‹ Le bas-relief romain à représentations historiques;Chapitre 6 sur 33 · CHAPITRE II CAUSES DE L'APPARITION TARDIVE DU BAS-RELIEF HISTORIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE II CAUSES DE L'APPARITION TARDIVE DU BAS-RELIEF HISTORIQUE

§ 1. Les influences i^recques à Rome, sous la République. L'architecture delà République ne se prèle pas à recevoir un(

une décoration de bas-reliefs. — L'architecture religieuse. — ï^'architeclure civile; les « fornices ». - ijS. Avec l'empire, conditions nouvelles qui agissent sur l'art. — Les monuments triomphaux.

Le bas-relief historique, oiilebas-relief romain (c'est tout un), ne se montre à nous qu'assez tard. Les plus anciens exemples qui nous en soient parvenus datent de la fin ou tout au plus du mQieu du i" siècle avant Jésus-Christ. D'autre part, comme aucun témoignage écrit, à ma connaissance, ne mentionne quelque œuvre antérieure, il y a tout lieu de croire qu'il ne remonte pas plus haut. Or, à cette époque, depuis longtemps déjà, la peinture et la sculpture de la Grèce avaient pénétré à Rome et, au fur et à mesure qu'elles faisaient l'éducation du goût, éveillé sur les bords du Tibre l'activité artistique. PHne, dans un passage célèbre i, dit qu'après l'éclat jeté par l'école de Sicyone, par Lysippe et ses élèves, à la fin du iv" siècle, l'art subit une éclipse pour ne renaître qu'en l'olympiade 156 (154 av. J.-C). Il faut entendre parla, comme Brunn l'a montré-, qu'aux environs de cette olympiade se place le moment oii l'influence de la Grèce sur Rome devient décidément prépondérante. Mais cette influence

' Pline, Hist. nat., 34, 52.: « Gessavit ars, ac rursus... revixit. » - Bruno, Geschichte dev r/riechischen Kunsller, I, p. 539.

n'a pas éclaté tout d\n\ coup, et, bien avant l'époque dont parle Pline, tantôt par des infiltrations lentes, tantôt par de brusques oi puissantes poussées, elle s'était fait sentir. Il y a en, venant crau-delà des mers, comme un courant continu, régulier, qui, à do certains intervalles, de plus en plus rapproches vers les derniers temps, s'est précipité avec force, élargissant ses rives, creusant son lit plus profond.

Que d'ailleurs, pour pénétrera Rome, ce courant ait suivi tout d'abord une voie indirecte, peu importe. C'est une vérité reconnue que les Etrusques ont joué un rôle considérable dans toutes ces origines du peuple romain. Nation riche, prospère, éprise du luxe, ils ne pouvaient manquer, par la force des choses, d'exercer une action profonde sur leurs voisins plus barbares et de les conquérir à une civilisation supérieure. Mais il est aussi non moins certain aujourd'hui que l'art étrusque, à partir du vu'' siècle, a lui-même été tout imprégné d'hellénisme, que, dénué d'originalité propre, il a seulement servi d'intermédian-e, reflétant, dans les arts proprement dits comme dans la production industrielle, les formes, les conceptions, les procédés techniques de la Grèce. Cette conclusion, à laquelle on était conduit pour les époques plus récentes par la comparaison des monuments eux-mêmes, grandes œuvres ou menus objets, que l'on admettait aussi, — mais sans preuves décisives, — pour les époques antérieures, vient de se trouver récemment démontrée de la façon la plus sûre. En janvier 1895, M. Graillot, membre de l'Ecole française, découvrait, sur l'emplacement d'un temple de Conca, sans doute l'ancienne Sutricum, à la limite de la campagne romaine et des marais Pontins, des têtes et d'autres fragments de terre cuite remontant au vi*" siècle avant notre ère, et où se reconnaissent tous les caractères frappants de l'archaïsme grec •. Ainsi, lorsqu'on va au fond des choses, c'est la Grèce en définitive qu'il faut apercevoir derrière l'Etrurie ; sous la forme de l'art toscan, c'est l'influence hellénique qui s'est imposée à Rome dès les premiers temps de son histoire.

La domination des Tarquins, à cet égard-, marque une date

' Mélanges d'archéologie et cChisloire, publiés par l'Ecole française de Rome, XVI, 18%,' p. 131 et suiv.

- I'2t à bien d'autres encore. D'une façon générale, elle a eu la plus grande influence sur toutes les destinées ultérieures des Houiains. Jus(|ue-l(i Uonu" n'était qu'une bien petite ville, fort peu étendue, très dillerontc en realite de

capitale. Les traditions qui s'y rattachent sont encore en partie engagées dans la légende. Il apparaît néanmoins très nettement qu'avec elle l'hellénisme prend pied dans la petite ville de Romulus. Le fait n'a rien d'étonnant, si Ton songe que ces étrangers de Tarquinies étaient en réalité, par leur ancêtre, le Corinthien Démaratos, de véritables Hellènes. De même que Démaratos avait emmené dans son exil en Etrurie quelquesuns de ses compatriotes habiles à modeler Targile, Eucheir, Eugrammos, Diopos', les Tarquins, quand ils arrivent dans le Latium, sont accompagnés d'artistes, étrusques sans doute, mais formés tout entiers par les traditions corinthiennes. Ils leur confient tous les grands travaux qui sont alors entrepris pour assainir ou embellir la ville. Mais voici plus. Le Jupiter d'argile, placé dans le fameux temple du Capitole, était encore l'œuvre d'un Toscan de Véies,Y61ca, c'est-à-dire d'un indigène hellénisé-. Bientôt apparaissent à Rome des artistes originaires de la Grèce elle-même. En 493 avant Jésus-Christ, — dixsept ans seulement après la révolution qui avait chassé les rois, — deux étrangers dont le nom révèle clairement la patrie, Gorgasos et Damophilos, appelés par les Romains ou venus d'eux-mêmes s'installer dans une ville qui annonçait sa grandeur future, sont chargés d'orner de statues ou de l)as-reliefs en terre cuite polychrome un temple de Cérès'^, voué par le dictateur A. Postumius et construit près du cirque Maxime*.

ce que les récits de Tite-Live nous la montrent. L'historien « a jeté des ' fleurs » sur ces premières origines de sa patrie. Mais quand les étrangers venus d'Etrurie furent maîtres de la ville, ils lui communiquèrent des instincts de magnificence et de pompe et le sentiment de la grandeur. C'est seulement alors que, par l'extension considérable donnée à son territoire, de grands travaux d'utilité publique comme la €loaca Maxima, de splendides constructions comme celles du Capitole et du Cirque Maxime, les cérémonies brillantes qu'elle reçut, Rome commença vraiment à prendre conscience d'elle-même et à pressentir le rôle qu'elle était appelée à jouer. La croyance en la domination de l'univers et en l'éternité de l'empire, rendue visible aux yeux par la fondation du temple de Jupiter Capitolin, les prédictions de la Sibylle, toutes ces légendes, tous ces sentiments datent de l'époque des Tarquins.

1 Pline, Hist. nat., 3.=i, 132.

'■i Ibid., 33, 157.

3 « Ante hanc aedem (Cereris) Tuscanica omnia, » dit Pline, rapportant un mot de Varron (35, 134). Soit, mais n'oublions pas que Tuscanica doit être pris déjà comme synonyme de Gniecaiiica.

* Pline, if)id., 33, 154; Denys dUalic. 6. 17; Tacite, ^w?!., 2, 49.— Brunn, ouvr. cilé. I, p. .330; Haoul-Rochette, Peiiiliires andrjues inédites.]). 278 et suiv. ; Urlictis, die Malerei in Ru)n vor Caesar's Dictalur, Wûrzbourg, 1876, p. 4.

