‹ Le barreau moderne français et étrangerChapitre 9 sur 75 · LIBERTE DE LA DEFENSE · texte numérisé non relu

LIBERTE DE LA DEFENSE

L'avocat doit être libre, non pour devenir à son tour un instrument d'oppression, mais au contraire 'ifin de porter secours à l'opprimé ; il doit être libre parce que la défense et la liberté ne font qu'un. Or, qui dit liberté de la défense dit nécessairement liberté de la parole. Jusqu'où peut aller cette liberté? La limite n'a jamais été fixée. Pourrait-elle l'être? Longtemps deux écoles ou deux opinions ont été en présence, l'une qui réclame la liberté absolue, l'autre qui veut réglementer la plaidoirie et lui tracer une voie plus ou moins restreinte. Cette dernière école était celle de Filangieri. C'est la même qui avait placé la clepsydre devant l'avocat dans l'antiquité, et aspirait à mesurer la longueur du raisonnement, la durée

des mouvements oratoires. Nous nous trompons : pour cette école, il n'y a pas de mouvements oratoires ; elle punit l'éloquence comme un délit. « Je ne sais pourquoi, dit Filangieri, on punit le défenseur d'un accusé qui tente de corrompre les juges avec de l'argent, lorsqu'on lui permet de les séduire par les artifices d'une éloquence pathétique, » et il demande des punitions sévères contre ce genre de corruption. Le rôle de l'avocat sera bien simple ; on n'exigera de lui d'autre talent que de savoir « développer ses idées avec méthode' » . Suffit-il donc d'exposer le fait et le droit devant le juge? La vérité n'est-elle pas souvent enveloppée d'artificieuses obscurités, et, pour la faire jaillir d'un débat, ne faut-il pas des efforts inouïs? Dans ces efforts, dans cette lutte ardente, passionnée, dans cette laborieuse investigation, où toute l'énergie de l'avocat s'épuise, comment arrêter ces élans qui jettent tout à coup la lumière et vont droit à la conscience du juge par des voies mystérieuses et divines? Comment étouffer, selon la belle expression d'un ancien, le merveilleux son que rendent naturellement les grandes âmes ?

Nous sommes peu touché, pour notre compte, des exemples empruntés par Filangieri à l'Egypte, à la Chine, même à l'antiquité grecque et à Platon. Platon ne voulait pas que le plaideur descendît à de basses supplications, turpiter supplicare, qu'il provoquât la

Page 1