‹ Le Baron Nothomb. Deuxième partieChapitre 31 sur 41 · SÉANCE DU 24 DECEMBRE · texte numérisé non relu

SÉANCE DU 24 DECEMBRE

Sur l'état de la question hollando-belge, à l'occasion du retour de lord Wellington aux affaires.

A la suite de la convention du 21 mai 1833 la conférence s'e'tait reconstitue'e pour ouvrir une négociation sous ses auspices entre la Belgique et la Hollande.

Voici quelle e'tait la position des deux parties.

Les conse'quences de la convention re'cente du 21 mai ne pouvaient encore être appréciées ni à la Haye en ce qu'elles avaient de défavorable à la Hollande, ni à Bruxelles en ce qu'elles avaient de favorable à la Belgique : cette appréciation ne pouvait être que l'œuvre du temps.

Le cabinet néerlandais croyait pouvoir compter sur l'avenir.

Le cabinet belge n'était point rassuré sur l'avenir.

Le cabinet de la Haye n'était donc point décidé à faire des concessions.

Le cabinet de Bruxelles était disposé à admettre quelques modifications.

Dans cet état de choses, on pouvait s'attendre à voir la négo- 24 déc. 1834.

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dation sans résultat; mais il fallait que ce fût par le fait du gouvernement néerlandais.

C'est, en effet, ce qui arriva.

Le cabinet de la Haye ayant désiré que la partie du Limbourg considérée comme substituée au Luxembourg wallon, fût néanmoins acquise à la Hollande, se chargea d'obtenir une adhésion dans ce sens de la Diète de Francfort et de la maison de Nassau ; en septembre 1853 la conférence suspendit la négociation pour laisser au gouvernement néerlandais le temps de faire les démarches nécessaires.

Ces démarches n'avaient point encore amené de résultat à l'époque du changement ministériel survenu si subitement en Angleterre en octobre 1854.

On s'exagéra la portée de cet événement.

Ce qu'on craignait, ce n'était pas l'exécution du traité du 15 novembre 1831, mais son annulation ou sa révision dans un sens défavorable aux intérêts belges ; on crut nécessaire de renforcer les armements.

Dans la discussion qui s'éleva à ce sujet, à l'occasion du budget de la guerre, M. Nolhomb s'attacha à démontrer que le nouveau ministère anglais était dans l'impossibilité de regarder comme non avenu le traité du 15 novembre, constitutif du royaume de Belgique.

DISCOURS DE M. NOTHOMB

Lorsque l'événement qui vient de se réaliser dans un pays voisin fut annoncé il y a un mois et demi, les esprits durent involontairement se reporter en arrière de quatre ans ; on dut se rappeler que la révolution belge a pris son essor au bruit pour ainsi dire de la chute du ministère Wellington, et se demander ce qui serait advenu d'elle si ce cabinet avait pu se maintenir à cette époque. L'on s'est complu dans cette hypothèse comme si tout ce qui comble le grand intervalle de 1830 à 1834 était non avenu. Ce n'est pas à cette supposition qu'il faut 24 déc. 4834.

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s'arrêter. Tous les événements qui se sont accomplis depuis novembre 1830 étant donnés, de quelle influence peut être la résurrection du ministère que nous avions vu mourir ? Ainsi faut-il poser la question ; et ainsi posée, elle se présente sous un tout autre point de vue. L'alliance de l'Angleterre et de la France ne se serait peut-être pas formée, le royaume de Belgique ne se serait peut-être pas constitué, ou se serait constitué sous d'autres conditions ; mais cette alliance existe, sanctionnée par une convention irrévocable ; la Belgique existe, et sa nationalité est écrite dans le droit public de l'Europe ; est-ce à dire maintenant que l'alliance anglo-française va se rompre,' le royaume belge disparaître ? Avant d'aller plus loin, qu'une réflexion me soit permise ; les adversaires que nous combattons habituellement ont longtemps nié l'existence de l'alliance anglo-française, longtemps nié l'efficacité de cette alliance qui, suivant nous, assure à l'Occident de l'Europe la suprématie politique ; cette alliance parait compromise un jour, et voilà que les mêmes hommes annoncent à l'Europe les plus grandes calamités. Tardif, mais éclatant hommage rendu à un système trop longtemps méconnu.

