‹ Le baron de Lahontan [microforme]Chapitre 16 sur 29 · SOUS NON · texte numérisé non relu

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S'il était possible de retracer les agissements de Lahontan depuis le 24 septembre 1688, jour où il dit avoir commencé son expédition, jusqu'au mois d'avril 1689, date de son retour à Michillimukinue, les nœuds de cette ténébreuse énigme seraient bien vite détiés, Mais on ne gardait pus alors dans les postes établis aux contins du désert de rôles de paie où de présence bien réguliers ; chacun faisait un peu à su fantaisie, C'était chose presque entendue que l'officier qui recevait une commission aller commander dans une de ces gurnisons lointuines, apportait dans ses bagages autant de lettres de congé qu'il lui en fallait pour faire une traite profituble, Comment prouver un alibi quelconque à deux sièeles de distance? Comment suivre à la piste un parti de voyageurs où une escouade de soldats se dirigeant vers un point quelconque à des distances considérables ?

L'avocat le Beau prétend que Pahontan fut longtemps malade à Québec et qu'il n'alla jamais plus loin que Montréal, Pourtant, si cet officier avait été malade, comme on le dit, son nom serait inscrit sur les registres de FTfôtel-Dieu de Québec, où lon garde encore les livres des entrées et des sorties de tous lex militaires qui reçurent des soins à cet hôpital sous le régime français,

[ya ceci de certain, Lahontan ne reçut jamais aucune mission officielle de faire ee voyage, Lorsqu'il partit de Michillimakinae avec ses soldats, qui venaient de recevoir leur solde, alla faire la traite quelque part. N'ila rencontré une rivière aussi importante que lu rivière Loague, il n'en a jamais rendu compte au gouvernement, pi à Denonville, qu'il vit à Montréal au retour de son voyage, ni à Frontenne, qui fut son protecteur, semble pour: tant qu'en faisant valoir alors sa découverte, ileut puen obtenir de l'avancement, Jamais, dans le temps, la nouvelle de cet extraordinaire voyage ne fut connue, [n'en est question ni dans la correspondance des gouverneurs avee les ministres, ni dans les récits des voyageurs contemporains, ni dans les milliers de lettres qui ont été conservées de cette époque lointaine, Lahontan, lui-même, lorsqu'il inplorait sa grâce des Pontehartrain auprès des personnages influents, garda linviolable secret de sa découverte. Ce n'est que treize années après son expédition (1689-1703), alors qu'il a perdu tout espoir de rentrer dans sa patrie, qu'il fait connaître au monde ce voyage désormais funeux. C'est la tactique que Iennepin avait suivie lorsqu'il voulut se donner le mérite de la découverte de Fembouchure du Mississipi,

Quels motifs poussèrent donc Lahontan à faire le récit de cette expédition imaginaire ? Reportons-nous à l'époque où parut la première édition de son ouvrage,

Cavelier de li Salle avait déconvert l'embouchure du Mississipi, mais ses voyages restaient encore un mystère pour le plus grand nombre, Plusieurs même les contestaient, Les relations de Marquette, de Tonty, de Hennepin trouvaient des incrédules,

La science, de son côté, voyait un grand problème géographique à résoudre dans ces mystérieuses explorations du centre aunérieain. Découvrirait-on, enfin, ee passage vers l'ouest, qui devait mener aux royaumes du Cathay et du Japon, et qui avait été le but des premières expéditions de Cartier? De même que, de nos jours, on a suivi avec une fièvreuse curiosité les entreprises de Livingstone, de Stunles, de Brazza, cherchant À arracher ses secrets au continent noir, les savants du commeneernent du Xvin siècle voulaient savoir ce Qu'il fallait penser de ces régions de l'Amérique du Nord récemment explorées, de ces grands fleuves, de ces mers intérieures, de ces plaines hnmenses, et, en particulier, de cette reute vers l’ouest depuis si longtemps cherchée et que l'on disait tenir entin.

La Gacette de Hollande et la Gazette de France avaient tenu le publie au courant de ces

explorations autant que le permettait alors le système encore embryonnaire du reportage.

Renaudot, surtout, qui rédigeait la Gasette de France, S'intéressait particulièrement aux découvertes de la Salle. Tlentretenait à ee sujet une correspondance fort suivie avec l'abbé 3ernon. I s'était occupé aussi du méchant livre du P. Hennepin. Le Mississipi était devenu populaire. Les gazetiers de Paris, Remonville, Thoisnard, Argour s'étaient joints à Renaudot et à Bernon.! Ce groupe important avait pris l'affaire en main. De 1694 à 1703, toute l'Europe savante est anxieuse d'avoir des nouvelles certaines de la Salle et de ses compagnons, En 1698, avait eu lieu la première campagne d’'Tberville au golfe du Mexique. Ce eélèbre marin S'y était rendu une deuxième fois l'année suivante, En 1700, il avait remonté le grand fleuve jusqu'à la nation des Taensas, Dans un troisième voyage, opéré de 1501 à 1702, il avait poussé ses explorations encore plus loin, et, enfin, en 1703, le roi de France l'avait nommé commandant en chef de la Louisiane.

