‹ Le Baron Nothomb. Deuxième partieChapitre 19 sur 41 · HH H · texte numérisé non relu

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siècles elle a passé de main en main, butin de toutes les guerres, épave de tous les naufrages. Si les rois avaient la mémoire du cœur, ils se seraient peut-être rappelé, en 1 81 5, que cette vieille terre est le berceau de leurs ancêtres, et n'auraient pas si dédaigneusement jeté en dot à la Hollande la patrie de Godefroid de Bouillon et de Charles- Quint. C'est une consolation pour moi de croire que la Belgique, une fois constituée, sera pleine de vitalité et d'avenir. Elle ne périra point, parce que c'est pour l'Europe une loi qu'elle ne périsse point. La question belge sera de jour en jour mieux comprise. Quel est l'homme, quelle est la nation dont le sort se fixe en un jour? Si des préjugés trop invétérés, des haines trop récentes, des défiances et des jalousies mutuelles ont empêché que la Belgique obtînt ce qui lui est peut-être indispensable pour qu'elle remplisse sa destination, ce qu'on lui refuse aujourd'hui, elle l'obtiendra, dans la suite, par le cours naturel des événements, et par cet enchaînement, cette génération d'idées dont le temps seul a le secret; elle se replacera par la force des choses dans ses conditions d'existence. En 1815, l'Angleterre eût pu, profitant de l'humiliation de la France, reprendre la Normandie et Calais ; elle aurait pu invoquer et les circonstances d'alors et d'anciens droits. Le fait était possible : mais quel est l'homme qui eût cru à la perpétuité du fait?

Comme Belge, j'ai quelque foi en l'avenir. Le jour de la réparation se lèvera pour nous, et tous les enfants de la famille belge se réuniront de nouveau.

Comme Luxembourgeois, je gémis ; mais, dans les circonstances où nous sommes, une considération me frappe. Cette province est dégarnie de troupes; le Gouvernement ne peut y envoyer de corps d'armée. Mes commettants m'ont recommandé de ne pas les exposer à une occupation militaire : le rejet du traité n'aurait-il pas cet effet ? Et pour cela il ne faudrait pas un si grand déploiement de forces : mille hommes, sortis de la forteresse de Luxembourg, feraient impunément une promenade militaire dans la partie allemande. Le prestige révolutionnaire n'est plus là pour nous défendre au défaut d'armée.

Messieurs, je vous ai dit mes douleurs, mes opinions, mes doutes et mes craintes : vous connaissez ma position ; je ne me dissimule pas la ..vôtre, J.e suis partie k et vous êtesJe Iribunal appelé à prononcer sur le 26oct. 1831.

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sort du Luxembourg ; je vous ai dit moi-même quelles étaient les causes supérieures qui lient votre volonté.

Je termine en vous recommandant mes malheureux compatriotes, et surtout les fonctionnaires publics qui se sont compromis : ils ont tout fait pour être Belges ; mais l'Europe a consulté ses intérêts et non leurs vœux. Vous avez contracté une dette envers eux, et je viens vous le rappeler. Pendant dix mois ils ont résisté avec un admirable courage à toutes les suggestions, à toutes les menaces. Je souhaite que la portion du Luxembourg détachée de la patrie belge soit heureuse, et que les hommes en petit nombre, qui se sont chargés, dans l'intérieur de la forteresse, de représenter la cause du roi Guillaume, jouissent de ce bonheur. J'oublie leurs injures, leurs persécutions, leurs appels à l'étranger, tant de fois et si vainement renouvelés, et cette joie infernale qu'ils ont ressentie à la nouvelle des désastres de Varsovie. J'oublie tout cela, et je prie mes compatriotes de l'oublier.

CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS

Sur la marche de la diplomatie belge depuis le commencement de la révolution.

Les vingt-quatre articles, acceptés par le Gouvernement belge, furent convertis le 15 novembre 1831, malgré le refus du cabinet de la Haye, en un traité direct entre la Belgique et chacune des

cinq cours.

Les ratifications de ce traité devaient être échangées dans les deux mois, c'est-à-dire au plus tard le 15 janvier 1852.

Les explications provoquées par le roi Guillaume à Londres et les démarches faites près des trois cours du Nord, a.nsi que la non-solution de la question des forteresses, engagèrent la Conférence à proroger le terme du 15 au 51 janvier.

Ce jour-là, les plénipotentiaires d'Autriche, de Prusse et de Russie n'ayant point encore reçu les ordres de leurs cours, ceux de France et de la Grande-Bretagne procédèrent à l'échange des ratifications avec le plénipotentiaire de Belgique, et il fut déclare que le protocole serait tenu ouvert.

Ces retards inattendus, contraires à tous les précédents diplo-

8 mars 4832.

DIPLOMATIE BELGE

matiques, plaçaient le Gouvernement belge dans la position la plus pénible; les interpellations se succe'daient dans l'une et l'autre Chambre.

Dans la se'ance du 9 février, M. Nothomb soutint que l'échange des ratifications avec la France et la Grande-Bretagne consacrait un important résultat ; dans la séance du 8 mars , au sujet de la discussion générale des budgets, il retraça la marche de la diplomatie belge depuis le commencement de la révolution; c'était pour la première fois que cette marche était exposée dans son ensemble.

DISCOURS DE M. NOTHOMB

Messieurs, en France, avant la révolution de juillet, et dans l'ancien royaume des Pays-Bas, les membres des deux chambres étaient réduits à se servir de la présentation du budget, comme d'un prétexte pour soulever des questions de politique générale, et pour obtenir des éclaircissements sur la marche du Gouvernement. Cette nécessité n'existe plus. Il est permis à chacun de nous de provoquer ces éclaircissements, d'agiter ces questions, en interpellant les ministres ; et il me semblait que nous avions assez largement usé de ce droit. Je ne m'attendais donc guère à voir se renouveler des débats que je croyais épuisés ou du moins ajournés pour quelque temps. Si, maintenant que la discussion est rouverte, j'essaie de répondre à quelques orateurs, c'est que leurs discours me paraissent avoir besoin d'une réfutation, surtout hors de cette enceinte; que leurs discours exagèrent, selon moi, ce que notre état peut avoir de critique; qu'ils sont propres à accréditer des opinions erronées, à faire mépriser l'ordre actuel, à désenchanter l'imagination publique, et à seconder ainsi, contre les intentions de leurs honorables auteurs, les desseins de nos ennemis. Ces orateurs nous ont successivement exposé la situation intérieure et la situation extérieure du pays; ils ont dépeint l'une et l'autre sous des couleurs bien sombres ; ils vous ont montré, dans le passé, la honte, dans l'avenir, l'impossibilité de solution ; ils vous ont montré le Gouvernement faible et incertain au-dedans, faible et incertain au-dehors. C'est 8 mars 1832.

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