‹ Le Baron FrederickChapitre 8 sur 50 · DÉS FLEURS · texte numérisé non relu

DÉS FLEURS

M. Philippe Hartmann jouissait d'une grande considération à Strasbourg.

La haute position qu'il occupait, position acquise par de longs labeurs ; la fondation de sa maison remontait aux premières aimées du xvii siècle, et depuis lors n'était jamais sorti de la famille. Son intégrité sévère, la pureté de ses mœurs, la largeur de ses idées et la vaste capacité de son intelligence en faisaient à juste titre un des citoyens les plus honorables et les plus honorés de la ville .

Il était président de la chambre de commerce^ conseiller municipal, et s'était fait, pour ainsi dire, le père de tous les pauvres de la ville, auxquels chaque année , non-seulement sans ostentation, mais presque en secret, il distribuait ou faisait distribuer par M mo Hartmann d'abondantes aumônes.

Sa maison était du petit nombre de celles qui avaient résisté à la démoralisation systématique du régime impérial. Elle avait conservé les anciennes coutumes et les mœurs sévères du vieux temps.

Les serviteurs se succédaient de père en

fils chez M. Hartmann. Ils se considéraient comme faisant partie de la famille.

Ils avaient vu naître les enfants, les avaient élevés. Onpouvait % compter de leur part sur un dévouement à toute épreuve, chose bien rare, hélas ! à l'époque où nous vivons .

Il en était de même des employés et ou vriers dans la fabrique et dans la maison.

M. Hartmann avait fait construire à ses frais un hospice où les ouvriers blessés ou malades étaient soignés avec le plus grand soin par le médecin spécialement attaché à la famille et par plusieurs sœurs bleues qui

rivalisaient de dévouement au lit des malades, qu'ils fussent catholiques ou protes tants.

Ainsi l'avait voulu M. Hartmann, bien qu'il appartînt à la religion catholique*

De plus, une maison de retraite avait été fondée pour les ouvriers de la fabrique que leur âge ou leurs infirmités rendaient inca-pables de travailler.

Leurs enfants étaient instruits gratuitement dans une école dont M" 10 Hartmann s'était réservé le patronage*

. Nous n'avons donc rien avancé de trop en affirmant que tous ceux qui dépendaient de cet homme généreux l'aimaient et le respecr taient comme un père.

La nouvelle du départ prochain du lieutenant Hartmann avait répandu une profonde tristesse dans la maison. Chacun se sentait le cœur serré de sombres pressentiments.

En effet, la situation politique se tendait de plus en plus.

Chacun comprenait à Strasbourg, etM. Hartmann, grâce à la position, qu'il occupait, voyait mieux que personne que l'horizon s'assom:brissait chaque jour davantage.

Le gouvernement impérial, contraint malgré lui de. donner aux populations dés libertés insuffisantes, avait eu recours pour re^tremper sa popularité de mauvais aloi au moyen toujours dangereux du plébiscite.

Ce plébiscite, bien qu'en apparence il eût donné une immense majorité dans les campagnes au gouvernement, grâce aux moyens de répression et surtout de corruption dont il disposait, avait misérablement échoué à Paris et dans toutes les grandes villes où les populations, plus éclairées* commençaient à apercevoir le gouffre creusé sous leurs pas par le scandaleux régime de l'empire, gouffre dans lequel la France était menacée de voir s'engloutir à la fois et sa fortune et sa prépondérance en Europe.

Tous les esprits sensés, et ils sont toujours nombreux en France, comprenaient qu'il ne

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