A partii" do rc jour, riiniiii^i-;ili(»ii (•()iuiiu'ii('(''0 dut se poursiiivi'c. Los iiiDiiiiuionis d'alors iiOuipas ôiô consorvës ; les noms nionu^s Ac^ lours autours ont })ôri. Copondant dos otnivres de scul})turo (|ui furout ôlovôos au cours do cotte période et de la période suivauto, il ost resté dans los textes anciens, chez Pline notauiuiont, (piohpie souvenir. Or comment ne pas croire (pi'un certain nombre d'entre elles étaient exécutées par des Grecs? Les statues de Romulus-ot de Tatius avaient une nudité tout hellénique L D'autre part des statues équestres connue celle de CléUe, la vaillante héroïne des guerres de Porsenna', })lus tard celles de C. Mjenius et de L. Furius CamiUus,qui avaient soumis le Latiuni'^ de Q. Marcius Trenndus, le vainqueur des Herniques '% exigeaient une technique bien savante pour provenir de mains indigènes. Enfin des étrangers mêmes eurent leur statue au Coraitium, l'Ephésien Hermodore par exemple, qui en 450 avait aidé les décemvirs à rédiger la loi des Douze Tables^, Pythagore et Alcibiade, au temps de la guerre du Sanniium '^. Est-il téméraire de su})poser que ces rapports avec les })ays helléniques aient attiré à Rome des artistes de ces mêmes pays, que, voulant élever des statues à des personnages grecs, on en ait confié la commande à des sculpteurs grecs ?

Quant à la })einture, les sources littéraires sont muettes sur les œuvres qui précèdent le iif siècle avant notre ère. Est-ce à dire que ces œuvres n'existèrent point et qu'il faille chercher la raison de cette absence dans la difficulté des tenqis que Rome eut à traverser '? Sans doute la ])ériode qui suivit l'expulsion des rois fut dure aux Romains. Ils eurent à lutter pour l'existence avant de lutter pour la domination. Mais cette raison qu'on allègue contre la peinture devrait être valable aussi contre la statuaire. Or il y eut à Rome, dès cette époque, des scul})teurs, céramistes ou bronziers, et cela même dans les moments de plus grande crise intérieure ou de plus grand

1 Pline, ibid., 34, 23.

•i Ihid., 34, 28.

« Tite-Live, 8, 13. — L'an 338 avant Jésus-Christ.

* Pline, ouvr. cilé, 34, 23, et Tite-Live, 9. 43. — L'an 306 avant notre ère.

^ Pline, ouvr. cité, 34, 21.

*■' Ibid., 34, 26. — L'iHMclc de Delplies, ednsiilté par les lioniains, leur avait prescrit dlmnorer de la sorte deux Grecs, choisis l'un coinnu' le pins sajje, l'autre comme le plus courafjenx de ses concitoyens.

' L. Uriichs, ouvr. cilé, p. 6.

péril au dehors. C'est en 493, nous venons de le A'oir, que Gorgasos et Damophilos travaillent au temple de Cérès : à cette date on sortait à peine des guerres avec les Tarquins, et il y avait trois années seulement que s'était livrée la terrible bataille du lac Régille. Apportons d'autres témoignages. C'est au lendemain dos troubles suscités par la première loi agraire de Spurius Cassius (pi'on élevait, avec le produit des biens du condamné, une statue, de bronze à Cérès ^ A plus forte raison, quand Rome eut commencé à tenir en respect ses turbulents voisins, les Eques surtout et les Volsques, qui des sommets de l'Algide et du mont Albain venaient camper à quelques milles de ses murailles, ni les luttes contre Véies, malgré leur gravité et la puissance de la cité étrusque, ni les querelles domestiques, qui du reste s'apaisaient presque toujours devant les dangers extérieurs, ne furent un obstacle à la venue des artistes étrangers. Du passage de Pline 2, à travers le pêlemêle des renseignements, il ressort que les statues décernées aux grands citoyens deviennent fréquentes à la fin du v'' et au début du iv'' siècle. Avec les guerres samnites, qui éclatèrent vers 350 av. J.-C. '^ le pas décisif est franchi. Rome, maîtresse du Latium, étend son empire vers le sud. Capoue, en se livrant à elle pour être protégée contre les rudes montagnards des environs, lui ouvre la fertile Campanie et (chose importante pour nous) la met, bien plus directement que n'avait fait TEtrurie, en présence de l'art grec lui-même. Ce sont des colonies purement grecques qui bordent toute la côte campanienne. A la suite des légions, par les routes tracées dans la vallée du Liriset le long de la mer, la voie Latine ou la voie Appienne^ les marchands et les artistes campano-grecs pénètrent facilement jusqu'au Tibre. Alors véritablement, selon le mot de Cicéron, ce n'est plus un faible ruisseau, mais un fleuve immense qui coule de la Grèce vers Rome\

Mais cette activité artistique dont les écrivains nous per-

1 Pline, 34, 15.

- Cf. tout le passage, 34, 15-30.

^ Exactement en 343 avant Jésus-Christ.

^ La voie Appienne est construite en 312 avant Jésus-Christ ; la voie Latine date à peu près du mènie temps.

^ Cicéron, de Republica, 2, 19 : « Influxit... non tcnuis quidam e Graecia rivulus in hanc urbem, sed abundantissimus aninis illarum disciplinarum et arlium. » Cicéron le dit déjà de l'époque des Tarquins. A plus forte raison pouvons-nous rapplifjuer au temps des guerres du Samnium.

iiiettont encore aujourd'hui (U^ re(i'ou\ cr la trace pour la statuaire, il nous est impossible de ne pas l'étendre, môme en dépit du silence des textes, au domaine de la peinture. Comprendrait-on entre des artistes cultivant des arts voisins une séparation si étrange, et Rome ayant un si puissant attrait pour les uns, n'en avant aucun pour les autres ? Est-il même certain que le silence des textes soit complot ? Nous sommes ramenés encore une fois à Gorgasos et Damophilos et à la décoration du temple de Cérès : dans la pauvreté de renseignements où nous sommes sur ré})oque, un fait précis comme celui-là, et qui porte en outre sa date, a une valeur des plus précieuses. Pline dit nettement que les deux Grecs furent peintres en même temps que sculpteurs : « plastae laudatissinii..., iidem pictoresi». Qu'était cette peinture? Faut-il entendre simplement par ce mot la polychromie dont étaient certainement revêtues les figures en terre cuite du fronton ? Il serait étonnant, si Gorgasos et Damophilos s'étaient bornés à une enluminure, que Pline leur eût donné le titre de peintres. Dirions-nous, par exemple, que l'auteur du Jupiter placé auCapitole était un peintre, non moins qu'un sculpteur, pour avoir passé sur sa statue une couche de minium'? Il est donc déjà très probable qu'il y eut dans le temple de Cérès, outre la décoration du fronton avec des figures d'argile coloriées^, une décoration intérieure du portique avec de véritables peintures. Mais quelques mots mêmes de Pline viennent fortifier cette opinon. (( Lors d'une restauration du temple, dit le texte, l'enduit des murailles fut détaché et enfermé dans des cadres de bois ^. » N'est-ce pas là justement les peintures en question ? Pour avoir mérité d'être ainsi mis ;i part et encadré, cet enduit ne devait pas être un enduit vulgaire, sans valeur. Il tirait évidemment tout son prix des fresques dont il était orné ^.

' Pline, 35, 154.

2 Ibid., 35, 157. On rafraîchissait d'ailleurs cette couche de minium, dès qu'elle venait à s'altérer. « Miniari solitum (esse Joveui). »

3 Vitruve, UI, 2, 5.

^ Pline, 35, 154 : « Ex hac (aede) cum reficeretnr, crustas parietum excisas tabulis uiarginatis indusas esse. »

•"' Les peintures murales, en ofTet, n'étaient pas directement appliquées sur le mur. Celui-ci subissait par avance une préparation. On l'enduisait d'une couche d'arf,Mle, pour obtenir une surface unie (jue l'on crépissait ensuite à la chaux. D'autre part ces fres(iucs du temple de Cérès, détachées de la paroi en même temps que l'enduit auipicl elles adhéraient, no sont pas un exemple isolé. Vitruve (11, 8, U) cite de mènu' des peintures qui furent appor-

Quand on repara le temple, il fallut bien, pour conserver les fresques, enlever en même temps de la muraille le crépi de chaux sur lequel elles étaient exécutées. Tel est le sens à donner au passage de Pline ' .

