LE BARO
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UNE POIGNEE DE^COQTJINS
Cette dame lui fut présentée par M. Jeyer comme étant la baronne de Stoinfeld. (Page 120.)
tion de nos agents que vous considérez comme très-difficile et presque intenable pendant la guerre. Ce sont vos propres expressions, n'est-ce pas? Eh bien! monsieur, je vous le répète, vous vous trompez; voici pourquoi:
vous savez que, d'après la loi prussienne qui est positive à cet égard, tout Prussien a le droit, si ses intérêts l'y obligent, lorsqu'il est à l'étranger, de se faire naturaliser dans le pays qu'il habite et à prendre la qualité de citoyen français s'il est en France, anglais s'il
est en Angleterre, etc. ; mais la loi ajoute : a Que cette naturalisation n'ayant d'autre « but que de sauvegarder les intérêts commer- « ciaux de celui qui s'y soumet, il ne perd pas « pour cela sa qualité de Prussien ; qu'il con- « serve au contraire tous les droits qui lui ont « été acquis par sa naissance, et qu'il esttou- « jours tenu, quoi qu'il arrive, à servir son « pays en tout ce que celui-ci réclamera de a son patriotisme. »
Les Français ignorent cette loi que leur
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orgueil 11e comprendrait pas. Jls sont teJler ment infatués d'eux-n^nies qu'Us sp figurant que tous les étrangers désirent être Français et qu'ils acceptent avec une joie orgueilleuse toutes ees naturalisations de mauvais aloi que les Allemands n@ se font naturellement aucun scrupule de demander* Or, tous les agents qui sont demeurés à Paris se sont depuis cinq ou six ans, en prévision de ce qui arrive aujourd'hui, fait naturalise?. Les quelques pauvres diables qui m l'ont pas. fait sont des gens emplpyés pa? la YQU ? ie 4e Paris, gens inoffensifs en apparence, que Yqïï croit généraleinf mt Alsaciens et dout pu W 30 méfiei^a jamais.,
— Oh ! oh ! $t Je banquier, je connaissais parfaitement lçs fis.p$§itions de la loi prussienne à propos 4e ces fausse^ naturalisations dont je me suis sgyvi mpi^êfflo du reste; mais j'ignorais que ft$. de Bismark eût poussé la précaution jusque faire naturaliser Français tous les agpnts Que* dopujs si longtemps, il entretient à Parisi.
— Non-seul^uî§ut 4 Paris, n^ousigur, mais par toute la Fr^njig.
— Allons, 4iktëé!&§Att M» $ê Bismark est un grand homme,. Il £o,u|( ft P?^é W^ Seconde armée qui, pour être gggulta, n*^ est que plus redoutable, et qui, je Tes-père, nous aidera à avoir raison de ces Français fanfarons qui se prétendent invincibles.
— Vous savez, cher monsieur Jeyer, que je pars demain ou plutôt aujourd'hui à cinq heures du matin. Je me rends directement auprès du ministre. Je compte qu'il me félicitera du travail souterrain que j'ai fait en France depuis cinq ans. Si vous avez quelques pièces à expédier, je m'en chargerai avec plaisir.
— Ces pièces seront chez vous cette nuit même, madame. Veuillez, je vous prie, dire au ministre que j'ai concentré entre mes mains toutes les agences de l'Alsace et de la Lorraine et que, de même que vous l'avez fait à Paris, j'ai organisé le tout sur une grande
échelle. Chaque jour, niatin et :soir, je reçois @t je classe les renseignements qui me sont donnés. Quant à ma position ici, elle est bonne., Je suis naturalisé Français ; je passe pour un excellent patriote et, pas plus tard qu'aujourd'hui , j'ai versé vingt-cinq mille francs à la municipalité pour venir en aide aux victimes de la guerre. D'ailleurs, je suis aimé, considéré, et, & moins d'un hasard impossible a prévoir, *je n$ cours aucun risque d'être soupçonné et je serai au contraire toujours en jnes.ure de fournir à Son Excellence tous les renseignements dont elle a besoin sur les deux provinces dont elle m'a fait l'honneur de me confier la direction. Toutes les mesures sont prises pour que, même en cas de siège de Strasbourg., nies relations avec le gouvernement prussien ne soient pas interrompues,
=- Vqs pai-ojes seront répétées textuellement à M? d^'Jîismark, ^monsieur, et je ne doute pas, qu*aptfès, la guerre, l'aigle noir de première çjasge Q.U la croix de fer ne vienne se joindre sur votre poitrine aux autres décorations que vous avez déjà si noblement gagnées.