On conçoit qu'un voyage en Amérique, paraissant dans ces circonstances toutes spéciales, eût manqué d'intérêt, si l'auteur avait négligé d'y traiter des régions de l’ouest, du Mississipi et de ses affluents. Lahontan sut saisir le bon moment pour publier le réeit de ses aventures, Il était sûr d'un succès de librairie, ce qui n'était pas à dédaigner pour un baron sans emploi, sans baronnie et sans fortune. Il attirait sur lui l'attention des savants, il se eréait ainsi des relations sociales, rentrait dans le mouvement qui poussait l'attention des cours vers ! Amérique, se ménageait des entrées auprès des princes ou des souverains étrangers dont il recherchait la protection. La faïm, l’occasion, l'herbe tendre purent l'engager à se donner le mérite d'une découverte imaginaire, Pourquoi n'aurait-il pas recueilli sa petite part des lauriers réservés à la Salle et à ses illustres compagnons ? Pourquoi ne se serait-il pas donné lui aussi la gloire du déconvreur? Ces pays d'Amérique, il en revenait, [avait connu Tontv, du Luth, Perrot, la Durantave. N'était-il pas à Michillimakinae lorsque les restes de kr malheureuse expédition de Ta Salle y arrivèrent au printemps de 1688?

Une autre raison put encore engager Lahontan à raconter ee voyage, où il prétendait avoir pénétré plus loin vers l'ouest qu'aucun explorateur connu,

Les explorations des Français dans l'intérieur du continent américain, avaient stimulé l'ambition des Hollandais et des Anglais. En 1699, ces deux nations songeaient séricusement à créer des établissements sur le Mississipi et au pays des Ilinois. Les Anglais, tenaces, se préparsient à lire une concurrence redoutable à la France dans ces nouvelles contrées. HR v'avaient été excités par un homme qui ne connaissait ces pays que parce qu'il avait été au service de la France, sous les ordres de Cavelier de la Salle, Cet homme, c'était le récollet Louis Hennepin, dent le grand découvreur avait bien deviné le caractère le jour où il disait de fui, qu'il éprouvait linvineible besoin de mentir, pour se faire valoir et se mettre en évidence,

Après avoir, en 1683, dédié son livre de la Découverte de la Louisiane À Louis XF, ennepin en avait donné une nouvelle édition avec des modifications étranges. I prétendait avoir descendu le Mississipi en 1680, avant li Salle, et l'avoir remonté en quarante-hnit

jours. Cet ouvrage avait été multiplié à lintini On l'avait traduit en allemand, en hollan-

! Les gazettes qui se publiaient alors à Paris étaient: la Gazette de France de Renaudot, et les Noureaur Entretiens portiques, par le Noble, Paris, J. Moreau, 1702-1707, in-12.

Cf. Bibliothèque Nationale L. ‘‘ et L. (758. I y avait aussi la Gazette de Holiinde, quatre volumes cotés à la bibliothèque Nationale G. 4292 et 4293.

? “Le caractère d'Hennepin, dit encore la Salle, est d’exagtrer toutes choses. Il parle plus conformément à ce qu'il veut qu'à ce qu'il sait.”

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dais, en espagnol. Utrecht, Amsterdam, la Haye, Londres, Leydes, Rotterdam, Brême et Bruxelles en répandirent des éditions de tous les formats,

La dédicace qui, en 1683, avait dépassé les bornes de la flatterie À l'égard de Louis XIV, avait été remplacée dans la nouvelle édition par une autre où ennepin aceablait Guillamine IT de ses hyperboliques éloges. ‘Triste personnage, dit Margry, que ee moine qui, feignant d’interprêter les secrets de la Providence, colportait ses flagornerics d’un prince à l'autre, proposait À un prince protestant la conversion des sauvages, en vertu de découvertes qu'il n'avait pas faites, et invoquait de sa plume sacrilège, pour tâcher de faire croire À ses mensonges, le redoutable témoignage de Dieu qu'on ne trompe pas.”

Les écrits de Hennepin eurent une influence considérable sur l'esprit des Anglais. Le moine imposteur s’offrait lui-même à faire partie d’une expédition, et les Anglais songeaieni sérieusement (1697) à aller faire les établissements nouveaux qu'il patronisait avec une verve et une ardeur dignes d'une meilleure cause, En 1698, le roi Guillaume aecorda une patente À deux seigneurs anglais qui s'étaient associé trois capitaines de navire pour aller an Mississipi. [ls envoyèrent en Hollande pour savoir si ennepin voulait retourner en Amérique et piloter les navires, comme il s'y était offert dans son livre. Le moine fut introuvable, Le retour d'Iberville des bouches du Mississipi vint prouver que cet auteur, sur les relations duquel on s'était fé, avait menti d'un bout à l'autre. Iennepin alla cacher sa honte quelque part, mais sa mésaventure n'empêcha pas qu'il eût des imitateurs. [ne manquait pas alors de ces explorateurs de contrebande, gens de mauvaise foi, qui écrivaient au coin du feu des voyages qu'ils n'avaient jamais faits, espérant ainsi s'attirer une gloire facile on des avantages de la cour, C’est à peu près À cette époque que parut la fausse relation de Mathieu Sagoan sur la rivière du Mississipi.

