M. LE PROFESSEUR GUYON
MEMBRE DE I.'lNSTITUT (ACADÉMIE DES SCIENCBS)
Monsieur i.e Gouverneur,
Au nom du Comité de souscription, j'ai riionnèur de vous remettre le monument que les confrères, les collègues et les amis du Baron Hippolyte Larrey, lui ont fait élever pour perpétuer sa mémoire.
Nous vous remercions, Monsieur le Gouverneur, d'avoir bien voulu présider cette cérémonie, et nous sommes très reconnaissants à M. le Ministre de la Guerre de vous avoir délégué pour le représenter.
L'hommage rendu par cette haute marque de sa bienveillance et par votre présence, à l'une des illu-;trations de la médecine militaire est le meilleur encouragement que puissent recevoir tous ceux qui se consacrent à son service avec tant d'abnégation et de dévouement.
M. Larrey lui appartenait par ses origines. Les glorieux exemples de son père, les grands services qu'il avait rendus, lui indiqiiaient le chemin qu'il fallait suivre et lui désignaient le but de sa vie.
Le privilège de la naissance qui d'après Pascal, met un homme en passe d'être respecté dès 18 ou 20 ans, comme uc autre pourrait avoir mérité de l'être à 30, ne lui fut profitable qu'en lui permettant de mettre le prestige d'un grand nom au service de ceux auxquels sa vie fut indissolublement liée. Le bien des malades, la juste appréciation du rôle delà médecine militaire, la reconnaissance de ses droits furent le constant
objet de ses ambilicns. Il obéissait ainsi aux sentiments de vénération profonde et de tendre respect, que toujours il a gardés pour son père, comme à latieciion dévouée que lui inspiraient ceux que jusqu'à ses derniersjours il appelait : ses camarades.
Sous de telles influences, avec d'aussi nobles mobiles, M. Larrey devait accomplir de façon remarquable tous ses devoirs. Sa sollicitude pour les malades, la manière dont il comprit et exerça le Pr^ifessorat pendant de longues années au Val-de-Grâce ; son goût de l'érudition, ses nombreux travaux scientifiques, les encouragements aux chercheurs, aussi bien que ses actes dans les combats auxquels il lui fut donné d'assister, le conduisirent à la célébrité et lui valurent les honneurs les plus élevés et les plus légitimes.
Les qualités qui distinguaient M. Larrey lui ont d'ailleurs mérité d'autres satisfactions ; son àme délicate y étiiit particulièrement sensible, car elles lui permirent aussi de se rendre utile.
Elles ne furent pas en eilet étrangères à l'ascendant qu'il exerçait, à la considération si grande qui l'entourait. Siinple dans' ses manières, d'une exquise politesse, d'une bonne grâce et d'une mesure de Ion tout à fait naturelles, il avait le sentiment calme et modéré.
Ces dehors discrets et ces aimables façons cachaient une vive sensibilité et une réelle fermeté. Nous l'avons tous vu en donner bien des preuves, et l'histoire de sa vie livre sans peine le secret de tant de services et de l'impeccable dignité qu'il sut garder en toutes circonstances.
Son esprit resté jeune, nourri d'anecdotes et d'agréables propos, rempli de souvenirs de son temps, nullement fermé aux clioses du nôtre, donnait à son commerce journalier, mrme dans son extrême vieillesse, un agrément qui, à lui seul, eût suffi pour lui attacher intimement tous ceux qui ont eu le privilège de le bien connaître.
Je ne puis trop le redire cependant, M. Larrey appartenait avant tout et entièrement à la médecine militaire ; tdle fut et demeura l'objet de sa prédilection.
C'est bien ici, dans cet asile de toutes les souffrances de l'Armée, au sein de celte Ecole dans laquelle, sous la direciicm de leurs éminents maîtres, les jeunes générations apprennent à prévenir les maladies du soldat et à les combattre que devait s'élever le monument que nous inaugurons.
Un ^.'rand sculpteur (1) a reproduit dans sa vérité, la do ice, bienveillante et calme physionomie de l'un des hommes qui ont le mieux enseigné et le plus agi, pour obtenir que ceux
(l) M. Falguière.
qui sont appelés à défendre leur patrie puissent abriter dans un corps robuste et sain une âme virile et forte.