L'honorable préopinant (M. Gendebien) vous a fait part de ses prévisions ; je sais, et il a eu soin de vous le dire, qu'il y a de grands dangers à se livrer à des conjectures, à aventurer des prophéties. Je m'en suis toujours abstenu, m'attachant aux actes. 11 me paraît d'abord avoir méconnu le sens des traités de 18-15 et celui du traité du 15 novembre 1831 ; il vous a présenté les traités de 1815 comme détruits par le traité du 15 novembre. Ils n'ont été, messieurs, que modifiés par cet acte ; l'esprit en a été respecté, et je le prouverai à l'évidence tout'à l'heure ; cette modification s'est faite en 1831 de commun accord par les parties contractantes de 1815. Le nouveau ministère anglais, dit le préopinant, veut le maintien des traités de 1815, or le traité du 15 novembre anéantit ces traités. Je dis au contraire que le système territorial des traités de 1 81 5, le système de non-réunion de la Belgique à la France, est maintenu ; que dans ce sens on peut vouloir à la fois les traités de 1815 elle traité de novembre 1831. C'est ainsi que je résume ce qu'on a fait en diplomatie depuis 1830.

L'honorable préopinant a cherché quelles pouvaient être les intentions des hommes d'État qui composent le nouveau cabinet, et il vous 24 déc. 4834.

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a rappelé leurs discours. A ces discours plus ou moins fugitifs, j'ai des actes d'un caractère plus permanent à opposer. Ces actes sont aujourd'hui publics ; je les extrais d'un recueil qui se trouve dans la bibliothèque de cette Chambre. Je prouverai qu'avant sa chute le ministère avait adopté la voie des négociations où l'on est resté, qu'il ne peut donc être tenté aujourd'hui, comme le présume le préopinant, de 'revenir au système de guerre, qu'il a rejeté dès novembre 1830.

Le ministère anglais a résigné ses pouvoirs le 15 novembre 1830, et a de fait cessé ses fonctions le 18 novembre ; il avait posé plusieurs actes très-importants.

La première note adressée par le gouvernement hollandais au gouvernement britannique porte la date du 5 octobre 1830 ; il importe d'en rappeler les conclusions pour savoir jusqu'à quel point le ministère d'alors y a satisfait. L'ambassadeur des Pays-Bas, M. Falck, après avoir fait un récit assez étendu des événements qui avaient précédé les journées de septembre, terminait en ces termes : « Je suis chargé de prier Y. E. de vouloir porter cet exposé fidèle de la situation actuelle de la Belgique à la connaissance deson auguste souverain, qui, ma cour ose l'espérer, ne se refusera pas à l'accueillir avec faveur et à lui consacrer l'attention que mérite l'importance de la matière. Et comme l'assistance des alliés du Roi pourra seule rétablir la tranquillité dans les provinces méridionales des Pays-Bas, j'ai en même temps reçu l'ordre de demander qu'il plaise à Sa Majesté Britannique de commander à cette fin l'envoi immédiat du nombre nécessaire de troupes dans les provinces méridionales des Pays-Bas, dont l'arrivée retardée pourrait gravement compromettre les intérêts de ces provinces et ceux de l'Europe entière. »

On mit peu d'empressement à répondre à cette communication ; lord Aberdeen, alors ministre des affaires étrangères, laissa s'écouler douze jours ; sa note porte la date du 17 octobre; elle est en anglais, je n'en ai pas de traduction sous les yeux ; je me bornerai à l'analyser. Lord Aberdeen refuse l'envoi d'une armée comme tardif, et se contente d'annoncer l'ouverture de conférences diplomatiques, en ajoutant qu'on aura par-dessus tout en vue le maintien de la paix générale ; il ne dit pas : de l'intégrité du royaume des Pays-Bas.

