Coulonges-les-Royaux
Mémoire à Messieurs de l'Assemblée de l'Élection de Fontenay par l'Assemblée municipale de Coulonges.
Les instructions que l'Assemblée de l'Élection de Fontenay-le-Gomte a données à la Commission intermédiaire
et les éclaircissements qu'elle l'a chargée de demander aux municipalités de son district, annoncent les vues patriotiques de cette Assemblée et le zèle qui l'anime pour le bien public.
Les membres de la municipalité de Coulonges-les- Royaux sont trop jaloux de contribuer à l'exécution des'projets bienfaisants de l'Assemblée d'Élection et de concourir avec elle au bien commun, pour ne pas s'empresser de lui procurer, autant qu'il est en eux, les renseignements qu'elle a droit d'en attendre, et toutes les connaissances locales relatives à leur paroisse. C'est dans cette vue qu'ils ont l'honneur d'adresser à la Commission intermédiaire un mémoire instructif et détaillé, article par article, sur la situation de leur paroisse, sur sa population, sur les impositions qu'elle paye, sur la nature des productions, sur le commerce et l'industrie, enfin sur l'état des chemins et la difficulté de l'exportation et importation des denrées.
C'est avec la plus juste confiance dans l'équité des membres de l'Assemblée d'Élection et de l'Administration provinciale, qu'on proposera la construction d'un chemin utile, ou, pour mieux dire, absolument nécessaire pour la vivification de cette paroisse et de celles qui l'avoisinent, et pour ranimer des branches de commerce déjà en partie détruites, et sur le point d'être anéanties totalement par la difficulté des communications.
Situation. — Le bourg de Coulonges est situé dans la Plaine, sur le bord de la Gâtine, à trois lieues nord-est de Fontenay, quatre lieues de Niort, sept lieues de Parthenay et quatre lieues de la Châteigneraie. La paroisse est bornée : au nord par celles de Saint- Laurs et de Beugné, à l'ouest par Beugné et Saint-Hilaire, au midi par celles de Saint-Hilaire et de Saint-Pompain , à l'es par la paroisse d'Ardin.
Population. — En prenant un terme moyen sur les dix dernières années, il paraît par l'état ci-joint qu'il y a eu, année commune, dans la paroisse, 62 naissances, 12 mariages et 59 morts. En suivant les rapports donnés par M. Necker, et multipliant le nombre des naissances par 26, on trouve une population de 1,612 âmes. En multipliant les mariages par 114, on n'en trouve que 1,368. Enfin, en multipliant les morts par 30, la population se trouverait être de 1,770 âmes, et, si Ton prenait le terme moyen entre ces trois produits, on aurait 1,584. Cependant, d'après des renseignements pris aussi exactement que l'on a pu, on croit pouvoir porter la population de la paroisse à 1,800 ou 1,900 âmes. Toujours est-il certain qu'il y a environ 1,300 communiants dans la paroisse et qu'on y compte plus de 320 feux.
ÉTAT des naissances, mariages et morts, année par année, depuis dix ans :
Innées.
Naissances
Mariages
Morts.
Il résulte de l'état ci-dessus que le nombre des naissances, et conséquemment la population, ont toujours été
en diminuant depuis quelques années. En prenant un terme moyen sur les cinq dernières années, depuis 1783 jusqu'en 1787, on trouve 59 naissances par année ; depuis 1778 jusqu'en 1782, il y en a eu 64 ; enfin, depuis 1773 jusqu'en 1777, on en a trouvé 66. On ne peut attribuer cette diminution dans la population qu'à la misère dans laquelle le peuple est plongé tant par l'augmentation d'impôt que parce que les pauvres journaliers n'ont aucun moyen , aucune ressource pour gagner leur vie dans les saisons mortes, depuis la ruine des fabriques qui existaient dans cette paroisse , ruine occasionnée en partie par la difficulté des communications , et les frais d'importation et d'exportation.
Impositions foncières de il 88. — La paroisse de Coulonges paie, savoir :
Pour le principal de la taille, ci. . . . 5,00c)1 » »
Impositions accessoires 2,411l » »
Capitation 3,038» » »
Six deniers pour livre du principal de
la taille attribués aux collecteurs. . . . 1251 » »
Droit de quittance 21 » »
Rejet au profit de François Melay. . . 22l 8S 6d
Total de la taille et accessoires. 10,598l 8S 6d
Dixièmes et deux sols pour livre . . 3,675l19s ld
Total de l'imposition foncière . 14,274l 7S 7d Contribution aux grandes routes pour 1788, y compris les huit deniers par livre pour frais de recouvrement l,170l15s 4d
Total des différentes impositions, ci. 15,445l 2S lld
Les collecteurs ont, en outre, quatre deniers pour livre des impositions accessoires et de la capitation, ce qui fait
pour eux une somme de 9l 16s 4d, qu'ils reçoivent des mains du receveur des tailles, et qui, conséquemment, ne fait point une surcharge pour la paroisse.
La paroisse nomme sept collecteurs chaque année . Le porteur du rôle reçoit ordinairement une somme de 10 liv. de chacun des six autres, ce qui lui fait une rétribution de 60 livres.
Le rôle est fait communément par le commis du receveur des tailles, qui fait payer, pour la façon, 30 liv. ; cependant les collecteurs de 1787 l'ont fait faire par un notaire de Goulonges, qui ne leur a fait payer que 18 liv.; mais il est rare que les collecteurs fassent faire le rôle à d'autre qu'au sieur commis du receveur des tailles, pour qui ils ont nécessairement beaucoup d'égards.
Le rôle est composé de 435 cotes, les frais de contrainte s'élèvent annuellement à une somme de 70 liv. ou environ autant , toutefois qu'on a pu s'en assurer par les déclarations des anciens collecteurs ; ceux de 1786 en ont eu pour 80 livres.
L'on doit encore placer au nombre des charges de la paroisse de Goulonges les transports des bois de construction, auxquels elle est assujettie, pour ainsi dire, tous les ans ; c'est une corvée en nature infiniment plus onéreuse que celle qui se faisait, il y a quelques années, sur les grandes routes. Il sera facile de s'en convaincre, pour peu que l'on fasse attention aux différents inconvénients qui les accompagnent.
Le premier qui se présente est la longueur de la route qu'il y a à parcourir. Elle a toujours été, depuis quelques années, de dix à douze lieues, trois à quatre lieues pour se rendre au lieu du déplacement, autant pour aller du lieu du déplacement à celui du dépôt, et autant pour le retour.
Le second est la situation des bois, qui sont, pour la plupart, dans des lieux du plus difficile accès.
Le troisième est la contrainte des accidents, qui oblige à une surveillance continuelle. Heureux encore si cette contrainte n'était pas accompagnée des effets qui la produisent ! Il ne s'est peut-être jamais fait de ces transports sans qu'il y ait eu des hommes ou des bestiaux tués ou meurtris, des voitures écrasées , et la plupart de leurs harnais mis hors de service. Cependant, quelque grandes qu'aient été ces pertes, quelque favorables qu'aient été pour ceux qui les ont souffertes les circonstances qui les ont occasionnées , jamais on ne leur a accordé aucune espèce de dédommagement.
Le quatrième est la faible rétribution qu'on y attache.