Ua architecte de grand lalent (1) qui porte un des noms les plus estimés du Corps de Santé, a su mettre complètement en valeur cette belle œuvre et donner ainsi à notre souvenir le pouvoir que nous voudrions lui voir exercer.
Lorsque les blessés et les malades rendus à la vie par les soins de nos confrères de l'armée viendront dans ces allées faire l'étape qui conduit de la convalescence à la guérison, ils auront sous les yeux le rayonnement de cette image.
Les élèves apprendront à quel point doivent être honorés ceux dont la passion est de combattre les souiïrances et dont le plus grand bonheur fut de vaincre la maladie. Ils sentiront combien puissante est la force de ceux qui se dévouent à leurs devoirs, ils liront avec une émotion plus profonde les paroles du Père de la Chirurj^ie franc ai e, qui fut aussi l'ancêtre de nos grands chirurgiens militaires et que M. l'Inspecteur Général (2) a fait graver sur les murs du Val-de-Grâce.
i Car je me suis trouvé en campagne, aux batailles, cscar- « mouches, assaults et sièges des villes et forteresses comme « i ay été aussi enclos es villes avec les assiégés, ayant charge « de traicter les blessez. Et Dieu sçait combien le iugement t d'un homme se parrait en cest exercice, ou le gain estant « esloigné, le seul h( nneur vous est proposé et l'amitié de tant f de braves soldats auxquels on sauve la vie. »
Ambroise Paré nous montre à toutes les pages de son œuvre, la haute idée qu'il se faisait de la mission du chirurgien; il pouvait mieux que personne faire l'éloge du désintéressement et dire à quel degré s'élèveiit au vis-à-vis d'eux mêmes et des autres, les hommes qui le mettent en pratique. Cette grande et rare vertu est restée celle de tous ceux qui appariiennent à l'armée. Elle suffirait, s'il en était besoin, pour la faire respecter et aimer.
(1) M. Diouis du Séjour.
(2) M. Dnjardin-Beaumetz.
DISCOURS
DK
M. LE MÉDECI.\-INSPECTEUR GÉ.\ÉRAL DUJARDI\-BEAUMETZ
PRÉSIDENT l'U COMITÉ TECHNKILE DE SANTÉ
Monsieur ie gouverneur,
Monsieur le président et me:>sieurs les membres de la
Commission, Messieurs,
C'est la seconde fois depuis la fin de l'année 189"i, qu'un solennel hommage est rendu dans cette Ecole à la mémoire du baron Hippolyte Larrey. Le souvenir est eucoré bien présent de cette louchante et grandiose cérémonie funèbre, au cours de laquelle le cercueil renfermant ses restes mortels ayant été descendu de la chapelle du Val-de-Grâce, dans la Cour d'honneur, au pied de la statue que la reconnaissance nationale a élevée à son illustre père, les représentants de l'Institut de France, de l'Académie et de la Faculté de médecine, de la Société de chirurgie, du Conseil d'hygiène publique et de salubrité, des sociétés de bienfaisance, ceux de l'Ecole du Val-de-Grâce et du Comité technique de sanié, entourés de la pompe militaire par laquelle l'Etat honore les funérailles des Grands-Officiers de la Légion d'honneur, ont célébré les éminonts services du fils en les associant à la glorieuse renommée du père; et l'on peut dire, maintenant que le temps a passé sur ces élopes, que le baron Hippolyie Larrey sera toujours jugé dans l'histoire de la médecine d'armée, tel qu'au lendemain de sa mort il apparaissait à chacun de nous, dans sa modestie, sa loyauté, son amour du bien public, l'imm^nsilé de son érudition, la sagesse de sa pratique chirurgicale, la
correction el l'urbanité de ses manières, la sérénité de son caractère, la dignité de sa personne qui fut celle de loule sa vie.
Nous le considérions depuis ]nnglemps comme un ancêtre, parce que, né dans les premières années de ce siècle, il était parvenu au sommet de la hiérarchie dans le moment où nous en montions à peine les premiers échelons, el il était comme M. le Médecin-Inspecteur Maillot, son prédécesseur à la présidence du Conseil de Sant^' des armées, l'objet de la vénéra-, tien des générations fuccessives des stagiaires venant se former à la pratique des devoirs professionnels et mililaiies, qu'il avait lui-même enseignés pendant de si longues années.