Le 21 octobre M. Falck accusa réception de la réponse de lord Aber- 24 déc. 4834. 8

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deen, en manifestant ses regrets du refus des secours militaires et ses doutes sur l'efficacité des moyens diplomatiques : « Mon gouvernement regrettera sans doute d'apprendre, dit-il, que cette demande n'a pu être accueillie avec la promptitude que paraissait réclamer l'étendue du mal, et l'urgence du danger dont il menace la tranquillité générale de l'Europe.... Le Roi, mon maître, persuadé comme il l'est de la sincérité'des sentiments analogues qui animent ses autres alliés, pourrait attendre avec une entière sécurité le résultat des délibérations communes auxquelles vous m'annoncez, M. le Comte, que la cour de France a été invitée à prendre part, si le caractère de l'insurrection, qui a si inopinément éclaté dans ses États permettait de compter sur quelque retour à la modération et à la sagesse chez ceux que la crédulité du peuple a mis à même de s'emparer momentanément du pouvoir. » Désespérant d'obtenir de l'Angleterre des secours militaires et craignant une agression de la part des Belges contre la Hollande, M. Falck prie lord Aberdeen de solliciter un armistice « durant lequel les choses resteront de part et d'autre sur le pied actuel, et qui ne finira que pour être remplacé par les nouveaux arrangements dont on sera eonvenu dans l'intervalle. Une telle délaration, ajoute M. Falck, qui sera reçue avec reconnaissance par le gouvernement que je représente, etc., etc. »

Résumons ces premiers actes.

L'ambassadeur du roi Guillaume s'adresse au ministère Wellington pour réclamer l'envoi d'une armée anglaise en Belgique.

Le ministère Wellington refuse tout secours militaire, etannoace des conférences diplomatiques dont l'objet sera avant tout le maintien de la paix générale.

L'ambassadeur du roi Guillaume manifeste ses regrets du refus des secours militaires et ses craintes sur les suites des moyens purement diplomatiques ; redoutant d'ailleurs une agression de la Belgique et avouant l'impuissance de la Hollande, il se voit réduit à implorer un armistice.

Ainsi, avant la formation du ministère Grey, le gouvernement britannique avait déjà abandonné le roi Guillaume.

il est vrai que la révolution belge était blâmée dans le discours d'ouverture du Parlement, mais à cette occasion encore lord Wellington < 24 déc. 1834.

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eut soin de réitérer le refus de tout secours militaire : « Je puis assurer la Chambre, disait-il le 2 novembre 1830, qu'il n'y a pas de la part des ministres de Sa Majesté, non plus que de celle d'aucune puissance quelconque, la moindre intention d'intervenir par la voie des armes dans les affairés des Pays-Bas. Le vœu de ce pays et de toutes les autres parties intéressées est de terminer le débat par des négociations, et par des négociations seulement. »

Pour définir notre position politique je n'ai besoin de recourir à aucune conjecture ; je pourrai me borner à donner lecture de la note remise à la conférence de Londres, sous la date du 28 septembre 1833, par les plénipotentiaires belges MM. Goblet et Van de Weyer et dont cette Chambre a ordonné l'impression dans la séance du 4 octobre ; note qui constate les causes de la suspension des négociations et les conditions auxquelles la reprise en est subordonnée. 11 n'est survenu aucun acte qui ait pu changer cet état de choses, ainsi constaté par les plénipotentiaires belges de concert avec la conférence de Londres ; la Hollande n'est point parvenue à se disculper de ses torts, ni à se libérer de ses engagements. La résolution par laquelle la conférence a, en septembre 1833, clos les négociations, en mettant des conditions à leur réouverture, est un acte dont l'importance n'est point assez appréciée; c'est une erreur de ne consulter que la convention du 21 mai pour définir l'état de la question belge; l'art. 5 de cette convention nous ferait un devoir de concourir immédiatement aux négociations ayant pour objet un arrangement définitif direct avec la Hollande, si la conférence à l'unanimité n'avait, en septembre 1833, subordonné la reprise de ces négociations à certaines conditions dont l'accomplissement préalable est aujourd'hui nécessaire. Ainsi l'art. 5 de la convention du 21 mai est en quelque sorte modifié dans son exécution par la déclaration de la conférence de septembre 1833. Vous savez que ces conditions consistent dans la production du consentement de la Diète germanique et des agnats de la maison de Nassau à la cession ou à l'échange du Luxembourg wallon.

Je suis ainsi amené, messieurs, à vous entretenir de la question du

Luxembourg ; je ne partage pas les prévisions du préopinant. A ces

prévisions, j'ai à opposer quelques considérations politiques qui me sont

personnelles, il est vrai, mais qui ne me semblent pas sans quelque

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importance ; je crois aujourd'hui pouvoir les émettre sans danger.