Comment enfin, si la peinture n'avait pas été cultivée à Rome avant les dernières années du iv^ siècle, expliquerait-on qu'en 303 un membre de l'illustre famille des Fabii fût occupé à orner de fresques le temple consacré à la déesse Salus ? Ce Fabius le Peintre, comme on l'appelait, ne s'est pas formé tout seul. Il a, sans aucun doute, été le disciple des Grecs. Il a pu voir sur place, assurément, dans l'Italie méridionale, au moment des guerres du Samnium, des peintres et des peintures helléniques. Mais il paraît plus naturel d'admettre qu'au heu d'aller chercher cet enseignement au dehors, c'est dans sa patrie même, à Rome, autour de lui, qu'il trouva la tradition de la peinture toujours vivante, représentée par des maîtres et des œuvres, que ce sont ces exemples directs, mis constamment sous ses yeux, qui agirent sur lui d'une façon assez forte pour le faire renoncer à ses préjugés de patricien et l'amener à pratiquer, lui le premier de ses concitoyens, un art abandonné jusque-là aux seuls étrangers. De Gorgasos et Damophilos à Fabius Pictor la chaîne n'a pas été brisée-.

tées de Sparte à Rome par les édiles Muréna et Varron dans des cadres de bois {ligneae formae).

' Voir Urlichs, ouvr. cité, p. 4. 11 nous paraît avoir pleinement raison contre Raoul-Rochette par exemple, qui ne veut voir dans la décoration exécutée par Gorgasos et Damophilos que des ouvrages de plastique polychrome {ouvr. cité, p. 278 et suiv). — 11 serait très séduisant d'identifier notre Damophilos avec le Démophilos d'Himéra, qui fut le maitre du célèbre peintre Zeuxis (Pline, 33, 61). Ce serait un argument de plus à l'appui de notre thèse. 11 achèverait de prouver que les deux décorateurs du temple de Gérés non seulement étaient des céramistes, mais qu'ils possédaient suffisamment l'art de peindre pour que l'un d'eux eût été capable défaire des élèves. Mais nous ne pouvons rien affirmer à ce sujet (cf. Brunn, Gesch. der gi'iec/i. Kûnstl., 1, p. 331, et II, p. 57).

'^ Quintilien (I, 4, 16) nous parle de temples très anciens où se lisaient inscrits sur les murs les noms de Gassantra, Alexanter, Ilecoba, Pulixena. C'était une manière fréquente dans l'art grec et dans l'art étrusque de désigner les différents personnages représentés sur quelque fresque. Le texte en question contient donc une allusion à des peintures murales. Ces peintures ont pu être exécutées par des artistes grecs eux-mêmes. Mais qu'elles l'aient été par des artistes étrusques, il n'importe : elles n'en sont pas moins purement helléniques. Les sujets en étaient empruntés au cycle des épopées troyennes. Quant au style, il était le même que celui des fresques contemporaines trouvées dans les chambres des nécropoles étrusques, c'est-à-dire tout grec également. Or qui nous empêche de croire les peintures citées par Quinti-

Quand ou arrive au m" siècU), les ténioiguagos do l'iiilluence grecque se muliipliout. Il n'est plus nécessaire d'insister connue sur les débuts plus obscurs. Dès niaintenant tout est connu, tout est clair. Qu'on se rappelle seulenuMit les grands faits qui jalonnent, pour ainsi dire, cette jx-riodc de fliistoire républicaine et permettent de suppléer ;i ce (jui manque, de combler les distances intermédiaires : Rome élargissant chaque jour le cercle de ses conquêtes, entrant cette fois en contact immédiat, non plus seulement avec les villes de la Campanie, mais avec le sud de l'Italie, la Grande-Grèce et la Sicile, puis avec la Grèce proprement dite, enfin avec la molle et somptueuse Asie, tout imprégnée de civilisation grecque, d'une civilisation plus magnifique, plus raffinée, plus corrompue aussi que celle de la mère-patrie; les généraux romains, se faisant bientôt une habitude du pillage et dépouillant à l'envi cités ou pays vaincus des chefs-d'œuvre qu'ils possédaient ' ; Marcellus ouvrant, à la prise de Syracuse, la série de ces spoliations (212 av. J.-C); après lui Fabius Maximus à Tarente (209), Titus Quinctius Flamininus en Macédoine (197), Fulvius Nobilior à Ambracie (187), Lucius Scipion en Asie (185), Paul Emile et Métellus Macédoniens (167 et 146), tous deux encore dans cette Macédoine dévastée pour la seconde et la troisième fois, Mummius enfin à Corinthe (145)^, tous amassant, afin de rehausser la pompe de leurs triomphes, un butin si considé-

tilien antérieures à celles de Fabius? Les expressions dont se sert l'auteur latin indiquent qu'elles étaient placées dans de très vieux sanctuaires, fameux par leur antiquité même : « In vetustis operibus urbis nostrac et celebribus templis. » Si notre hypothèse est juste, nous tenons là des œuvres qui prouvent la continuation persistante de rintluence hellénique à Rome et, conduisant de Gorgasos et I)amoi)hilos à Fabius Pictor, relient la décoration peinte du tenqile de Gérés (493) à celle du temple de la déesse Salus (303). Ge seraient là queUpies- UQsdeces modèles, — entre beaucoup d'autres ignorés, — que Fabius eut sous les yeux et qui lui furent un enseignement et un encouragement.

Raoul-Ilochetle (l'eint. ant. inéd., p. 275) prétend qu'aucun temple à Rome ne fut décoré de peintures avant celui de la déesse Salus, et il s'appuie sur ce fait (jue Pline (35, t'J) ne citeaucunexomple de fresques plus anciennes i|uo les frcsipies de Fabius. Mais dans ce passage il n'est question ([ue des peintres indigènes, et il est bien vrai que Fabius IMctor est le premier en date des peintres romains. Gela ne signilie pas (pi'il n'ait point été précédé dans cette voie par des artistes grecs ou gréco-étrusques établis à Rome.

' Sur les statues qui furent a[)portées à Rome, à l'occasion des trionqihes, pendant les deux derniers siècles de la Uépubliipie, cf. L. l'rlichs: Orier/iiscfie Sldhcen lin rcpii/ili/auiisv/ien limn, Wiirzbourg, 1880. Tous les textes y sont mentionnés et discutes.

- Tite-Live, 25, 40 ; 27, Iti ; 34, 52 ; 38, 9 ; 37, 59 ; 45, 39-40.

rable et d'une splendeur si grande qu'on a vraiment quelque peine à se l'imaginer. Le défilé des statues de bronze ou de marbre, tableaux, vases à reliefs, tapisseries, monnaies, objets précieux de toute sorte, dura parfois, disent les auteurs, jusqu'à trois jours ^ Cette profusion de richesses et d'œuvres des maîtres jetées ainsi à plusieurs reprises sur le sol de l'Italie, tous ces trésors d'art venant s'entasser dans les temples construits parles vainqueurs, l'arrivée, à l'occasion de ces triomphes, d'une foule d'artistes ramenés par les généraux, du peintre Métrodore^, de l'architecte Hermodore -^ des sculpteurs Timarchidès, Polyclès, Dionysios^ dont le premier accompagnait Paul Emile, les autres Métellus le Macédonique : voilà de ces événements décisifs dans l'histoire de l'art romain, de ces moments dont je parlais, où le courant hellénique déborde et submerge tout. Comment Rome eût-elle pu résister? A dater de l'olympiade 156, suivant la remarque de Pline, c'est-à-dire aux environs de l'année 150 avant notre ère, elle est bien définitivement la conquête intellectuelle de la Grèce :

Graecia capta ferum victorem cepit.

Seulement ce n'est là pour nous que le dernier terme d'une longue période dont les débuts coïncident avec les débuts mêmes de la république.

i Au triomphe de Flamininus notamment, le premier jour passèrent sous les yeux des spectateurs les armes, les traits, les statues de bronze et de marbre; le second, l'or et l'argent monnayés ou en lingots, les vases ciselés, les objets de bronze et autres richesses, un bouclier d'or, dix boucliers d'argent massif ; le troisième, cent quatorze couronnes d'or données par les divers états (Tite-Live, 34, 32). — A celui de Paul Emile, qui dura également trois jours, le premier suffit à peine à faire défiler les deux cent cinquante chariots sur lesquels statues et tableaux avaient été placés (Tite-Live, 43, 39).

2 Pline, Hist. nat., 35, 133 ; et Brunn, Kihisllergeschichte, II, p. 293.

3 Brunn, ouvr. cité, II, p. 357-338.

* Brunn, zV/., I, p. 336-541. — Overbeck, Geschichte dergriechischen Plasfik^, II, p. 372, et p. 438, note 8. — Collignon, Hisf. de la Sculpture rp^ecque, II, p. 622-623. M. Collignon établit avec beaucoup de vraisemblance, d'après Gurlitt {Ueber Paiiscmiafi, p. 363), les rapports de parenté de ces artistes. Ils furent au service de Métellus Macédoniens, qui introduisit ainsi à Rome toute une famille de sculpteurs.