Ce compliment semblait si bien une épigramme que le banquier regarda à deux reprises différentes sa charmante interlocutrice afin de s'assurer qu'elle parlait sérieusement.
— : Je ne sais réellement comment vous remercier, madame, répondit-il, et, se tournant alors vers M. de Poblesko :
— Monsieur, continua-t-il, il ne me reste plus qu'à vous entendre. Les personnes arrivées avant vous m'ont toutes adressé leurs rapports. Veuillez, je vous prie, me remettre le vôtre.
'— En ce moment, monsieur, j'ai été tellement pris à l'improviste par les événements, que le temps m'a manqué pour rédiger un rapport. C'est donc de vive voix que je vous rendrai cempte des faits dont j'ai été témoin. Je ne tous remettrai que les rapports que
UNE POlâNEE DE COQUINS
j'ai reçus cematin de mes agents subalterne^. Les voici.
Il retira de la poche de côté {le son habit plusieurs liasses de papiers qu'il posa sur la table.
— Très-bien, répondit le banquier ; veuillez parler, je vous prie, je suis tout oreilles,
— Monsieur, un grand mouvement se produit en ce moment dans la population alsacienne. L'élan patriotique est extrême.
Partout, et remarquez bien ceci, malgré le mauvais vouloir du gouvernement qui s'y oppose de toute sa force d'inertie* les hommes en état de prendre les armes, s'organisent en corps de partisans, résolus à défendre les défilés de leurs montagnes et à se faire tuer jusqu'au dernier, plutôt que délaisser Tétranger envahir leur pays.
— Eh ! voilà qui est grave !
— Aujourd'hui même, à Altenheitti où il y avait uïi grand concours de tir, les ouvriers de la fabrique Hartmann dont je Suis le directeur se sont formés en un corps de partisans de trois cents hommes, tous anciens soldats d'Afrique et de Crimée, rompus à la discipline militaire et qui ont appris la guerre de broussailles avec les Arabes. Cet exemple sera suivi avant huit jours par tous les montagnards des Vosges. Vous en aurez la preuve dans les rapports que je viens de vous remettre. Je ne vous parle que des partisans formés à Altenbeim, parce que ceux-là se' sont organisés devant moi aujourd'hui même, sans que je puisse m'y opposer. Ils avaient si bien pris leurs précautions, gardé si complètement le seôret de ce qu'ils voulaient faire, que je n& l'ai conniu que lorsqu'il était trop tard pour m'opposêr à leur projet. J'ai essayé de me faire nommer chef de ce corps ; mais j'ai échoué, en apparence à cause de ma nationalité polonaise, mais je crois, en réalité, parce que* les ouvriers ont contre moi des soupçons, encore vagues à la vérité, mais que je vais mettre tous mes soins à détruire avant qu'ils
tancé. J'ai donc besoin, monsieur, qu'on me laissé la plus grande liberté d'action. S'il en était autrement, ma position deviendrait nonseulemënt dangereuse pour moi, ce qui ne serait rien, mais inutile et presque nuisible aux intérêts du roi .
-^ La liberté la plus complète vous sera laissée, monsieur de Pobleàko. On vous connaît et on sait combien vous êtes dévoué à vôtre pays.
— Je vous remercie, monsieur. J'espère vous' donner bientôt des preuves que ôe dévouement ne connaît point de bornes. Ne pouvant être nommé commandant de ce corps de partisans, j'ai tourné habilement la difficulté et j'ai amené M. Hartmann dont, entre parenthèses, je vous engage à mettre le noin sur vos tablettes en raccompagnant de trois croix rouges..*
— Oui, oui, interrompit M. Jeyer. Je connais les opinions de M.Hartmann. C'est un adversaire déclaré de la Prusse;
— Dites un ennemi acharr^ M. Hartmann dépensera sa fortune jusqu'au dernier centime pour aider à battre la Prusse. Aujourd'hui, sans hésiter, il à dépensé plus de cent cinquante mille francs pour l'organisation du corps de partisans dont je vous parle*.
