PI. XI
Prenons un tableau au hasard ; il sera divisé en deux registres, le registre supérieur étant réservé à la scène ou à l'épisode le plus éloignés. Par exemple, au bas d'un relief, des légionnaires montent la garde autour d'un retranchement circulaire qu'on élève ; en haut sont les travailleurs occupés à construire le retranchement^. Ou bien les travailleurs sont en bas, qui coupent des arbres, équarrissent des poutres, et en haut, c'est-à-dire à quelque distance, Trajan surveille l'ouvrage-.
Je reconnais que l'artiste était très gêné, dans l'emploi de la perspective, par la hauteur même de son monument. Mettezvous au pied de la colonne ; les rehefs, à mesure que montent les spirales, présentent un raccourci de plus en plus accusé ; si les figures avaient été disposées les unes derrière les autres, celles du deuxième et du troisième plan, faiblement ressenties, aiu-aient été cachées entièrement par la saillie plus forte de celles du premier. A quoi bon, dès lors, les introduire dans la représentation, si elles ne devaient pas être vues? Mais, d'autre part, ne point les introduire, c'était se condamner à ne mettre en scène qu'un petit nombre de personnages et limiter son tableau à un épisode restreint. Le sculpteur était donc dans une fâcheuse alternative : de quelque côté qu'il se tournât, pour des raisons supérieures à sa volonté, force lui était de manquer à la vérité de la représentation et de faillir à son principe ; il s'est décidé pour le parti qui lui permettait de porter à ce principe la moindre atteinte. La disposition des figures en hauteur est très conventionnelle; mais, de la sorte, chaque tableau se rempht d'un grand nombre de combattants, — ce qui est conforme à l'histoire, — et peut embrasser une grande étendue de terrain, — ce qui est conforme à la vérité des lieux. Une action générale ne sera plus tronquée ; elle sera reproduite tout entière ; nous assisterons au déploiement de toute une armée en marche, à l'ensemble d'un combat ou d'un siège, non plus à une partie de ce combat ou de ce siège. Notre regard, comme celui d'un observateur placé sur un poste élevé, plonge dans l'intérieur d'un camp ou d'une ville, tout en suivant ce qui se passe au dehors. Ainsi nous voyons