‹ Le barreau moderne français et étrangerChapitre 29 sur 75 · L'ANCIEN ORDRE ET LINGUET. 2H · texte numérisé non relu

L'ANCIEN ORDRE ET LINGUET. 2H

mêmes que ceux des parties. » Nullement, reprenait Linguet: « La profession d'avocat existe par la volonté du prince, qui en donne le titre. Le serment prêté dans les tribunaux confère la faculté de l'exercer devant eux. » C'est là une grande erreur, disait enfin Tordre : « Le serment qu'on prête dans les tribunaux en donne le titre. L'opinion publique peut seule en donner l'exercice (1) ; » ce qui voulait dire, ainsi que l'avait expliqué Target, que c'est à la sévère composition du tableau que l'avocat devait uniquement la confiance publique ou l'exercice de sa profession.

Si le débat était terminé pour le barreau de Paris, il ne le fut pas sitôt pour Linguet. On lit dans Bachaumont, à la date du 15 octobre 1775 : « M* Linguet, que son inquiétude naturelle agite et tourmente sans cesse, a fait des efforts auprès du conseil du roi pour faire casser l'arrêt du parlement rendu contre lui. Il aprésenté une requête, qu'on dit avoir été rejetée. On ajoute que, non content de ce dernier échec, il est allé à Choisy se jeter aux pieds du roi, assisté de deux avocats de sa cabale, et a donné un mémoire h Sa Majesté contre son ordre, contre le parlement et contre le conseil. » Bachaumont était bien informé. Ce n'est pas tout : Linguet courut à Ferney avec la

(1) Consultation sur la discipline des avocats, 1775.

pensée de gagner Voltaire à sa cause. « C'est un fagot d'épines, dit celui-ci après son départ; on craint de s'y déchirer. » Il passa en Suisse, se rendit en Belgique, puis en Angleterre, et de là ne cessa de tirer sur le barreau et le parlement. C'est avec le même esprit de turbulence qu'il s'attaqua plus tard à l'assemblée constituante, surtout aux avocats qui en faisaient partie et spécialement à Barnave qui avait trouvé inconvenant qu'il vînt audacieusement s'y constituer le défenseur des opérations de l'assemblée coloniale de Saint-Marc, après la censure dont elles avaient été l'objet. Il inventa alors le mot de « robinocrates », si absurde qu'il fût, appliqué au barreau, et tous les matins le répéta dans ses écrits ; il fît sans doute que les avocats qui se trouvaient à l'assemblée s'abstinrent de parler quand y fut agitée la question de l'ordre, et que seul Robespierre entreprit de le défendre, non il est vrai sans éloquence.

Ce fut en présentant sa requête au conseil du roi, que Linguet releva un arrêt de la cour, du 28 juin 1775, qui avait ordonné, malgré la résistance du barreau de Poitiers, l'inscription d'un avocat au tableau de cet ordre. Que devenaient les théories développées contre lui ! Voilà le parlement, s'écriait-il, qui à son tour en fait justice et les écarte enfin ! « Rien n'est plus formellement contraire à l'arrêt du 29 mars que celui du 28 juin : on peut donc le regarder

LE PARLEMENT ET LES PETITS SIÈGES. â43

comme en étant le désaveu et l'expiation (1). » Il existait bien d'autres arrêts du même genre, antérieurs à l'arrêt rendu contre lui le 29 mars 1775, mais Linguet ne les citait pas ; il lui importait trop de chercher à démontrer que la cour venait de se démentir dans une autre affaire, et l'avait dès lors injustement frappé*

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