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ailleurs, À propos de la foire qui se tenait chaque année à Montréal, une histoire invraisemblable au sujet des relations que les femmes de cette ville auraient entretenues avec les uborigènes.'
Lahontan, qui était célibataire, méprisait les femmes par parti pris Ilne croyait pas que la vertu leur ft possible, Qu'il soit au Canada, au Portugal où en Espagne, il ne voit partout que des maris trompés, des intrigues amoureuses, Pour lui, toutes les femmes sont des Uion Lescaut, et tous les hommes des Georges Dandin. L'homme qui possède une pare". disposition d'esprit est bien malheureux.
Toutes les médisances de ce soldat besogneux ne s'accordent guère, du reste, avec ce qu'il dit lui-même de la sévéri.é avec laquelle les prêtres défendaient toutes réunions sociales, ‘Ce qui fait qu'on se marie facilement en ce pays, dit-il quelque part, c'est la difficulté de pouvoir converser 4 2 les personnes de l'autre sexe, IT faut se déclarer aux pères et mères au bout de quatre visites qu'on fait À leurs filles, il faut parler de mariage où cesser tout commerce, sinon li médisance attaque les uns et les autres comme il faut, On ne saurait voir les femmes sans qu'on en parle désavantageusement, et qu'on traite les maris de commodes ; enfin, il faut lire, boire on dormir, pour passer le temps en ce parts." *
Dans un autre endroit, le baron rend encore un témoignage plus juste :
“Le sang du Canada est fort beau, dit-il, les femmes ÿ sont £ néralement belles, les brunes y sont rares, les sages y sont communes; et les paresseuses y sont en assez grand nombre ; elles aiment le luxe au dernier point, et c'est À qui mieux prendra des maris au piège.” *
Quant aux intrigues avec les aborigènes, Lahontan à menti de propos délibéré, C'est un fait connu et constaté par tous les anciens qui ont écrit sur le Canada : les Indiens d'Amérique n'éprouvaient que du mépris pour les femmes blanches, Les fenimes n'ont rien À appréhender d'eux, dit la mère de l'Incarnation. ! D'un autre côté, Tanguay, qui à compulsé un million deux cent vingt-six mille deux cent trente actes de nos registres, à relevé quatre-vingt-quatorze mariages entre des blanes et des femmes indigènes, dans l'espace de deux siècles, Ces chiffres sont plus éloquents que toutes les démonstrations que nous pourrions faire. Ils sont de nature à faire disparaître bien des préjugés. Combien croient encore que la population franco-canadienne est formée pour la plus grande partie de sang mêlé? Les descendants de ces quelques familles dans une nation composée de deux millions d’Âmes sont un élément À peu près imperceptible. Parum pro nihilo reputatur.
Que dans les avant-postes, jetés sur les limites de la civilisation, il y ait eu, autrefois, des désordres et des mœurs déplorables, nous ne pouvons pas le nier. Les coureurs de bois, les batteurs d’estrades, les soldats et les officiers cantonnés dans les garnisons perdues au milieu du désert avaient la vie large et facile. Le père jésuite Carheil, qui vécut longtemps au poste de Michillimakinae, nous a laissé une peinture fort peu flattée de ces temps :
‘ Une des principales occupations des garnisons, dit-il, est de faire de leur fort un lieu que j'ai honte d'appeler par son nom, où les femmes ont appris que leurs corps pouvaient tenir lieu de marchandises, et qu’elles seront mieux reçues que le castor, de sorte que c'est présentement le commerce le plus ordinaire, le plus continuel et le plus en vogue... Tous
1 Vol. I, p. 65.
? Vol. Il, pp. 78 et 79, édition de 1704, % Mémoires, édition de 1704, p. 81.
* Lettres, t. IL., p. 4.
Sec. I., 1894. 21.
les soldats tiennent table ouverte À toutes les femmes de leur connaissance, dans leur maison, Depuis le matin jusqu'au soir, elles y passent des journées entières, les unes après les autres, assises à leur feu et souvent sur leur lit, dans des entretiens et des actions propres à leur
commerce, . ”!
Ce que dit ici le père Carheil ne s'applique pas, cependant, aux établissements plus importants, où régnait, au contraire, la plus grande sévérité dans les mœurs, au dire de tous les écrivains contemporains.
“A l'appui du tribut rendu à la pureté des mœurs des premiers Canadiens, nous citerons, dit l'historien Ferland, une autorité qui ne peut être soupçonnée de flatterie : ce sont les registres de Notre-Dame de Québec, où furent inscvits presque tous les baptêmes ei se firent dans le gouvernement de Québec, jusque vers l'année 1672. Sur six cent sixante et quatorze enfants qui furent baptisés depuis l'an 1621 inelusivement, jusqu'à l'année 1661 exelusivement, on ne compte qu'un seul enfant illégitime.” *
L'abbé Tanguay, qui a poursuivi des études du même genre, a fait un relevé des naissances dans toute la colonie, De 1701 à 1770, sur un total de 165,194 naissances, il a trouvé 163,828 enfants légitimes et 1,366 illégitimes, ce qui donne une proportion par 1,000 de 8:03, De 1771 à 1870 inclusivement, sur 2,057,290 naïssances, la statistique, tel que compulsée par le même écrivain, donne 2,037,716 enfants légitimes et 19,574 illégitimes, ce qui fait une proportion de 9:05 par 1,000,
Ces chiffres sont vraiment éloquents lorsque l'on songe que, d'après Marbeau, on compte à Paris un enfant illégitime sur trois naissances,