"■*-* Cent cinqaùte mille francs; ! fit le banquier en joignant lés mains.
— Oui, monsieur, il ne s'en tiendra paS'là.
Mais malheureusement.il n'est pas le seul en Alsace qui professe cette haine contre notre pays. Ne vous y trompez pas, monsieur, tout le haut commerce est contre nous.
— C'est vrai, je le sais. Les grands industriels n'hésiteront pas à faire tous les sacrifices. De plus, nous avons-affaire à une population excessivement belliqueuses attachée de coeur à la France, et je crains bien quoi qu'il arrive, que- la Prusse- ne réussisse jamais à se r assimiler, quels que soient les moyens qu'elle emploie, Mais continuez Fexplicatiôn que vous aviez commencée, je vous
puissent prendre une plus
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— Je vous disais donc que j'avais tourné la difficulté, de sorte que, sans paraître le désirer, j'ai obligé M. Hartmann à me proposer de son plein gré de m' attacher à ce corps de partisans qu'il a formé, en qualité d'officier de détail ; ce qui, vous le comprenez, me permettra de rendre de grands service?.
— En effet. Vous n'avez rien à ajouter, monsieur ?
— Rien. Vous connaissez comme moi, j'en suis convaincu, le départ des troupes campées hors de la porte de Saverne et à la Finckmat, cette nuit même,
— Oui, l'ordre est arrivé à neuf heures du soir. Je le recevais en même temps que le général commandant la division. Puis, se tournant vers la baronne, il ajouta :
— Vous le voyez, madame, nous sommes prêts ici à faire ndtre devoir. Toutes nos précautions sont prises. Nous attendons avec confiance l'arrivée des troupes prussiennes.
— Àh! pardon, monsieur, reprit M. de Poblesko, j'oubliais un détail fort intéressant et qui a son importance, surtout en ce moment : un de mes agents s'est abouché avec deux familles piétistes possédant une certaine influence dans la montagne. Il a fait certaines ouvertures à ces deux familles, ouvertures qui, paraîtrait-il, n'ontpas été trop mal reçues. Je n'insiste pas sur ce sujet parce que je n'ai encore aucun détail. Mais j'espère, d'ici à deux jours, être en mesure de vous donner les meilleurs renseignements. Je vais m'occuper moi-même de cette négociation.
— Ne négligez rien, monsieur, le temps presse. Ce serait pour nous un coup de partie que de nous assurer des intelligences dans la montagne.
— J'v mettrai tous mes soins, monsieur.
On gratta à la porte d'une certaine façon.
— Messieurs, dit le banquier, ce signal nous annonce que les danses vont recommencer et qu'il est temps que nous reparaissions dans les salons. Si vous voulez me suivre, madame la baronne, je vous reconduirai dans le
boudoir où votre migraine vous avait contrainte de vous réfugier. Quant à vous, messieurs, descendez par le grand escalier. Rien ne vous sera plus facile que de vous mêler à la foule. Dans un instant je vous rejoindrai. Les assistants se levèrent, et, tandis que M. Jeyer et la baronne de Steinfeld disparaissaient par l'escalier dérobé, les conspirateurs, ou pour mieux dire les espions, pour les appeler par leur véritable nom, sortirent d'un autre côté.
— Charmé de vous voir, cher monsieur Meyer, dit M. dePoblesko en s'approchant du maquignon, revêtu d'un costume de cérémonie qu'il portait avec autant d'élégance et de grâce que s'il eût été réellement gentilhomme, comment se fait-il que je vous rencontre au milieu de cette fête ?
— Que voulez- vous, cher monsieur, nous sommes soumis à des exigences singulières ; je n'ai pas besoin de vous dire, n'est-ce pas, que je suis incognito ; je passe pour un cousin éloigné du maître de la maison, ce qui est un grand honneur pour moi, ajouta-t-il d'un air narquois.
— Est-ce que vous allez rentrer dans les salons?
— Mais certainement, et vous ?
— Moi de même. Puisque vous vous y rendez, je vous recommande de regarder attentivement une certaine damé.
— Moi,^)ourquoi faire? je ne connais aucune des dames qui sont ici.
— Je le sais, mais cela n'y fait rien. Vous reconnaîtrez celle-ci au premier coup d'œil.