Le cinquième , enfin , c'est que ce ne sont que les métayers qui sont obligés à ces sortes de voitures , qui exigent toujours un travail pénible ou pour mieux dire forcé, et l'emploi de deux hommes, six bœufs au moins, et une charrette pendant 36 ou 48 heures. N'y aurait-il pas lieu à se récrier ici, et à demander pourquoi il n'y aurait que les métayers qui auraient contracté envers l'État l'obligation de voiturer les bois de construction ? Lui devraient-ils plus que les autres sujets? Seraient-ils plus participants à ses bienfaits ? Non, sans doute : ou si la condition est la même pour tous, tous doivent donc contribuer également aux charges , du moins en raison de leurs facultés. C'est là un principe d'équité, duquel il suit que le but de l'État, dans le transport des bois de construction , étant de procurer à tous les sujets, sans exception, la tranquillité qu'ils ont droit d'en attendre, tous doivent par conséquent supporter une portion des peines, des dépenses et des pertes qu'ils occasionnent. D'après ces réflexions que la municipalité de Coulonges se fait un devoir de mettre sous les yeux de l'Administration , elle ose se promettre qu'elle réformera, par des
moyens efficaces, l'abus qui a existé jusqu'à ce moment dans le transport des bois de construction, qu'elle y rétablira l'équilibre, et, en un mot, que les métayers, cette portion la plus intéressante du peuple , ne seront plus désormais les seuls qui y soient assujettis. On se permettra de proposer ici un moyen.
On doit assimiler le transport des bois de construction au travail des grandes routes ; l'un et l'autre se font pour le bien général. D'où il suit que, dès qu'il y a un impôt pour les grandes routes, il doit également y en avoir un pour le transport des bois de construction. Avant de déterminer la quotité de cet impôt, l'on estime qu'il sera de la prudence de l'Assemblée provinciale de charger les différents bureaux d'Élection de l'instruire tous les ans de la quantité bien reconnue des pieds cubes qu'il y aura à voiturer dans chaque département. Cette connaissance, une fois acquise, l'on fixera la rétribution que l'on voudra accorder pour le transport de chacun d'iceux en raison des distances; et cette rétribution, multipliée par l'ensemble de tous les pieds cubes, formera, par son produit, la quotité ou la masse de l'impôt, qui sera ensuite réparti sur toutes les communautés au marc la livre des impositions foncières. Pour en faire le recouvrement, il en sera fait un rôle particulier, ou il sera ajouté, si on le juge plus convenable, au rôle de la contribution pour les routes. De cette manière, le fardeau portera absolument sur tous; il sera, par conséquent, infiniment plus léger, et en quelque sorte insensible.
Il y aurait peut-être un autre moyen plus court de subvenir aux frais de ces transports : uue modique somme, mise en réserve tous les ans, et économisée sur quelques autres objets, fournirait sans doute toutes les ressources nécessaires; mais on laisse à l'Assemblée provinciale à résoudre dans la sagesse de ses délibérations, une question aussi délicate.
On a dit plus haut que la rétribution accordée pour les transports des bois de construction n'était point proportionnée aux inconvénients qui les accompagnaient. Sans chercher des exemples éloignés, il suffira, pour prouver cette assertion, de rapporter ce qui s'est passé en 4787, dans la paroisse de Coulongies. L'ordonnance de la dite année fixait à 1,000 pieds cubes la portion que cette paroisse aurait à voiturer. Elle devait les prendre au Triage-des-Verries et les conduire au Gros-Noyer. (Le cubage sans doute en avait été fait par le fournisseur seul et sans contradicteur).
L'ordonnance accordait dix sols par pied cube pour les deux lieues de distance qu'elle disait y avoir du lieu du chargement à celui du dépôt. Tout le monde connaît cette distance ; elle est bien sûrement de trois lieues. Il y a donc apparence que c'était encore le fournisseur qui l'avait mesurée, de manière que la rétribution , au lieu d'être de trois sols par pied et par lieue, n'était réellement que de deux sols. Pour faire ce transport, les métayers de Goulonges avaient dix grandes lieues à parcourir. Effrayés de la longueur de ce chemin et des risques qu'ils allaient courir , s'ils faisaient par eux-mêmes ces voitures , ils préférèrent de les faire faire par des métayers riverains. Ils firent marché avec eux, et la meilleure condition qu'ils en purent obtenir fut de leur donner la rétribution fixée par l'ordonnance, et, en outre, six autres sols par pied cube qu'ils ont payés de leurs deniers. Il y a, dans la paroisse de Goulonges, 15 à 18 métayers ou environ ; c'est donc 300 liv. que ces 15 à 18 particuliers, pour la plupart très-pauvres , ont été forcés de payer pour acquitter la dette commune. Cette dette n'avait d'autre objet que le bien général ; il était donc pour cette raison absolument injuste de n'en rendre responsables qu'un très-petit nombre d'individus. C'était à l'Assemblée pro-
vinciale qu'il était réservé de réformer cet abus ; on espère tout de sa justice à cet égard.
Enfin, il y a eu en 1787 pour 411 liv. de rejets sur la taille au profit de différents particuliers contre lesquels la paroisse a eu des procès à soutenir.
On finira par observer qu'autrefois le fermier de la Roussière, paroisse de Beugné, était taxé dans la paroisse de Goulonges à une somme de 3001 8S, tant en principale taille qu'accessoires, pour les terres qu'il exploitait dans cette paroisse dépendante de sa ferme. Mais, l'année dernière, le fermier actuel de cette seigneurie a fait rapporter la totalité de sa taxe à la paroisse de Beugné , où est le chef-lieu de sa ferme, La paroisse de Goulonges a voulu s'opposer à ce rapport, mais elle a succombé, et les membres de la municipalité croient devoir consigner ici leur réclamation à ce sujet. En effet, la paroisse a été singulièrement lésée par le rapport de cette taxe à Beugné. On a été obligé de répartir les 3001 8S que payait ci-devant le fermier de la Roussière sur les autres contribuables de la paroisse de Goulonges, qui n'étaient déjà que trop chargés. Au moins eût-il été juste de décharger d'autant cette paroisse , et de porter le taux en augmentation sur celle de Beugné, qui doit en avoir profité.
On ne peut s'empêcher de remarquer ici que ce rapport de taxe d'une paroisse à l'autre est un abus qui grève une paroisse pour en soulager une autre, et qui facilite à plusieurs particuliers les moyens de se procurer des taux fort au-dessous de ceux qu'ils devraient supporter. 11 serait plus naturel que chaque domaine fût taxé dans la paroisse où il est situé ; cela engendrerait bien moins d'embarras et serait sujet à moins d'inconvénients.
Nature des productions. — La seule production qu'on puisse regarder comme intéressante dans cette paroisse est celle des blés. C'est, à bien dire, l'unique denrée qui s'y
récolte. On sème à la vérité quelques lins et chanvres, mais en si petite quantité qu'à peine suffit-elle h la consommation de la paroisse.
Les colons négligent beaucoup ce genre de productions à défaut de débouchés, les frais d'exportation étant considérables par la difficulté des chemins et l'éloignement des ports et des grandes routes. Cependant, le terrain est, en général, propre à cette culture, et il serait intéressant d'en encourager la propagation, avec d'autant plus de raison qu'on y peut employer les terres en jachère, sans que pour cela le produit du blé de la récolte suivante en soit altéré, parce que les racines du blé, étant fibreuses et près du collet, pénètrent peu avant , et ne tirent leur nourriture que de la partie supérieure de la terre, dont les sucs n'ont point été épuisés par les lins et chanvres à racines pivotantes, qui, s'enfonçant assez avant dans la terre, n'absorbent point les sucs de la partie supérieure, et vont chercher leur nourriture à une profondeur plus considérable que celle où le blé prend la sienne.