Chacun sait qu'il existe une corrélation intime entre la question du Luxembourg et celle du Limbourg. Je dis que la Confédération germanique n'a aucun intérêt à anéantir les arrangements territoriaux arrêtés par la conférence de Londres ; or, nier la corrélation que j'indique serait frapper ces arrangements dans leur ensemble. La Confédération germanique, il faut bien l'avouer, acquiert politiquement et militairement plus qu'elle ne perd. En cédant à la Belgique la partie méridionale du grand-duché de Luxembourg, elle conserve la position militaire que continue à lui assurer la possession de la partie septentrionale de cette province ; elle conserve la forteresse de Luxembourg et la rive gauche de la Moselle ; elle reste voisine de la France dans une des parties les plus vulnérables de ce royaume. Dans le Limbours la Confédération germanique obtient, en retour de ce qu'elle cède dans le grand-duché, une position militaire sur la Meuse. Ainsi, la Confédération conserve la position militaire qu'elle avait dans le Luxembourg, elle acquiert de plus une position militaire dans le Limbourg ; elle perd Bouillon, mais acquiert Burem'ondc qu'elle pourra peut-être fortifier ; elle quitte la petite rivière de la Semoy pour se placer sur la Meuse.

Mais objectera-t-on, on niera toute corrélation, on exigera l'abandon en entier du Luxembourg, et on ne fera aucune restitution dans le Limbourg. Cette supposition est inadmissible. La logique et la justice la repoussent également. On ne peut rien reprendre à la Belgique dans le Luxembourg sans lui rendre l'équivalent dans le Limbourg.

Prétendra-t-on que la Confédération a intérêt à annuler les arrangements territoriaux pour éviter qu'il soit porté atteinte aux statuts fédéraux. L'abandon gratuit de la partie méridionale du Grand-Duché pourrait paraître jusqu'à un certain point contraire à la constitution fédérale de l'Allemagne ; mais qu'on le remarque bien, il ne s'agit pas dabandon gratuit, d'une dépossession sans dédommagement. Aux termes du traité du 15 novembre, c'est d'un échange qu'il s'agit ; or, certainement ce n'est pas violer les statuts fédéraux que d'accepter, de sanctionner un échange, selon moi, avantageux à l'Allemagne. Un propriétaire qui fait un échange avantageux ne méconnaît pas son droit de propriété ; il l'exerce utilement.

Je vais plus loin ; je soutiens que si la Belgique disait : je renonce 24 déc. 1834.

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au Luxembourg entier, mais je veux reprendre dans le Limbourg tout ce que le stalus quo de 1790 n'assure pas à la Hollande comme représentant de la république des Provinces-Unies ; cette offre de la Belgique serait rejetée. Jusqu'à ce que la Belgique indépendante ait donné par une longue vie politique des gages à l'Europe, il faut, dit-on, car je continue à raisonner dans le sens de ceux qui défendent le droit public général, il faut que la rive droite de la Meuse reste confiée soit à l'Allemagne, soit à la Hollande; le royaume belge sera une première barrière contre la France, le grand-duché de Luxembourg qui subsiste, quoique restreint dans ses limites, et la rive droite de la Meuse, constitueront une seconde barrière ; si la rive droite de la Meuse était dès à présent livrée à la Belgique, l'Allemagne serait prématurément à découvert de ce côté. Vous voyez comment, par la modification faite aux traités de 1815 le 15 novembre 1831, on est parvenu à maintenir le système politique de ces traités.