Lahontan, on s'en souvient, alors qu'il espérait rentrer en grâce auprès de son gouvernement, avait écrit À Paris une longue lettre où il racontait avoir rencontré dans les rues d'Amsterdam deux matelots qui disaient avoir des nouvelles de Foxpédition du malheureux la Salle, Le ministre fit faire une enquête, et il fut prouvé que le baron avait menti. Pourquoi, en 1703, n'aurait-il pas employé les mêmes moyens que Hennepin et Sagoan, dans l'espoir d'obtenir du service de l'Angleterre? Aussitôt son Div paru en Hollande, il <empresse d'en faire faire une traduction anglaise, la dédie un pre du sang du Rovaume-Uni et met bien en vedette l'intérêt que l'Angleterre à à ruiner Le commeree de fi France en Amérique, C'est le système qu'avait adopté Fennepin, et nous sommes tenté de croire que les deux firent la paire,

Mais, diract-on, si Lahontan a bâti tout d'une pièce ce vovage imaginaire de a rivière Longue, comment se fait-il qu'il donne des renseignements si exacts sur le Mississipi, sur ses principaux affluents et sur la plupart des nations qui vivaient sur ses bords? A époque où Lahontan écrivait, il existait déjà toute une bibliothèque de Bvres et de mémoires sur es lointaines régions. Rien de plus facile pour lui, par exemple, que de consulter la relation de Marquette, que Thévenot avait publiée dans son Recueil de Voguges paru en 1681 Thévenot, dans ce même recueil, discutait déjà l'exploration de li Salle. Pa première édition de la Description de la Louisiane de Hennepin parut en 1683. en parut de nouvelles éditions en 1688, 1697, 1698. Lahontan a-t-il pu les ignorer? IT dut rencontrer, du reste, plus d'une fois, ee fameux moine, réfugié comme lui en Hollande. ny a pas de doute encore que Lahontan lut l'Etablissement de la Foy dans la Nouvelle-France, du récollet Leelereq, qui fut

iriprimé en 1691. C'est dans ce livre que se trouvent deux relations du voyage de la Salle

au Mississipi : lune du P. Zenobe Membré, l'autre du P. Anastase Douay. Comme Leclereq, Lahontan se moque des prétendues conversions opérées par les jésuites, et de l'exagération de leurs relations. [n'ignorait pas non plus le mémoire sur les dernières découvertes de Ta Salle, publié par Tonty en 1697. Quoi de plus aisé que de broder un voyage à l'aide du récit de ces voyageurs? Lahontan avait vécu dix ans au Canada [y avait appris les tentatives de Nicolet en 1640, N'avait-il pas rencontré du Luth, les Tonty, la Durantaye, Perrot, qui connaissaient toutes ees régions? Un esprit observateur comme celui du baron béarnais n'avait dû rien oublier des longs récits des coureurs de bois, Dans ces postes de l'ouest où Lahontan avait servi, on possédait depuis longtemps la vagne connaissance d'une rivière qui venait de l'ouest. Lamothe-Cadillae, qui fonda Détroit le 24 juillet 1701, raconte dans ses lettres, qu'il v a chez les Sioux une rivière qui s'étend dans les profondeurs des terres sur un parcours de mille lieues. Cette rivière, ditl, est bordée de belles prairies, dont on ne voit pas la fin. Sa source n'est pas connue. Elle vient de l'ouest et tombe dans le Mississipi. On pourrait aller par 1 à la mer occidentale. Et, plus loin, il ajoute : En prenant la rivière Saint-Pierre, qui se jette dans le Mississipt, on peut aller jusqu'à mille lieues dans l'intérieur. Cette rivivre est aussi grande et aussi belle que le Mississipi. On devrait atteindre en remontant à sa souree une rivière qui coule vers l'est.”

M. de la Grange de Chézieux à eru trouver une ressemblance entre les sanvages Tahuglaux dont parle Lahontan et les nations des Tejuago que citent les Espagnols, entre les Eokoros du même auteur et les Aïxaoros de Benavidès. Ce rapprochement de noms à quelque chose d'assez singulier, en effet. Mais ne faut pas oublier que Lahontan était du pays de Béarn, qu'il devait être sufisamment versé dans lt lunigue espagnole, qu'il a fait un assez long séjour en Espagne et au Portugal, et qu'il a pu y lire les relations des voyageurs de ce pays. Quand Lahontan parle des Espagnols, dans son voyage de la rivière Longue, il semble, du reste, avoir quelque peu copié Hennepin Le P. Anastase Douav dit, lui aussi, avoir rencontré des nations sauvages qui lui parlèrent des Espagnols Vingt nations sauvases, raconte-t-l, allaient faire la guerre aux Espagnols, et elles linvitèrent d'y aller avec eux.