Les Grecs, sculpteurs, peintres, architectes, qui venaient ainsi travailler })Our le compte de Rome, ou les quelques Romains formés à cette école •, trouvaient aisément l'emploi de leur talent. Ils bâtissaient des édifices pour les dieux ou pour la cité', sculptaient des statues pour Jupiter, Junon, Apollon ou les autres grandes divinités romaines 3, pour les membres des familles patriciennes qui s'étaient distingués au service de l'Etat'' ;

• 11 faut noter que des trois arts c'est l'architecture qui devint le plus promptenient nationale ; c'est là que s'exerça le plus l'activité des artistes indigènes. L'architecture, par son caractère d'utilité pratique et la majesté imposante de ses formes, a toujours été chère aux Romains, qui furent de grands bâtisseurs. Aussi, tandis que la sculpture ne nous offre aucun nom latin et la peinture à peine un ou deux (encore Pacuvius, né à Brindes, est-il Grec de naissance), nous pouvons citer des architectes romains en assez grand nombre, qui rivalisent de bonne heure avec les architectes grecs : le chevalier romain Gossutius qui travaille pour Antiochos Epiphane à l'achèvement de l'Olympieion commencé sous Pisistrate, plus tard Gains et Marcus Stallius, qui, avec le Grec Ménalippos, reconstruisent l'Odéon d'Athènes (cf. Brunn, oiwr. cité, II, p. 334-335).

-' Beaucoup de monuments sont construits alors. Les travaux d'utilité publique, basiliques, portiques, aqueducs, sont extrêmement nombreux : voir, pour s'en faire une idée, ceux qui furent entrepris en l'année 119 (Tite- Live, 40, 51). Mais les édifices religieux se multiplient aussi. Presque chaque triomphe est accompagné de la dédicace d'un temple que le général élève à quelque divinité en reconnaissance de sa victoire. Ainsi Marcellus fait bâtir le temple de l'Honneur et de la Vertu ; Fulvius Nobilior, celui de VHercules Musavum ; Paul Emile, celui de la Forluna Itujiisce diei ; L. Licinius Lucullus, celui de la Félicité. Nous ignorons le nom des architectes employés à ces constructions. Mais nous connaissons celui d'IIermodore de Salamine, qui entoura deux temples dédiés à Jupiter et à Junon d'un grand portique de marbre, le fameux portique de Métellus (Velléius, 1, H). Le même Hermodore construisit aussi pour D. Brutus Gallaecus le temple de Mars dans la région du cirque Flaminius. — Voir sur tous ces temples l'ouvrage d'Urlichs déjà cité : Griechische Statuen im republikanischen Rom.

3 Timarchidès exécute un .\pollon citharède pour un temple d'Apollon situé non loin du portique de Mélellus. .\ l'intérieur du portique, dans le temple de Junon, Polyclès et Dionysios placent chacun une statue de la déesse. Les deux mêmes sculpteurs font aussi en collaboration un Jupiter ((u'ils destinent au temj)le du dieu, enfermé comme celui de Junon dans le grand portique de marbre (Pline, 36, 35).

* .Nous avons vu (p. 32-33) qu'à partir du iv° siècle ces statues honoridques deviennent très fréquentes. Mais après les guerres puniques c'est bien autre chose encore. On en élève non seulement à Home, mais sur les places de tous les municipes, mais dans les maisons des particuliers, dont l'atrium, grâce au zèle des clients envers leurs patrons, est transformé en un véritable forum.

ils peignaient des tableaux pour les particuliers ' ou couvraient de fresques les murailles des sanctuaires '-. De toutes ces œuvres les auteurs nous ont transmis quelque souvenir. Mais nulle part il n'est question de bas-reliefs. Malgré le passé lointain auquel nous reportons les premières influences helléniques, on ne voit pas que ce genre de sculpture, si florissant dans les pays grecs à toutes les époques de leur histoire, ait été pratiqué à Rome par ces artistes, qui devaient cependant apporter avec eux toutes les traditions de leur pays. Si l'on y réfléchit, le fait a son explication naturelle.

Le bas-relief ne se sépare point de la surface sur laquelle il se détache ; ses conditions d'existence sont liées à celles mêmes de cette surface. Or, quel qu'ait été en Grèce depuis les temps reculés, mais surtout au iv" siècle, le développement du basrelief funéraire, il était loin d'égaler en importance et en éclat la grande sculpture monumentale. C'est donc par celle-ci que le bas-relief pouvait s'introduire à Rome, et rien sans doute ne l'aurait empêché d'être cultivé comme les autres branches de l'art, si les temples primitifs s'y étaient prêtés davantage. Originaire d'Etrurie, l'architecture romaine avait nécessairement adopté les formes, les procédés de construction, le style

On en élève aux femmes. On en élève un si grand nombre qu'en 158 les censeurs donnent l'ordre de faire disparaître du forum romain, pour dégager la place, toutes celles qui s'y trouvaient dressées indûment, sans un décret du peuple ou du sénat (F'iine, 34, 15-32, en particulier 17, 30. 31).

' Ces tableaux exécutés pour les particuliers étaient soit des peintures historiques représentant les exploits des généraux vainqueurs (voir plus bas, livre III, ch. i), soit des portraits. Le portrait a toujours été très goûté des Romains; mais au dernier siècle de la République, ce devint une fureur. D'abord conservés dans les atria des maisons, ils prirent place ensuite dans les pinacothèques, les bibliothèques, (jui. se multipliant de tous côtés, favorisèrent beaucoup le développement de ce genre de peinture (voir Saglio, Dictionnaire des Antiquités, notre article Imarjo). — En dehors du vieux Fabius Pictor, nous connaissons un certain nombre de peintres postérieurs aux guerres puniques et dont l'activité s'exerça à Rome : Démétrios d'Alexandrie, appelé par Diodore TOTioypàyo;, c'est-à-dire peintre de cartes géographiques avec plans et vues des pays (Brunn, II, p. 289),Métrodoros d'Athènes, Pacuvius de Brindes dans la Grande-Grèce, plus tard Jaia de Cyzique, peintresse d'une merveilleuse rapidité d'exécution, Sérapion, Sopolis et Dionysos, célèbres par leur fécondité, et dont les tableaux remplissaient les bibliothèques (Pline, 35, 147), etc., tous peintres grecs ou originaires de Grèce.

- Raoul-Rochette, dans ses Peintures antiques inédites, soutient cette thèse que les peintures des temples étaient faites sur bois et posées contre la muraille, et non pas exécutées sur la muraille même, c'est-à-dire qu'elles étaient des tableaux dans le vrai sens du mot. Nous avons vu plus haut cependant (p. 34-35), par l'exemple des temples de Gérés et de Salus et par le texte de Quintilien (I, 4, 16), que la fresque existait à Rome dès une époque ancienne.

tl(> rarcliiteriuro étrusciuo. C'est ainsi quo le fameux temple bâti par Tarquiii le Superbe au Capitole offrait la i)lus faraude ressemblance avec ceux dont on a retrouvé les ruines à Cività- Castellana (l'antique Falérie)'. Non seulement le plan était le même, avec les trois cellas contiguës où prenait place la triade divine, Jupiter, Junon et. Minerve*; mais la tecbnique n'avait pas changé : on avait conservé le comble de l)ois, les poutres en forte saillie sur le plan vertical de la façade, le fronton en porte à faux. Une pareille disposition interdisait, comme en Toscane, de recourir ii la décoration l)eaucoup trop lourde des reliefs de pierre ou do marijre. Los deux iidluences étrusque et grecque, auxquelles fut soumis l'art romain à ses débuts et qui généralement se confondent, cette fois se contrariaient. Les Grecs avaient pu dérouler autour de leurs temples une aussi pesante sculpture, parce que ces tem})les étaient de pierre et que là, fronton, frise, corniche, l'entablement tout entier portait d'aplomb sur les colonnes qui soutenaient l'édifice . Mais avec la simple charpente imposée par la construction étrusque, le fronton à la manière d'un balcon ne reposant que sur l'extrémité des poutres du comble, pouvait-on songer à imiter les grandes et massives compositions d'Egine, de l'Acropole d'Athènes ou d'Olympie ?

