I. — Maillezais
Mémoire adressé à Messieurs de l'Assemblée d'élection de Fonlenay par l'Assemblée municipale de Maillezais.
Si la nation doit l'établissement des administrations provinciales aux sages conseils d'un Ministre respectable et vertueux que l'immortalité a inscrit dans ses fastes et que le peuple français regrettera et désirera toujours, n'avons-nous pas à nous féliciter de voir, par cet acte de bienfaisance du monarque glorieusement régnant, opérer dans l'État un bien depuis si longtemps désiré, celui de réprimer les abus qui s'étaient glissés dans la répartition des impôts, d'anéantir dans ceux qui en feront l'assiette toute partialité et prévention, et de substituer à l'intérêt personnel, aux affections, aux égards, dans une opération qui exige l'équilibre de l'égalité, la justice et l'impartialité si nécessaires à l'administration publique? Le plan d'une aussi belle institution était bien digne d'un Ministre ami de la France et de son Roi, d'un Ministre qui, dans sa trop courte administration, ne fit consister toute sa gloire que dans la restauration des finances, la satisfaction de son maître et le bonheur de ses sujets. C'était donc sous l'heureux règne d'un Necker, ami de l'humanité, digne successeur des Colbert et des Sully, que la monarchie française devait voir renaître l'ordre dans les finances.
Il y a sans doute des inconvénients à toutes les institutions; les hommes rassemblés pour une administration publique, sous les regards mêmes d'une province, ne se laissent pas toujours entraîner aux vues d'ordre et de bien général. L'intérêt, la crainte, les égards souvent de fois viennent les détourner ; mais lorsque cette administration est collective, les motifs particuliers trouvent trop d'obstacles à se développer. On ne peut alors ni se soustraire aux regards de l'opinion publique, ni dédaigner les reproches de ceux qui veillent à nos côtés, encore moins les repousser par l'autorité.
C'est donc sous le régime des Assemblées provinciales d'Élection et de Municipalité, c'est dans leurs organisations bien combinées et leurs différents rapports , que les propriétaires, qui portaient en vain depuis si longtemps de justes plaintes sur l'arbitraire et la répartition des impôts, vont éprouver les soulagements que nécessitent les lois de l'égalité. Si l'honneur et le patriotisme gravent dans le cœur de tous les hommes, en caractères de feu, le devoir sacré de faire du bien à leurs semblables, la province n'a-t-elle pas lieu d'espérer que, dans une circonstance aussi avantageuse au peuple, où le Roi semble s'associer ses sujets et partager avec eux la suprême autorité pour leur bonheur, les membres des Assemblées provinciales et d'élection, dignes de sa confiance et de son choix, donneront à leurs concitoyens les témoignages les plus authentiques de leur zèle patriotique et de leur amour pour le bien général?
L'Assemblée municipale de Maillezais ose assurer qu'elle est pénétrée des mêmes vues, et que, dans le cours de ses opérations, elle ne se conformera jamais qu'aux principes de la justice et de l'équité qui doivent toujours caractériser une sage administration.
En attendant le moment que la paroisse de Maillezais jouisse du succès de ses travaux, la Municipalité va
s'occuper à répondre aux différentes questions et demandes contenues dans la lettre à elle adressée par Messieurs de l'Assemblée d'élection de Fontenay, le 28 janvier dernier.
ARTICLE PREMIER
1° Répartition des impôts. — La paroisse de Maillezais paye, la présente année mil sept cent quatre-vingt-huit, de taille principale (1), six mille quatre cent cinquante livres, ci 6,450l
Impositions militaires, trois mille cent dix livres, ci 3,110l
A reporter 9,56g1
(1) La Taille était un impôt foncier levé sur les roturiers en proportion de leurs biens et de leurs revenus. A partir de 1444, la taille royale servit à solder l'armée et devint permanente comme elle. Sous Charles VII elle produisit 1,800,000 livres et s'éleva à plus de 4 millions sous Louis XI. Malgré les protestations des Etats do 1484 contre un impôt qui pesait principalement sur les classes pauvres, elle n'en fut pas moins conservée, et en 1664 elle atteignait près de 40 millions. Après la mort de Golbert (1683) . qui la diminua considérablement, elle s'accrut encore, et elle dépassait 20 millions à l'époque de la Révolution.
Ce qui rendait surtout la taille onéreuse et odieuse, c'étaient les vices de son organisation. « Chaque année, disent MM. Hubault et Marguerin, elle était fixée par un simple arrêté du Conseil du Roi, et le contribuable restait ainsi dans l'incertitude de ce qu'il devait payer l'année suivante. L'absence de cadastres bien faits ne permettait pas non plus qu'elle fût proportionnée à l'étendue et à la valeur des terres. » L'inimitié ou la faveur avait presque toujours une large part à l'inégalité des répartitions, et en 1664 le lieutenant criminel d'Orléans traite d' « animaux terribles » ceux qui sont préposés au recouvrement des tailles. Il est vrai que tous les habitants du village sont 'solidaires de l'impôt et que le collecteur en est responsable. « Dans un pareil système, écrit M. de Tocqueville, chaque contribuable avait un intérêt direct et permanent à épier ses voisins, et à dénoncer au collecteur les progrès de leur richesse. On les dressait à la délation et à la haine. Ne dirait-on pas que ces choses se passaient dans les domaines d'un rajah de l'Hindoustan ? »
Report 9,560i
Capitation (1) et quatre sols par livre, trois mille neuf cent dix-neuf, ci 3,919l
Rejet, trente-cinq livres un sol, ci . . . 351 18
Confection du rôle, trente livres, ci . . 301
Les vingtièmes (2), mille trois cent quatrevingt-seize livres quatorze sols onze deniers, ci l,396I14slld
A reporter 14,940l158lld
(1) La Capttatmn était un impôt personnel, se prélevant par tête, qui, dans le principe, atteignit toutes les classes de la Société, la noblesse et le clergé aussi bien que la bourgeoisie et le peuple. Établi pour la première fois sous le roi Jean par les Etats Généraux de 1356, cet impôt, fort onéreux pour les petits propriétaires et pour les laboureurs, no tarda pas à être supprimé. Rétabli par Louis XIV de 1695 à 1698, il reparut ensuite en 1701, et en 1715 on le prorogea indéfiniment. Bien qu'il dût être payé par tous les Français d'après une échelle proportionnelle, le clergé s'en fit exempter, d'abord par un don gratuit, et en 1710 en payant six fois la valeur de ce don. La noblesse et la magistrature obtinrent aussi d'autres dispenses purement gratuites, et ce nouveau fardeau pesa de tout son poids sur les petits, bourgeois, commerçants et ouvriers. Enfin les pays d'états (or le Poitou n'était qu'un pays d'élection) purent se racheter de la capitation en stipulant le paiement d'une certaine somme pour toute la province. Sans doute la contribution personnelle que nous payons aujourd'hui depuis la Révolution est une sorte de capitation, mais on l'a mise en rapport avec les idées modernes.