[ne faut jamais perdre de vue, enfin, que Lahontan à rencontré, en 168$, les come pagnons de li Salle à Michilimakimac, et qu'il a recueilli d'eux de précieux rensetgnements, Dans son prétendu vovage sur le Mississippi, il a bien le soin de ne se rendre que jusqu'à l'Arkansas, où Fennepin était allé T4 avait Ti en 1687, quand le sulpicien Cavelier, le frère du malheureux la Salle, Te P Anastase Douay, le pilote Joutel y passèrent, ane maison bâtie à l'européenne, avec une grande croix, sur laquelle étaient attachées les armes du roi de France. Ce fort était commandé par le sieur Couture, qui v vivait avec deux Canadiens, Tonty les avait placés pur ordre de a Salle pour y imantenir Fallance avec les nations sunvages, voisines de ces lieux. Test bien étonnant que Lahontan ne signale pas le pré. sence de ce fort et de a petite garnison, alors qu'il s'y rendit Pannée suivante, nous semble que la rencontre de ces Français au milieu de a solitude du désert dût être un épisode assez frappant de son voyage. Ilse contente de dire/en parlant de T'Arkansas, où

il prétend s'être rendu : “cette rivière si bien connue de la Salle et d'antres Français.”

! Le pilote Joutel, compagnon de la Salle, parle de la nation des Teao. Un homme de bonne volonté en

pourrait faire: Tahuglaux.

: Edition de 1698, p. S7.

* Hennepin, p. 97, édition de 1698, déclare qu'il avait connu particulièrement ce Conture au Canada. 11 avait été, dit-il, du voyage que nous entreprimes pour la découverte de lu Louisiane en 160.

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En remontant le Mississipi, Lahontan use de la même réserve, Il ne dépasse pas le saut Saint-Antoine, jusqu'où s'était rendu Iennepin.

Plusieurs ont cru voir dans la rivière Saint-Pierre, qui traverse le Minnesota, la rivière Longue dont parle Lahontan, D'après le volume des eaux et sa position géographique, disent-ils, ce ne peut être que la rivière découverte en 1688. Cette rivière, qui prend sa source dans un chapelet de lacs sur la frontière du Dakota, coule, en effet, entre les 45 et 46 de latitude, Après avoir poursuivi sa course vers le sud-est, sur une distance de 320 milles, elle rencontre an affluent qui porte le nom de Blue-Earth, tourne vers le nordeest, ct vient se jeter, au bout de 120 milles, dans le Mississipi, près de Mendota. C'est une rivière à pente douce qui roule ses eaux au milieu d'une vallée légèrement ondulée. Les steumers peuvent la remonter jusqu'à 40 milles, à un point où la navigation se trouve interrompue dans les basses eaux par une chaîne de rochers. Les bateaux d'un moyen tonnege pénètrent d'ordinaire en toute saison jusqu'à 295 milles de son embouchure,

Par une singulière coïncidence il se trouve que la rivière Longue, décrite pe Lahontan, est située sur sa carte peu près sous la mème latitude que li rivière Kaint-Pierre. Le hasard servit bien cette fois le voyageur, qui déclare Tuianème n'avoir eu dans tout son voyage qu'un pauvre astrolabe peur prendre Bt hauteur des terres. ITest bon de savoir, cependant, que jusqu'aux navigations d'Iberville, les latitudes et Les longitudes des eartes des régions de ouest avaient été données à peu près D'après ce célèbre marin, on marquait, pur exemple, Michillimakinae par Le 289 tandis qu'il devait être par le 298, On marquait le Mississipi par le 273 où le 275, il trouva 2847 30% On ignorait même la juste longitude de Québec, que lon marquait être à 310, quoiqu'il ft à l'est de beaucoup.

Lahontan eut li chance heureuse de trouver une rivière à peu près sous la latitude qu'il avait indiquée,

Si c'est la rivière Saint-Pierre que Lahontan découvrit en 1688, 11 est bien extraordinaire, cependant, que Nicolas Perrot, commandant au poste des Nadouessionx, qui en prit possession ant nom du roi le 8 mai 1689, en présence du missionnaire Marest et de Lesueur, c'est à dire un an après le voyage du baron, ne mentionne pas le fait de cectte découverte, [rencontra à l'entrée de cette rivière une tribu sauvage qu'il appelle Les Miuntantous, et, plus loin, dans les terres trouva les Manehokotons et les Sougeskitoux. "Où étuent allés les Essanapés et Gnacsitares de Lahontan? Ces tribus st puissantes, an dire du voyageur, n'avaient pu disparaître Sitôt ?

En 1697, un traiteur funeux dans l'histoire de l'ouest des premiers temps, Pierre Lesueur, se rendit par les terres avec quelques Canadiens jusqu'à hi rivière Saint-Pierre à la prise de possession de taquelleilavait assisté en 68 Lesnceuravait épousé kr eonsine germaine d'Iberville, et grâce à la protection de ce dernier, 1 était parvenu à intéresser quelques particuliers de Paris dans la recherehe des mines qu'il prétendait avoir trouvées dans les régions où coule cette rivière, Une eoiipagnie Sétait formées et M Tuillier, fermier général, en fut le premier soutien, Le premier vovage de Lesneur ne parait avoir abouti à aucun résultat. En 1699, demanda de retourner à a rivière Saint-Pierre, en pénétrant, cette fois, par l'embouchure du Mississippi Comme iljouissuit d'un grand crédit sur les peuples Sioux, ottil avait trafiqué depuis plus de quatorze ans, ko permission Tai fut accordée, Tberville lembarqua sur sa flotte avee huit où dix hommes, Au mois d'avril 1700, Lesueur remontait le Mississipi, Iraconte, dans le journal qu'il a laissé de ce vovage, qu'arrivé À un quart de liene en dec du saut Saint-Antoine, ilentra dans une rivière qui se

