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,... n'est pas vrai qu'il vienne ici de ces sortes de filles, et ceux qui en parlent de la façon se sont grandement mépris et ont pris les îles de Saint-Christophe et de la Martinique pour la Nouvelle-France, S'il y en vient ici, on ne les connait point pour telles ; eur avant que de les embarquer, il faut qu'il y ait quelques-uns de leurs parents où amis qui assurent qu'elles ont toujours été sages. Si, par hasard, il s'en trouve quelques-unes, de celles qui viennent, qui soient décriées, ou que pendant la traversée elles aient eu le bruit de se mal comporter, on les renvoie en France,
“ Pour ce qui est des garnements, s'il y en passe, c'est qu'on ne les connait pas: et, quand ils sont dans le pays, ils sont obligés de vivre en honnêtes gens, autrement il n'y aurait pas de jeu pour eux : on sait aussi bien pendre en ce pays qu'ailleurs, et on l'a fait voir À quelques-uns qui n'ont pas été sages.” !
Ceci était écrit en 1663, et couvre toute ia période du régime des compagnies depuis la fondation de la colonie.
La mère André Duplessis de Sainte-Hélène, supérieure de l'Hôtel-Dieu de Québec, une femme des plus remarquables, fort lettrée et très spirituelle, écrivait en 1702, en parlant du peuplement originaire de la colonie :
# Un certain nombre de ces filles étaient des demoiselles de qualité, sans bien ; d’autres appartenaient à de bonnes familles qui, étant chargées d'enfants, les envoyaient dans ce pays, dans l'espérance qu'elles y seraient mieux pourvues; et enfin, on en tira beancoup de l'hôpital de la Pitié À Paris, où elles avaient été bien élevées dès leur bas Âge.”
‘ Quant aux filles qu'on y envoyait pour les marier avec les nouveaux habitants, écrit Charlevoix, un auteur qui avait longtemps demeuré dans le pays, on eut toujours soin de s'assurer de leur conduite avant que de les embarquer ; et celle qu'on leur a vu tenir dans le pays est une preuve qu’on y avait réussi. . .”
L'avocat le Beau, qui vint au Canada en 1729, traitant du même sujet, s'attaque directement à Lahontan :
“IT y eut, dit-il, plus de trois cents hommes de Carignan qui s’établirent dans le pays, non pas avec des filles de joie, comme le prétend le baron de Lahontan, maïs avec des filles et des femmes qui étaient en France À charge de pauvres communautés, d’où on les a tirées, pour les conduire de leur plein gré en Canada. C’est une chose que j'ai apprise sur les lieux
par des personnes de probité et dignes de foi : comme du R. P. Joseph, récollet canadien, et
d’autres vieillards qui ont presque touché à ces premiers temps. Aussi, Lahontan, si sujet À ‘aution dans tous les points capitaux de son ouvrage, ne doit pas faire prendre pour vérité des ealomnies si injurieuses à l'honneur des Canadiennes, Il n’en aurait pas pu dire davantage de la Louisiane, où chacun saît que l’on à envoyé beaucoup de filles du caractère sur lequel il parait prendre tant de plaisir à s'étendre.” *
Que l'on ait fait jadis des battues dans les rues de Paris pour y raccoller des pauvres et les embarquer de force pour le nouveau monde, eela ne peut faire de doute. De tous temps, les agents d’émigration, alléchés par les fortes primes offertes par les compagnies ou par les
l Histoire véritable et naturelle des Mœurs et Productions de la Nouvelle-France, par Pierre Boucher, dédiée à Colbert, 1663, édition canadienne, pp. 153 et 154. ? Voyages’ de le Beau, t. 1,p. {1.
gouvernements, ont cherché À grossir leurs envois de sujets peu propres Pour eux la quantité l'emporte, ils ne se souviennent guère du reste,
“,,. Parmi les honnêtes gens, il nous vient varfois de terrible racaille,” écrivait la mère
de l'ncarnation, le 7 septembre 1668. IT est vrai qu'il vient ici beaucoup de monde de France, et que le pays se peuple beaucoup, dit-elle une autre fois, mais parmi les honnêtes gens il vient beaucoup de canailles de lun et l'autre sexe, qui causent beaucoup de scandale.” !
Nous avons déjà dit quel triage sévère se faisait, une fois les émigrés rendus an port de Québec. Le Conseil Souverain n'hésitait pas à faire retourner en France tous ceux qui ne pouvaient justifier d'un bon caractère où de ressources suffisantes, La colonie n'avait pus besoin de bouches inutiles. On voulait de bons travailleurs et d'honnêtes gens, Quant aux mauvaises femmes, quant à celles même dont la réputation était douteuse, où dont les antécédents ne promettaient rien, il suffit de parcourir les archives du Conseil pour constater de quelle manière elles étaient traitées. Jamais justice ne fut plus expéditive et plus rigoureuse, Qu'on lise, par exemple, l'arrêt général qui fat rendu le 5 avril 16752 Nous ne citons que celui-là, mais il en existe une cinquantaine du même genre,
La métropole, de son côté, prit les mesures les plus sévères pour empêcher les abus qui pouvaient se commettre, Un arrêt de la cour du parlement de Paris, du 18 avril 1663, défendit, sous les peines les plus sévères, d'enlever aucunes personnes sous quelque prétexte que ee fût, même celui de les envoyer en Amérique. Nous avons sous les yeux le texte de cet arrêt, qui est fort peu connu, et nous le publions en appendice,
Que nous ayons eu quelques mauvais sujets, que des banqueroutiers soient venus s'établir au Canada, cela est fort possible, Les pays nouveaux ne sont pas plus exempts des misères humaines que les contrées depuis longtemps établies. IT est certain même que la colonie hérita de plusieurs fanx sanniers a”. y furent envoyés par ordre des autorités. Mais un homme pouvait tromper la gabelle, cnercher à se protéger contre les exactions du fise, sans pour cela devoir être rangé au nombre des mauvais sujets. L'exception, du reste, n'a jamais fait la règle,
Il existait autrefois À Bayonne une coutume assez curieuse. C'était de faire habiller, chaque année, cinq où six mendiants par la ville, et de les envoyer ensuite à la pêche à la morue à Terreneuve, Il ne suit pas de 1à que tous ceux qui faisaient la pêche dans ces parages étaient des mendiants et des vagabonds.
Que quelques mauvais sujets, banqueroutiers, faux sauniers, ou filles de joie, soient venus au Canada, personne ne le peut nier, maïs ce furent des marchandises de contrebande. Il reste un fait acquis, c’est que le fond dominant fut tel qu'on le pouvait désirer dans la formation d’un nouveau pays.
I n'est pas étonnant que le baron de Lahontan, qui entretenait de si forts préjugés sur les origines de la colonie canadienne, ait parlé d’une façon fort peu respectueuse des femmes du pays. Elles étaient, s'il faut l'en croire, de mœurs faciles. ‘On y est dévôt en apparence, écrit-il, car on n'oserait avoir manqué aux grandes messes, ni aux sermons, sans excuse légitime. C’est pourtant durant ce temps-là que les femmes et les filles se donnent carrière, Il raconte
dans l'assurance que les mères ou les maris sont occupés dans les églises,
! Lettre 189, IT, p. 377 ; Ibid., II, p. 437. ? Jugements et Délibérations du Conseil Souverain, vol. 1, p. 966. 3 Vol. II, p. 74, édition de 1704.