(2) Le Vingtième était un impôt sur les revenus de toute espèce, fonciers, mobiliers, industriels, créé par l'édit du mois de mai 1749. Il consista d'abord dans le paiement d'un 20e ; plus tard il fut doublé en 1756, triplé de 1760 à 1763 ; on alla même jusqu'à l'augmenter d'une somme de 2 sols, puis de 4 sols par livre. Cet impôt s'élevait en Poitou, pour l'année 1787, à 2,360,000 livres, sur lesquelles le clergé, qui payait le don gratuit pour en être exempté, donnait 492,000 livres.
Le bureau des vingtièmes de l'Assemblée provinciale , dans la session tenue à Poitiers, du 12 novembre au 12 décembre 1787,
Report 44,94(M5«44d
La corvée (4) , mille quatre cent soixante-et-une livres, ci 4,461*
Réparation de la cure payée cette année. 4,902l 48
Total : dix-huit mille trois cent trois livres dix-neuf sols onze deniers, ci. 48,303l49s44d
La confection du rôle des tailles , depuis dix années, a été payée trente livres chacune.
2° Les frais que M. le Receveur a fait faire à la paroisse se montent, savoir, en Tannée mil sept cent quatre-vingtquatre, à quatorze livres, ci 44l
En mil sept cent quatre-vingt-cinq, à cinquante livres, ci 501
« supplie S. M. de jeter un regard de bonté sur le Poitou, sur la stérilité de son sol, sa dépopulation qui augmente de jour en jour, sur l'augmentation de 350,000 livres qu'elle a successivement éprouvée sur les vingtièmes depuis 1772, et de ne pas exiger au-delà de ce qu'elle peut actuellement. »
Le produit de la taille, do la capitation et des vingtièmes devait s'élever, en Poitou, pour l'année 1788, à la somme énorme de 6,956,809 livres 17 sols 2 deniers, et c'était là tout au plus la moitié de ce que la province avait à payer avec les autres impôts de diverse nature.
(1) La Corvée, impôt en nature, n'était pas le moins ruineux de tous, et tombait souvent mal à propos pour les travaux des champs. Elle obligeait les paysans à entretenir les chemins du roi, bâtir des casernes, transporter les forçats et les mendiants, charrier les équipements militaires. Un des premiers actes de Turgot fut de la transformer en une taxe établie sur l'ensemble des habitants. La prestation en nature pour l'entretien des chemins ruraux, réglementée en 1824 et 1836, a quelque analogie avec la corvée, et est toujours rachetable en argent.
En mil sept cent quatre-vingt-six, à cinquante livres, ci 501
En mil sept cent quatre-vingt-sept, à vingt livres, ci 20l
3° Nécessité d'un cadastre général. — Il n'y a point de meilleur moyen pour remédier aux vices qui se sont glissés dans la répartition des impôts et qui se perpétuent, que de faire un cadastre général dans chaque paroisse, qui restera déposé au greffe de l'Assemblée municipale, à la faveur duquel les membres de l'Assemblée feront la répartition avec toute la justice et l'égalité convenables. D'après un tableau fidèle de toutes les propriétés et autres choses susceptibles d'impositions , on répartira d'une manière sûre et à ne pas s'écarter des principes d'égalité, tant de fois et depuis si longtemps transgressés par des collecteurs souvent de fois ignorants, craintifs, subordonnés aux taillables et toujours dévoués à leurs intérêts et à ceux de leurs parents.
On conçoit aisément que ce régime apportera dans la répartition des impôts un changement avantageux à la classe des citoyens la plus pauvre, but intéressant que l'on doit toujours se proposer , car malheureusement l'expérience nous prouve que c'est cette classe d'hommes sur laquelle les impôts étaient trop appesantis. En ne les taxant qu'en raison de leur peu de propriétés et de leurs faibles facultés, ils sont sûrs d'obtenir de la justice des membres de l'Assemblée municipale une diminution qu'ils ne pouvaient espérer des collecteurs, et qui, par une double justice, sera supportée par ceux qui en auront les moyens. On ne doit pas dissimuler ici qu'un bon citoyen doit être affligé de voir qu'un malheureux paysan soit taxé exactement à taille pour une boisselée de terre qu'il possède, seul héritage délaissé par ses pères, tandis qu'il y a des propriétaires aisés qui ne payent pas la taille de la moitié de leurs biens. Cette injustice, depuis
longtemps , semble solliciter un heureux changement dans la répartition, et réclame en faveur des pauvres une justice qui leur est due à plus d'un titre (1).
4° Établissement de bureaux de charité. — Dans tous les États bien réglés, les pauvres sont l'objet de l'attention spéciale du gouvernement. La France, à cet égard, ne le cède à aucun ; dans tous les temps on y a vu émaner, du trône et des cours interprètes de ses volontés, les ordonnances et les règlements les plus sages en faveur des pauvres. Ne voyons-nous pas, même encore dans ce moment, avec admiration, à la gloire du monarque qui nous gouverne, les charités immenses que le Ministère verse dans le sein de ces hommes également chéris de l'État que recommandables à la patrie (sic) ? Gomme hommes et membres du même État, tous enfants de la même nature, n'ont-ils pas des droits incontestables à la bienfaisance de leurs concitoyens? Ne doivent-ils pas espérer des secours de leurs frères sensibles? Oui sans doute, et la charité, qu'on doit s'efforcer de leur faire au milieu de leur misère, est une dette sacrée que l'on doit acquitter sans délai.
Ce furent de semblables considérations qui engagèrent le syndic de Maillezais, en mil sept cent quatre-vingt-cinq, époque désastreuse, à ouvrir une souscription en faveur des pauvres ; mais il n'eut pas le succès qu'il avait osé en espérer.
(i) Les Romains avaient soumis la Gaule , comme toutes les provinces do l'Empire , à une division cadastrale ; mais après eux, sous nos rois, Charles VII (1461) et Golbert (1666-1669) songèrent seuls à faire dresser un cadastre général, « afin qu'on sût, comme le dit Bodin dans sa liépublique, les charges que chacun devait porter, eu égard aux biens qu'il avait. » Cet immense travail, si utile et depuis si longtemps réclamé, n'a pu être exécuté que de nos jours, de 1807 à 1821.
Il proposait des travaux publics, parce qu'il croit que, dans des temps de calamités, où les malheureux de la campagne deviennent oisifs faute d'ouvrage, on doit employer leurs bras à quelques chantiers de charité pour l'utilité et l'avantage de la commune. Alors, en obtenant de la générosité des citoyens aisés et sensibles une somme honnête , le gouvernement , attentif au bien-être des malheureux, donnerait le double de cette somme pour procurer tout à la fois à ces êtres infortunés des occupations et la subsistance. Ne serait-ce pas le plus beau sacrifice de l'opulence et le témoignage le plus glorieux de l'humanité ? Ce serait enfin un acte destructif de la mendicité et un titre d'honneur pour les bons citoyens de Maillezais.