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jette sur la rive droite du Mississipi, et qu'on nomme la rivière Saint-Pierre, Il pénétra dans l'intérieur jusqu'à une distance de 44 lieues, À un endroit où la rivière Kaint- Pierre est grossie des eaux d'une rivière qui s'appelle maintenant Bluce-Earth, mais que Lesueur nomma la rivière Verte. C'est À 1 licue de ce confluent que l'explorateur bâtit un fort qui prit le nom de l'Huillier, en honneur du principal promoteur de la compagnie, Lesueur passa l'hiver dans ces parages, travaillant à exploiter une mine de cuivre rouge qu'il y avait découveste, Ilen rapporta 4,000 !livres. Au printemps de 1702, Lesueur était de retour du fort l'Huillier, où il avait laissé un Canadien du nom d'Eraque comme commandant. Nous nous sommes attardé à raconter les divers voyages de Lesneur dans les parages de la rivière Saint-Pierre, parce qu'ils sont d'une grande importance au point de vue de la question que nous étudions,

S'ilest vrai, comme on le prétend, que la rivière Saint-Pierre soit la même que cette rivivre Longue que Lahontan dit avoir rencontrée en 1688, n'est-il pas extraordinaire que Lesueur, qui s'y rendit en 1689, 1697 et 1700, et qui v passa un hiver entier à explorer, ne fasse

aucune mention des nations que le baron + rencontra? Comment Lesueur, qui faisait la

traite chez les Sioux depuis plus de quatorze ans, au dire de lintendant Champigny, a-t4l pu

iunorer totalement l'expédition de Lahontan? Comment les sauvages qui vivaient sur les bords de la prétendue rivière Longue, avaientils pu si vite oublier le passage des six canots du Béarnais?

Lahontan, qui était un eauseur plein de verve, et qui savait saisir tous les détails dns ses observations de ehaque jour, à eu la main malheureuse dans ce vovage de la rivière Longue.

La deseription des lieux et des villages qu'il rencontre est faite avee des traits si vagues qu'il est pour ainsi dire impossible de les identifier aujourd'hui. Tout est jeté dans un moule banal, Aueunes remarques typiques sur la nature du pays, les bois, les plantes, la chasse, la pêche. [ignore même cet affluent si important de la rivière Verte, que Lesueur rencontre à 40 Tieues de l'embouchure de la Saint-Pierre. Quelle différence entre Lahontan et les vovageurs de cette époque? Vovez le jésuite Marquette, sur les grèves site vases du Wisconsin, qui eucille les plantes qu'il rencontre sur son passage et Les jette at fond de son canot atin de pouvoir les étudier plus à son aise, le jésuite Beaulieu qui, sur les bords du Saguenav, étudie le soir, 4 lalneur du feu de bivouac, Fanatomie des animaux. Jolliet dresse des cartes, la Salle rédive des iumoires, Lamothe-Cadillac donne du Paivs des grands lacs des descriptions superbes. Qui à pu égaler Claumplains quand il déerit les endroits qu'il rencontre avec une telle précision de pinceau qu'on les peut reconnaitre à la simple lecture de ses ouvrages ?

Chose étonnante! lorsque LBahontan parle de contrées connues, de rivières déjà explorées, comme de Wisconsin, la Wabash, Plinois, le Mississipi, le lecteur peut s'orienter, Eutretal sur le territoire de cette funeuse riviere Longue, tout devient mystère: les peuples qui Phabitent sont tellement fabuleux, que tuiseul, de tous les vova rs, les signale: les noins que portent ces nations sont tellement étranges que personne n'en a gardé ltmémoire,

Ce qui a lien de surprendre encore dans ce vovage, e'est la rapidité avec laquelle les Six eunots de Lahontan traversent cette ir usité ile Puivs,. Pauti de Michillinakinae le 24 septembre TOSKS Lahontan vrevenaut le 2m tes est facile de mesurer st une carte la longueur du chemin parcouru en aussi pen de serap Et ei lon sonue à la dificulté des

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prendre langue dans les villages, est-il vraisemblable que dans le cours de huit mois une expédition semblable ait pu être menée à bonne fin ? Que dire lorsqu'on voit la flottille de Lahontan remonter le cours du Mississipi depuis les Arkansas jusqu'aux [inois, en explorant l'embouchure de toutes les rivières, en un peu moins d'un mois, en pleine saison printanière, alors que le grand fleuve, grossi par la fonte des neiges et li erue de ses nombreux affluents, coule avec une rapidité si extraordinaire, que Fon ne pouvait y faire que 5 où 6 lieues par jour en canot, d'après toutes les relations?