Les Etrusques avaient tourné la difficulté au moyen de figures de terre cuite, qui, réduites à la partie antérieure, aplaties sur le revers, évidées et devenues ainsi plus légères, étaient fixées au moyen de chevilles sur le fond du tympan^. .D'Etrurie cette céramique architecturale devait nécessairement

' Nolizie degli scniù di antichita piibblicale dalla reale Accademia dei Lincei, 1887, p. 92-107, pi. II, 2. — Pour le temple Gapitolin, voir Daremberg et Saglio, ouvr. cité, art. Cupitolhun, où toute la biblioirraphie est indiquée.

-' J. Martha, l'Art étrusque, ch. ix, S 2. — Ce plan du temple à trois cellas nest pas le type unicjue sur lequel tous étaient construits. 11 devait y avoir des temples à cella unique et à cella double. .Mais la cella triple devint le type le plus populaire, parce qu'il était le plus commode. .Vu lieu d'élever, comme on le devait, trois temples séparés aux trois divinités, Jupiter, Junon, Minerve, on eut l'idée de fondre les trois temples en un seul et de mettre les trois divinités côte à côte. C'était, tout en restant lidèle aux prescriptions du rituel, rendre plus facile l'oblij^ation imposée ; c'était aussi diunicr aux architectes la faculté de faire plus f,'rand et plus somptueux.

" Martha, VArt étrusque, p. ."528-329. — Les meilleurs fragments qui nous soient restés de cette statuaire céramique sont ceux des frontons du temple de Luni. (^f. Milani : / /fontoni di un tempio luscanico scoperti in Luni (dans le Museo italiuno di antic/iità clussicu, 1884, 1" livraison), et Martha, ibid., p. 325-J2G, lig. 222, 223.

passer à Rome. Elle y vint, apportée par les artistes au service des Tarquins, lorsque le Superbe éleva sur le Capitole le fameux temple de Jupiter. La décoration du nouveau sanctuaire (statues des dieux à l'intérieur, acrotères et antéfixes sur la toiture, hauts-reliefs du fronton) fut, toute, une décoration de terre cuite'. Une vingtaine d'années plus tard, nous retrouvons la même technique appliquée par Gorgasos et Damophilos au temple de Cérès. Depuis le vi" siècle jusqu'au ii" avant notre ère, elle ne cessa pas de jouir chez les Etrusques d'une très grande faveur. De là les débris, relativement nombreux, trouvés à Conca dans la région pontine-, à Orviéto, à Cività-Castellana-\ à Luni\ ailleurs encore. A Rome également, elle dut se perpétuer dans les ateliers, et cela peut-être jusqu'à une époque assez récente. Un groupe de figures polychromes, provenant d'un fronton et actuellement au Palais des Conservateurs, nous fait descendre, semble-t-il, jusqu'au dernier siècle de la République-'. Selon Pline, on voyait encore de son temps des faites de temples en argile coloriée^. Malgré tout, il est vraisemblable que ce genre particulier de sculpture ne fut pas employé fréquemment par les Romains, comme il l'était en

1 Pline, Hi.s/. nat., 35, 137. — Pour la reconstitution du fronton ou des frontons du temple Capitolin, qu'on arrive à faire tant bien que mal, voir J. Martha, oitvr. cité, p. 322-325. — Au palais des Conservateurs, à Rome, sont aussi deux terres cuites que M. Helbijçj croit pouvoir rapporter à ce temple primitif de Jupiter [Guide dans les Musées d'archéolugie classique, traduction Toutain, I, p. 449).

2 H. Graillot, le Temple de Conca, dans les Mélanges de l'Ecole française. de Rome, XVI, 1896.

3 Nolizie delV Accademia dei Lincei, 1885, p. 36; 1887, p. 92 et suiv., p. 138 ; 1888, p. 418-419.

* Miiani, / frontoni, p. 5.

'■> Helbig-Toutain, I, p. 449-450.

•"■ Pline, 35, 158. — Toutefois, à l'époque impériale, les temples ont renoncé aux reliefs d'argile coloriée. Mais cette tecimique a passé alors à la décoration des riches maisons particulières où elle est fréquemment employée. On a retrouvé à Rome et dans les environs, dans la Canipanie, de nombreux motifs en terre cuite destinés aux parties hautes des habitations (antéfixes, gargouilles, etc.), des plaques ornées de bas-reliefs et qui, placées les unes à la suite des autres, formaient des frises continues (il y en a au Louvre : Gampana, Antiche Opère in plaslica, 2 vol. ; au British Muséum : Goiube, A description of the collection of ancient terracoflas, pi. 4 à 20 ; à Rome, palnis des Conservateurs et musée Grégorien : Helbig-Toutaiti, l,p. 430, et II, p. 212- 218), enfin de hauts-reliefs appliqués contre les parois et imitant la ronde bosse, suivant l'exacte coutume des temples toscans (Rohden, Terracotlen von Pompeii, p. 16-17, pi. 21, 22). Pour l'ensemble, voir Potticr, Staluetles de terre cuite dans l'Antiquité, chap. x.

Kti'iirio : d'aussi ^caiKh^s coiiiposilioiis j)lasii([iios, destinées à des édifices aussi inii)(»r(auis (juo des temples, auraient laissé plus de traces (relles-mênies dans les textes, si elles avaient été bien répandues. Les écrivains nous parlent à plusieurs reprises des frontons du temple capitolin ; ils se taisent sur la d(k'oration des autres teni})les : ce silence est significatif. Je croirais volontiers qu'en réalité les Romains se contentèrent souvent d'une simple ornementation céramique. Leurs artistes indigènes n'avaient point l'habileté des Etrus(|ues à manier l'argile. Ils leur empruntaient ce qui pouvait le plus facilement s'imiter. Ils modelaient des antéfixes, des acrotères, des chôneaux et des gargouilles en terre cuite, tout ce qui servait à revêtir et décorer le sommet de l'édifice ; à l'extérieur des murailles ils faisaient régner des frises ornementales, des moulures, bandeaux ou corniches, plutôt qu'ils ne s'attaquaient vraiment à la figure humaine, encore moins au groupement des figures'.

Quant aux étrangers grecs établis dans le Latium, successeurs de Gorgasos et de Damophilos, ils apportaient naturellement les habitudes d'art et se conformaient à l'enseignement qu'ils tenaient de leur pays. Or la céramique qu'ils avaient vue en usage chez eux, la seule qu'ils connaissaient, c'était une céramique purement décorative, « une céramique d'ornemanistes plutôt que de sculpteurs- », qui consistait dans ces menues appliques de terre cuite nécessaires pour dissimuler les imperfections de la construction 3; c'était donc celle-là qu'ils devaient reproduire et pratiquer dans les nouvelles régions où ils transplantaient leur talent. Ainsi s'expliqueraient et le petit nombre de grandes pièces céramiques recueilUes sur le sol de Rome, et surtout l'extrême rareté des allusions que les auteurs y aient faites.

Viennent dans la suite tous les progrès des armes romaines. Les légions dépassent le cercle étroit du Latium, dépassent

1 S'ils représentaient des fi<j;nres, ce (levaient être des figures uniquement décoratives, faites en grand nombre d'après des modèles et obtenues à l'aide de moules, où les plaques de terre cuite étaient estampées. Ces plaques, rapprochées, formaient donc des frises du geru'e de celles (|ui décoraient, nous l'avons vu plus haut (p. 41, note 6), les maisons des particuliers aux premiers temps de l'Empire. — Il va sans dire que toutes ces surfaces de terre cuite recevaient une coloration très brillante.

- Pottier, ouvr. cilé, p. 218.

3 Ibid., p. '2Î7. — Tels sont les fragments trouves en Grèce, en Sicile, dans l'Italie méridionale.

même le cercle de la Campanio et des montagnes samnites. Au iif siècle, avec les guerres de Pyrrhus, elles descendent définitivement dans ritalie méridionale ; avec les guen-es de Cartilage, elles sont appelées en Sicile. Séduits par les temples de Pœstum et de la Grande-Grèce, par ceux de Sélinonte, de Ségeste, d'Agrigente, plus tard par ceux de la Grèce ellemême et de r Asie-Mineure, le Parthénon et l'Artémision, les Romains laissent de côté le plan étrusque qu'ils avaient adopté pour leurs vieux sanctuaires et se tournent vers l'imitation des merveilleux modèles grecs. Ils en reproduisent, — en les altérant, — mais enfin ils s'efforcent d'en reproduire les ordres, les proportions, le style. Les imiteront-ils dans le principe de leur décoration, avec leurs frontons, leurs métopes, leurs frises sculptées, relevant les surfaces architecturales restées libres de bas-reliefs ou hauts-reliefs de marbre? Cette fois, ce fut la nature des matériaux employés qui créa un obstacle.