Les foins qui se récoltent dans la paroisse son également un objet de peu de conséquence, et ne suffisent pas, à beaucoup près, à la nourriture des bestiaux nécessaires pour l'exploitation des terres. Il est très-difficile aux cultivateurs de se procurer cette denrée, à cause de l'éloignement des marais et la difficulté des chemins. En sorte qu'ils sont obligés, pendant l'hiver de faire manger une partie de leurs pailles aux bestiaux, et de se priver par là d'engrais précieux pour la culture des terres. Cela est une perte réelle pour eux, et, en outre, les bestiaux, étant mal nourris, sont sujets à beaucoup de maladies; aussi en meurt-il annuellement un grand nombre, eu égard à la petite quantité qu'on en élève.
Pour obvier à cet inconvénient, qui est commun à cette paroisse, et à toutes celles de la plaine voisine, il serait à désirer qu'on pût rendre la rivière de l'Autise navigable
depuis son embouchure dans la Sèvre jusqu'à Xanton, ou au moins jusqu'à Denant.
Un canal de navigation dans cette partie ne serait pas d'une très-grande dépense, et, ne fût-il praticable que six mois de l'année, il procurerait un avantage inexprimable à toute cette contrée. Il fournirait aux propriétaires des marais de Maillezais et autres le débouché le plus avantageux pour les foins qu'ils recueillent annuellement bien au-delà de leur provision. Les plaines voisines en profiteraient pour l'exportation de leurs blés, lins, chanvres, etc., et pour l'importation des autres denrées nécessaires à leur consommation. Les cultivateurs de ces plaines pourraient se procurer avec plus de facilité les foins si nécessaires à la nourriture de leurs bestiaux. Ils ne seraient plus obligés de faire manger une partie de leurs pailles, il se ferait plus d'engrais, et la culture serait plus florissante ; enfin, les bestiaux seraient mieux nourris, et conséquemment moins sujets aux maladies.
Il serait encore très-à-propos d'engager les cultivateurs à former des prairies artificielles en trèfle , luzerne ou sainfoin ; on trouverait aisément dans la paroisse des terrains propres à ce genre de plantes. Enfin, les bonnes terres pourraient être alternées avec succès, c'est-à-dire que, dans les années de jachère, on pourrait leur faire produire des raves, turnebs, carottes, navets et autres plantes propres à la nourriture des bestiaux et à racines pivotantes.
La grande sécheresse de 1785 excita l'industrie de plusieurs colons ; partie des terres en jachère furent semées en turnebs et navets qui réussirent très-bien. Sans cette ressource, on aurait perdu beaucoup plus de bétail, et la récolte en blé n'en souffrit aucunement Tannée suivante.
Il serait très-avantageux, pour le bien public, qu'on pût introduire la méthode d'alterner les terres qui en
sont susceptibles ; les fourrages se multiplieraient : il en résulterait l'augmentation des troupeaux et des bestiaux et engrais nécessaires à la culture; enfin, la terre ne chômerait point et produirait plus de récoltes ; mais une malheureuse habitude et l'impitoyable coutume ferment les yeux des colons sur leurs véritables intérêts et ils restent toujours servilement attachés à leurs anciens usages.
L'Administration pourrait engager quelques propriétaires à faire des prairies artificielles et à alterner leurs terres ; quelques encouragements donnés à propos aux colons, le temps et les exemples qu'ils auraient sous les yeux, les feraient insensiblement renoncer à leurs préjugés.
Commerce des bestiaux. — Il y a dans le bourg de Goulonges cinq foires par année, où il se vend beaucoup de bêtes aumailles et de moutons. Il y a aussi, chaque semaine, des marchés considérables, où se vendent toutes les menues denrées de la plaine et de la Gâtine des environs, et un minage qui est, pour ainsi dire, le seul débouché que l'on ait pour les gros blés du pays.
Le commerce du gros bétail, c'est-à-dire des chevaux, mules et bêtes aumailles , est peu considérable dans l'intérieur de la paroisse. La récolte des fourrages est cause qu'on n'en élève absolument que ce qu'il faut pour la culture et l'exploitation des terres, et même plusieurs colons n'en ont pas la quantité nécessaire.
Les épidémies, d'ailleurs, enlèvent annuellement beaucoup de bestiaux. Plusieurs causes y contribuent :
1° La mauvaise nourriture, les bestiaux ne mangeant, une partie de l'année, que de la paille ;
2° L'excès du travail. En effet, outre l'exploitation des terres, les propriétaires et fermiers sont obligés de faire
conduire leurs blés à des distances considérables, s'ils veulent en trouver le débit. On ne récolte, dans la paroisse, ni bois, ni vins ; les propriétaires et fermiers sont encore forcés d'envoyer chercher au loin ces denrées de première nécessité, et les chemins des environs sont si mauvais , l'hiver , c'est-à-dire précisément dans la saison où doivent se faire l'exportation des blés et l'importation des vins et bois, que souvent les bestiaux ne peuvent résister à la fatigue ;
3° L'impéritie des maréchaux et autres particuliers qui se mêlent de la curation des bestiaux. On n'en connaît , dans le canton , que de fort ignorants qui appliquent presque toujours les remèdes au hasard, sans connaissances et sans principes. Il y a lieu d'espérer que l'Administration s'occupera sérieusement de cet objet et des moyens de se procurer quelques élèves de l'école vétérinaire pour les disperser dans les campagnes.
Il n'y a point de haras dans la paroisse, mais on en trouve dans les paroisses voisines de suffisants pour la quantité de bétail du canton. Il n'est point à désirer, d'ailleurs, de les voir multiplier, parce que les gardesétalons exploitent ordinairement les plus grosses fermes des paroisses où ils résident, et, par un usage abusif, ils sont toujours taxés d'office à un taux modique et fort au-dessous de celui qu'ils devraient supporter, ce qui est une surcharge pour les paroisses.
Le commerce sur les moutons et sur les laines est beaucoup plus étendu que celui du gros bétail. On élève une assez grande quantité de moutons dans le pays, mais l'espèce en est petite. Les toisons rendent communément deux livres de laine grasse ; la laine est d'une qualité médiocre.
Les causes qui nuisent à l'amélioration des laines et troupeaux sont :
1° Le défaut de nourriture pendant l'hiver. On y pourrait remédier en alternant les terres qui sont dans le cas de l'être, et en formant des prairies artificielles, comme on l'a observé à l'article des productions ;
2° La forme des étables dans lesquelles on tient les troupeaux enfermés comme dans une prison, et l'habitude d'y laisser séjourner trop longtemps le fumier dont les vapeurs infectent l'air de la bergerie , et causent souvent des épidémies. Ce serait encore ici le cas de se récrier contre la malheureuse habitude, et d'engager les propriétaires à donner l'exemple, car, autrement, comment persuader aux colons que des étables ouvertes et fermées par des grillages, de simples hangars même, seraient un logement plus convenable et plus sain pour leurs troupeaux ? C'est cependant un fait qui ne peut aujourd'hui être révoqué en doute, d'après les expériences réitérées faites depuis plusieurs années par ordre du Gouvernement. Il est constant, d'ailleurs, que dans la partie du Bas-Poitou, où l'on a l'usage de faire parquer les moutons, il y a moins d'épidémies, et la laine est d'une meilleure qualité ;
3° Le peu de soins qu'on apporte à l'accouplement des moutons et brebis et au choix des béliers. L'Administration provinciale de la Haute-Guyenne s'est occupée avec succès de cet article important, et, dans sa séance du 22 novembre 1784, elle a pris, à ce sujet, une délibération dont il serait à désirer que les dispositions fussent adoptées en Poitou.