A part ces quelques invraisemblances qui sautent aux yeux, il faut avouer que Lahontan a su ourdir habilement la trame de son voyage imaginaire, Ia bien le soin, par exemple, chaque fois qu'il traite d'un coin de pays connu dans cette immense région du Mississipi, de ne dire que juste ce qu'il faut, ce qu'il a pu apprendre des autres voyageurs, où ce qu'il a pu recueillir dans Hennepin, Douay, Membré où Thévenot. [ne «se coupe jamais dans son

récit, et malgré la revision que le texte a subie dans les différentes éditions le fonds reste tou-

jours le même, C'est À peine st l'on peut constater quelques divergences dans les dates. Par

exemple, dans les premières éditions, il dit être arrivé le à octobre au village des Kikapous ; les éditions postérieures donnent le 9 octobre, Ilsuit de là que les diverses étapes du voyage sont reportées à quatre jours de différence, Il raconta, en 1703, être entré dans la rivière Longue le 2 novembre 1688 ; les éditions subséquentes portent le 7 novembre. Les dates concordent de nouveau dans toutes les éditions lorsqu'il est question du départ de l'auteur du village des Eokoros, le 21 novembre,

Lahontan at-il voulu par 1 dérouter les chercheurs de l'avenir? Cemiment compter avec un personage de ee calibre?

Dés 1715, les géograplhies français mirent en doute la relation de Lahontan, ainsi qu'on le peut voir par les lettres qu'adressait alors le missionnaire Bobé à l'Isle, Ces lettres ont été publiées dans P'Lstorieal Magazine (A séries TI 237 et 232). Nur les cartes qu'il

publia de 1710 à 1720, le géographe anglais Ferman Mol semble croire à la version du voyageur de la rivière Longue. Un autre cartographe anglais, John Senex (1710), après l'avoir acceptée avec beaucoup d'hésitation, finit par la rejeter complètement. Daniel Cox, dans sa Corolana (727), l'adopte sans réserve, La rivière Longue est aussi dessinée sous le nom de Mongoina dans l'Afas de Potle en 1733. Le géographe allemand Iomann, de Nuremberg, se luissa lui aussi guider par cette fausse indication. On a vu dans le mémoire de M, de la Grange de Chézieux, que Pise, après avoir tracé hirivière Longue sur sa carte du Canada la fit disparaître sur celle du Mississipi. [dut suivre les conseils de Bobé, Belin, le cartographe qui a iilustré les œuvres de Charlevoix, guidé par ce savant auteur, se donna bien garde de tomber dans les erreurs de ses devanciers Aussi passe-til sons silence la rivière Longue, IE semble que Fon aurait dit accepter cette carte définitive de Bellin, Cependant quelques années après la publication de son œuvre, rivière Longue figure encore sur la carte qui accompaune les EÉrtraits D'ÉSOITHLES des Voyages fuits duns Les Parties sept litrioncles, publiés à Lausanne, par Kamnuel Engel. La méme erreur se répète dans les éditions de 1765 et 1779, et sur la carte de li traduction allemande de cet ouvrage,

M. Justin Winsor, à qui nous empruntons quelques uns des détails qui précèdent, dit

dans son beau livre Naerratire and Critieal History of America, (Vol IV, pp. 257-262), que l'ex-

plerateur Carver accepta comme véritable le récit du vovage de Lahontan à la rivière Lon-

vue, et qu'il reconnaît en elle la rivière Saint-Pierre, où pénétra durant l'hiver de 1766tq

1707. Nous avons parcouru attentivement l'ouvrage de Carver, ! et nous n'y trouvons rien de semblable, Ce voyageur ne mentionne qu'une seule fois le nom de Lahontan dans son livre qu (p. 220). lorsqu'il traite des coutumes et des habits des sauvages, et encore est-ce pour dire que plusieurs des récits du baron ne sont que des fietions trompeuses (were delusions).

M. Winsor dit encore que le voyageur Long, dans son Ærp'dition à la Rivière Sainte Pierre, rejette complètement le récit de Lahontan. Dans le livre des voyages de Long que nous avons sous les Yeux, il n'est pas question de la rivière Longue, ? IT peut se faire que le savant bibliothécaire de l'université Harvard ait voulu parler d'un autre voyageur du nom de Long que nous ne connaissons pas.

Un écrivain des Etats-Unis, M. IE Perkins, qui a étudié cette question, pense que Lahontan entra dans la rivière Saint-Pierre où Minnesota, qui se jette dans Le Mississipi, au tort Swelling, pendant une crue des eaux du grand fleuve, et qu'il apprit des sauvages que l'on pouvait communiquer par cette rivière jusqu'à la baîe d'Hudson par la rivière Rouge et lelae Winnipeg, qu'il confondit lu mer du Nord ou de l'Ouest avec celle du Sud et du golte

de Californie,

| Dans un rapport qu'il présenta au Congrès américain en 1885, Nicolet suppose que la | rivière Cannon est celle dont parle Lahontan, et donna en conséquence à ce cours d'ean le | nom de Lahontan. Mais il est impossible que Lahontan ait voulu parler dela rivière Cannon,

qui n'a qu'un parcours de SO miles

Une revue de notre pays, publiée 4 Toronto, The Cunadion Journal, s'est aussi oceupée