On a pu penser que, pour le fils du Chirurgien en chef de la garde impériale et de la Grande-Armée de 1812, la carrière avait été naturellement facile et rapide. Sans doute, le baron Hippolyte Larrey n'a point eu à lutter contre les difficultés que la pauvreté, si dure à la jeunesse, oppose à son généreux essor; mais pour qu'en sa personne son nom soutînt dignement l'éclat dont il était environné, ce fut à un travail incessant et opiniâtre qu'il dut la légitimité des premiers succès qui assurèrent son avenir. Les manuscrits qu'il a laissés témoignent du labeur prodigieux de sa première jeunesse; aussi avait-il, à trente deux ans, et dans le simple grade d'aidemajor, mérité d'être nommé à l'unanimité des suffrages, et après le plus brillant concours, professeur de pathologie chirurgicale à l'Ecole du Val-de-Grâce en 1841. Ce fut encore au concours qu'il obtint le titre de professeur agrégé pi es la Faculté de médecine de Paris, après avoir disputé cette nomination à des concurrents qui tous ont rendu leu-'nom célèbre dans la science : dire que parmi eux se trouvaient Sédillot et Mal^aigne, Lenoir et Huguier, suffit à faire l'éloge de leur heureux émule.
Formé par les enseignements paternels aux principes de la chirurf;ie d'armée, il avait saisi la première occasion de les mettre en pratique, et ce fui au siège de la citadelle d'Anvers qu'en 1832 il reçut le baptême du feu, en prodiguant ses soins, dans la tranchée même, aux hommes qui venaient d'y être frappés par les projectiles ennemis. Pendant cette campagne, il avait acquis pe:sonnellement l'expérience du service et du traitement des blessures de guerre; aussi se trouva-l-'l mieux que personne en situation de diriger avec autorité cette partie de l'instruction des sous-aides du Val-de-Gràce, el d'ajouter avec distinction son nom à ceux de ses honorables prédécesseurs dans le professorat.
L'Ecole du Val-de-Grâce n'a jamais eu, Messieurs, et ne pouvait avoir dans l'enseignement de l'art de guérir la mission complexe qui incombe aux Facultés de médecine. Fille de la
LE BARON LARRET 361
Révolution française, ^Ile a élé créée par le Comité de Salut public, en mai 1793, « dans l'inlért't de la science et de Thumanité, et plus spécialement du service de santé militaire, pour servir de Tnodèle aux institutions de ce genre. »
La nécessité de sa création était d'autant plus impérieuse que, dans ces quatorze armées que la République a l'ail surgir pour la défense de la pairie, les maladies épidémiques et le feu de l'ennemi faisaient de terribles ravages. La réquisition ne suffisait pas à combler les vides qui se produisaient parmi les officiers de santé; ils étaient tels qu'au rapport de Fourcioy à la Coiisliluli >n nationale 7 frimaire an III), « plus de 600 oftîc ciers de sanié avaient déjà péri au milieu et à la suite des « fonctions mêmes qu'ils exerçaient...» (1). La volonté du Comité de salut public élail que « les médecins et chirurgiens destinés aux armées fussent formés par des hommes que leurs talents, leur expérience et leurs succès dans la carrière appelaient à ces importantes fonctions. » Telle fut lori^ine du professorat dans cette Ecole du Val-de-Gfâce, aujourd'hui plus que centenaire. Je reprelte de ne pouvoir citer ici les noms de tous les hommes qui l'ont iliuslrée; sous ses formes et ses dénominations successives (Ecole de santé, Hôpital de perfectionnement, Ecole d'application du service de sanlé militaire), elle a toujours, depuis 1793, donné à ses élèves une instruction scientifique ei une éducation morale telle qu'ils fussent, c<imme l'a si justement et si heureusement dit le duc d'Orléans en 1842 : € des savants et des soKlats. »