Si, en perçant dans l'antiquité la plus reculée, si, en remontant aux premiers siècles, nous y trouvons, sous les ruines de la célèbre abbaye de Maillezais, les plus beaux titres en faveur des pauvres de notre île , les fondations les plus avantageuses, dignes de la générosité des premiers comtes de Poitou , nous pourrions avec succès en réclamer l'exécution et remplir l'intention des fondateurs. Il n'est point d'efforts que la Municipalité de Maillezais ne fit, ni de démarches auxquelles elle ne se livrât; mais des révolutions, malheureuses pour notre île, émanées d'une autorité peu instruite des vues du fondateur, ont privé nos habitants d'un droit qu'ils ne devaient jamais perdre.
Les premiers comtes de Poitou fondèrent l'abbaye de Maillezais; ils enrichirent les religieux et assurèrent à tous leurs insulaires une honnête subsistance. Deux fois par semaine, pendant l'espace de plus de six cents ans et jusque vers le milieu de ce siècle, au château de ce lieu, on donnait à chaque personne de l'île, pauvre et riche, deux livres de pain et autres denrées. Notre pays n'éprouvait pas alors, comme à présent, les désagréments
de la mendicité ; la bienfaisance des comtes de Poitou et ducs d'Aquitaine, dont les cendres reposent dans cette capitale, en avait anéanti jusqu'à la moindre trace (1). Sous le règne de Louis XV, ces mêmes charités ont été attribuées aux hôpitaux de Fontenay et de La Rochelle, auxquels notre île fournit quarante-deux tonneaux de blé, savoir vingt-huit à celui de Fontenay et quatorze à celui de La Rochelle. Cette réunion fut le germe de la mendicité dans nos paroisses : aujourd'hui, parmi le menu peuple, nous pouvons compter presque autant de pauvres que d'habitants.
Nous pouvons ajouter à ce malheur les difficultés que nous éprouvons, lorsqu'il est nécessaire de placer quelques-uns de nos pauvres aux hôpitaux de Fontenay que le sol de notre île enrichit ; toutes les fois que nous y en adressons, les sœurs et les administrateurs les dédaignent ; et, comme si le titre de réunion ne nous donnait pas le droit d'y avoir des places pour nos indigents, la majeure partie du temps on les refuse. Ainsi nous avons vu abolir dans ce lieu des aumônes qui ne devaient jamais changer de destination ; nous y voyons aujourd'hui la faible production de nos champs , fruits des travaux énormes des malheureux cultivateurs, fournir à des étrangers, contre l'intention des fondateurs, une subsis-
(1) L'auteur d'un Mémoire concernant Maillezais, fourni à l'Intendance en 1738, et reproduit par M. Dugast - Matifeux dans son État du Poitou sous Louis XIV, observe que la population a diminué, mais que le nombre des pauvres a augmenté depuis la suppression de deux aumônes considérables appelées la Fête, et montant à près de cent tonneaux de blé, qui se donnaient autrefois pour tous les habitants de l'île. Malgré cela, ajoute-t-il, « les tailles et autres impositions, qu'on espérait voir diminuer, par le retranchement des aumônes qui faisaient vivre les trois quarts de cette île, n'ont fait que croître et augmenter. »
tance due aux pauvres de notre île, qu'ils réclameront éternellement.
Si l'Assemblée de Maillezais est entrée dans ces détails, ce n'est que pour faire connaître à Messieurs de l'Assemblée d'élection que, dans des temps reculés et plus heureux, il y avait à Maillezais des établissements de charité pour le secours des pauvres, qu'il n'y en existe plus maintenant, et qu'il serait de la plus grande justice de tenter à mettre les choses dans l'état primitif. Tel serait le vœu de la Municipalité de Maillezais ; heureuse si elle pouvait se promettre d'être secondée par Messieurs des Assemblées de Poitiers et de Fontenay. En attendant cet heureux jour, les membres de l'Assemblée de Maillezais s'efforceront toujours de faire pour les pauvres tous les actes de générosité que peuvent leur permettre leurs facultés respectives, et d'implorer la charité de leurs concitoyens pour adoucir la dure existence des infortunés de leurs villages (1).
5° Entretien des rues. — Il n'y aurait point d'ouvrage public à entreprendre plus avantageux pour notre communauté, que le rétablissement du pavé des rues de Maillezais. Dans les beaux jours de cette capitale, et pendant les trois siècles et demi que le siège épiscopal de La Rochelle
(i) En 1874, sur 1,350 habitants, on comptait, à Maillezais, GO indigents à secourir. Le bureau de bienfaisance n'a pu en assister que 32. Le montant des ressources de toute nature dont il disposait à cette époque était de 100 francs ; aussi insista-t-il auprès de l'administration pour qu'on doublât le chiffre de la subvention qui lui était accordée, « attendu que la cherté des vivres, qui va toujours en augmentant, n'a pas permis de donner aux malheureux les secours dont ils ont besoin. »
Cette même année, un riche propriétaire de la commune a fait don au bureau de bienfaisance d'une somme de 1,000 francs, qui a été placée en rentes sur l'État.
y a existé ; pendant le gouvernement du célèbre Agrippa d'Aubigné et de son fils, lorsque Henri IV, d'heureuse mémoire, vint faire le siège de cette ville, et que Charles X, ou, pour mieux dire, le cardinal de Bourbon, était prisonnier sous les voûtes de notre citadelle ; lorsqu'enfm notre île devint le théâtre de la guerre dans les xvie et xviie siècles, nos rues étaient ferrées et bien commodes ; il reste encore des vestiges de l'ancien pavé détruit par la lime du temps. Aujourd'hui > si nous n'avons pas les mêmes motifs qu'autrefois pour tenir nos rues bien pavées, l'utilité du commerce , la commodité de nos ports , la communication immédiate avec la ville d'Aligre (1) et la plaine, la salubrité de l'air, corrompue par les miasmes putrides qu'exhalent les boues et les eaux croupissantes dans les rues, surtout dans les chaleurs de l'été, et qui, après avoir influé sur les tempéraments , opèrent des épidémies dont les citoyens deviennent la victime , et enfin l'administration des sacrements; toutes ces puissantes raisons nécessitent le rétablissement de nos rues. La Municipalité de Maillezais se croit dispensée de donner à cet égard un devis par aperçu de ce que pourrait coûter cette entreprise, parce qu'en obligeant chaque propriétaire à paver devant sa maison, les frais de cette réparation ne seraient supportés que par ceux qui auraient des domaines ; le reste du peuple ne payerait aucune cotisation de cette corvée, les pauvres en seraient déchargés, et ce serait un bien. Si telle est l'intention de Sa Majesté tant de fois manifestée, telle est aussi celle de notre Assemblée (2).
(1) On veut désigner ici la ville de Marans, dans la Charente- Inférieure.