Rome avait rejeté le comble en charpente pour recourir à la pierre. Mais pendant longtemps elle n'eut à sa disposition que des pierres d'une qualité inférieure, un tuf d'un grain peu compact, ou une pierre grise des monts Albains, le pépérin, formé de cendres volcaniques durcies, ou plus tard la pierre jaunâtre de Tibur, le travertin. C'est avec ces matériaux que furent construits la plupart des monuments de la République. Or ni le tuf, ni le pépérin, ni même le travertin n'étaient favorables au travail de la grande sculpture. Il fallait une pierre d'un grain plus résistant à la fois et plus fin, comme le marbre, pour permettre de tailler ces vastes ensembles des frontons et ces longs défilés de personnages que comportent les frises. Mais le marbre ne fait son apparition à Rome qu'au milieu du ii" siècle avant notre ère. C'est en 146 seulement que le grec Hermodore, architecte à la solde de Métellus le Macédonique, chargé d'élever le portique qui reçut le nom de ce grand seigneur ami des arts, employa pour la première fois cette matière dans la construction d'un édifice romain. Il y a mieux. Ne croyons pas qu'une fois introduit à Rome le marbre soit devenu d'un emploi général et qu'on ait aussitôt délaissé pour lui les autres matériaux : loin de là. Les constructions en travertin demeurèrent en usage, et longtemps encore. C'est le travertin qui servit à élever l'arc d'Auguste à Rimini (27 av. J.-C). C'est de blocs de travertin que fut fait aussi l'arc de Drusus l'Ancien, érigé, par décret du Sénat, après la mort de ce frère de Tibère, uni-

versollemont rogrctté (9 av. J.-C.)^ Le has-rclicf conçu à la manière lioll(Mii(jue rencontrait donc, dans les matériaux mêmes mis en œuvre, de trop sérieuses difficultés pour qu'il pfit se développer ou seulement commencer de naitre. C'était encore la décoration céramique des Etrusques, avec ses moulures et ses reliefs a[»pli(iués sur la muraille et s'adaptar.t, pour les cacher, aux inégalités de la pierre, qui convenait le mieux à de pareilles constructions. Aussi continua-t-elle à être employée, nous l'avons vu, jusqu'au déhut de r('m])ire : elle ré])ondait à une nécessité-.

Mais tous les édifices de l'époque ne furent pas élevés avec la pierre jaune de Tibur. Rome ne fut pas encore sous la République la ville de marbre qu'Auguste se flattait de laisser à ses successeurs ^ ; elle connut cependant plus d'une construction de marl)re, ou du moins, avec revêtements de marbre. Dès lors, les matériaux étant autres, elle pouvait changer la décoration de ses monuments. Le fit-elle? 11 faut distinguer le fronton de l'entablement lui-même et de la frise. Les frontons durent parfois recevoir, à l'intérieur de leur tvmpan, non plus une simple ornementation, mais une véritable décoration de figures. Nous en avons au moins la preuve pour le temple de Ju})iter Capitolin. En l'année 83 avant Jésus-Christ, au milieu des guerres civiles de Sylla et des partisans de Marins, un incendie allumé par dos mains inconnues réduisit en cendres le vieux sanctuaire de Tarquin le Suj)erbe '* : il avait duré plus de quatre siècles, sans changements Sylla vainqueur s'occupa de réparer cette catastrophe. On le rebâtit sur l'emplacement du temple primitif, d'après le même j)lan et les mêmes dimensions : ainsi le voulaient expressément les haruspices, inter-

' Cependant les archivoUes, l'étage supérieur et les colonnes étaient en marbre.

- Sous Aufjfuste, si les u)aisons des particuliers y recourent encore (voir p. 41, note 0', ce n'est plus par nécessité (le marbre est alors une matière devenue commune), mais c'est par économie. A ceux qui ne peuvent avoir ces magnifiques revêtements, ces coûteux bas-reliefs de marbre ou de métal, mis à la mode par Alexandrie et les cours hellénistiques, les plaques de terre cuite ollrent à bon marché une décoration analogue, capable justpi'à un certain point de satisfaire leur goût du luxe.

3 Suétone, Au;/., 28.

* Tacite, //«/.,' 3, 72.

■' Exactement quatre cent vingt-cinq ans. La décoration extérieure était restée la môme ; les oH'randes seules s'étaient multipliées (Tite-Live, 2, 22 ; 40, 51).

DU BAS-RELIEF HISTORIQUE i5

prêtes des ordres des dieux *. Mais si l'on respecta les dispositions générales, il ne fut pas interdit sans doute, pour rendre cette demeure plus digne de la diA'inité, plus conforme aussi à la puissance actuelle du peuple romain, d'employer à la reconstruction du temple de plus riches matériaux: au bois de la charpente, à la terre cuite des sculptures succédèrent la pierre et le marbre. Deux deniers du triumvir Pétilius Capitohnus, environ de Tan 40 avant Jésus-Christ, nous font connaître la décoration du nouveau fronton-. Au milieu du tympan, la déesse Rome, vue de profil, est assise sur des boucliers; devant elle, Romulus et Rémus allaités })ar la louve ; derrière elle, d'autres boucliers faisant pendant au groupe de l'animal et des jumeaux ; à droite et à gaucho de la figure centrale, deux oiseaux volant l'un vers l'autre ; sur le faîte, le quadrige de Jupiter; aux deux extrémités, des aigles ; entre les aigles et le quadrige, Tun des deniers montre Minerve et Junon avec la lance et le sceptre. Voilà donc pour un monument bien déterminé et daté de l'époque républicaine la grande sculpture décorative associée à l'architecture. Notons toutefois, si nous étions tentés de générahser le fait, que le temple du Capitole n'était pas un temple ordinaire; sa fondation avait été entourée de circonstances merveilleuses, promesses d'un avenir plus qu'en partie déjà réalisé-^; c'était le temple suprême, le centre de la vie religieuse de Rome et du monde romain, le gage de l'éternité de l'empire ; ne pouvait-on faire pour lui ce qu'on ne faisait pas pour les autres? Notons encore que l'ancien temple avait déjà son fronton orné de figures d'argile polychrome, suivant l'habitude étrusque ; il était donc naturel, surtout chez un peuple si

1 Tacite le dit formellement pour la troisième reconstruction du temple, lorsque le Capitole eut été encore une fois livré aux flammes dans la lutte entre les partisans de Vitellius et ceux de Vespasien (70 ap. J.-G.) : « NoUe deos mutari veterem formam » {/7is/.,4, 53).

- E. Schulze, die Giebelf/ruppe des capital. Jupiter tempels, dans YArchûologische Zeiliinq, XXX, 1873, p. 1-2 : Darembert et Saglio, Dictionn. des Aiitiq., art. CapitoUum, fig. 1146 et 1147.

3 Faut-il rappeler toutes les légendes mentionnées par les historiens? le dieu Terme refusant, lorsque Tarquin voulut préparer l'emplacement du temple, de sortir du terrain qui lui était jusque-là consacré, présage, disait-on, de force et de stabilité (Tite-Live. 1, .5o) ; la tète humaine encore intacte, trouvée en creusant les fondations, présage de grandeur, ce lieu devant être le centre de rcmpirc et la capitale du monde (Tite-Live, ?7/ù/.) ; le quadrige de Jupiter, bien loin de se contracter à la cuisson, se dilatant au point qu'il fallut, pour le retirer, démolir les murailles du four, présage d'expansion et de puissance (Plutarque, Publicola, 13).

respectueux du passé, de garder pour le nouveau sanctuaire le même genre de décoration et de recourir encore une fois à la statuaire monumentale. Et malgré tout, en dépit do ces circonstances favorables, la décoration du fronton, telle que la représentent les monnaies de Pélilius, est encore des plus simples, très peu riche en figures. A plus forte raison peut-on conclure, pour les autres temples moins fameux, que cette même décoration ou n'exista guère, ou, si elle exista, demeura toujours assez peu importante. En réalité nbus ne voyons pas qu'il en soit question dans les textes écrits, et les monuments, médailles et bas-reliefs (jui reproduisent l'image des temples romains, si Ton exce])te toujours le temple du Capitole, rebâti mie troisième et quatrième fois et où furent conservées les statues du fronton ', ne nous montrent que des façades laissées entièrement lisses ou très sobrement ornées de motifs conventionnels. Même sous l'Empire, à une époque où cependant les monuments triomphaux donnaient de brillants modèles de sculpture architecturale, un temple, comme celui d'Antonin et de Faustine, n'avait sans doute que des reliefs d'ornementation.

