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LE UÉPERTOIRE DE MERLIN

question, qui véritablement avait cessé d'en être une et ne fut agitée, pour le barreau de Paris, que par Linguet ! Il y a ici tout à la fois une méprise et un fait intéressant à révéler.

Ce n'est pas Merlin qui avait écrit l'article Avocat de son répertoire, mais un jurisconsulte peu connu, Dareau, avocat en parlement (1) et membre de la société littéraire de Clermont-Ferrand, comme il se désignait lui-même. Or cet article, où Dareau s'était inspiré de quelques brochures du temps, et très visiblement des écrits de Linguet, sur le point qui nous occupe, figurait dans le répertoire de Guyot, dès 1784. A cette époque même, et surtout après le débat qui venait d'avoir lieu, cet article parut étrange. Il détermina Delacroix à prendre la plume et à faire dans le même recueil le mot Radiation. Là, il revint sur la question et la posa en ces termes : « De tout temps, l'ordre des avocats a été en possession d'exercer sa discipline sur ses membres ; il a*toujours eu le droit de les réprimander, de les suspendre et même de les exclure : cependant, en 1775, la radiation d'un homme célèbre qui a appelé à lui l'intérêt public et a fait retentir la grand'chambre de ses plaintes, a répandu pendant quelques instants des doutes sur un

(i) Les avocats en pai^lement étaient ceux qui ne plaidaient point et n'étaient inscrits sur aucun tableau.

pouvoir qui depuis a été reconnu et confirmé solennellement par le parlement, dont l'arrêt, rendu à ce sujet, écartera à jamais tout avocat qui serait tenté de se soustraire à l'empire de son ordre. » Delacroix rappela le travail de Target et la consultation du barreau de Paris, dont l'écrivain Dareau, malgré leur importance et le lien qui les rattachait si étroitement à cette affaire, n'avait pas dit un mot, et en appuya fortement la doctrine. En sorte que le recueil offrit sur la question ces deux appréciations fort différentes* En 1807, l'ouvrage de Guyot passa dans les mains du procureur général Merlin, qui en fit son Répertoire- Mais les deux articles y conservèrent leur forme primitive, et c'est dans cet état qu'ils y figurent encore aujourd'hui. Voilà ce qu'il était bon de signaler, car, sur ce point, le silence et surtout les hésitations de l'éminent procureur général pourraient égarer. Si Merlin n'a point écrit sur ce sujet, il le connaissait comme le connaissaient les avocats distingués du dixhuitième siècle. N'était-il pas au nombre de ceuxqui, sous l'empire, sentirent la nécessité de rétablir l'ordre des avocats dans ses franchises ! La tentative n'eut aucun succès, il est vrai, mais elle est restée comme une protestation sous un régime qui ne souffrait aucune liberté, pas même celle de la défense. Quelle fut cette tentative ? Elle est peu connue et mérite ici une men- ^tion particulière.

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