(2) Les rues actuelles de Maillezais sont au nombre de 11 : ce sont les rues de la Trigalle, de Saint- Pierre, Saunière, des Halles, de l'Église au Château, de Versailles, du Motteron, du Pavillon ou
ARTICLE II
1° Quant aux demandes et représentations que notre communauté a à faire à l'Assemblée de département, elles sont énoncées dans le présent mémoire sous les articles qui y sont relatifs;
2° A l'égard des abus qui se commettent dans la paroisse, on en parle aussi dans les articles qui paraissent y avoir plus de rapport.
3° Réparation de la cure et de l'église. — La somme de mille neuf cent deux livres, qu'on a employée à la réparation de la cure de cette paroisse, imposée sur ses habitants et possédant fonds l'année dernière, et payée la présente année mil sept cent quatre-vingt-huit, a mis le presbytère dans un état convenable et dans le cas de ne pas exiger de sitôt de grosses réparations à la charge de la communauté. Les différents procès -verbaux de l'Etat du bénéfice-cure dressé par M. Vinet, greffier de la subdélégation, en présence de M. Majou, subdélégué à Fontenay l'année dernière, peuvent suppléer à celui que notre Municipalité pourrait en faire.
Notre église, l'une des plus anciennes de la province, est en passable état, si ce n'est du côté du nord à la nef que les voûtes de deux fenêtres sont en guillées (sic), ce qui pourrait insensiblement entraîner la chute du mur de la voûte et de la charpente dans cette partie.
Le tilli plat qui a été fait par adjudication à la nef, il y a quelques années, quoique neuf, semble former un
Coin-foireux, de l'Écu, de la Roche et Port-du-Château. Par suite des réparations qu'on y fait journellement depuis 40 ans, elles sont en assez bon état.
{Note de M. Avrard, maire de Maillezais, i876).
poids bien considérable aux formes qui le supportent, puisqu'elles paraissent plier au milieu, ce qui indiquerait une rupture peut-être prochaine de quelques-unes des formes, qui entraîneraient l'écroulement de la charpente et de la couverture que les pièces supportent. Il est fâcheux pour notre paroisse aujourd'hui, que les entrepreneurs d'alors ou ceux de nos habitants qui paraissaient à la tête de l'entreprise sans la connaître n'aient pas prévu cet inconvénient, qu'ils auraient évité en faisant le tilli en voûte, qui alors n'aurait aucunement pesé au centre des formes (1).
4° Etat de la récolte. — Il serait impossible à la Municipalité de Maillezais de donner un état exact de la récolte de cette année, parce qu'elle n'est pas encore finie. Tout ce qu'elle peut dire avec la plus grande vérité, qu'il s'est ramassé très-peu de blé dans l'île cette année : un défaut de pluie dans la saison où les besoins des productions la rendaient nécessaire, et une trop grande abondance dans un temps où les naissances touchaient h leur maturité, ont en quelque manière dévasté les terres hautes qui nous restaient pour toutes ressources. Le marais desséché l'a été en entier par ses inondations
(1) Voici, d'après les indications do M. Avrard, l'état dos travaux exécutés dans l'église do Maillezais au mois do juin 1876: « La moitié du mur latéral nord a été reconstruite et le mur latéral sud a été réparé. La voûte en bois a été remplacée aux deux tiers par une voûto en pierres ; le reste s'achèvera plus tard. Sur la partie ouest on a élevé un clocher qui sera surmonté d'une flèche en pierres ; celui qui est à l'est sera rasé. Tous les autels ont été renouvelés. » On sait que l'église paroissiale de Maillezais, classée parmi les monuments historiques, date du xie siècle par le chœur et la nef, et du xne par la façade, qu'on a très-habilement restaurée en 1875. Elle possède un charmant portail, dont les sculptures en font une des plus remarquables églises romanes do la Vendée.
opérées par les débordements continuels des rivières de Sèvre et de l'Autise, auxquelles les digues n'ont pu fournir de barrières à leur élévation ; de sorte que ce même marais n'a pas restitué aux colons les fruits de leurs travaux et de leurs semences , attendu qu'elles n'ont commencé à avoir lieu que sur la fin du mois de mai. Ces faits ne sont que trop notoires, et personne ne pourrait en rendre un meilleur témoignage que M. de Saint-Lorant, directeur des travaux d'entretien de cette partie.
5° Pertes de bestiaux et remises. — La perte des bestiaux de cette paroisse, en l'année mil sept cent quatrevingt-six, s'éleva à la somme de quinze mille neuf cent trente-trois livres ; en l'année mil sept cent quatre-vingtsept, à six mille huit cent vingt- deux livres. Notre communauté a obtenu du gouvernement trois cent cinquante-six livres de remise, qui ont été répartis entre ceux qui avaient supporté des pertes en mil sept cent quatre-vingt-sept. Quoique cette remise soit pour eux une faible indemnité, elle rend toujours, pour ceux qui éprouvent ces pertes, le poids de la principale taille plus supportable.
Ces remises n'ayant d'influence que sur les citoyens de la moyenne classe, on veut dire sur les laboureurs et les journaliers, en raison de leurs tailles et de leurs facultés, elles opèrent toujours un grand bien dans les paroisses. Les propriétaires aisés ne participent point à ces bienfaisances du gouvernement; ils trouvent assez de consolation dans leurs fortunes, et, loin de se plaindre de ne pas éprouver ses bienfaits, ils aiment toujours à les voir dispenser à ceux que les besoins fatiguent et que les pertes, souvent de fois, ruinent.
Suivant une ordonnance de M&r l'Intendant de Poitiers, c'est le dernier dimanche de décembre de chaque année que Ton doit convoquer dans les paroisses l'assemblée
des habitants, pour y faire la déclaration et l'état des pertes. On le pratique de cette manière à Maillezais ; mais on croit devoir observer à l'Assemblée d'élection qu'il en résulte de grands inconvénients:
1° En ce que bien des gens excèdent le nombre des pièces perdues ; 2° les estiment au-dessus de leur valeur ; 3° en déclarent de l'année précédente ; 4° en déclarent aussi qui sont mortes hors de la paroisse et sur des métairies et cabanes situées en des paroisses où ils payent la taille, ce qui est injuste ; et il résulte de ces fausses déclarations que les pertes qui se font réellement dans la paroisse sont considérablement exagérées. Il n'est pas possible que dans un jour le syndic puisse reconnaître et relever les erreurs. Pour les éviter à l'avenir, il serait convenable que ceux qui font des pertes de bestiaux seraient tenus de faire de suite leurs déclarations aux syndics auxquels ils feraient certifier par deux personnes dignes de foi et la réalité de la chose et sa juste estimation, et le dernier dimanche de décembre faire le procèsverbal ordinaire. C'est h l'Assemblée provinciale ou à Msr l'Intendant à prononcer h cet égard. Ce n'est toujours qu'en vue du bien public et de réprimer des abus que la Municipalité de Maillezais se croit obligée de faire ces observations.
article m.