La partie méridionale de l'ancien royaume des Pays-Bas s'appuyait sur trois rivières : l'Escaut, la Moselle et la Meuse; aux embouchures de l'Escaut, cet État faisait face à l'Angleterre; sur la Moselle et la Meuse, à l'Allemagne. Aucune de ces positions, il faut bien en convenir, n'est restée au nouveau royaume de Belgique. Ceux qui ont constitué le nouvel État se sont dit, dans leur pensée intime, que, dans les circonstances présentes, l'intérêt anglais exigeait que la Belgique ne possédât pas la rive gauche de l'Escaut; que l'intérêt allemand exigeait qu'elle ne s'étendit pas jusqu'à la rive gauche de la Moselle et qu'elle ne coaservât pas la rive droite de la Meuse. La nature assigne à la Belgique ces trois positioEis militaires , nous pourrions à notre tour nous créer un système de limites naturelles et soutenir que la Belgique doit s'appuyer sur les deux rives de l'Escaut et de la Meuse et s'étendre jusqu'à la Moselle ; la politique européenne, le système militaire de l'Europe en a disposé autrement. L'idée fondamentale du traité du 1 5 novembre, c'est de priver la Belgique de la triple position militaire de l'Escaut, de la Meuse et de la Moselle ; il est vrai que la ligne a été tirée au hasard dans le Luxembourg, mais l'idée fondamentale n'est pas due au hasard, et aucun homme d'État, j'ose le dire, ne la désavouera ni en Angleterre ni en Allemagne.

Ce n'est pas à dire cependant que la Belgique écartée de la Moselle, 24 déc. 1834.

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dépossédée de la rive droite de la Meuse, et éloignée des embouchures de l'Escaut soit sans existence militaire ; la Meuse la traverse sur une étendue de vingt lieues de Dinant à Visé, et pour conquérir la Belgique, c'est de cette partie du territoire qu'il faut s'assurer : c'est ce qu'ont essayé tous les généraux français qui, dans les deux siècles précédents, ont tenté cette conquête ; c'est en quelque sorte une tradition militaire en France, tradition à laquelle a été fidèle le maréchal de Saxe, sous Louis XV, comme Dumouriez sous la Convention. H reste à élever dans le Nord une ligne défensive contre la Hollande : là est la véritable question militaire pour le nouvel État belge, et nous devons savoir gré au ministère de l'avoir posée dans le discours d'ouverture.

Ainsi, en résumé, il y a au fond des arrangements territoriaux une combinaison politique qu'il est de l'intérêt de l'Allemagne aussi bien que de l'Angleterre de maintenir. Si ces arrangements sont sanctionnés, c'est qu'il est de l'intérêt bien entendu, non de la Belgique, mais de l'Europe, qu'ils le soient : l'intérêt européen, qu'il est impossible de méconnaître, est ici ma garantie ; et cette garantie est très-forte à mes yeux.

Je suis donc sans inquiétude sur l'irrévocabilité des arrangements territoriaux; mais je veux aller plus loin : nous ne sommes tenus à l'évacuation que lorsqu'il sera intervenu un traité direct et définitif avec la Hollande; on nous proposera peut-être d'abandonner, avant la conclusion de ce traité, le Luxembourg allemand, en nous garantissant éventuellement la possession de fait du Luxembourg wallon ; cet abandon serait prématuré; il y aurait altération du status quo territorial ; ce serait tomber dans un piège qu'il est possible au gouvernement d'éviter. Il ne doit y avoir que deux modes d'existence politique pour la Belgique : la prolongation indéfinie du status quo actuel, sans aucune altération, ou bien l'état définitif résultant d'un traité direct avec la Hollande. On ne peut créer un État intermédiaire entre le status quo actuel et l'État définitif à venir. Le ministère précédent a été assez heureux pour conclure la convention du 21 mai et pour en assurer pendant quatorze mois la paisible jouissance au pays; je souhaite le même bonheur au ministère qui l'a remplacé. Loin de supposer que le ministère actuel puisse concevoir la pensée de changer le système de politique extérieure, j'aime à me persuader qu'il fera consister sa gloire à le préserver de toute atteinte. 24 déc. 4834.

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Je crois vous avoir démontré par des actes que les puissances n'ont aucun intérêt à détruire les arrangements territoriaux ; je crois aussi vous avoir prouvé par des actes que le ministère anglais, au moment de sa chute, en novembre 1830, n'était pas si éloigné qu'on le suppose du système qui a été suivi relativement à la révolution belge ; aussi la chute de ce cabinet est moins due à la sortie qu'il avait cru devoir se permettre contre le caractère de cette révolution, qu'au refus de toute réforme électorale, refus formellement exprimé dans le discours d'ouverture. Je renvoie aux débats qui ont précédé la retraite de ce cabinet et l'avènement du ministère Grey.

