres c'es rivières affuentes à lt côte occidentale du Mississipi. Ce qu'il s'agit d'examiner, est par Il & laquelle de ces rivières on peut remonter le plus aisément et se porter le plus à portée de cor quelqi'autre rivière navigable qui prenne son cours à l'O. le tout sans traverser les pars un déjà oceupés où prétendus par les Espagnols Cest Favantage que nous présentent, et la mu route du pays des Sioux, et celle que nons indique le baron de Lahontan. La première, pris celle du pays des Sioux, est au N. des sources du Mississipi, vers le 46 où 47 degrés de latitude pol septentrionale ; elle communique an lac Supérieur par une suite de laes et de rivières, dont er 1 Orinoco illustrado, par le P. Gumilla. com Mémoires historiques de la Louisiane. Paris, 1755, 4 IT, p. 284. L'A
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on prétend que les dernières portent leurs eaux à FO. : la seconde route, celle de Lahontan, telle que nous l'avons indiquée est d'environ 3 degrés plus au STE va même beaucoup d'apparence que ces deux routes sont la même. Les indications que Lahontan dit qu'il reçut en LG88 de ces Sanivages, du cours d'une rivière à l'O, s'accorde avec celles qu'a suivies M. d'Anville dans su carte de 1746, en citant la rivière découverte par le Sauvage Ochagne, Le dessin que les Sauvages tracèrent À Lahontan sur des peaux de cerfs, représentait une pareille rivière, hors qu'il la place 2 ou 3 degrés plus au NS; mais il n'a jamais prétendu garantir la latitude qu'il lui donnait, d'après une carte anssi grossière, Toutes les notions anciennes et modernes acquises depuis la découverte de l'indication des différentes routes proposées en remontant le Missouri, la Rivière longue, le Mississipi même, ou en traversant le lac des bois dans le pays des Sioux, tout s'accorde À supposer une chaîne de montagnes du S. au N., dont les eaux coulent à TE, et A TO. Plus la route qu'on tentera «era dans un pays bas et voisin du Golfe du Mexique, plusle trajet sera long et pénible pour aller chercher au revers de lt montagne une rivière navigable d'un cours opposé, et entin plus on s'exposera à traverser les terres dont les Espagnols sont en possession, où sur lesquelles ils ont des prétentions, Plus au contraire on cherchera ecette route dans le haut des terres et dans le voisinage des sourees du Mississipi, plus on s'éloignera des terres espagnoles ; il ne serait pas même impossible que le terrain s'élevact de plus en plus, on ne trouvât les montagnes applanies, comme on le peut présumer de la quantité de lacs dont tout le pays est entrecoupé dans la partie septentrionale du Canada; e'est de quoi l'Amérique offre plusieurs exemples.
“ Quelqu'un de ces lacs peut donner naissance à deux rivières d'un cours opposé ; let dans ce cas on pourrait, à la faveur de ee lue, passer d'une rivière qu'on aurait remontée, dans une autre qui descendrait, traverser en canot tout le continent de l'Amérique Septentrionale d'une navigation continue et du Golfe du Mexique où de la mer du Nord, en remontant le Mississipi ou le fleuve St-Laurent, retomber dans une rivière qui eonduirait à la mer du Japon ; découverte, sans contredit, plus avantageuse pour le commerce de France, que ne serait à celui d'Angleterre le fameux passage cherché par lt Baie d'Hudson, quand même on l'aurait trouvé,
[lime conviendrait moins qu'à tout autre de m'étendre sur les moyens qu'on peut employer pour prouver un heureux succès à cette entreprise. Je me contenterai de remarquer qu'elle doit être secrète, ignorée également des Sauvages et des habitants du Canada. On sait les peines et les tracasseries que la jalousie et l'intérêt particulier des compatriotes ont suscité de tout temps à ecux qui ont travaillé aux découvertes dans ee pays; quand on n'a pas osé S'y opposer ouvertement, on à fait agir les Sanvages, Ces peuples ne consentent qu'avec peine que lon passe sur leurs terres pour former des liaisons avec leurs voisins ; c'est les dépouiller d'un commerce qu'ils font eux-mêmes, et dont ils sentent tout l'avantage. [s'agirait de leur persuader que Fobjet de l'entreprise leur est utile, pour les engager à concourir à son succès, Les guerres presque perpétuelles qui subsistent entre eux, forinent un nouvel obstacle; il ne voient pas tranquillement les Français porter du fer et autres munitions offensives à leurs ennemis. Ces peuples que nous traitons de Sauvages, ne sont pas si grossiers qu'on se limagine communément, et il faut plus de ménagements et de
politiques qu'on ne pense pour les amener à ee que lon peut désirer d'eux. Malgré ces
* Les plus grands fleuves de l'Amérique méridionale, la rivitre des Amuzones, l'Orinoque, Rio-negro, ont des communications. Il est probable que le Rio de la Plata communique avec les précédentes par le lac Xarayes. L'Amérique septentrionale fournit d'autres exemples de semblables communicaiions.