Sans doute les jeunes gens qui prennent du service dans le Corps d.! santé militaire y sont poussés par une vocation naturelle, éprouvée et affermie au cours des éludes médicales si longues et si pénibles; mais, pas plus que le conscrit n'est 0 un soldai », bien qu'il ait en germe loules les qualités foncières qui lui pernultront de devenir un homme de guerre, le titre de docteur en médecine ne suffit pas a lui seul à faire de celui qui l'a conquis un médecin « militaire ». Sans doute, il a a[)pris à traiter individuellement des malades dans les conditions faciles qu'offrent les familles ou les hôpitaux : il ne sait pas comment on fait régner dans un casernement, dans un camp, dans une armée, c'est-à-dire dans une ((•Uoctivité composée d'éléments aussi variés que sont dissemblables les événements de cha<(ue jour, une hygiène suffisante ; il ne sait pas à quels signes on pressent don affirme l'éclosion prochaine ou imminente d'épidémies redoutables, comment on les pié-
(1) Le .Médecin-luspectcur-Général Coste évaluait à plus de deux mille le uomitre des officiers de sauté qui avaient péri aux armées de 1792 à 1801 : a quel chiUre leur uiorlalité ne s'esl-elle pas élevée peudant la période des guerres iucessantes de iSOf â 18151
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vient, commf nt on limite leurs ravages ; il ne sait pas comment, dans l'encombrement formidable qui, pendant et après les batailles et au cours des grandes épidémies, assiège les ambulances et les bôpitaux de campagne, on peut-dans les circonstances les plus difficiles, avec les ressources les plus restreintes, organiser d'urgence ces secours, que des esprits et des mains dressés par avance à parer à ces situations précaires peuvent seuls improviser, tout en inspirant aux malades, comme à leurs collaborateurs, sécurité et confiance. Il faut connaître les règ'ements qui sont la base du fonctionnement de chaque service, et le lien qui les met tous en harmonie pour le bien commun. Il faut enfin, pour se rendre, dans notre état, aussi utile à l'armée que l'occasion l'exige, il faut avoir trempé son corps et son âme aux sources vives qui donnent à l'armée elle-même sa discipline, son endurance et son courage. Ce n'est que dans nos écoles du Service de Santé de Lyon et du Val-de-Grâce, que nos jeunes adeptes peuvent, par l'enseignement de notre histoire, comprendre quels sont leurs devoirs envers le soldat que l'Etat confie à leur savoir et à leur probité scientifique ; ce n'est que dans nos écoles qu'ils peuvent s'initier à celte religion du dévouement à l'humanité et à la Patrie qui est la loi morale commune à tous les médecins militaires, qu'ils seivent dans les corps de troupe, les hôpitaux ou les ambulances, et dont la tradition est dans le Corps de Sarité aussi vieille, aussi vivace et aussi féconde que le sont dans nos forêts séculaires ces chênes majestueux à l'ombre desquels ont grandi tant de générations de nos vaillants ancêtres, et qui abritent encore la nôtre sous leur vigoureux et verdoyant feuillage.
M. le professeur Guyon vient de nous rappeler bien heureusement les touchantes et naïves paroles par lesquelles Ambroise Paré, réduit dans sa vieillesse à se défendre contre les atteintes de ses rivaux et les calomnies de ses détracteurs, et à se justifier d'avoir été le plus grand des chirurgiens d'armée de son temps et des siècles passés, caractérisait déjà en 1585 l'essence, la moralité et les consolations intimes de la Chirurgie militaire.
Ce n'est donc pas d'aujourd'hui seulement, Messieurs, que les médecins et les chirurgiens de l'armée sont l'objet d'attaques malveil'antes ou injustes. iMais aujourd'hui comme au temps d'Ambroise Paré, ils conservent leurs droits traditionnels et impérissables à l'amitié du soldat, à sa confiance affectueuse, à sa légitime reconnaissance, parce qu'à toutes les époques, en toutes circonstances, des steppes glacés du Nord aux climats brûlants de l'Extrême-Orient, sous le feu le plus terrible, comme dans les épidémies les plus meuitrières, il a trouvé dans le médecin qui partage ses dangers et sa mi-
sère un ami toujours secourable, soit que son art l'arrache à la mort, soit que son cœur soutienne son espérance ou le console à ses derniers moments.
Il est doux, dans les loisirs de la paix, et la splendeur d'une cérémonie telle que celle qui nous réunit autour de cette statue, de se souvenir de ce qu'est l'existence de l'officier de santé en campagne.