C'est une brune magnifique, avec de grands yeux noirs profonds comme la nuit. En vous disant qu'elle est la plus belle de toutes les dames qui font l'ornement de cette fête, je vous donne un signalement de la plus grande exactitude.
— Cher monsieur de Poblesko, je vous avoue entre nous que, par principe, et aussi peut-être à cause de mon âge, je me soucie fort peu des femmes, si belles qu'elles soient ;
UNE POIGNÉE DE COQUINS
je préfère un tête-à-tête avec une bouteille de Rudheismer à la plus séduisante de toutes les sirènes qui encombrent en ee moment les salons de notre hôte.
— Peu importe ; regardez et regardez bien attentivement la femme dont je vous parle,
— Bon ; à quoi cela aboutira-t-il ?
— A ceci, cher monsieur Meyer : c'est que vous aurez la preuve que notre hôte n'est pas aussi indifférent qu'il prétend l'être, ni si invulnérable qu'il s'en vante.
— Allons, voilà que vous me donnez des énigmes à deviner maintenant?
— Non pas.
— Je vous demande pardon. Et il est de mon devoir de vous prévenir tout d'abord que je ne me suis jamais senti la moindre inclination à deviner les rébus.
— Je ne vous donne ni rébus ni charade à deviner. Je fais simplement appel à votre mémoire.
— Ah ! ceci est autre chose. Voyons, expliquez-vous .
— Vous rappelez-vous la comtesse de Valréal?
— Certes, et je vous avoue entre nous que, d'après ce que vous m'en avez dit, j'en ai une peur effroyable.
— Vous vous rappelez, n'est-ce pas, ce qui avait été convenu avec nous et l'engagement que M. Jeyer avait pris?
— Parfaitement; j'espère bien qu'il Fa rempli, cet engagement.
— Eh bien, vous espérez mal.
— Comment, j'espère mal ?
— Oui. Cet engagement si sérieusement pris, sur l'exécution duquel nous étions si en droit de compter, il ne l'a pas rempli du tout.
— Vous plaisantez, cher monsieur?
— . Dieu me garde de plaisanter sur un
pareil sujet! Entrez dans le salon, cher monsieur Meyer, et vous verrez, trônant comme un astre au milieu des étoiles, M"* la comtesse de Valréal, plus belle* plus séduisante et plus irrésistible que jamais.
— Eh! savez-vous que, si ce que vous me dites là est vrai...
— M. de Poblesko a dit la vérité, interrompit M. Jeyer qui parut en ce moment entré les deux hommes.
Le banquier était entré par une porte de dégagement sur le palier où s'étaient arrêtés les deux interlocuteurs et, depuis quelque temps, il assistait invisible à leur entretien.
— Que le diable vous emporte ! s'écria M. Meyer, vous m'avez fait presque peur. Estce qu'on doit ainsi surprendre les gens à l'improviste ?
— Excusez-moi, cher monsieur, mais il est quelquefois bon d'écouter aux portes ; comme vous le voyez, on apprend des choses impoi*tantes .
— Monsieur, je n'ai rien avancé qui ne fût vrai, dit M. dé Poblesko.
— Je l'ai déjà reconnu, monsieur. J'ai pris avec vous l'engagement d'imposer silence à la comtesse de Valréal, et au besoin de nous débarrasser d'elle par tous les moyens*
— Eh bien ?
— Vous ai-je promis, que j'exécuterais cette résolution que nous avons prise immédiatement, sans précaution? Suis-je un niais? un assassin de bas étage? Irairje bêtement assassiner ou faire assassiner cette dame?
Croyez-vous qu'on ne s'inquiéterait pas de sa mort? qu'on n'en rechercherait pas les causes? Les choses ne marchent pas aussi vite que vous le supposez, messieurs. Il faut que cette femme disparaisse ; elle disparaîtra, je le jure, et je tiendrai mon serment; mais elle disparaîtra sans qu'aucun soupçon puisse planer sur nous et nous atteindre. Nous ne sommes pas çncore les maîtres de Strasbourg.
La police française est une des plus clairvoyantes de l'Europe ; si j'agissais à la légère sans que mes précautions fussent bien prises, nous pourrions tous avoir à nous en repentir. La partie que nous jouons est sérieuse. La moindre faute nous perdrait.