difficultés, je crois qu'un très petit nombre de personnes intelligentes sufhrait pour tenter cette découverte, pourvu qu'elles n'eussent point d'autre but que l'honneur de la nation et le succès de l'entreprise, et qu'elles fussent subordonnées à un chef qui réunit les qualités nécessaires pour réussir, dont la première est la contiancee de ceux qui marcheraient sous ses ordres,”
Comme on le voit, ee mémoire de M, de la Grange de Chézieux contient des arguments assez sérieux, Eerit par un homme impartial et fort an courant de tous les ouvrages concernant les découvertes sur le continent américain, il est de nature à faire hésiter le chercheur qui, au milieu de toutes ces contradictions et de tous ces démentis, désire fixer son esprit et arrêter tn jugement définitif
L'abbé Prévost, Evriès, lu Grange de Chézieux semblent apporter un grand poids au fuit que le voyage de Lahontan ne fut jamais démenti par aucun de ceux qui l'accom-
pagnaient, Cet argument, à notre sens, ne vaut rien. Pahontan ne cite aucun nom parmi ses compagnons de voyage, qui, d'après lui du reste, ne se composaient que de quelques soldats de sa garnison et d'une troupe de sauvages. Comment veut-on que ces simples manœuvres, coureurs de bois où trappeurs, ignorants où besogneux, eussent pris connuissance des écrits du baron qui ne parurent qu'en 1703, plus de quinze ans après l'expédition.
Au Canada, où lon ne s'occupait guère alors des derniers ouvrages parus en librairie, le livre de Lahontan était connu pourtant, [ne manquait pus, À Québec où à Montréal, de gens qui s'intéressuient à toutes les relations qui s'imprimaient en Europe au sujet du pays. Dans le cours de nos recherches, un fait nous à souvent frappé, c'est que dans la plupart des inventaires de successions, dans les familles un peu à l'aise, il se trouve presque toujours quelques exemplaires, parfois même des séries complètes des Aelations des Jésuites et du Mercure français. Les prêtres de Saint-Sulpice, ceux des missions étrangères, de même que les jésuites d'Europe, tenaient leurs confrères du Canada au courant des nouvelles publications. Le 13 mars 1683, par exemple, on voit M. Tronson envoyer à M, de Belmont, supérieur de Saint-Sulpice à Montréal, un exemplaire du livre de Hennepin, Découverte de le Louisiune, Nous avons trouvé un exemplaire du livre de Lahontan dans la bibliothèque de Philippe Boucher, qui fut curé de Saint-Joseph de la Pointe de Lévy, de 1690 À 1721. La mére Duplessis de Sainte-Hélène, supérieure de l'ôtel-Dien de Québec, connaissait aussi l'ouvrage du même auteur, et elle écrivait, le 25 octobre 1740, à M" Tecquet de la Cloche, une de ses parentes qui demeurait à Abbeville: 4e suis bien aise que le baron de la Hontan vous ait fait connaître un peu le Canada, dit vrai en plusieurs choses, et ment aussi quelquefois en exagérant par trop ce qu'ilavance,”
C'est là le sentiment d'une bonneet sainte religieuse quine voudrait point faire de médisance et craint d'être injuste en disant trop, D'autres n'eurent point tant de ménagement, C'est ainsi que, dans un mémoire du missionnaire Lemaire, daté de la Louisiane le 15 janvier 1714 on lit: On regarde en ce pays, comme des contes faits à plaisir, ee qu'on Hit dans le baron de La Hontan de cette partie occidentale de la Louisiane, et il faut attendre que celle-ci soit peuplée de Français pour découvrir ee qui nous est inconnu de ce pays 7!
I semble que, pendant un temps, un mot d'ordre ait été donné quelque part de battre en brèche, à tort où à raison, les écrits de Lahontan. Aussi, au Canada, où, règle générale, on ne pensait que ce que les autorités voulaient, Lahontan passa généralement pour un romancier,
Que penser, encore une fois, au milieu de toutes ces contradictions ?
Cité par Margry,t VI, p. 186.
tenter onet le qualités