Les antécédents du ministère Wellington n'ont donc pas ce caractère prononcé d'hostilité qu'on leur attribue généralement ; le ministère Grey en arrivant aux affaires, en novembre 1830, trouva un principe arrêté qu'il n'a fait que suivre, en subissant les circonstances qui se sont développées depuis et auxquelles le ministère Wellington n'aurait peut-être pu se soustraire lui-même ; résoudre la question belge-hollandaise, par la voie des négociations, en considérante maintien de la paix européenne comme le but principal, les intérêts dynastiques de la maison de Nassau comme un objet secondaire. Lord Palmerston a souvent fait la remarque dans ses discours, que les trois premiers protocoles sont signés par lord Aberdeetl et qu'ils ont servi d'introduction à tout ce qui s'est fait depuis.

Le ministère anglais est en présence de deux faits accomplis, l'un au dehors, l'autre à l'intérieur, deux faits qu'il ne pourrait détruire que par des moyens devant l'emploi desquels il reculera : l'an de ces faits est la réforme politique, l'autre l'établissement d'un royaume belge. Entreprendre de détruire le fait de la réforme, c'est exposer l'Angleterre à la guerre civile et à une révolution ; entreprendre de détruire le fait de l'existence du royaume de Belgique, c'est exposer l'Angleterre à une rupture avec la France et à une guerre continentale. Or, les hommes sensés de tous les partis en Angleterre s'accordent à ne vouloir ni guerre civile, ni guerre continentale; l'honorable préopinant en convient avec moi; c'est désormais une loi pour tout ministère en Angleterre de s'abstenir de toute tentative qui pourrait amener l'un ou l'autre de ces fléaux. Nous ne pouvons assez insister sur ce double point de départ : anéantissement de la réforme, c'est la guerre civile ; 24 déc. 1834.

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aneant.ssement de la monarchie belge, c'est la guerre continentale Or quelles que soient les sympathies et les antécédents de lord Wellington et de ses amis, ils ne voudront ni de l'un ni de l'autre de ces résultats; ils soustrairont leurs noms historiques à une si terrible responsabilité. C'est la deuxième fois que le duc de Wellington est mis a 1 épreuve; en 1827 nous l'avons vu accomplir l'émancipation catholique recueillant pour ainsi dire la dernière pensée qu'avait exhalée la grande âme de Canning; c'est que l'émancipation catholique était devenue un fait inévitable ; il s'est chargé de le poser en le limitant Aujourdhui il n'a pas de fait nouveau à poser, il trouve deux faits accomplis quil doit respecter et qu'il ne peut chercher qu'à régulariser. 1 ternirait sa gloire militaire si, par une imprudence politique il allait renouveler en Europe une lutte à laquelle, il y a dix-neuf ans' il a contribué à mettre un terme dans les champs de Waterloo

S, je cherche ainsi à atténuer les effets des mutations ministérielles qui s opèrent en Angleterre, ce n'est pas que je ne déplore la retraite de 1 ancien cabinet, ef surtout de lord Palmerston, l'homme qui peut-être en Angleterre connaît le mieux ce qu'on peut appeler la partie technique des négociations. J'ose le dire, dès à présent, la Belgique comptera un jour cet homme d'État au nombre des fondateurs de son indépendance. Ce n'est pas non plus que j'attende du cabinet nouveau la même bienveillance, la même sympathie; mais je ne veux rien exagérer, et je n'accorde pas aux questions de personnes plus d'importance que ne comportent les faits. Le gouvernement belge se maintiendra-t-il dans la position prise en septembre 1833? Là est toute la question de principe, et il faut par notre attitude intérieure par notre fermeté politique, par tous les moyens dont dispose une nation qui a la conscience d'elle-même, rendre cette question indépendante des personnes.

11 me reste à envisager la question politique dans un rapport plus direct avec le budget de la guerre. Si vous êtes sans grave inquiétude me dira-t-on, pourquoi avez-vous voté les 10 centimes additionnels' pourquoi vous disposez-vous à voter le budget de la guerre à peu près tel quil est présenté? Le repos européen est-il directement menacé» La nationalité belge est-elle directement menacée? J'ai répondu que non. Je me pose une autre question que voici : L'événement qui 24 déc. 1834.