Industrie. — Manufactures de gros draps — Il y avait autrefois , dans la paroisse de Coulonges , un grand nombre de fabriques de gros draps de laine, nommés dans le pays pinchinas ; mais aujourd'hui il n'en reste que trois. Il n'y en a qu'une en pleine activité ; toutes les autres sont abandonnées, et il est plus que vraisem-
blable que bientôt il n'en restera pas du tout. On leur a, depuis deux ans, ôté la marque des étoffes, et les fabricants sont obligés de les porter à Fontenay pour les faire plomber, en sorte qu'on leur fait faire six lieues pour payer un modique droit de deux sols par pièce d'étoffe, ce qui est une grande gêne et fera sûrement abandonner les fabriques qui existent encore.
Ces fabriques étaient une ressource précieuse pour le pays, tant par l'argent qu'elles y attiraient que parce qu'elles procuraient aux journaliers de l'occupation et les moyens de gagner leur vie dans les saisons mortes. Quelles variétés d'occupation ne fournissaient-elles pas, en effet, à tous les âges et à tous les sexes, pour bourroler, carder, filer la laine, ourdir, tisser, fouler et teindre les draps ? Aussi, tant que ces fabriques ont été en activité, on a vu la population de la paroisse s'accroître annuellement, le nombre des ouvriers augmentant toujours et en tous lieux, en proportion de la demande du travail ; mais, depuis leur destruction, les malheureux journaliers qui sont en grand nombre dans la paroisse, étant absolument sans ressources et réduits à la mendicité, la population a sensiblement diminué.
Il serait d'autant plus intéressant de faire revivre ces fabriques, s'il est possible, que c'est, pour ainsi dire, là le seul genre d'industrie qui puisse se soutenir avec avantage dans la paroisse. En effet, le blé étant le principal, ou plutôt l'unique produit du canton, il est important de ne pas détourner le paysan des travaux de l'agriculture, et il ne faut, conséquemment, lui proposer que des ouvrages qui puissent s'associer avec ses travaux , c'est-à-dire qui puissent l'occuper dans les temps de repos que laisse la culture. Or, qui peut mieux remplir cet objet qu'une fabrication d'étoffes de laine propre à vêtir les habitants de la campagne ? Garder, filer, tisser, blanchir, sont des ouvrages fort
simples qui n'offrent rien de compliqué et qui peuvent occuper le loisir souvent interrompu du cultivateur.
La ruine des fabriques de cette paroisse ne peut être attribuée qu'à l'augmentation des impôts et à la difficulté de l'exportation des draps et de l'importation des matières premières. Les chemins se détériorant successivement de plus en plus, le prix de transports est nécessairement augmenté, et, l'ouverture de nouvelles grandes routes ayant , au contraire , procuré aux fabriques qui les avoisinent de nouveaux débouchés et plus de facilité pour les transports, celles de Coulonges n'ont pu soutenir la concurrence et ont été abandonnés.
Les circonstances actuelles et les liaisons de commerce que la France vient de contracter avec ses nouveaux alliés en Amérique, fournissent peut-être l'occasion la plus favorable qui puisse se présenter pour entreprendre le rétablissement de ces fabriques. En effet, les États- Unis n'ayant, comme tous les états commerçants, presque point de manufactures, parce qu'ils ont peu de bras, et que ce peu leur est nécessaire pour la culture et le défrichement de leurs immenses terrains, sont forcés d'avoir recours aux manufactures d'Europe ; et les gros draps de l'espèce de ceux dont il s'agit, étant un objet de nécessité pour l'habillement des habitants de la campagne, il est plus que probable que les États-Unis en emporteront beaucoup.
Il serait donc très-intéressant, sous tous les rapports, d'encourager dans le moment présent les fabricants de la paroisse de Coulonges à reprendre leur ancien état, et, pour cela, il est nécessaire de leur procurer un débouché facile vers les ports, en rétablissant le chemin de Coulonges à Fontenay. Il serait encore à propos d'engager quelque négociant à faire un envoi de ces gros draps dans les États-Unis, et avoir soin surtout qu'on en envoyât que de bonne qualité, car on ne peut
dissimuler que les premiers essais dans ce genre n'ont pas été avantageux à la France. Dans le cours de la la dernière guerre, les Américains avaient fait des demandes considérables de draps de toute espèce, mais les négociants français, par une avidité mal entendue, ont voulu trop gagner ; ils ont envoyé en Amérique quantité de draps de rebut, et les draps de la France ont été décriés dans les États-Unis, qui depuis s'en sont pourvus ailleurs, et principalement en Angleterre.
Mais il est encore facile de désabuser les Américains sur le compte de nos manufactures de draps, en leur en envoyant qui soient de bonne qualité ; et, une fois désabusés, nul doute qu'ils ne s'adressent de préférence à des alliés à qui ils doivent, pour ainsi dire, leur existence, et avec qui ils viennent encore de former une nouvelle liaison de commerce
Tanneries. — Les tanneries de Goulonges sont un objet important, et qui mérite à tous égards l'attention et la protection des administrateurs ; les droits qu'on perçoit sur les cuirs produisent au Roi environ G, 000 liv. par année.
Ces tanneries sont d'autant plus essentielles que la ville de Fontenay-le-Comte en est presque dépourvue, en sorte que la plupart des cuirs des bestiaux qui se tuent en cette ville sont transportés aux tanneries de Goulonges, qui en tirent, outre cela, beaucoup des villes de la Rochelle et de Rochefort et de l'île de Ré.
Une autre considération importante est que la qualité des eaux est excellente pour la préparation des cuirs, et ceux qui sortent de ces tanneries sont toujours vendus au-dessus du prix commun.
Cependant cette branche d'industrie est également menacée d'une décadence très - prochaine ; déjà môme une des tanneries est abandonnée. La paroisse est si éloi-
gnée des ports et des grandes routes que les frais d'importation et d'exportation sont considérables. Les chemins étant impraticables pour les voitures une partie de Tannée, on est obligé de transporter tous les cuirs sur des chevaux, ce qui augmente beaucoup les frais, et il y a lieu de croire que ces tanneries ne se soutiendront pas longtemps, si on ne leur procure plus de facilités pour le transport des cuirs.
Les tanneurs sont en général peu riches ; la plupart môme sont ruinés. On peut en assigner plusieurs causes :
1° Les visites sévères que les commis peuvent faire chez eux à chaque heure du jour et de la nuit. Ces visites fréquentes, ces examens odieux exposent les tanneurs à être troublés, vexés et opprimés, et dégoûtent de cet état les gens aisés, et qui auraient les avances nécessaires pour s'y soutenir avec avantage;
2° Les droits considérables imposés sur les cuirs fabriqués ou tannés qui paient, savoir • les cuirs et les peaux, deux sols par livre, et les peaux de chèvre, quatre sols, ce qui, en ajoutant les dix sols par livre, établis depuis quelques années, forme un droit de trois sols sur les cuirs et six sols sur les peaux de chèvre ;
3° La régie perçoit les droits en entier sur des cuirs moitié pourris et à demi-tannés, dont les tanneurs ne peuvent se défaire qu'à bas prix. Injustice manifeste, et qui cause une perte réelle aux tanneurs. D'après ces faits, on ne doit pas s'étonner si le nombre des tanneurs diminue chaque jour, et s'ils sont en général misérables.