— Je le comprends, monsieur, répondit
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LE BAÏtON tfîtÉfcïïîlICÎt
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M. de Poblesko, mais la présence 1 de cette femme dans vos salons...
— Cette présence, monsieur, vous prouve tout le contraire de ce que vous supposez* Il faut que tout le monde sache, afin de détourner les soupçons, les relations courtoises qui existent entre elle et nioi. Je suis son banquier, du reste. ; je lui ai fait Une Visite ; cette visite elle nie Ta rendue. Peu à peu r je suis parvenu à contracter avec elle une liaison qui, sans être intimé, suffît à me placer dans une situation qui éloignera de moi toute insinuation malveillante. Vous êtes jeune, monsieur de Poblesko; Vous vous laisser trop facilement aller à certains entraînements.
Croyez-moi, avant de juger les actea des hommes , attendez d'avoir la main remplie de preuves contre eux. Bientôt, je l'espère, je vous convaincrai que vous avez eu tort, et que vous m'avez accusé trop précipitamment.
— C'est mon plus vif désir, monsieur. Pardonnez ce que mes paroles ont eu de trop rude ; mais j'éprouve pour cette femme une haine si profonde que sa vue m'a donné froid au cœur et m'a fait presque défaillir. Je vous ai soupçonné, j'ai eu tort. Je le reconnais maintenant. Les explications que vous avez bien voulu me donner me suffisent.
— Qu'il ne soit plus question de cela entre nous, monsieur ; les faits me justifieront plus que tout ce que nous pourrions dire. Mais rentrons dans les salons-, je vous prie. Notre absence pourrait être remarquée. Elle est beaucoup plus longue 1 qu'elle' iï'aiirait dû l'être. Venez.
Tous trois alors descendirent l'escalier au bas duquel le banquier lés laissa.
' - ' — C'est égal, dit M. Mteyer en se penchant vers le jeune* honijne, je 1 suis curieux à présent de voir cette irrésistibles sirène. Vous me la montrerez, n'est-ce' pas ?
■-— . .Non. pas., répondït-il m rtant ; je veux, au contraire, vous laisser le : soi ri dé 1 la découvrir. ■ ■ -
— J'essaierai, mais ne me quittez pas.
— Soyez tranquille.
A leur tour alors, ils pénétrèrent datis les salons.
La plus grande animation y régnait'.
La danse venait de finir.
Des laquais en grande livrée faisaient circuler des glaces et des rafrâîcliissenients de toutes sortes*
L'entrée de nos personnages fut donc* complètement inaperçue^
Ils traversèrent le premier salon* pénétrèrent dans un second, et de là ils passèrent dans un magnifique jardin d'hiver, où un grand nombre de dames s'étaient réfugiées pour respirer un peu à l'aise.
Bien que toutes les fenêtres eussent été ou* vertes, la chaleur était accablante;
A peine les deux hommes mettaient-ils le pied dans le jardin d'hiver que M. Meyer pressa convulsivement le bras du jeune lie» mmè.
— La voilà ! dit-il d'une voix étranglée.
Et il lui désigna une jeune femme assise
seule, au fond d'un bosquet à peine éclairé et qui, ne se croyant pas observée, laissait errer autour d'elle des regards rêveurs et mélancoliques.
---C'est elle, n'est-ce pas? C'est bien elle? repriMl d'une voix sifflante,
— Oui, répondit le jeune homme avec amertume. C'est bien elle, en effet. Qu'en pensez-vous ?
— Ce que j'en pense ? murmiira-t-ïl avec un léger tremblement dans la voix. Oh ! vous avez raison, monsieur, cette femme, si nous n'y prenons garde, ôë n'est pas nous qui la tuerons, «'est elle qui nous tuera. Nous sommes perdus. ,
— Ah! reprit le jeuiié honïme, vous le comprenez, nKaintenanii?
-— Ouï; et» ajouta- 1— il avec une sombre résolution, j& le comprends 1 si bien que j 'agirai en- conséquence.
— Que préteïïdez-vcitfs faire ? âenlanda
UNE POIGNEE DB GOQ^JINg
le jeune homme en lui lauçant un regard surpris, « Rien, rien, répondiWi froidement.
nrr Mais encore, fit-il avec insistance, -rr- Vous le saurez plus tard. Adieu, J5t sans plus s'occuper de sou compagnon, M. Meyer tourna sur luir-même, s'éloigna rapidement et disparut au milieu de la foule qui encombrait les salons.