quelque peu de Lahontan. Dans le fascicule du mois de février IST MIE Seadding dit, traitant du vovage de la rivière Longue, qu'aucune personne de bon sens qui voudra réfé-

chir un instant ne pourra croire qu'il ft possible au milieu des mois de décembre, janvier,

février et mars, de conduire une Hottille de canots avec des soldats, des guides et des porteurs,

sur une riviere située dans une semblable latitude. [ajoute qu'en publiant son livre, alors est que la guerre battait son plein entre lt France et l'Angleterre, Lahontan à voulu attirer sur nitk lui l'attention et faire une bonne spéculation de librairie. En se fuisant auteur, ne désirait | piu que s'attirer des faveurs de cour, | bot Cependant, dans le fascicule de juillet 1S72 (n° 76), après v avoir réfléchi de nouvean, vo) M. Seudding semble accepter la version de Lahontan qu'il regrette, ditil, d'avoir attaquée trop vertement. Les partienlarités du vovage à la rivière Longue ne lui paraissent plus tou aussi indignes de foi L'hiver de TOKS-TO8O à pu être exceptionnellement tempéré. 3% Le de climat des contrées situdes à l'ouest du lae supérieur n'est pas aussi rigoureux que dans les | Jol régions de l'est assises sous la même latitude. est possible, d'après M, Seadding, que ba 1 Travels through the tnterior parts of North America, in the vears 1766, 1767, and 176$, By J. Curver, Exq., captain | eur of « company of prorineial troops during the late var with France. London, 1778. lu |

Voyages chez différentes Nations saurages de l'Amérique septentrionale, ete., par J. Long, trafiquant et interprète

des langues indiennes. Long vint au C'anada en 176$, et retourna en Angleterre en 1787, Nous consultons la tra- ds duction de Billecoq, dans les éditions de 1794 et de 1810, à | Cf, J-H, Perkins, dans la North American Reriew (1839), vol. XLVITT, n° 9S, et dans ses iules de l'Ouest lue publiées à Cincinnati, en 1846, p. 20 col 1 N°75, Nei Series, vol. XII, p. 240, luc

* Le voyageur Carver pénétra dans la rivière Saint-Pierre le 25 novembre 1766. 11 la trouva libre de glace, Il s'avança jusqu'à 200 milles dans l'intérieur, naviguant toujours sur la rivière. Il s'arrêta le 7 décembre et campa au miliou des Nadouessioux pendant sept mois. Ces sauvages, dit-il, ne connaissent pas l’usage ‘le la raquette. Carver revint par le méme chemin, le 7 avril 1767.

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Lahontan at remonté jusqu'à l'extrémité ouest du lue Qui-purle, Il croit voir sur la carte qui fut tracée sur une peau de cerf le lac Big-Stone. Entin, il peut se faire que les Essanapis soient les Assiniboines, les Gnacsitares, les Chocktaws, les Eokoros, les Absorokas, que les Anglais appellent Crows.

C'est maintenant une opinion reçue parmi les historiens contemporains des Etats-Unis que Lahontan n'a junais découvert ni exploré aucun affluent du Mississipi, qu'il peupla une

rivivre fietive de tribus imaginaires, trompant ainsi les géographes pendant plusieurs années, !

Francis Parkman, celui qui, de tous les Américains, à le mieux connu Fhistoire de Ta race française dans le nouveau monde, n'hésite pas à ranger le récit du prétendu voyage à la rivière Longue parmi les pures fabrications (sheer fobrication). Pour lui les penplades des okoros, les Gnacsitares, les Mozeemlek, les Tahuglaux sont aussi imaginaires que les nations que Swift fait rencontrer à Gulliver, Itrouve que Hennepin et Lahontan font la paire, à cette exception près que Lahontan n'a pas ajouté, comme Hennepin, le vol et le plagiat au mensonge, Le premier s'est contenté d'inventer un prétendu voyage de déconverte sur un terrain neutre, tandis que le sceond essayé Behement de dérober à la Salle et à ses compagnons, le erédit qui pouvait rejaillir sur eux pour des travaux réels et des découvertes gloricuses.*

[y a quelques années les habitants du Minnesota jouirent, en plein mois de janvier, d'une température printanière et tout à But extraordinaire pour la saison. Les plus anciens habitants de Saint-Paul prétendirent que cet hiver, si doux, m'était pas sans précédent. On découvrit alors dans les archives de Hr Société historique du Minnesota, la deseription du voyage que Bahontan prétend'avoir fut dans ces parages pendant Fhiverde TO8S-TGSO. Ce incident avait lieu en TISSS.'

Comme dans ces contrées nouvelles, tout événement qui date de plus de cinquante ans est du domaine de l'antiquité, il était naturel que les habitants rappelassent par une solennité quelconque, un vovage accompli il va deux siècles, à une époque facilement confondue par eux avec les temps héroïques. Des gens bien informés firent sans doute comprendre au bon peuple du Minnesota qu'il valait mieux ne pas chômer le deuxième centenaire du voyage de Lahontan, eur ilne fat plus rien dit dans les journaux de ce souvenir historique.