Chemins publics, — Sans contredit, on doit regarder les chemins publics comme un grand avantage pour la société. Pendant les beaux jours de la Grèce, le Sénat d'Athènes y veillait ; Lacédômone , Thèbes et d'autres états en avaient confié le soin aux hommes les plus importants ; ils étaient aidés dans cette inspection par des officiers subalternes. Il semblait donc que l'administration publique de ce temps offrait l'exemple de celle d'aujourd'hui.
Il existe encore en France des chemins faits par César, du temps de la conquête des Gaules. Il existe aussi dans notre île des vestiges d'un chemin pavé qui paraît très-ancien. Nous occuper à chercher l'époque de sa construction, ce serait peut-être s'égarer dans la nuit des temps. Ce n'est que des conjectures que l'on peut hasarder sur le temps qu'il fut construit. Il est probable que ce chemin fut fait lorsque l'île de Maillezais florissait sous les ordres de quelques gouverneurs que le Roi y avait placés, ou pendant l'existence du siège épiscopal en ce lieu, ou du temps des guerres civiles qui déchirèrent le sein de la France. Quoi qu'il en soit, ce chemin, qui conduit de Fontenay à Maillé , ressemble beaucoup à ceux que l'on attribue aux Carthaginois et aux Romains ; c'est un pavé de six pieds de large de grandes pierres debout, très-dures et bien maçonnées. Ce qui nous reste encore de ce chemin dépose de son ancienneté et de sa solidité ; il serait à désirer qu'à l'exemple des premiers Romains on construisît les chemins publics de cette manière. Si la construction en devenait plus dispendieuse au peuple d'abord, il serait dispensé ensuite des frais d'entretien qui égalisent presque tous les ans ceux de première construction et qui offrent sans cesse aux malheureux le tableau affligeant d'un impôt toujours nouveau.
Rien n'est plus intéressant pour le commerce que de rétablir ce même chemin, lorsque les sécheresses de l'été interdisent l'usage des ports.de Souil, de Maillezais, du Gros-Nohier, de Coulon et Courdault ; lorsque les glaces interceptent ces passages, forment des obstacles à la navigation; lorsque, dans les rigueurs de l'hiver, elles défendent l'accès de ces ports. La proximité de la Sèvre, dont les bords baignent les murs de Maillé, offre l'avantage et la facilité des voyages et des transports d'une province à l'autre. Des bateaux plats, du port de dix tonneaux,
viennent recevoir, dans le port de Maillé, nos denrées de toutes espèces. La Plaine y vient déposer ses blés; la Gâtine, le Bocage peuvent y conduire leurs bois, même de construction ; de toutes parts on y amène des voitures chargées. C'est par cet endroit que le commerce des grains a vivifié dans notre province ; c'est par là enfin qu'on approvisionne d'Aligre , La Rochelle , Rochefort, Bordeaux, l'île de Ré et les troupes qui sont dans ces places. D'un autre côté, dans l'hiver, lorsque nos chemins deviennent des cloaques affreux et inaccessibles, qu'il y a du risque à y conduire des voitures, la crainte suspend l'exportation des grains. Quelques besoins d'argent qu'ont les cultivateurs, les dangers du transport retiennent leurs blés dans les greniers ; ils attendent la belle saison et les beaux chemins pour vendre. Ce retard, le plus souvent,* leur cause une perte sur la vente de leurs grains, qu'ils auraient évitée si les communications eussent été libres. La province se doit donc une sortie facile dans cette partie ; elle se doit un débouché aisé pour le négoce de ses principales productions.
Nous ne devons pas passer sous silence que ce même chemin conduit au passage royal et fort ancien de la Pichonière, pour aller à celui de La Ronde et ainsi communiquer à La Rochelle, où la Gâtine porte vendre ces mêmes denrées ; pour faire ce commerce qui paraît peu conséquent et qui cependant fait vivre bien des familles, les approvisionnements ne peuvent tenir d'autre chemin que celui-ci sans beaucoup s'éloigner. L'hiver, dès qu'il devient impraticable, ce commerce se ralentit. Les marchés de Goulonges , de Champdeniers et de Ghantemerle n'offrent alors au menu peuple des environs que de très-faibles ressources pour le débit de ses denrées; il éprouve de la perte, faute d'une communication libre avec la ville, qui paye à haut prix les objets de leur négoce.
Joignons à toutes ces raisons décisives la communication de l'île de Maillezais, de l'Aunis avec la ville de Fontenay, le commerce des bestiaux, les foires de Maillé, d'Oulmes, Nieul, Fontaine, Goulonges et Saint-Pompain, où les gens de l'Aunis répandent beaucoup d'argent, les foires de Surgères, où nos laboureurs vont à coup sûr chercher des bestiaux de travail, les foires de Gourçons, de Maillé, de Saint-Sauveur et d'Aligre, qui deviennent intéressantes et qui le seraient davantage et feraient fleurir le commerce des bestiaux, l'une des richesses de notre continent, si les spéculateurs et les marchands pouvaient se promettre de voyager librement et sans dangers (1).
. (1) Le chemin de Maillé à Fontenay, qui était en pierres debout, n'est plus pavé*. C'est aujourd'hui un chemin vicinal ordinaire II prend naissance a un kilomètre nord de la Porte-de-1'Ilc, commune do Saint-Pierrc-le-Vieux, passe par Saint-Martin-de-Fraigneau et se termine à la route nationale de Fontenay à Niort. Il est remplacé, dans le reste de son parcours, par le chemin de grande communication n° 15, de Rochcfort à Faymoreau. Ce dernier traverse, du nord au midi, le village de la Porte-de-1'Ilc, le bourg de Maillezais, passe à l'ouest de la grande porte de l'église, se dirige sur Maillé, qu'il laisse à droite pour rejoindre d'abord le passage de la Pichonnière et ensuite la Ronde, au moyen d'un pont en fer payant péage, établi sur la Sèvre-Niortaise, et de là va finir à Rochefort.
Maillezais qui, autrefois, n'avait qu'une communication par terre pour sortir de l'île, est traversé aujourd'hui par deux chemins de grande communication qui se croisent devant l'église : le chemin n° 15, de Rochefort à Faymoreau, par Marans et la Rochelle, et celui de Mouzeuil à Benêt, sous le n° 68. Ce dernier traverse le Poiré, Velluire, Montreuil, Doix, Maillezais, Liez et Saint-Sigismond. Plusieurs ponts sont établis sur les cours d'eau, entre autres un pont à bascules sur la Vieille-Autise, à l'ouest de Saint-Sigismond.
Un autre chemin de grande communication, sous le n° 124, prend naissance, à gauche du n° 68, à 1 kilom. 1/2 de Maillezais ; il passe par Bouille et se termine à Ouïmes.
Un quatrième chemin, classé d'intérêt commun sous le n° 15, a été déclassé par mesure générale. Il conduit en ligne droite de Maillezais
Tous ces motifs nécessitent enfin le rétablissement du chemin qui conduit de Lesson à Maillé. On est convaincu que les Assemblées d'élection et provinciale ont déjà prévu l'avantage que peut retirer la province du rétablissement de ce chemin, et qu'elles l'ont fait entrer dans leur plan général pour en accélérer la construction. La Municipalité de Maillezais ne peut qu'implorer l'influence de leur autorité pour diligenter un ouvrage si nécessaire (4).