Ce fut en vain que M. de Poblesko se mit à sa poursuite, Il ne put l'atteindre.
Le maquignon ou soi-disant tel avait précipitamment quitté la maison du banquier.
Quelle était l'opinion de Lucien Hartmann
sur m. de poble£ko
Si grand que fût le stoïcisme de M. Hartmann, les chocs douloureux qu'il avait reçus coup sur coup, enfin le départ précipité de son fils aîné et d'Yvon Kerdrel, l'homme auquel il avait accordé la main de sa fille et pour lequel il éprouvait une amitié -réelle.^ ment paternelle, toutes ces douleurs réunies et accumulées sur sa tête en si peu de temps avaient annihilé ses forces, et presque abattu son courage.
Pendant la nuit tout entière, réfugié au fond 4fl son appartement, en proie au^ pressentiments les plus sombres,, seul avec sa femme, cette douce, et sainte compagne de sa vie, il avait laissé un libre eoura a sa douleur, et U avait amèrement pleuré sur ces deux' jeunes, gens, si brusquement ravig à son amour paternel, qu'il avait vus partir si résolus, si pleins d'une noble ardeur, et dont peut-être bientôt il apprendrait la mortter-rible sur un champ de bataille.
Le lendemain, le pauvre père se trouvait dans un tel état d'abattement qu'il consigna sa porte, et, bien que M. de Poblesko insistât pour être reçu, en arguant du rendez-vous que lui avait donné M, Hartmann, il fut contraint dé se retirer et de remettre sa visite au lendemain à la même heure,
La journée s'écoula sans que M. Hartmann sortît de son appartementt
Ainsi que lui-même le disait, il luttait corps à corps contre .la douleur, résolu à la dompter afin de reprendre toute sa liberté d'esprit et de se donner tout entier au intérêts de son pays qui, il le prévoyait, ne tarderait pas à faire un appel à ses lumières et surtout à son patriotisme..
Vers neuf heures du soir, Lucien qui, ainsi que \e lecteur le sait déjà, avait été absent toute la journée, rentra à Strasbourg.
Cette fois le jeune homme qui du veste avait laissé ses compagnons ordinaires à AUenheim, ne songea aucunement à la brasserie de la Ville de Paris où il avait l'habitude de passer une grande partie de ses soirées, et il se dirigea directement vers la rue de la Nuée-Blene, ç'est-à-dire yen? le logis paternel*
En entrant dans la maison, sa mère lui annonça le départ précipité de Michel et d'Yvon» la douleur de M, Hartmann, et l'état do faiblesse dans lequel selui-ei se trouvait. Le jeune homme» après avoir tendrement embrassé sa mère et fait disparaître la trace de sep. larges sous ses baisers, avec, cette càlinerie im enfants gâtés, fit demander à sqii père s'il consentait a le recevoir.
Contre J'attente de Lucien» M. .Hartmann fit répondre qu'il pouvait entrer ...
Le jeune, homme ne se fit pas répéter cette permission. Les paroles de sa mère r avaient forç inquiété; il adprait sonipère.» et, si Ventrée: de la porte de sa chambre à coueher lui eût été refusée, iLest; probable que, malgré son respect pour son père, il aurait violé la consigne.
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M. Hartmann était assis, dans nu large fauteuil à oreillettes; le haut de son corps était rejeté en arrière, sa tête reposait sur des oreillers.
Son visage portait les empreintes de la douleur qui, pendant- quelques -heures, l'avait terrassé. Sa physionomie était triste, mais calme. On sentait que les forces commençaient à revenir peu à peu et. que, grâce à T énergie de son caractère, le vieillard avait enfin réussi à refouler au fond de son cœur le chagrin qui le minait.
Il sourit donc • ment en apercevant son fils,
rendre à Mutzig. J'ai rempli la mission que vous m'aviez confiée avec toute l'intelligence dont je puis disposer. Je crois que vous serez satisfait de moi. Les francs-tireurs d'Altenheim ont maintenant tout ce qui leur est nécessaire en équipements militaires, vêtements vivres, armes, munitions et médicaments, Voici sur ce papier le détail exact de tout ce que j'ai dépensé. Vous- verrez que les prix ont été fort, au-dessous de l'estimation que vous aviez faite. J'ai cru remplir vos intentions, mon pèi'e, en ne bénéficiant pas de ce rabais, mais au contraire en en profitant pour
l'embrassa avec effusion, et le fit asseoir augmenter la quantité des munitions, des
auprès de lui.