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vient de se réaliser, bien qu'il ne compromette essentiellement ni la paix générale, ni l'indépendance belge, est-il de nature à exiger que notre position défensive, militaire soit renforcée sur nos frontières? Je n'hésite pas à répondre : oui. Ce n'est pas un cri d'alarme que je jette, c'est un cri de prévoyance. Le roi Guillaume se fait illusion ; il a aussi ses prévisions favorites ; ses espérances se réveillent par un fait inattendu, auquel il assigne une haute portée. Sans assigner à ce fait la même portée, il nous faut être sur nos gardes. L'armistice subsiste indéfini ; je ne crois pas le roi Guillaume prêt à le rompre, à moins qu'il ne survienne en Europe un événement extraordinaire, précurseur nécessaire d'un grand bouleversement. Mais entre rompre un armistice, et l'exécuter fidèlement, il y a un milieu ; c'est de se permettre des vexations quotidiennes, c'est d'entretenir l'inquiétude sur nos frontières , de troubler nos populations agricoles, d'entraver notre service de douanes. De ces vexations quotidiennes, nous n'hésitons point à en référer aux cabinets anglais et français. Mais sans avoir un cabinet pour ennemi, on peut admettre qu'il ne sera pas disposé à être un défenseur de tous les jours, au point d'intervenir dans les affaires les plus minimes. N'est-il pas à présumer qu'on réponde : Gardez mieux vos frontières. L'honorable préopinant vous a dit que le Luxembourg était, par rapport au rayon stratégique de la forteresse, dans une situation plus ou moins critique ; c'est ce que moi-même j'ai reconnu il y a quelques jours. Il vous a rappelé les énergiques paroles d'un honorable collègue, aujourd'hui ministre des finances. J'ai foi en ces paroles. Je crois que pour peu que les circonstances l'exigent, le Luxembourg ne restera pas dégarni de troupes; et il ne me faut pas une armée. Je désire qu'il soit donné suite à l'ancien projet, que j'ai appuyé en mars dernier, de l'établisssement de casernes àArlon; mettez-y une garnison de 2,000 à 3,000 hommes et vous aurez beaucoup fait. On ne vous attaquera pas, on ne se permettra aucune vexation, parce que l'on saura qu'il y aura du sang de répandu. Et l'idée de l'effusion de sang suffit pour arrêter; on ne s'en prendra à vous que là où ce pourra être sans coup férir. Et si le sang coulait, s'il en coûtait la vie à un seul homme, vos justes plaintes auraient même par là plus de retentissement en Europe.

Enfin, il est une idée malheureuse, idée née de nos revers immérités 24 déc. 4834.

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do 1831 et qu'il faut s'attacher à détruire chaque fois qu'une crise se fait sentir : c'est l'idée de notre infériorité militaire par rapport à la Hollande ; il faut qu'on nous sache prêts à repousser toute agression nouvelle, que la déloyauté pourrait se permettre : il faut qu'on nous sache dans une forte position défensive.

Ainsi, si j'ai voté les 10 p. % ajoutés à la plupart des impôts, si je suis disposé à voter le budget de la guerre, ce n'est pas que j'adopte tous les sinistres pressentiments qui se sont emparés de beaucoup d'esprits ; c'est pour trois motifs principaux : d'abord je ne veux pas que la Belgique apparaisse dans une infériorité militaire en face de la Hollande, quand même les négociations seraient rouvertes; en second lieu, je ne veux plus que l'on soit dans la nécessité de faire des appels incessants à l'étranger de vexations quotidiennes; en troisième lieu, je veux que notre état de possession soit garanti dans le Luxembourg par quelques précautions purement défensives. Tels sont les motifs de mes votes.

Pour terminer, je vous dirai que moi je ne place mes espérances ni dans les radicaux de l'Angleterre, ni dans ceux de la France ; je place mes espérances dans l'alliance des hommes modérés de l'une et de l'autre de ces deux grandes nations, alliance qui resterait dans tous les esprits quand même elle disparaîtrait momentanément des cabinets. Je n'en appelle pas à l'alliance des radicaux de l'Angleterre et de la France : le prix de cette alliance serait l'anéantissement de la nationalité belge.

CHAMBRE DES REPRESENTANTS

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