‹ Le barreau moderne français et étrangerChapitre 27 sur 75 · L'ANCIEN ORDRE ET LINGUET · texte numérisé non relu

L'ANCIEN ORDRE ET LINGUET

d'erreurs qu'il est important de signaler et sur lesquelles roule encore la discussion toutes les fois qu'il s'agit de revenir à l'ancienne constitution du barreau, à ses franchises et à la controverse dont elles furent Tobjet en cette circonstance. Les intéressants recueils que possède notre bibliothèque fournissent d'ailleurs sur ce débat de précieuses révélations (1).

h l'ancien ordre et LINGUET

Linguet était entré fort tard au barreau ; sou esprit ardent et versatile l'avait conduit à s'essayer aux carrières les plus diverses : tour à tour secrétaire du duc de Deux-Ponts en Pologne, industriel,, littérateur, journaliste, aide de camp du génie en Portugal, voyageur et publiciste, il avait enfin demandé son admission dans l'ordre des avocats au parlement de Paris, à l'âge de vingt-huit ans (2), et presque aussitôt il s'était signalé par la hardiesse et la fougue de

(i) Collections Gaultier de Brell, 1. 13 et i4, et Chanlaire, 1. 132 et i62; Mémoires de Linguet, t. 9.

(2) Gaudry, Histoire du barreau de Paris, t. 2, p. 275.

t^i LE BARREAU MODERNE.

ses plaidoiries. Il eut d'abord des démêlés personnels avec la magistrature. Dans une affaire Morangiès, un mémoire qu'il publia fut considéré comme injurieux pour les magistrats du parquet ; sur le réquisitoire de M. de Vergés, un arrêt du 2 juillet 1773 supprima le mémoire et enjoignit à Linguet d'être plus circonspect à l'avenir.

Bientôt, dans de nouvelles publications, il attaquait violemment plusieurs de ses confrères, mais à cette heure le parlement était en exil, l'ordre des avocats s'était dispersé et ne se réunissait plus (1) ; le dernier bâtonnier nommé prit sur lui de dénoncer ces écrits au parquet et demanda que la vente en fût interdite. Un arrêt par défaut du 11 février 1774 supprima en effet les écrits et ordonna que Linguet serait rayé du tableau. Linguet forma opposition à cet arrêt, et sur sa déclaration qu'il n'avait entendu calomnier ni l'ordre ni aucun de ses membres, le 11 janvier 1775, l'arrêt par défaut avait été mis à néant.

Telle fut la première phase de l'histoire de Linguet au palais.

(1) De 1770 à 1774, le tableau des avocats ne fut pas déposé; le bâtonnier, Nicolas de Lambon, nommé en 1770, ne fut remplacé ni en 1771, ni en 1772, ni en 1773; réélu légalement en mai 1774, il déposa le tableau le 3 mai 1775. — Gaudry, t. 2, p. 271.

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Mais, à partir du mois de mai 1774, Tordre avait repris ses réunions. Il se saisit d'office de la conduite de Linguet, et, sans se préoccuper des arrêts rendus dans l'intervalle, il décida dans la séance du 22 décembre 1774 que, provisoirement et jusqu'à la confection du tableau, il n'y avait pas lieu de communiquer avec Linguet. Celui-ci demanda quel était le motif de cette décision et si c'était l'arrêt du H février 1774 qui lui valait une telle disgrâce. Il lui fut répondu que l'arrêt en lui-même, rendu à une époque où l'ordre avait cessé de se réunir, n'avait point été pris en considération et qu'on n'avait pas à s'en occuper (1). Linguet insistant toutefois pour être entendu dans ses explications, il fut admis à les donner à la séance du 26 janvier 1775. Mais presque aussitôt, dans un nouvel imprimé vendu chez tous les libraires (2), il injuriait l'ordre et prenait à partie quelques-uns de ses membres. L'assemblée se réunit

(1) u L*assembléc da jeudi 22, monsieur, ne s'est nullement déterminée, par l'arrêt du H février dernier, au refus provisionnel de communiquer avec vous. Elle a déclaré qu'elle ne connaissait pas un arrêt qui n'avait pas été rendu sur le vœu de Tordre, lequel ne s'assemblait pas alors et était même dispersé. Le motif de notre délibération, qui a été si unanime que je n'ai pas même été obligé d'opiner, a été différents écrits où vous vous êtes donné la licence de blâmer la conduite de l'ordre, notamment..., etc » — Réponse du bâtonnier à Linguet, du 29 décembre 1774.

(2) Supplément atuB réflexions pour M^ Linguet,

t3^ LE BâBREÂU moderne.

le 3 février et prononça contre Linguet la radiation. Le lendemain 4 février, le bâtonnier demandait audience à la cour, lui remettait l'écrit de Linguet et concluait à sa suppression. Sur le réquisitoire de M. Séguier, la cour supprima l'écrit, en défendit la vente et déclara que Linguet « serait et demeurerait rayé du tableau. »

Linguet se hâta de former opposition à l'arrêt, et le 4 mars, avant faire droit, la cour ordonnait que l'assemblée générale des avocats serait convoquée et que Linguet y serait entendu, « sauf à l'assemblée à prendre telle délibération qu'il appartiendrait. »

Quel était le sens de cet arrêt ? La cour entendaitelle obliger l'ordre à se réunir et avait-elle la prétention de s'ingérer dans sa discipline ? Telles sont les questions qui surgirent immédiatement au sein du barreau. L'assemblée se réunit et délibéra sur le parti à prendre. Mais, avant qu'aucune décision ne fût intervenue, la cour, s'apercevant qu'elle était allée trop loin, rendait spontanément, le 6 mars, toutes chambres réunies après l'audience de neuf heures, un arrêté conçu en ces termes : « La cour, délibérant sur le récit fait par M. le premier président, a chargé M. le premier président de dire au bâtonnier des avocats que la cour n'a point entendu, par l'arrêt du 4 de ce mois, porter atteinte à la discipline des avocats, mais seulement s'assurer du vœu réel de l'ordre

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