Corvées. — La paroisse de Goulonges a payé, en 1787, pour sa contribution corvéable, 1,139 liv. et, en outre, 471 9» 2d pour les dix deniers par livre de cette somme. Le rôle en a été fait par le commis du receveur des tailles, qui a fait payer 18 liv. pour la façon.
La contribution de cette paroisse a été réunie avec celle des paroisses de Denant, Damvix, Maillé , Maillezais et
autres, qui toutes ensemble s'élevaient à une somme de 15,670 liv., pour laquelle il a dû être fait des travaux en approvisionnement et entretien de routes depuis le ruisseau de Cès-de-Lusignan jusqu'au sommet de la montagne de Saint-Maixent. On ne peut savoir en quoi consistaient ces travaux, parce que la paroisse n'a point eu connaissance du devis. On l'a seulement avertie de faire trouver ses préposés à l'adjudication qui a dû s'en faire h Saint- Maixent, le neuf juin dernier, sur quoi on peut remarquer qu'il est assez inutile de faire nommer aux paroisses des préposés pour assister aux adjudications et veiller à l'exécution du devis, tant que le lieu de l'adjudication et les ateliers seront à une aussi grande distance et hors de l'Élection.
Chemins. — Le bourg de Coulonges est traversé par deux chemins très-intéressants, celui de Fontenay à Parthenay, et celui de Niort à la Ghâteigneraie et à Angers. Ces deux chemins sont impraticables une partie de Tannée, ce qui cause un préjudice indicible aux propriétaires et fermiers du canton et occasionne la ruine du commerce et de l'industrie.
Les autres chemins vicinaux de la paroisse sont également totalement dégradés, mais comme ils ne sont pas aussi intéressants ni d'une utilité aussi publique que les deux premiers, on ne proposera point d'y faire de réparation pour le présent, quelque besoin qu'ils en aient.
On observera seulement que les colons de la Plaine labourent presque toujours en entier les chemins ruraux, ce qui achève de les dégrader et de les rendre impraticables pour les voitures. Le paysan aime mieux perdre son temps et sa semence et fatiguer son bétail inutilement pour tâcher de jeter le chemin sur son voisin.
Un arrêt de règlement du Parlement de Paris, rendu par la Sénéchaussée de Givrai, le 5 mai 1786, dont les
dispositions ont été étendues récemment à la seigneurie d'Oulmes, a fixé la largeur des chemins ruraux, et ordonné aux propriétaires de clore leurs héritages de fossés le long des chemins. Il serait peut-être avantageux pour le public que la disposition de cet arrêt s'étendît à toute la province. Cependant il faut convenir que la largeur fixée pour les chemins emporterait en quelques endroits un terrain précieux pour l'agriculture. Il paraît, d'ailleurs, bien dur de forcer les propriétaires à faire les fossés à leurs frais.
Mais, comme il est intéressant et même nécessaire d'empêcher les colons de labourer les chemins (abus qui s'accroît tous les jours de plus en plus), et qu'il sera impossible de l'empêcher tant qu'on souffrira des sillons aboutissant sur les chemins, on croit pouvoir proposer à l'Administration de solliciter un règlement qui, en renouvelant les anciennes ordonnances, fasse défense aux colons d'avoir aucun sillon aboutissant sur les chemins, et leur ordonne de tenir au moins quatre à cinq sillons suivant la longueur du chemin et parallèles à icelui. Par ce moyen, les laboureurs ne détérioreraient plus les chemins en tournant leurs charrues, et les voitures ne seraient plus écrasées en traversant les sillons. Enfin les communications vicinales seraient plus faciles.
A l'égard des deux chemins qui traversent le bourg de Goulonges, c'est avec la plus juste espérance de succès que la municipalité de cette paroisse en demande le rétablissement, ou au moins par prévision de celui qui conduit de ce bourg à la ville de Fontenay, comme le seul moyen de vivifier une partie assez considérable de la province, et de faire renaître des branches intéressantes de commerce et d'industrie, déjà en partie détruites et menacées d'un anéantissement total.
On a d'autant plus lieu d'espérer que cette demande sera favorablement accueille par l'Administration, que le chemin
dont on propose la réparation serait très-utile à la ville môme de Fontenay et à une partie intéressante de l'Élection.
1° On prouvera dans la suite qu'il serait avantageux de le faire servir à la communication de cette ville avec celle de Saumur ;
2° Les bois qu'on conduit journellement d'une partie de la Gâtine aux ports du Gros-Noyer et de Boisse, près Fontenay, passeraient par ce chemin ;
3° On se sert assez communément à Fontenay de la tuile provenant des tuileries du village de Boursegain, paroisse de Bourneau. Cependant il est généralement reconnu que cette tuile est de la plus mauvaise qualité, en sorte que les particuliers qui veulent bâtir solidement sont obligés d'en faire venir à grands frais de Bordeaux. Si le chemin qu'on propose était fait, on pourrait aisément tirer de la tuile des tuileries de la paroisse de Saint-Laurs, près Goulonges. Cette tuile n'est peut-être pas d'une aussi bonne qualité que celle de Bordeaux, mais elle coûterait beaucoup moins, et elle est toujours d'une qualité fort supérieure à celle de Boursegain. Si on pouvait en avoir facilement à Fontenay, peu de personnes en tireraient de Bordeaux, ce qui, outre l'avantage particulier à la ville de Fontenay, fournirait un nouveau débouché aux tuileries de la paroisse de Saint- Laurs, paroisse de laquelle partie du terrain n'est propre qu'à ce genre d'industrie ;
4° Les paroisses de Saint-Hilaire, Coulonges et autres voisines pourraient tirer de la ville de Fontenay et des marais circonvoisins, par les ports du Gros-Noyer et de Boisse , les fourrages qui leur manquent et qui leur seraient si nécessaires.