Des bourgs de Saint-Pierre-le-Vieux et de Liez, il y a des chemins qui conduisent à Maillezais, qui sont, comme le grand chemin dont nous avons parlé, en très-mauvais état. Ces différents chemins ne sont praticables que pendant l'été; l'hiver, ils deviennent inaccessibles ; pendant les labourages du printemps , ces chemins en partie disparaissent sous le soc de la charrue du laboureur ; l'automne, il couvre également le chemin de sillons ; c'est alors que toutes communications s'interceptent et que les voyageurs sont en risque par la malice des cultivateurs, aussi insensibles aux ordonnances de police qu'à la voix de l'exhortation. On ne peut que se récrier sur un abus
à Fontenay, on passant par le bourg do' Saint- Pierre, les villages de Souil et de Puits-Sec, et sera classé de grande communication aussitôt que les ressources le permettront.
La création de tous ces chemins, qui a mis Maillezais en communication directe avec toutes les communes voisines et les principales villes de commerce des environs, Niort, Fontenay et Marans, a enlevé beaucoup d'importance aux ports. Ceux de Courdault et de Maillé sont bien moins fréquentés, et ceux do Maillezais ne servent plus que pour l'exportation des produits des marais.
(Renseignements communiqués par M. Avrard.)
(1) La route de Maillé à Lesson n'existe plus ; elle est remplacée par le chemin de grande communication n° 44, de Vix à Lesson, qui passe sur plusieurs ponts, partie en pierres, partie en bois.
(M. Avrard.)
aussi abominable et si invétéré dans nos campagnes. Rien n'est plus pressant pour la sûreté des citoyens et l'avantage du commerce que de le réprimer.
Qu'il nous soit permis d'observer à Messieurs de l'Assemblée de Fontenay qu'il n'y a pas dans la province de chemins plus libres et plus commodes que ceux qui embellissent aujourd'hui la terre d'Oulmes et dépendances, appartenant à M. de Soisy. Ce seigneur , dévoué au bien public, a adopté dans sa baronnie les dispositions de l'arrêt du Parlement de Paris du cinq mai mil sept cent quatre-vingt-six, qui homologue l'ordonnance rendue par les officiers de la sénéchaussée de Civray le dix mars précédent. Il a lui-même fait rendre par ses officiers une ordonnance de police, le treize décembre mil sept cent quatre-vingt-six, qu'il a fait homologuer par arrêt du Parlement, le trente avril mil sept cent quatrevingt-sept. En exécution de ces arrêts, on a élargi et aligné, autant qu'il a été possible et sans faire de dommages, les chemins, le long desquels on a fait de petits fossés de trois pieds de large, qui forment autant de barrières insurmontables h l'avidité du laboureur. Dans l'hiver comme dans l'été, ces chemins sont toujours libres et faciles. Un voyer aux gages du seigneur a la surveillance et l'inspection de ces petites routes; rien n'est mieux vu ni mieux combiné, et ceux d'abord qui ont osé se plaindre de cette opération favorable à toutes communications avec tous les exploiteurs, se félicitent aujourd'hui de vivre sous les auspices d'un seigneur qui témoigne sans cesse à ses sujets des sentiments vraiment patriotiques.
Ce serait en suivant un pareil exemple et les dispositions des arrêts dont nous avons parlé qu'on parviendrait, dans l'île de Maillezais, à assurer au public l'usage et la liberté
— Sodés chemins, un objet aussi intéressant et bien digne de l'attention de l'administration provinciale (1).
ARTICLE IV
1° Misère du cultivateur. — Ceux qui ont pensé que l'île de Maillezais était le meilleur sol du royaume sont tombés dans l'erreur ; notre Municipalité ne dissimulera pas cependant qu'il y a de bonnes terres, la plupart appartenant au clergé ; mais elle doit dire en même temps qu'il y en a une infinité d'autres qui sont arides ; les terres de la partie de Saint-Pierre et les rochers de Néguillon, situés dans cette paroisse, ainsi que celles du côté du chemin de Maillé sont de ce nombre (2). Que l'on interroge les cultivateurs et que l'on inspecte les lieux, on se convaincra de cette vérité. Quoi qu'il en soit, notre île n'a point d'autres meilleurs objets de récolte que le blé ; cette production est sa principale richesse et fournit dans les années d'abondance à ses habitants les secours de la première nécessité.
Qui peut mieux que les impôts, dont notre île est surchargée, contre ses privilèges et anciennes franchises accordées par les comtes de Poitou et les rois de France,
(1) Dans lo Mémoire concernant Maillezais, de 1738, on se plaignait déjà du mauvais état dos chemins, « qui sont mal tenus. » Heureusement la situation a bien changé, et « l'on peut maintenant en tout temps aller facilement en voiture dans toutes les communes du canton et dans toutes les localités où attire le commerce. »
(2) Les terres de Saint- Pierre sont moins arides qu'on le dit ; elles sont moins fortes que celles de Maillezais, mais elles valent encoro en moyenne 2,000 francs l'hectare. La métairie de Néguillon a, comme les terres voisines, un coteau qui longe les marais et sert de pacage aux brebis. Ce coteau est susceptible de grandes améliorations ; les propriétaires qui y ont planté des vignes en ont triplé la valeur.
(M. Avrard).
y faire naître l'industrie, encourager et améliorer la culture? Les besoins de tout genre n'obligent-ils pas le cultivateur à épuiser la force du champ confié à ses soins? N'exigent-ils pas de lui d'employer tous les secours de l'art de l'agriculture, pour le forcer à rapporter une production suffisante pour remplir ses engagements? Mais que de fois ses justes efforts sont vains ! Lorsqu'il a épuisé son courage et sacrifié son temps à ouvrir et déchirer le sein de la terre, l'intempérie des saisons vient lui enlever quelquefois ses espérances et le constituer dans l'impuissance de se libérer, non-seulement envers l'État, mais encore envers celui qui lui a confié l'exploitation de ses domaines. .
Quajid de ces considérations nous descendons dans l'examen des charges réelles et des impôts dont les terres de notre île sont accablées, on ne peut qu'être surpris de voir quelquefois le laboureur et sa famille échapper à la rigueur des taxes de quoi subvenir à une existence qui devient si nécessaire à tous les êtres de la société.