L'Etat du Minnesota à voulu rappeler à la postérité les noms dé plusieurs des explorateurs de l'époque française. C'est ainsi que Fon voit sur les cartes récentes de ces contrées de l'ouest, des comtés ou des villes qui portent les noms de Hennepin, Nicolet, la Salle, Jolliet, du Bath, Lesueur 5 inais on à eu le bon goût où le flair d'ignorer jusqu'à présent le baron de Lahontan.

Nous fuisons erreur jusqu'à un certain point. En regardant attentivement sur une eurte géographique des Etuis Unis dans ki partie nordoucest de FEtat du Nevada, au sud de la limite de FOrégon et de Fidaho, le lecteur pourra voir le lae Lahontan. [ne faut pas croire cependant que ce soit À la grande mer intérieure dont parle le baron daus son voyage à lu rivière Longue, et sur les bords de laquelle S'élevaient douze villes bâties de pierre. Le lae Lahontan est un lac antéhistorique. Pmaginez plutôt un grand bassin hydrographique, complètement fermé, et dont les eaux, accumulées duns les parties basses, formèrent jadis le

lae Lahontan, et cela au commencement de l'époque quaternaire, é'est--dire 4 a quelque

American Cyclopedia, vol. X, p. 107.

2 La Salle and the Discovery of the Great West, by Francis Parkman, Boston, 1887, appendice, p. 458. * Dépêche publiée dans les journaux de New-York (2 janvier 1888).

cent mille ans. Depuis, les changements météorologiques out fait diminuer la quantité de pluie qui tombait autretois dans ce grand bassin, lévaporation l'a emporté sur la précipitation, et actuellement le ae Lahontan se voit réduit aux lies minuscules appelés : Pyranid, Winnemuea, Humboldt, Carson nord et sui

D'où vient ee nom de lac Lahoutan ? Empressoms-nous de dire qu'il n'a aucune valeur historique. [fut donné, iv a ane trentaine d'anmées, par M. King, géographe américain. Cest ainsi que les savants des Etats Unis, se souvenant qu'ils appartiennent au peuple le plus pratique du mondes ont voulu rappeler la mémoire de Lahontan, le voyageur imagi-

nuire, en donnant son nom à un lac aussi hypothétique peut-être que la rivière Longue,

LES FEMMES D'APRÈS LAHONTAN.—LE PREMIER, IL COLPORTE LA NOUVELLE QUE LE CANADA FUT PEUPLÉ PAR DES FILLES DE JOIE—ITISTOIRE DE CORPS DE GARDE. LE CHEVALIER DE BaAUGY,—LESAGE ET SON ROMAN DES AVENTURES DE M, Rogerr CHEVALIER pit be Brau- CHÈNE.—RÉFUTATION DES ACCUSATIONS DE LAHONTAN.—COMMENT EST NIÉE CETTE FABLE RIDICULE, TÉMOIGNAGES DES CONTEMPORAINS. ORIGINE DES CANADIENS.

[ne manque pas de gens en Europe et en Amérique qui croient encore que la colonie

dela Nouvelle-France rat peuplée à l'origine par des V'Epr'is de Justice et des filles perdues.

Les rois tres chrétien: ont suivi l'exemple de Romulus lorsqu'il voulut fonder la cité aux sept coll Le Cana du XVI sivele n'aurait été ni plus ni moins que la Nonvelle- Calédonie de Fancien régime, ei, ans ces spéculations beuncoup d'ignoranee et presque

toujours de la malice, Les plus savants nous eitent les commissions qui donnaient à Roberval le pouvoir d'aller fouiller les prisons de France pour + recruter des colons pour son établissement, où encore, l'exemple du baron de Léry et des détenus qu'il abandonna sur File de Sable à leur malheureux sort. Ceux oublient que les prroje ts d'établissement de Roberval et de de Léry ne furent que des tentatives misérablement vortées, et qu'aucun de ces colons ne prit racine sur la terre d'Amérique,

C'est le baron de Lahontan qui, le premier, ft imprimer et colporta cette fable ridicule, que les anciens colons du pays se marièrent à des filles de mauvaise vie que l'on avait envovés de France conne une cargaison vivante sur les navires du roi. [ne fit que

répéter les Histoires de Corps de caurde que l'on se racontiut à la voillée parmi les troupes, mas à doit en porter toute lt responsabilité devant Fhistoire. Officier de marine, Lahontan purtagea contre Les Canadiens tous les préjugés des siens Les raconturs de ce cadet de Gascogne, aigri, frondenr, mauvais sujet, buveur, et querelleur, nous ont ft un tort considérable. Nos ennemis se sont emparés de ces mensonges comme d'une arme, et depuis deux siveles on nous les lance à la figure. Des écrivains aussi sérieux que Parkman s'y sont lais- 6 prendre, ? D'autres. sur la foi de gens apparemment bien disposés, les propagcront dans les sièeles à venir malgré nos protestations indignées. Comme une sottise peut frire du éhemin !

n'est pas vrai, pourtant, que les sources deeette race française du Canada soient empoi- ! Nous devons ces intéressants renseignements à M#' Laflamme, recteur de l’université Laval. * Parkman: Old Regime in Canada, p, 215.

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