Ainsi les frontons furent loin d'être toujours décorés de figures sculptées. Du reste, à supposer qu'ils l'eussent été davantage, le développement du bas-relief n'en aurait pas été pour cela nécessairement favorisé. Les sculptures des frontons sont traitées avec un haut-relief qui confme presque à la ronde bosse; c'est de la véritable statuaire. Le fond sur lequel elles s'appliquent est là seulement pour leur servir de soutien. Le bas-relief fait bien autrement corps avec l'édifice tout entier ; il est lié indissolublement à la paroi, ou plutôt il est la paroi elle-même, ravalée en certains points pour saillir en certains autres ; il est conçu suivant un principe tout différent. Le chanq) qui lui convient par excellence, celui où il peut le plus il l'aise déployer ses nombreux personnages, c'est la frise. Or

i Voir Daremberg et Saglio, Dictionn. des Antiq. ,hri. Capitolium, fig. H48, 1149, qui représentent le troisième et le quatrième temple d'après des monnaies de Vespasion et de Dnniitien. — Voir aussi limage aj^M'andie du troisième temple, donnée par Donaldson, Arc/nlerliira Xtimismutira, p. 6, n. 3. — Voir enfin dans VArchàol. Zeiliinfj, 181.'!, lartifie de M. Sctuilze : Ucbcr ilie Giebel- ;/rujjpe, (ilc, où, d'après un bas-relief du palais des Conservateurs (Marc-Aurèle offrant un sacrifice devant le tcuiple de Jupiter Capitolin) et un dessin de la bibliothèque de Cobourg, l'auteur essaie de préciser la décoration du qualrièmu temple (pi. 57). M. Saglio reproduit d'ailleurs les deux documents dans son Dictionnaire, fig. 1150 et 1151.

les frises des temples romains le repoussèrent, du moins sous la forme qu'il avait reçue de l'art grec.

Il y avait d'abord une raison d'habitudes, puissante raison. Les Romains, nous l'avons dit, avaient surtout emprunté aux Etrusques les reliefs de simple ornementation. Cette pratique, qui avait été en usage pendant trois ou quatre siècles, qui continuait de l'être pour les monuments de travertin, s'appliqua aussi, comme d'elle-même, aux monuments de marbre. Elle avait créé dans les esprits un pli qui restait, imposé à l'outil des sculpteurs une manière de faire invincible. L'on s'en tint, pour l'entablement et en dehors des motifs de la toiture, à une décoration de bucrânes, de masques, de guirlandes et de rinceaux, bref à une décoration surtout ornementale, comme l'était celle des temples antérieurs. — A cette raison s'en joignaient d'autres. Faire plus, se hausser jusqu'aux rehefs à figures, représenter des personnages dans une action animée, eût dépassé, on le comprend aisément, les forces des artistes romains. Quelque empressement qu'ils aient mis à goûter le charme de l'art hellénique et à ensuivre docilement les leçons, les aptitudes naturelles, ce qui ne s'acquiert point, leur faisaient toujours plus ou moins défaut. — Les sculpteurs grecs, d'autre part, ne manquaient pas à Rome ; ils étaient accourus en foule dans la nouvelle capitale du monde; mais ils se firent moins les auxiliaires habituels de l'architecture dans la décoration des temples qu'ils ne se tournèrent vers d'autres genres. Les quelques renseignements que nous avons sur eux nous les montrent occupés à exécuter des statues pour les sanctuaires des dieux ou des portraits pour les grands citovens^ Ajoutez que Rome ne se souciait guère de développer l'originalité des artistes. Le portrait mis à part, pour lequel elle eut toujours une passion singulière, elle les stimulait peu à produire des œuvres personnelles ; elle leur demandait surtout des imitations ou même des copies exactes des célèbres modèles de la Grèce. Ajoutez qu'elle préférait encore aux copies les modèles euxmêmes, non par choix bien éclairé peut-être ni par goût d'une beauté supérieure, mais par mode et parce qu'elle les voyait estimés un grand prix. Plus d'un de ses citoyens devait ressembler à ce Mummius, le vainqueur de Corinthe, qui dans la vente du l)utin n'aurait pas remarqué le Bacchus du peintre

1 Voir précédemment, p. 38, notes 3 et 4.

Aristide, si AI talc do Perg'aiiic uou avail offert lOO talents (près de 0()().(X)U francs). Seule, riMuirinih' de la soiiiine lui fit soupçonner dans ce tableau quelque nuTÏte ([ui lui (''cliai)pait '. Aussi, bien ([ue les connnandes de l'Etat ou des i)articuliers aient provoqué une réelle activité artistique, c'est, en somme, moins en s'adressant aux artistes contcmj)orains qu'en s'appropriant les œuvres des anciens maîtres, que la ville peupla ses tenq)les des monuments de la sculpture hellénique ; le pillage élionté qu'elle fit, par droit de conquête, des trésors de la Grèce fut la véritable source de ses end)ellissements. Mais ce que les vainqueurs pouvaient transporter aisément, c'étaient les statues de marl)re ou de bronze, les œuvres de ronde bosse, plutôt que les lourds reliefs })lacés dans les j)arties hautes des édifices et impossibles ii séparer de la paroi elle-même. De là tant de statues prirent la route de l'Italie-, tandis qu'on respecta les compositions décoratives.

Qualité inférienre des matériaux, habitudes prises, médiocre talent des artistes indigènes, indifi'érence du i)ublic romain à pousser les artistes étrangers vers la création personnelle, tout agissait de concert ou successivement pour empêcher le bas-relief de prendre place sur les murailles des tenqdes. Et par surcroit, les frises des édifices grecs ne se laissant pas dépouiller, comme les piédestaux des statues, de leurs richesses d'art, on ne pouvait suppléer, au moyen des chefs-d'univre du passé, au manque de productions contemporaines.

Mais les mêmes raisons, on le conçoit sans peine, éloignaient encore l)ien davantage le bas-relief des monuments d'architecture civile. Car c'étaient pour la plupart des constructions pratiques, d'utilité générale, solides et imposantes, plutôt qne soucieuses de l'élégance décorative : des basiliques où le préteur installait son tribunal et rendait la justice, des portiques qui abritaient les oisifs et les gens d'aff'aires contre la pluie ou la chaleur du jour.

Il y eut déjà, il est vrai, sous la Répnbhque, des monuments honorifiques. A plusieurs reprises, des généraux victorieux avaient fait dresser en leur propre honneur des sortes d'arcs appelés /o/7//c/'.v. L. Stcu'tiuius (mi avait él(>v('' trois, à son retour

1 Pline, Hist. nal.,3o, 24. — Sur If prix ()ll'i'rt par AHair, voir la (iisoussioii de Bninn, Kunstleryeschiclile, 11, i». \Ti.

- Nous rouvoyons à l'ouvra^'ti di-jà cité de L. L rliclis : (Iriec/tiscUe Slutucn im republikunischen liom, \\ urzbourg, 1880.

cVEspagne, avec le butin pris sur l'ennemi, deux au Marché aux Bestiaux, un autre au Grand Cii'que ^ ; et Scipion l'Africain, avant de partir pour l'Asie comme lieutenant de son frère, avait laissé au Capitole, en face de la pente rapide qui gravit la colline, une construction de ce genre ~. Les textes mentionnent encore sur le versant du Capitole le fornix Calpurnius, près duquel se passa, en l'an 133, la scène tragique de la mort de Tibérius Gracchus, victime de la haine des riches ^, et sur la Voie sacrée, formant la limite du Forum au sud-est, le fornix Fabianus, érigé parQ. Fabius Maximus Allobrogicus (121 avant Jésus-Christ), dont on a recueilli au xvf siècle de grands fragments dispersés'*. Mais ce n'est pas là non plus que nous trouverons le bas-relief que nous cherchons. Le fornix de Fabius, — et assurément aussi les foniices antérieurs, — était bâti en blocs de travertin, pierre trop rebelle encore aux finesses du ciseau. De fait, Tite-Live, à propos des monuments de Stertinius et de Scipion, ne parle que de statues dorées ou de chevaux qui couronnaient l'édifice ; et parmi les débris du fornix F'abianus on a relevé des reliefs de pure ornementation, des boucliers, des insignes de victoire, mais point de reliefs à figures ^.