Nos terres sont sujettes au quart des fruits pour terrage, en outre la plupart à la dîme, sur les trois quarts de la récolte qui reste, les droits du seigneur acquittés. Le laboureur doit mettre en réserve sa semence et satisfaire ses moissonneurs ; sur le surplus il doit payer la taille, acquitter pour son maître le dixième, ne pas oublier la corvée ; il ne peut non plus éviter de payer des frais de recouvrement qui ne sont pas toujours ménagés par les collecteurs. Quitte pour Tannée du poids de ces charges excessives, ne doit-il pas alors payer son prix de ferme et ses domestiques ? Il ne peut donc destiner à sa subsistance et celle de sa nombreuse famille que ce qui lui reste de sa récolte, après avoir fait tous ces payements. C'est alors que le gros blé, on veut dire le moins estimé, devient leurs aliments, après que le meunier, enfreignant la loi, a osé quelquefois en prendre
le quart, et qu'il a fallu, du reste, en quitter le seizième au four du seigneur, heureux encore si ce laboureur, cet homme intéressant pour la patrie, pour prix de ses sueurs, peut se promettre d'en avoir assez jusqu'à la récolte suivante. Quand cela arrive, c'est un bonheur pour lui ; mais lorsque l'ingratitude du sol soumis à ses soins le fait regretter de l'avoir cultivé, lorsque la terre lui refuse ses productions , lorsqu'elle ne fait pas raison à ce cultivateur robuste et courageux de ses peines et de ses veilles, et que ses travaux n'ont pas eu le succès qu'il avait droit d'en espérer, quel enchaînement de malheurs pour lui; quelles peines pour cet homme honoré, digne des plus beaux privilèges ! N'a-t-il pas droit alors d'accuser de son infortune l'intempérie des saisons? Il ne peut récompenser cette année de stérilité que par plusieurs d'abondance ; mais, avant d'arriver à ce terme désiré, de combien de créanciers impatients cet homme respectable ne devient-il pas la victime ? Leurs persécutions et l'infortune le forcent a déroger à la noblesse de son état ; il abandonne son champ, lui et ses enfants deviennent pauvres.
Tel est le tableau affligeant de la plupart des laboureurs de notre île, surtout depuis l'époque mémorable de mil sept cent quatre-vingt-cinq. L'homme le plus digne de faveurs est le plus tyrannisé ; l'humanité ne doit-elle pas souffrir de voir ainsi le père de la patrie, à la fin de ses travaux, souvent de fois exposé à terminer sa carrière dans les horreurs de la faim ?
Marais mouillés. — Guillaume V, dit le Grand, et son fils donnèrent à l'abbaye de Maillezais les marais que les rivières de Sèvre et de l'Autise submergaient. Depuis, les évêques de Maillezais, propriétaires de ce terrain, en ont fait des concessions. Cette partie, la plus basse du continent, reconnue sous le nom de marais mouillé, lors
des dessèchements faits par François Brisson, sénéchal de Fontenay, en mil six cent quarante-deux, fut jugée ne devoir point être desséchée, et fut quittée pour recevoir les eaux de la Sèvre et de l'Autise et fournir au terrain rendu à la culture le degré d'eau nécessaire aux productions et aux besoins des bestiaux qui s'y nourrissent.
Si les marais inondés servent ainsi d'aliments aux terres desséchées, si les rivières de Sèvre et d'Autise qui forment notre île arrosent dans les sécheresses cette partie de terrain que l'art a rendu productif, de nouveaux dessèchements ne pourraient que porter atteinte à la substance de ce sol, puisqu'ils le priveraient, dans les temps les plus nécessaires, du secours de l'eau si propice aux productions. Concluons donc que sous ce point de vue ce serait contre le bien public de dessécher nos marais inondés.
Le commerce de notre île, fondé sur l'avantage de la navigation, semblerait aussi s'opposer à ces dessèchements, qui, d'ailleurs, ne pourraient être désirés que par les propriétaires; mais qu'on les consulte, que l'on examine le local, que l'on parcoure les sinuosités, on jugera qu'il y a plus d'avantage h laisser les choses dans l'ordre actuel, que de faire des changements contraires au bien général et si peu désirés.
Joignons à toutes ces raisons que les marais mouillés, sans être une propriété intéressante, offrent quelquefois des ressources que l'on ne trouverait pas ailleurs dans les années d'une extrême sécheresse, telle qu'en mil sept cent quatre-vinq-cinq. Lorsque les prairies ne fournissent aucun fourrage, on trouve dans nos marais de grosse herbe pour la nourriture des bestiaux. Dans de pareilles années, à la vérité/ fort rares, les marais deviennent des pâturages nécessaires, et, quoique le pacage ne soit pas bon, on est toujours satisfait, lorsqu'il peut suppléer à de meilleurs et contribuer à la conservation des bestiaux.
Pour améliorer nos marais mouillés, il conviendrait de faciliter l'écoulement des eaux et de recurer le canal de l'Autise, reconnu sous le nom de route de Maillé, que M. d'Escoubleau, évêque de Maillezais, au commencement du xvii0 siècle, depuis cardinal, fit creuser à ses propres frais. Il serait de la justice aussi d'ordonner la destruction de l'écluse de Sablon et de ses terrées, qui forment un obstacle au cours rapide de la rivière de Sèvre et qui forcent les eaux à séjourner sur les marais de notre île. Cette écluse, comme on le sait, est située entre les marais desséchés de Taugon et du Bois-Dieu, dans la partie la plus étroite des marais mouillés, situés depuis Niort jusqu'à d'Aligre. On a même lieu d'être surpris qu'elle existe encore, d'après la délibération faite à Maillé, le vingt-quatre août mil sept cent quatre-vingtcinq, entre tous les directeurs et propriétaires des marais mouillés et desséchés et les syndics des paroisses circonvoisines. (1)
Foires. — La situation avantageuse de l'île de Maillezais semblerait indiquer un grand bien à y établir relativement au commerce des bestiaux. L'institution de quelques foires en la capitale de cette île serait un grand avantage que l'on pourrait procurer à ses habitants ; les fermiers et bien d'autres cultivateurs recevraient de ces foires des secours que souvent des révolutions inattendues ne permettent pas d'espérer des productions de la terre ; ils y trouveraient la plus grande commodité pour la vente de leurs bestiaux. Les environs du château et la proximité de l'eau nous
(1) Il est probable qu'une réclamation, faite avec tant d'insistance, a dû être prise on considération par l'Assemblée provinciale ; car des vieillards de plus de 80 ans, consultés à ce sujet, ont déclaré qu'ils n'avaient jamais vu l'écluse de Sablon, et les archives locales n'ont gardé aucune trace de sa disparition.
promettraient les meilleures foires. Daigne l'Assemblée d'élection se prêter à un établissement aussi désiré. (1)
Étalons, — Il y a deux haras dans cette paroisse, mais il n'y a qu'un étalon. Cependant, depuis deux ans, M. l'Inspecteur général des haras a envoyé dans ce lieu deux étalons pour saillir les plus belles juments du pays et celles qu'il y a envoyées, ce qui ne peut faire que de très-belles suites; malgré cela, on croit s'apercevoir que cette manière de propager l'espèce devient trop dispendieuse à l'État pour se soutenir longtemps.
