QUESTION DU LUXEMBOURG
M. Bignon voit une véritable chance de guerre dans le droit abusif d'intervention que voudraient s'arroger certaines puissances. 11 en voit une autre dans la prétention mal fondée, selon lui, des Belges sur le grand-duché de Luxembourg.
« J'articule ce fait à la tribune, » poursuit-il, « afin de dissiper une erreur accréditée, et par la crainte que la presse périodique, qui a rendu tant de services à la cause des peuples, ne contribue à compromettre l'indépendance des Belges, en les encourageant dans un système d'usurpation capable d'attirer un choc entre eux et l'Allemagne. Quoique depuis une longue suite de siècles le pays de Luxembourg ait pu faire partie de la Belgique, l'existence politique de ce pays, dont le territoire a subi des modifications, a été changée par le traité du 51 mai. 11 n'a point été donné à la maison de Nassau au même titre que les provinces belgiques. C'est une cession qui lui a été faite à titre d'échange en compensation des principautés de Nassau, Dillenembourg, Siegen et Dietz, cédées à la Prusse. Le duché de Luxembourg, érigé en grand-duché, est ainsi un domaine a part, qui forme un des États de la Confédération germanique.
■> La ville de Luxembourg a été déclarée forteresse de la Confédération. Voilà une question sur laquelle les traités peuvent être invoqués avec succès. Le tort est du côté des Belges. C'est aux amis de la liberté à les en avertir. S'ils persistent, qui sait si demain la Confédération germanique ne viendra pas réclamer ses droits ? Qui sait si la Prusse, comme pays voisin, ne sera pas appelée à l'exécution des décrets de la Diète, et une fois que les troupes prussiennes auront posé le pied sur le territoire du grand-duché de Luxembourg, qui sait si ce malheureux et impolitique débat ne mettrait pas bientôt les Prussiens et les Français en présence, peut-être malgré eux, dans les provinces belgiques elles-mêmes ? »
Ainsi s'exprimait M. Bignon dans la séance du 1 3 novembre.
Le Congrès belge s'était ouvert le \ 3 novembre .- dans la séance du 16, le comte de Celles proposa à l'assemblée de décréter l'indépendance delà Belgique; dans l'une des sections, l'on proposa de comprendre formellement le Luxembourg dans la proclamation de l'indépendance, sans préjudice des rapports avec la Confédération germanique; la section centrale regarda cette mention comme superflue ; M. Destriveaux reprit l'amendement, qui fut soutenu par M. Nothomb et plusieurs autres députés et adopté.
La question du Luxembourg occupa toute la séance du 47 ; le décret d'indépendance fut voté à l'unanimité dans la séance du 18 en ces termes : « Le Congrès national proclame l'indépendance de la Belgique, sauf les relations du Luxembourg avec la Confédération germanique. » M nov. 4830.