Comme l'a dit le poète :
ï 11 est doux de sourire
Aut poignants souvenirs qu'on pourr.iit oublier. ï
« Pour nous, disait Percy en 1792, il n'y a point de repos aux armées; nous y summes, comme l'a fait observer Vicq d'Azyr, les soldats de !ous les jours, de tous les moments, nous n'y quittons jamais le combat; les maladies, les blessures, l'insalubrité des lieux, l'inclémence des saisons, la contagion des épidémies sont pour nous des ennemis implacables et toujours renaissants; et dans cette pénible lutte où les dangers nous pressent de toutes parts, ce sont encore ceux que nous partageons avec les guerriers sur les ihamps de bataille que nous avons le moins à redouter. >
Ces dangers n'étaient pas alors et ne sont point aujourd'hui illusoires, si l'on en juge par le nombre considérable des Officiers de Sanlé blessés ou tués par le feu de l'ennemi dans nos dernières guerres: aussi le baron Percy, qui, comme Larrey,' n'avait, ainsi que le dit un de ses biographes, été blessé que trois fuis au cours de ses nombreuses campagnes de guerre, encourageait-il les jeunes sous-aides de 1811 à braver le trépas.
« Allez, leur disait-il, où la Patrie et l'humanité vous ap-
f>ellenl ; soyez-y toujours prêts à servir l'une et l'autre, et, s'il e faut, sachez imiter ceux de vos généreux compagnons qui, au même poste, sont morts martyrs de ce dévouement intrépide et magnanime qui est le vi'ritable acV: de foi des hommes de noire état. »
Voilà, Mpssieurs. les préceptes, voilà les exemples par lesquels, dans nos écoles du Service d»' San'é, on forme les jeunes médecins militaires à la pratique de leurs devoirs; aussi est-ce au Valde-Gtâce, origine commune de tous les Officiers de Santé, que nous avons voulu recueillir et conc' ntrer le souvenir des hommes q li, à toutes les époques, ont honoré notre service ; nous souvenant de celte belle pi usée de Cicéron :
« Optima bœreditas a patiibus traditur liheris, omnique palrimonio praîslantior, gloria viitulis rtrujnque gestarum. — Le meilleur héritage que les pères laissent à li-urs enfants, bien supérieure tout patrimoine, c'est la g'oire de leurs vertus f't de leurs actions, i
Les libéralités de MM. les ministres de la Guerre, des dons particuliers reçus avec non moins de reconnaissance nous ont permis-' de foncier le Musée historique du corps de santé dont le Val-de-Grâce est dépositaire. La personnalité du baron Hippolyte Larrey ne pouvait qu'y tenir une grande place ; sous l'ancien régime, il avait eu- le courage de défendre près de l'empereur Napoléon III le principe de l'assimilation de nos grades à ceux de la hiérarchie militaire, et le bonheur de voir ses elforts couronnés de succès. Lors de la discussion du pro et de loi portant autonomie du Service de Santé sous l'autorité du Gommandemeni, il a pris part, en sa qualité de membre du Corps législatif, aux délibérations de la Chambre des dépuiés, et il a prononcé, à cetle occasion, un discours mémorable qui a puissamment contribué à porter la conviction dans les esprits. Nous ne pouvons oublier que, de son vivant, la bibliothèque de rixole du Val-de-Grâce s'est enrichie de la multitude des ouvrages scientifiques dont il la gratifiait d'année en année; il lui a légué la totalité de ses livres de chiruigie qui constitue une collection aussi complète que rare de tout ce que l'art a produit de plus remarquable. La salle d honneur de notre Musée possède un grand nombre de tableaux et d'objets précieux dont sa fdle adoptive, accomplissant fidèlement et amplifiant ses intentions verbalement exprimées, lui a fait donation, les ajoutant spontanément aux legs constitué par le buste en marbre du baron Dominique Larrey, dû au ciseau de David (d'Angers), et par l'épée qu'un soir de bataille l'empereur Napoléon l^"", visitant les blessés, détacha de son propre baudrier et remit à Larrey pour remplacer celle que l'ennemi lui avait enlevée alors qu'au cours de la journée il avait envahi et pillé l'ambulance...