Si à ces observations on joint les considérations particulières à la paroisse de Coulonges, on se convaincra d'autant plus de la nécessité du chemin proposé :
1° Le bourg de Coulonges est un des plus considérables de l'Élection. La paroisse paie, chaque année, y compris sa contribution aux grandes routes, 15,445] 2S 11'1 d'impositions. Le receveur des aides compte aussi, chaque année commune, pour son arrondissement, de 45 à 50,000 liv. Les droits de détail sur les cabaretiers du bourg seul de Coulonges s'élèvent annuellement de 9 à 40,000 liv., d'où l'on peut juger de la quantité d'étrangers qui y affluent. Il y a cinq foires par an, et un marché toutes les semaines, où se font les approvisionnements de Fontenay, Niort, Marans, La Rochelle et Rochefort. Enfin, il y a un minage considérable, et le seul débouché que l'on ait pour les gros blés de tout le canton ;
2° Ce chemin serait de la plus grande utilité pour le soutien des tanneries de Coulonges, qu'on a prouvé être un objet intéressant, et qui rapportent au Roi, année commune, 6,000 liv. Bientôt même on verrait ressusciter les fabriques de gros draps qui existaient autrefois. ïlya encore plusieurs fabricants qui ne demanderaient pas mieux que de reprendre leur ancien état. Les établissements subsistent en partie, et on pourrait les mettre en activité à peu de frais, si on était sûr d'avoir des débouchés suffisants ;
3P On ne récolte pas de vin dans cette paroisse. Il s'y en fait cependant une consommation considérable, qui s'élève à mille barriques environ, année commune. La majeure partie de ce vin, au moins quant au vin blanc, est tirée des environs de Fontenay et des paroisses des Loges et de Chassenon. Le chemin qu'on propose servirait au transport de ces vins, les frais diminueraient, et les bestiaux nécessaires à la culture seraient beaucoup moins fatigués ;
4° Il se recueille beaucoup de blé dans cette paroisse et dans celles circonvoisines ; c'est même , à proprement' parler, la seule denrée de ce canton. L'exportation en est
très-difficile, la paroisse étant éloignée de plus de trois lieues du port le plus prochain, qui est celui de Boisse ou celui du Gros-Noyer, tous deux près Fontenay, et les chemins étant impraticables l'hiver, c'est-à-dire précisément dans la saison où les embarquements ont lieu ; en sorte que les propriétaires n'ont d'autre débouché, pour se défaire de leurs blés, que le minage de Coulonges, où la Gâtine vient ordinairement s'approvisionner. Mais ce débouché n'est pas suffisant, et les propriétaires ou fermiers sont obligés de louer à grands frais des greniers sur les ports et d'y faire conduire leurs blés avant la saison des mauvais chemins, et dans un temps où on ne devrait être occupé que des travaux de l'agriculture, ce qui leur cause un préjudice considérable;
5° Cette paroisse est éloignée de trois lieues de la grande route la plus voisine, et cependant on la fait contribuer aux corvées comme celles qui sont à portée des grandes routes. Qui peut douter néanmoins que ces dernières paroisses n'en retirent plus de profit que les autres ? Et les avantages étant inégalement recueillis, ne serait-il pas juste que la contribution des paroisses qui en retirent moins fût aussi moins forte , et qu'il leur fût permis d'employer une partie de leur argent à rétablir les chemins qui leur sont les plus nécessaires ?
Les membres de la muuicipahté de Coulonges ne peuvent se refuser à témoigner ici la juste douleur qu'ils ont ressentie à la lecture de la délibération prise par l'Assemblée provinciale, dans sa séance du 8 décembre dernier, par laquelle il a été arrêté qu'aucune route ne sera ouverte avant que celles qui le sont actuellement en tout ou en partie soient achevées. En effet, quelle perspective effrayante pour les habitants de cette paroisse ? Le rapport fait par le bureau des travaux publics annonce que les routes projetées ne peuvent être finies de trente ans ; or, de toutes ces routes, telles qu'elles sont énoncées au
tableau joint au procès-verbal, il n'y en a aucune qui approche plus près de trois lieues de la paroisse de Coulonges.
Les habitants de cette paroisse sont assujettis, depuis plus de trente-cinq ans, aux corvées ; il faudra donc qu'ils le soient encore pendant trente autres années sans avoir de route à leur proximité, c'est-à-dire qu'ils contribueront peut-être pendant plus de soixante-dix ans au bien-être des autres paroisses sans en retirer aucun avantage. Quel serait le citoyen assez désintéressé pour faire volontiers un si long sacrifice?
Sans doute, les citoyens ne doivent pas s'isoler et ne s'occuper que de leurs intérêts particuliers , et lorsque l'utilité d'un ouvrage public, d'une nouvelle route est généralement reconnue, si les frais de construction de cette route excèdent les forces des paroisses qui en sont à portée, alors, comme il est assez naturel que les membres d'une même société se secourent mutuellement dans leurs besoins, il peut paraître juste, sous ce rapport, d'y faire contribuer les paroisses plus éloignées qui n'en bénéficient qu'indirectement ; mais on ne doit le faire qu'avec réserve, et l'utilité de la nouvelle route doit être évidente, afin que la préférence qu'on lui a donnée en vue du bien public ne paraisse pas accordée au crédit ou à l'influence de quelque particulier. Il faut aussi que les paroisses éloignées qu'on y fait contribuer en retirent quelque avantage indirect, à moins que les secours qu'on les oblige de donner à leurs concitoyens ne fussent que momentanés et à la charge de la réciprocité.
La paroisse de Goulonges n'est point dans cette position. Les grandes routes ouvertes jusqu'à ce jour lui ont été plus nuisibles que profitables ; les nouvelles routes projetées par l'Assemblée provinciale, et énoncées au tableau joint au procès-verbal, ne peuvent lui être d'aucune utilité. Elle a tout lieu de craindre au contraire que celles mention-
nées aux numéros 25 et 27 du tableau n'engagent les habitants de la partie de la Gâtine, qu'elles traverseront et avoisineront, à s'approvisionner ailleurs des blés qu'ils ont coutume d'acheter dans la paroisse de Goulonges et aux environs.
Enfin, il n'a jamais été fait aucun ouvrage utile dans le canton, et il est évidemment injuste que cette paroisse, Tune des plus considérables de l'Élection, soit par sa population, soit par son industrie , soit par sa portion contributive aux charges publiques , ait été assujettie depuis plus de trente-cinq ans aux corvées, et qu'elle soit encore éloignée de trois lieues de toute grande route ; quand pourra-t-elle donc espérer de tirer quelque bénéfice de ses travaux et de ses contributions ?
Il est bien fâcheux, pour les habitants de cette paroisse, de voir employer leur argent à ouvrir au loin de nouvelles routes, dont ils ne profitent en rien, tandis qu'ils ne peuvent sortir de chez eux l'hiver par la difficulté des chemins, et qu'ils n'ont aucun débouché pour la seule denrée qui se récolte dans le pays, qu'enfin ils ne peuvent se procurer qu'à grands frais les autres denrées dont ils ont besoin pour leur consommation. Jusqu'à présent, ils ont fait des sacrifices considérables sans en retirer aucun avantage ; il est bien temps qu'ils commencent à jouir et à recueillir le fruit de leurs avances.
L'équité veut que celui qui supporte les charges en retire les profits ; conséquemment, si les habitants de cette paroisse continuent à payer les impositions dont ils sont chargés, il est naturel qu'ils en profitent , et qu'on leur procure les moyens de faire de l'argent pour les payer, en facilitant le débit et l'exportation de leurs denrées ;
6° On a déjà dit qu'il y a un très-grand nombre de pauvres journaliers dans la paroisse de Goulonges, et, si on ne craignait pas d'être accusé d'exagération, on dirait
ici que, sur une population d'environ 1,800 âmes qu'offre la paroisse, il y en a au moins 800 de pauvres. Cependant, le fait n'est malheureusement que trop vrai. On trouve sur le rôle de la taille 1 30 à 140 taux qui n'excèdent pas 40 sols, ce qui annonce déjà la pauvreté d'autant de chefs de famille et de toute leur suite, et parmi ceux dont le taux est plus fort, combien en est-il encore de pauvres?
Les journaliers des paroisses voisines des grandes routes peuvent trouver à gagner leur vie dans les saisons mortes de l'année en travaillant aux ateliers qui sont établis sur ces routes ; mais ceux de jCoulonges n'ont absolument aucune ressource. Cependant ils ont les mêmes droits pour demander de l'occupation et du travail pour les faire subsister; tous sont sujets du Roi et membres de la même société, et tous ont également droit à la protection et à la bienfaisance de l'Administration.