M. Hartmann aimait tendrement Lucien.
Cette tendresse le faisait passer sur bien des défauts du jeune homme et souvent il se le reprochait intérieurement comme une faiblesse.
— Eh bien ! lui demanda-t-il, te voilà donc de retour? Qu'as-tu fait? Comment les choses se sont-elles passées ? Es-tu satisfait de ton excursion? Parle, je veux tout savoir.
— Ne craignez-vous pas, mon père, répondit le jeune homme, que ce récit ne vous fatigue ! Il est trop tard; vous avez besoin de repos. Peut-être vaudrait- il mieux...
— Non, reprit le vieillard en souriant. Tu peux parler sans crainte, cher enfant; le coup qui m'a frappé a été rude, j'en conviens ; la douleur que j'ai éprouvée a été affreuse; un instant, je me suis senti brisé; mais, grâce à Dieu, la raison est venue à mon secours et, bien que la plaie soit toujours saignante, le courage m'est revenu, et avec le courage, la force, et surtout la résignation. Ainsi, je te le répète, Lucien, tu peux parler sans crainte de me fatiguer, d'autant plus qu'il est nécessaire que mes pensées, ne restent pas continuellement fixées sur le même sujet. Ne faùt-il pas que je donne le. change à mon chagrin ?
— Puisque vous le désirez, mon père, je vous dirai que, ainsi que cela a été convenu, je suis parti ce matin d'Altenheim pour me
vivres et des vêtements, et cela dans des proportions considérables.
— Tu as bien fait, Lucien ; en agissant ainsi, tu as parfaitement compris mes intentions. Allons, ajouta-t-il avec une gaieté douce, je vois avec plaisir que tu deviens un homme et que je puis avoir confiance en toi.
— On grandit avec les circonstances, mon père, et celles dans lesquelles nous nous trouvons sont tellement sérieuses qu'en quelques heures elles mûrissent un homme.
— J'aime à t'entend re parler ainsi, mon fils; mais dis-moi, n'as-tu rien appris de nouveau à Mutzig?
— Pardonnez-moi, mon père. Bien que les premiers coups de canon ne soient pas encore tirés, tout fait supposer qu'une bataille est imminente. Du reste, jusqu'à présent les troupes se concentrent et il n'y a eu encore que quelques reconnaissances poussées de part et d'autre. Voici ce que j'ai appris de positif : Le 26 juillet, il y a six jours par conséquent, le comte de Zeppelin, officier d'état-major wurtembergeois, accompagné de trois officiers de dragons badois et de huit cavaliers, poussa une reconnaissance fort hardie par Lauterbourg jusqu'au-delà de Soultz. Cet officier d'état-major s'était laissé emporter trop loin. Ses chevaux étaient rendus de fatigue. Il fut contraint, bien à contre-cœur, de faire arrêter son détachement dans une ferme entre
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Fais ton devoir, (rèro; moi je saurai faire le mien. (Paye 136.)
"Wœrth et INiederbronn, afin de laisser souffler les chevaux. À peine les cavaliers avaientils mis pied à terre qu'ils furent surpris par une patrouille de chasseurs français que le général de Bernis, commandant la cavalerie, sur les indications reçues par les habitants, avait lancée à leur poursuite. La lutte fut vive ; le combat acharné ; les deux détachements étaient à peu près de la même force. Un des officiers badois, Anglais- de naissance, et quatre cavaliers furent tués ou blessés. Les deux autres officiers également blessés, et les
autres cavaliers, obligés de se rendre, furent emmenés au quartier général de Metz. Le comte de Zeppelin réussit seul à s'échapper.
Voilà ce que j'ai appris, mon père.
— Ce début n'est pas mauvais, mais ce n'est, comme tu le dis toi-même, qu'une reconnaissance.
— C'est vrai, mon père, mais remarquez que ce détachement ennemi a été complètement détniit. Cette nouvelle arrivée à Mutzig hier y a causé une grande émotion* Ce début, si minimes qu'en soient les ré-
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