C'est cette même piété filiale qui a, depuis la mort du baron Hippolyte Larrey, assuré à l'Académie de médecine la fondation du « Prix de statistique », et ài'Académie des sciences celle du « Prix Larrey » desiiné à récompenser annuellement et à perpétuité les meilleurs travaux des médecins de l'armée et de la marine. Enfin, pourquoi ne pas rappeler ici que, dans la dernière année de sa vie, le baron Larrey a reçu, au Val-de- Grâce, à l'issue de l'inauguration du buste de Villemin, de la part des professeurs et des stagiaires rangés respectueusement sur son passage, un hommage auquel sa modestie tentait de se dérober, mais qu'elle a dû subir, tant nous étions heureux de le rendre au doyen vénéré du professorat dans nos écoles. M. Larrey nous rappelait alors, avec lémotion la plus communicative, combien il aimait ce Val-de-Gràce dans lequel il avait professé la chirurgie pendant vingt cl un ansconsécu'ifs : enseignement dont la durée est non seulement exceptionnelle, mais unique, dans une carrière aussi habituellement mouve-
mentée qu'est la nôtre et qui n'a point cessé quand M. Larrey a été appelé aux fonctions de médecin-chef de l'hôpital et à elles de sous-directeur de l'Ecole, dont il a été le premier titulaire. Il n'a pris fin que par sa promotion au grade de Médecin-Inspecteur. Aussi, rie même que son père avait désiré que son corps reposât dans les jardins de l'infirmerie des Invaliles [lour ne point êire séparé des intéressantes victimes de la guf-rre auxquelles il avait continué ses soins dans leur hôt'l, après av)ir partagé leursdangers au coursde 60 batailles rangées et de 400 combats — et de cinquanie-quatre années d'uil^e activité constante — a-t-il paru naturel de placer la statue du fils dans l'hôpital même du Val de-Grâce, au milieu des malades qui viennent encore, comme de son temps, y chercher le soulagement de leurs maux ou 1 1 guérison de leurs blessures.
L'œuvre magistrale de Fal^uière, rt^produisanl si heureusement sa physionomie et la distinction de sa personne, fera vivre à j im.iis dans le bronze, le souvenir de sa haute situalion tnilitaire et scientifique, ainsi que celui des services éminenis qu'il a rendus à la chirurgie et à l'armée par sa valeur professionnelle et sa bienfaisante activité.
Le corps de santé militaire auquel vous avez, mon Général, toujours témoi;.'né tant de sollicitude, vous remercie de l'honneur que vous lui faites, en présidant cette cérémonie et en procédant à la réception de celte statue élevée à l'un de ses membres; tout à l'heure, l'éminent directeur de cette Ecole vous priera de vouloir bit-n inaugurer cetie partie des cloîtres où sont réunies les images de crux des grands ministres qui ont été les premiers organisateurs du seivice de santé, et celles des médecins militaires qui ont acquis le plus de droits à nous servir de modèles. G est déjà beaucoup pour nos modestes moyens que d'avoir pu leur consacrer un buste; mais c'est ici le lieu et l'occasion d'exprimer le vœu de voir se dresser un jour dans cette enceinte les statues des grands hommes qui ont été les précurseurs ou les apôtres de la médecine et de la chirurgie d'armée. La grande âme des Larrey ne [irendia pas 'ombrage de voir les statues d'Ambroise Paré, de Percy, de Des Genetles s'élever à côté de la leur; le père avait été leur disciple, leur émnîe, et leur collègue, le fils a toujours professé pour eux la plus siicère admiration. Si, dès les premiers âges du monde, l'homme à éprouvé le besoin d'espérer en la résurrection des corps, le soulfie puissant qui émane des aelions comme des écrits des grands lidmmes nous donne la certitude de l'immortalité de la pensée. Ceux que j'ai cités nous ont laissé le meilleur d'eux-mêmes, délié de ses liens périssables ; nous le sentons toujours vivant au milieu de nous, planant sur nos destinées, éclairant et fécondant les
travaux inspirés aux médecins mi'itaires pour le bien des soldats blessés ou malades qui mettent en eux seuls leur espérance et leur ccn.olation dans la souffrance.
Inspirez-vous dé ces nobles ancêtres, jeunes ofticiers-élèves du Corps de Santé, qui êtes aujourd'hui témoins du solennel hommage rendu à la mémoire d j baron Hippolyte Larrey ; attachez-vous uni luement comme lui à servir la Patrie, à faire bénir l'exercice de votre art, à respecter le culte de la science, à vous donner tout entiers, en toutes circonstances, à la profession de dévouement, d'abnégation, d'énergie mo !este que vous avez librement clioisie; vous vous rendrez dignes ainsi île devenir, comme les Larrey, les médecins en chef d'autres grandes armées, et de recevoir, comme eux, au f >yer de la médecine militaire et dans l'hisloire, la consécration de cette gloire immortelle que la Patrie accorde à ceux qui par leur génie et leurs vertus ont bien mérité d'elle et de l'humanité.
DISCOURS