‹ Le Baron Hippolyte LarreyChapitre 13 sur 40 · M. GUYON · texte numérisé non relu

M. GUYON

MEMBRE DE l'iNSTITI'T

Messieurs,

Un des noms les plus illustres de la chirurgie française vient de s'éteindre avec le baron Félix- Hippolyte Larrey.

Le glorieux et lourd héritage dont il a su toujours être digne est maintenant transmis à ses confrères de l'armée. Et ceux qu'il n'a cessé de considérer comme siens, ceux qu'aux derniers jours de sa longue vie il appelait, comme dans le passé, ses camarades, ont voulu que leur chef, que leur maître vénéré et aimé, avant de rejoindre le corps du grand Larrey dans le caveau où il repose, vînt dormir près de son cœur, dans la chapelle qui renferme ce précieux dépôt, les premiers jours de l'éternel sommeil. Après celle douce veillée de la

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mort, c'est aux pieds de la statue du Père, dans cette cour du Val-de-Grâce, qu'ils rendent au Fils les honneurs qui lui sont dus.

La médecine militaire ne pouvait marquer par un plus émouvant hommage que le souvenir des deux Larrey lui appartient et qu'elle en prend la garde. Il est de ceux que les hommes destinés aux grands et douloureux devoirs ccnisidèrent comme leur patrimoine le plus enviable et conservent avec autant d'affection que de respect.

L'Académie des sciences, en déléguant un chirurgien pour prendre la parole en son nom, me permet de dire qu'elle s'associe à des sentiments que partage la chirurgie tout entière.

M. Larrey n'appartient pas seulement à la chirurgie par l'enseignement qu'il a fait comme professeur au Val-de-Gràce et comme agrégé de la Faculté de médecine de Paris, par ses nombreux travaux,, par de sages et savantes doctrines chirurgicales, par ses titres. Il a su se faire une place à part. Nul n'a eu, autant que lui, le sentiment de la dignité de notre profession et le respect de tout ce qui s'y rattache; nul n'aura été un gardien plus jaloux de nos prérogatives. C'est que sa belle vie, entièrement vécue dans le culte de son père, a été consacrée à ce que Larrey avait aimé et avait servi. Notre confrère plaça la chirurgie au premier rang des choses auxquelles il donnait tout son dévouement et conservait une inaltérable fidélité.

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Cette nature, où la bonté tenait une si grande place, qui avait les délicatesses du tact le plus parfait, qui obéisssait à toutes les convenances, était celle d'un homme de ferme caractère, sachant quand il le fallait montrer qu'il était prêt à toutes les résistances et demeurerait inflexible. Un sentiment très net de ce que l'on peut faire et de ce qui rie doit pas être l'empêcha toujours de laisser enfreindre un usage et, plus encore, de transiger avec l'injustice. En bien des circonstances, il eut l'autorité d'un véritable arbitre et parvint à se faire entendre; il a rendu ainsi de grands services.

Toujours présent aux séances de notre Académie, dont il a fait partie depuis 1867, son accueil affable, l'aimable et souriante expression de son aoble visage, resté jeune sous ses beaux clieveux blancs, témoignaient à ses confrères combien il aimait à se trouver au milieu d'eux. Mais le zèle avec lequel il prenait part à nos travaux, le soin avec lequel il écoutait, indiquaient aussi sûrement que le plaisir de rencontrer ses amis ne lui faisait pas oublier le devoir qu'il était venu accomplir.

A sa place, qui n'aura été inoccupée que pendant les quelques semaines où il lui était devenu impossible de résister au mal qui, depuis une année, nous révélait son grand âge, le vide de l'absence définitive se fera plus lourdement sentir qu'à toute autre.

Adieu, cher et très vénéré confrère. Vous avez montré que celui qui sait se souvenir des exemples

qu'il a reçus, et toujours respecter ceux qui les lui ont donnés, est à la hauteur de tous les devoirs. Vous les avez remplis de telle sorte que vous avez à votre tour imposé le respect et conquis l'affection ; aussi, malgré votre modestie, le sentiment de tous vous a donné, près de votre modèle, la place à laquelle vous n'avez jamais songé à prétendre. Votre belle vie nous vaut ce grand enseignement et nous laisse de beaux exemples. Elle nous apprend comment on peut imiter ceux qui ont illustré leur profession et leur pays; elle prouve qu'alors même que l'on est le fils du héros qui mérita d'être appelé l'homme le plus vertueux de son temps, il est encore possible d'ajouter à l'influence d'une pareille mémoire. Aussi avons-nous la consolation de sentir que notre dernier adieu ne peut être notre dernier souvenir.

DISCOURS

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