On observera encore que la construction de nouvelles routes qui ont été faites dans l'Élection, loin d'être utile à la paroisse de Coulonges, lui a au contraire été préjudiciable, en ce qu'en ouvrant de nouveaux débouchés, on a détourné les routes ordinaires de commerce. Les fabriques de Coulonges n'ont pu soutenir la concurrence de celles qui étaient à portée des grandes routes, et ont été abandonnées, ce qui a été une véritable calamité pour les journaliers de la paroisse , qui ont été privés du seul moyen qu'ils eussent pour gagner leur vie, et sont maintenant réduits à la mendicité ;
7° Outre l'utilité évidente d'un chemin de Fontenay à Coulonges, la dépense n'en serait pas considérable. La direction la plus avantageuse qu'on peut lui donner serait de Fontenay au bourg de Chassenon ; le terrain est ferme dans la majeure partie de cet espace, et si on ne voulait pas y faire une grande route, on pourrait se contenter de construire des chaussées en pierre dans les endroits les
plus mauvais, et de faire des fossés le long du chemin pour empêcher les colons de le détériorer en labourant. De Ghassenon, il passerait près le bourg des Loges; de là, il passerait près de celui de Saint-Hilaire, qu'il laisserait à peu de distance sur la droite ; de là, au village de Gougou et à Goulonges.
En suivant cette direction, on profiterait des travaux faits par le seigneur de Chassenon , qui Ta fait rétablir depuis sa maison jusqu'au bois de la Martrie, et qui se propose même de le continuer plus loin.
Le seigneur de Faymoreau a aussi obtenu, depuis quelques années, des deniers de charité, qu'il a employés à réparer le chemin de sa paroisse à Fontenay, lequel il a dirigé par Ghassenon, et profiterait conséquemment de la direction proposée.
Enfin , on éviterait trois vallées considérables qu'on trouve par le chemin ordinaire qui traverse le bourg de Saint-Hilaire-sur-1'Autise. Depuis Fontenay jusqu'à Goulonges, il n'y aurait ni rivières, ni ruisseaux, ni coteaux à traverser, et Ton trouverait la pierre presque partout à portée du chemin. Cette direction, d'ailleurs, ne serait pas plus longue que le chemin ordinaire. Elle faciliterait le charroi des vins que les habitants de Goulonges et autres tirent de Ghassenon et des Loges. Le bourg de Saint-Hilaire ne pourrait se plaindre de cette direction , parce que le nouveau chemin traverserait également la paroisse, et passerait assez près de ce bourg pour qu'il en bénéficiât.
Jusqu'ici il n'a été question que du chemin de Goulonges à Fontenay, et on a avancé qu'on prouverait qu'il serait avantageux de faire servir ce chemin à la communication de la ville de Fontenay avec celle de Saumur, et c'est ce qu'on va faire.
On ne s'étendra point ici sur l'utilité d'une communication facile entre Fontenay et Saumur. L'Administration a
reconnu depuis longtemps la nécessité d'ouvrir une grande route entre ces deux villes par celle de Thouars ; mais il paraît, par le tableau joint au procès-verbal de l'Assemblée provinciale, qu'on a le projet de diriger cette route par la Châtaigneraie et Bressuire.
On est bien éloigné de vouloir priver la Châtaigneraie d'une communication avec Fontenay; on dira même ici que cette communication est essentielle et nécessaire ; le chemin a déjà été rétabli en partie par les soins du subdélégué de la Châtaigneraie, et sans doute qu'on ne tardera pas à en continuer la réparation.
Mais les habitants de la Châtaigneraie doivent-ils jouir de tous les avantages exclusivement? Quoi ! l'on dirigera par la Châtaigneraie trois différentes routes : celle de Fontenay à Saumur, projetée au n° 21 du tableau ; celle de Fontenay à Châtillon et Angers au n° 24, et celle de Parthenay à Saint-Fulgent au n° 25, et la paroisse de Coulonges n'en aura pas une qui l'approche plus près de trois lieues?
Sans doute la Châtaigneraie mérite des considérations. C'est le chef-lieu d'un juge royal (qu'elle est cependant menacée de perdre), d'une subdélégation et d'un marquisat dont le ressort est assez étendu ; mais le bourg de Coulonges est-il moins intéressant?
La population y est plus nombreuse, les foires y sont, pour le moins, aussi bonnes, les marchés et le minage sont beaucoup plus considérables ; la situation est-elle plus favorable pour le commerce? 11 y a, à Coulonges, différentes branches d'industrie qui ne demandent que d'être ranimées par la facilité des communications. Enfin, la Châtaigneraie ne paie à l'État que 8,240l 5S tant pour les vingtièmes que pour la taille , et Coulonges paie 14,274i 7s 7d.
D'ailleurs, les habitants de la Châtaigneraie auront lç
chemin de Fontenay à Ghâtillon et Angers, et celui de Parthenay à Saint-FuJgent ; ou plutôt s'ils connaissent leurs véritables intérêts, au lieu de ce dernier chemin, ils demanderont de préférence le chemin de Niort, ville avec laquelle ils ont infiniment plus de relation qu'avec Parthenay et Saint-Fulgent.
Plusieurs motifs doivent déterminer l'Administration à diriger la route de Fontenay à Saumur par Coulonges et Parthenay :
1° La dépense serait peu considérable. La route est toute faite de Parthenay à Thouars. Il ne resterait donc à faire que le chemin de Fontenay à Parthenay dans une longueur d'environ dix lieues. Ce chemin n'offre aucune difficulté depuis Fontenay jusqu'à Puy-Hardy, c'est-à-dire à peu près la moitié du chemin. Il n'y a, jusque-là , ni rivières, ni ruisseaux, ni coteaux à traverser, et on trouvera la pierre partout à portée du chemin. Le surplus, jusqu'à Parthenay, offre, il est vrai, plus de difficulté, y ayant quelques coteaux, mais on ne rencontre point de rivières ; la seule qui porte ce nom est l'Autise, qu'on ne peut regarder que comme un ruisseau à l'endroit où le chemin la traverserait, et il ne faudrait que quelques poutreaux de peu d'importance, en sorte que la ville de Fontenay pourrait jouir très - promptement et à peu de frais d'une communication facile avec Saumur ;
2° En suivant cette direction, la nouvelle route partant de Fontenay traverserait la paroisse de Gharzay, qui paie 3,000 liv. de principale taille; celle de Saint-Hilairesur-1'Autise, qui en paie 6,900 liv. ; Coulonges , qui paie 5,000 liv. ; Ardin, 5,300 liv. ; Fenioux, 5,300 liv. ; Secondigny, 5,000 liv.; Allonne , 5,200 liv., c'est-à-dire les paroisses des Élections de Niort et de Fontenay qui rendent le plus à l'État, au moins parmi celles qui sont éloignées des grandes routes et qui, conséquemment, n'en retirent qu'un avantage bien peu proportionné aux
contributions qu'on leur fait payer pour ces mêmes routes ;
3° La bonne économie exige que l'Administration provinciale , en ouvrant de nouvelles routes, favorise de préférence celles qui peuvent faciliter les communications entre les contrées dont les productions sont d'un genre différent, parce que, au moyen des échanges que les habitants de ces contrées feront de leurs denrées respectives, les besoins des différentes parties de la province seront satisfaits sans qu'il soit nécessaire de recourir au loin ; que d'ailleurs au moins, en fait de commerce intérieur, le commerce qui se fait par l'échange de productions entre elles est toujours plus avantageux que celui qui se fait par échange de productions contre le numéraire.
D'après ces notions, il est évident qu'en perçant une nouvelle route dans la Gâtine, on doit suivre de préférence la direction qui lui procurera la communication la plus facile avec la Plaine; maintenant surtout que les grandes routes construites jusqu'à ce jour ont ouvert de nouveaux débouchés et facilité l'exportation des blés. Si on ne procure pas à la Gâtine une communication facile avec la Plaine, il est à craindre que la subsistance des habitants de la première ne soit souvent compromise dans les années de disette.