(1) Je no puis, dit M. Avrard, m'expliquer cette demande de foires, puisqu'il en existait déjà depuis longtemps. Voici ce qu'écrit M. Charles Arnauld dans son histoire de Maillezais : « En 1591, Henri IV établit des foires à Maillezais, parce que, dit-il dans ses lettres de création, le pays est commode et fertile en tous biens. >>
Une décision ministérielle du 26 octobre 17G9, insérée dans les archives, porte création de cinq nouvelles foires, le 11 février, le 27 avril, le 3e vendredi de mai, le 2e jeudi de juillet et le 3° mardi de novembre.
Ces foires, ainsi que les marchés et les assemblées qui existaient de temps immémorial, ont été maintenues par décret do la convention nationale de l'an n de la République française.
Après plusieurs changements, un arrêté ministériel du 24 octobre 1874 a accordé douze foires qui se tiennent à Maillezais, le 1er lundi de chaque mois ; la plupart sont excellcntss.
Le marché qui avait lieu le jeudi a été, par arrêté préfectoral du 3 août 1875, transféré au mercredi, afin de faciliter les transactions avec Niort.
Le même arrêté a transféré au 1er lundi de chaque mois le marché du dimanche, qui a été maintenu ce jour-là pour les autres semaines ; il est du reste de peu d'importance.
Enfin un arrêté préfectoral du 10 juin 1875 a établi, pour le lundi do Pâques, une assemblée à Anchais, village à deux kilomètres de Maillezai». Trois autres assemblées ont lieu le dernier dimanche gras, le jour de l'Ascension, et le dimanche qui suit la Saint-Barthélémy.
2° Montons. — Il s'élève dans notre paroisse une assez grande quantité de moutons ; les prés, après la dépouille, contre la jurisprudence des arrêts, les chaumes et les terres de vaine pâture sont les pacages où ils se nourrissent (1).
3° Manufactures. — Il n'y a aucune manufacture dans notre paroisse. Autrefois on y fabriquait bien la tuile ; le lieu môme où elle se faisait existe encore, mais on ignore les motifs qui nous ont privés depuis longtemps d'une pareille ressource. Si on pouvait trouver le moyen de nous procurer.de nouveau cet avantage, ce serait un grand bien pour notre île (2).
4° Procès. — Notre paroisse n'a aucun procès à soutenir, si ce n'est contre Mme veuve Lebas, qui a formé contre les collecteurs de cette année, que la paroisse soutient, une demande en réduction de taux de taille au siège
(1) On récolte dans l'île beaucoup de froment et d'avoine. Les prairies naturelles et artificielles donnent généralement des produits trèssatisfaisants, aussi bien pour la qualité que pour la quantité. On y élève dos chevaux et surtout beaucoup de bêtes à cornes. Quant aux moutons, leur nombre a beaucoup diminué ; on n'en trouve presque plus que dans les métairies ; ce nombre peut encore s'élever à environ
deux mille.
(M. Avrard )
(2) L'ancienne tuilerie, dont il est ici question, était placée à 800ra est de Maillezais, dans un pré de la ferme dite de la Roustière : on en trouve encore des vestiges. La commune possède aujourd'hui une fabrique de briques mue par la vapeur, récemment installée à environ 800m plus au nord et une machine perfectionnée pour battre le blé. — A Saint-Pierre on trouve deux minoteries mues par l'eau pendant l'hiver et par la vapeur pendant l'été, une soierie mue par la vapeur et un moulin à vent. Maillé a aussi une moissonneuse.
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d'élection ; mais le peu de fondement de cette action, joint à la modicité de l'objet, nous donne lieu de croire que cette affaire n'aura pas de suite.
5° Naissances et population. — Il est né dans cette paroisse, en l'année mil sept cent soixante- dix huit 14 garçons, 23 filles.
On ne peut pas dire combien en 1779; le registre de cette année manque.
En 1780 11 — 17 —
En 1781 , 17 — 20 —
En 1782 14 — 19 —
En 1783 13 — 15 —
En 1784 13 — 20 —
En 1785 23 — 11 —
En 1786 22 — 14 —
En 1787 20 — 14 —
En 1788, jusqu'au 9 août. . 6 — 11 —
159 — 164 — Total, trois cent vingt-trois.
Il y a dans la paroisse mille personnes (1).
6° La tenue des Assemblées de notre Municipalité exigera peu de frais. Ce n'est point à elle à décider sur les honoraires de ses officiers ; à cet égard on s'en rapporte à la prudence de l'Assemblée provinciale. On observera cependant que, dans un temps où les affaires
(1) Le nombre des enfants nés, dans la commune do Maillezais, du 1er janvier 1866 au 31 décembre 1875, s'élève à 162 garçons et 172 filles: total, 334.
La population, d'après le dernier recensement de 1876, était de 1,389 habitants (agglomérée, 833 ; éparse, 556 ; sexe masculin, 671 ; sexe féminin, 718).
de paroisse occupaient peu les syndics, on leur accordait chaque année certaines rétributions ; aujourd'hui que la nouvelle administration fait plus que tripler leur travail, il serait bien convenable de leur accorder quelques gratifications.
Signé : Giraud, Malval, Charles Arnauld, Dubois, Gratreau.
H. Prézeau, syndic (1).
(1) 1. Charles Malval était procureur de la commune en 1788. On ignore la date de sa naissance. Il s'est marié le 7 octobre 1772, à Maillezais, où il est décédé le 28 nivôse an xi. Mme Victorine Sachot, veuve Souchet , sa petite-fille , habite Maillezais avec son fils , M. Charles Souchet, membre du Conseil municipal et du Conseil d'arrondissement.
2. Charles Arnauld était originaire de Saint-Georges , dans les Deux-Sèvres. Propriétaire à Maillezais, il y est mort, estimé de tous, le 11 août 1804, à l'âge de 72 ans. M. Charles Arnauld, auteur d'une histoire de Maillezais, est son petit-fils.
3. Pierre-Jacques Dubois, chirurgien distingué pour son temps, naquit à Maillezais, le 28 avril 1756, de Jacques Dubois et de Marthe Pineau. Marié le 3 avril 1813 et décédé le 28 avril 1820, il a laissé pour petit-fils M. Charles Rocher, juge de paix aux Sables-d'Olonne.
4. Pierre-François Gratereau, fils de Pierre-François Gratereau et de Marie-Hélène Ganeau, n'était point de Maillezais, où il est mort célibataire le 23 août 1832, à l'âge de 65 ans, après avoir rempli les fonctions de maire depuis 1793 jusqu'à 1815.
5. Henri Prézeau, homme de lettres, a été l'auteur de plusieurs mémoires qui ont paru devant le tribunal de Fontenay. Marié à Maillezais, à M110 Victoire Tillé, le 10 février 1784, il y est décédé le 17 mai 1817, après avoir longtemps rempli les fonctions de juge de paix. M. Henri Désert, avocat et directeur de l'Assurance mutuelle, à Poitiers, est son petit-fils.
Ces cinq membres de l'Assemblée municipale de Maillezais ont joué un grand rôle dans la commune de 1788 à 1815, et sont parvenus à y maintenir l'ordre dans ces temps si difficiles.
(Renseignements fournis par M. Avrard J