Or, les paroisses de Coulonges et Ardin sont les plus à portée de la Gâtine , dans laquelle cette partie de la Plaine est pour ainsi dire enfoncée et forme une espèce d'anse. Il semble même que le bourg de Coulonges, situé à l'extrémité de la Plaine, sur les bords de la Gâtine, dont il est entouré de trois côtés , traversé par le chemin de Fontenay à Parthenay et par celui de la Châtaigneraie à Niort, et jusqu'à égale distance de ces trois dernières villes, est naturellement destiné à faire l'entrepôt d'un commerce très-actif entre la Plaine et la Gâtine si les communications étaient plus faciles.
Aussi est-il certain que toute la partie de la Gâtine, qui est comprise entre les villes de Fontenay, la Châtaigneraie, Bressuire et Parthenay, vient annuellement faire sa provision de froment et baillarge dans les paroisses de Coulonges, Ardin et autres voisines.
La nouvelle route qu'on propose faciliterait le transport de ces blés. Elle fournirait aux propriétaires de la Plaine un débouché pour les blés qu'ils ont de trop, et qu'ils ne peuvent exporter que difficilement par l'éloignement des ports et la difficulté des chemins. Les habitants de la Gâtine leur donneraient en échange les bois et les foins dont ils ont besoin pour leur consommation et qu'ils ne peuvent trouver chez eux.
En dirigeant au contraire cette route par la Châtaigneraie et Bressuire, quel commerce peut-on établir entre ces deux villes? Quelles denrées peuvent-elles échanger réciproquement ? Les environs de Bressuire produisent des seigles et du bois ; on y élève des bestiaux. On trouve, à la Châtaigneraie, les mêmes productions et la même industrie. On y recueille à la vérité quelques vins, mais ils ne suffisent pas pour la consommation du pays et ne peuvent jamais êire un objet de commerce. On aura beau faire , jamais les habitants de Bressuire ni de toute la Gâtine n'iront chercher à la Châtaigneraie le froment et la baillarge nécessaires à leur subsistance. Les habitants de cette dernière ville n'en recueillent pas pour leur consommation, comment pourraient-ils en fournir à leurs voisins ?
4° Cette route serait très-utile à la forge à fer de la Meilleraye, près Parthenay, qui fournit beaucoup de fer à cette partie de la paroisse qni est entre Fontenay et Parthenay. Il y en a même déjà un entrepôt à Coulonges, mais les frais de transport sont considérables, vu qu'on est obligé, par la difficulté des chemins, de faire voiturer tout le fer sur des mulets ;
5° On trouve dans la forêt de Secondigny et dans les environs quantité de bois propres à la construction. On conduit actuellement ces bois avec beaucoup de peine à Niort ou à Coulon. S'il y avait une grande route de Parthenay à Fontenay, on les conduirait dans cette dernière ville, qui n'est pas plus éloignée de Secondigny que Niort, et qui est plus près que Coulon. D'ailleurs, les bois rendus à Fontenay seraient plus à la proximité de Marans, et conséquemment de la Rochelle et de Rochefort qu'ils ne sont à Niort ou à Coulon ;
6° Il y a, dans les paroisses de Puy-Hardy, Saint-Laurs, Ardin et la Chapelle-Thireuil, une quantité assez considérable de landes, dont le produit est absolument nul pour l'État. L'expérience faite depuis quelques années par le prieur de Puy-Hardy sur les landes dépendant de son bénéfice, a prouvé que la majeure partie de ces terrains est très-propre à la culture de la vigne. La plupart des propriétaires de ces landes sont disposés à suivre cet exemple et h planter des vignes, mais ils craignent de ne pas trouver le débit de leurs vins par la difficulté des transports, les chemins étant pour ainsi dire impraticables toute l'année pour les voitures dans cette partie. La route qu'on propose fournirait à ces propriétaires le débouché le plus avantageux qu'ils puissent espérer, et les engagerait à tirer de la stérilité des terrains en friche et à ouvrir une nouvelle source de production dans cette contrée.
Aujourd'hui que la suppression des droits qui s'opposaient h la sortie des vins de Bordeaux et de Saintonge porte à croire qu'il s'en exportera désormais une grande quantité en Angleterre et dans les États-Unis d'Amérique, il est très-intéressant d'encourager la propagation de la culture de la vigne, surtout dans des terrains qui, comme les landes dont il s'agit, ne peuvent être propres qu'à ce genre de culture ;
7° Enfin, on a découvert, dans la paroisse d'Ardin, une assez belle carrière de marbre. Le propriétaire en avait entrepris l'exploitation, il y a plusieurs années ; mais les transports étaient si coûteux par la difficulté des chemins qu'il l'abandonna. Cette carrière est si abondante que, malgré la cherté des transports et les difficultés inséparables d'une nouvelle entreprise, le propriétaire n'y eut cependant que très-peu de pertes, encore fut-elle occasionnée par la mauvaise foi des ouvriers.
Le chemin que l'on propose passerait très-près de cette carrière et engagerait le propriétaire actuel à en reprendre l'exploitation , ce qui ouvrirait une nouvelle source de richesse dans cette partie de la province.
D'après tout ce que l'on vient de dire , la municipalité de Goulonges a lieu d'espérer qu'une demande fondée sur des motifs si évidents d'utilité et de justice sera accueillie par une Administration patriotique, dont les soins paternels doivent s'étendre également à tous les membres de la société, et veiller à ce que chacun d'eux participe au bénéfice en raison de sa mise et de sa contribution aux charges publiques.
Il serait aussi très-intéressant de rétablir le chemin de Niort à la Châtaigneraie par Coulonges. Il se fait un commerce très-étendu, surtout sur les laines , entre ces trois endroits et leurs environs, et il est peu de chemins, dans cette partie de la province , aussi fréquentés ; et si on ouvre par la suite une grande route de Fontenay à Angers par la Châtaigneraie et Châtillon, le chemin dont il s'agit servirait à la communication de Niort avec Angers.
On trouve sur ce chemin, entre Coulonges et Niort, à trois quarts de lieue ou environ de Coulonges, dans la paroisse d'Ardin , le pont de Guilbaud, sur la rivière d'Autise. Ce pont a toujours été mis sur l'état du Roi, parce qu'autrefois les troupes qui allaient de Niort à Angers passaient par ce chemin.
L'une des arches de ce pont est considérablement dégradée depuis un an ou deux, et le mal augmente tous les jours, en sorte qu'il reste à peine le passage d'une voiture. La réparation de cette dégradation est d'autant plus instante qu'elle peut encore se faire à peu de frais ; mais si on ne la fait pas promptement, elle entraînera sous peu la ruine totale du pont ; alors toute communication sera interrompue entre Niort, Goulonges, la Châtaigneraie et Angers, et cependant cette communication est essentielle.
On en dirait davantage sur cet article ; mais ce mémoire est déjà si long qu'on craint d'ennuyer les lecteurs. D'ailleurs , le chemin intéressant particulièrement l'Élection de Niort sera vraisemblablement demandé par quelques paroisses de cette Élection qui en démontrent l'utilité.
Fait et arrêté en l'Assemblée municipale de Goulonges, le premier mai mil sept cent quatre-vingt-huit.
Garos ; Dupère ; Ramier ; Bouyer ; Guiberteau, prieur, curé de ' Coulong es-les-Roy aux ; Guillemoteau, syndic; Faucher, secrétaire.