A l'époque républicaine, la véritable et grande sculpture décorative a donc été, pour ainsi dire, inconnue. Temples, portiques, /'or/ifce.s, monuments civils ou rehgieux, d'un caractère pratique ou honorifique, tousse sont habituellement passés

1 Tite-Live, 33, 27.

•i Tite-Live. 37, 3.

3 Orose, Hisl., 5, 9.

^ Annali delVInstiluto, 18o8,p. 173. — Corpus inscript, lalin., \. p. 177, n°606. — L'arc de Fabius portait les statues de Fabius Maximus, de Paul Emile et de Scipion Emiiien.

■'• M. Ilelbig {Untersitchungen ilber die catnpnnische Wandmalerei, p. 46, note 4) fait remarquer que la province imita l'usage de la capitale. A Syracuse on avait élevé à Verres un fornix en souvenir de sa bonne administration (Cicéron. in Verr., Il, 2, 63). Sur ce fornix le fils de Verres était représenté nu, tandis que le préteur lui-même, à cheval, contemplait devant lui la province qu il avait mise à nu par son pillage (nudus filius stat: ipse... nudatam ab se provinciam prospiciti. Mais Cicéron, rpii mentionne ces statues, ne parle pas d'une autre décoration.

de son coiicoiirs. On liicii ils n'oirruieut })as an has-relicf une surface (jui Ini convint ; on bien, quand ils la lui offrirent, soit impuissance réelle, soit routine, soit dessein arrêté, les sculpteurs n'en tirèrent aucun parti. Il faut attendre rétablissement de l'empire pour voir le bas-relief prendre vraiment son essor.

A partir d'Auguste en effet tout change. D'abord avec les progrès du luxe l'emploi du marbre dans les constructions se généralise. Vers la fin de la Répul)lique, on en faisait venir de Carystos d'Eubée, de l'Ile de Mélos, d'Afrique, surtout de Numidie '. L'on s'avisa même qu'on avait dans le pays, presque sous la main, un marbre aux veines bleues, d'une grande beauté, celui de Carrare (Luna), et l'on se mit à en exploiter les carrières. Mamurra, personnage d'ailleurs décrié, le même que Catulle dans ses épigrammes déchire si violemment, mais chevalier raffiné dans ses goûts et prodigue, couvrit le premier les murs de sa maison, selon Cornélius Népos, de revêtements de marbre et orna son atrium et son péristyle de colonnes toutes monolithes-. L'exemple une fois donné ne tarda pas à être suivi. Tous ces riches Romains rivaUsaient entre eux de magnificence et de folies. Ils en arrivèrent à faire servir le marbre aux usages les plus vils. M. Lepidus, le collègue de Q. Catulus au consulat, voulait que tous les seuils de ses portes fussent formés d'un bloc de marbre de Numidie^. C'est de celui de Mélos que LucuUus était épris; il l'aimait avec une telle passion qu'il lui donna son nom et que ce marbre ne s'appela plus que le marbre luculléen^. Si les maisons des })articuhers s'embellissaient avec cette riche matière, ;i })lus forte raison devait-on y recourir pour les édifices publics. On ne s'étonnera pas que les monuments élevés par Auguste, comme le temple de Jupiter Tonnant au Capitole ou celui d'Apollon Palatin, aient été tout brillants de marbre massif''. Ra})pelons le mot déjà cité : l'empereur se vantait de laisser de marbre, après lui, la Rome qu'il avait

» Pline, 36, 48-nl.

- Pline, 36, 48. — il en fut de nicine de toutes les constructions de luxe du début de l'Empire (Strabon, V, p. 222). ^ /6/V/.,36, 49.

•• IbUL, 36, 50.

reçue de briques ^. — Voilà donc une première difficulté écartée : le bas-relief ne trouvera plus désormais dans la nature des matériaux employés une entrave à son développement ; aucune surface, au contraire, ne se prête mieux que le marbre à la grande sculpture des frises.

Il restait à vouloir utiliser cette surface : on le voulut. L'art est soumis, depuis Auguste, à des conditions nouvelles. C'est que les circonstances politiques, elles aussi, sont nouvelles. Il semble que rien n'ait été détruit de l'état de choses de la veille. C'est une simple apparence, qui ne trompe peut-être réellement personne. Il est vrai que l'on aime à se laisser tromper par elle. Sous Néron encore-, on cherchera, en répétant que Rome est toujours une cité hbre, à se donner l'illusion de la liberté. Au fond, tout est différent. Rome a passé de la république à la monarchie, et les caractères ont achevé de perdre leur indépendance •'^. L'Etat, désormais, c'est l'empereur. Image vivante de la cité, il concentre en ses mains toute la réalité du pouvoir. Il reçoit d'abord les adulations, bientôt les adorations du sénat, des chevaliers, du peuple. A côté des autres dieux que l'on honore toujours, mais extérieurement, pour qui l'on bâtit encore des temples, il est, lui, presque dieu de son vivant ; il le sera tout à fait après sa mort : l'apothéose est définitivement instituée^.

Ce culte a un caractère nouveau. S'adressant non plus aux divinités bien éloignées et bien vieilles du Panthéon romain, mais à un maître visible et présent, dont la puissance se constate, ou au maître d'hier représenté par son successeur, il est fervent, assidu, célébré avec crainte ou reconnaissance, mais toujours avec empressement. Pas un événement de la vie

' Suétone, Auf/., 28 : >i Marmoream se relinr[uere (urbem), quani latericiara accepisset. »

- Sénèque, de Beneficiis, 2, 12.

3 Tacite, Ann., 1, 4 : « Verso civitatis statu, nihil usquaia prisci et integri moris ; omnes, exuta aequalitate, iussa principis adspectare. ». — Ibid., 1, 7 • « At Romae ruere in servitiuii) consules, patres, eques. •»

* César avait été déjà divinisé et le culte du « dieu Jules » étail célébré à Rome et dans les provinces. Mais ce fut à partir d'Auguste que l'apothéose devint véritablement une institution impériale. — Voir, du reste, sur toute cette question de l'apothéose, Gaston Boissier, la Religion romaine, t. I, livre 1, chap. ii, notamment p. 129 et suiv. — Les poètes d'alors, Horace et Virgile à leur tête, se font les interprètes du sentiment général et chantent à l'envi la divinisation d'Auguste (Horace, Odes, III, 3, 9; III, 5, 1 ; IV, 5, 32 Epîlres, II, 1, 15: — Virgile, Ducal. , 1, 6 ; Ge'oi'f/., 1, 32). Leurs vers nous révèlent d'une façon très nette cet état des esprits.

impériale dont on ne fête l'anniversaire ' : naissances, victoires, titres honoriticjnes reçus, pouvoirs conférés, temples bâtis, maladies et {^uérisons. On ne croit plus à Jupiter: le scepticisme a fait son œuvre. On croit à l'empereur divinisé, ou on feint d'y croire : ce qui a les mêmes conséquences. Dès lors, les monuments de ce culte nouveau n'ont plus à tenir compte pour leur décoration des anciennes habitudes que nous avons vues en usage dans la construction des temples. Jusque-là, les traditions étaioit puissantes, parce que, les dieux n'ayant pas changé, on n'éprouvait pas le besoin de faire autrement que l'on avait toujours fait. Bien plus, à mesure que la philosophie et la culture de la Grèce avaient pénétré à Rome, d'abord la société élégante et lettrée, puis, comme il arrive, la foule, qui se règle toujours sur les exemples d'en haut, s'étaient détachées de plus en plus de la religion d'autrefois ; une indifférence générale était née, qui, chez un grand nombre, allait jusqu'à l'incrédulité. Il s'agissait bien alors de décorer richement les temples de bas-reliefs. Les temples eux-mêmes, n'étant plus entretenus, tom])aient en ruine. Horace, Properce, reprochaient aux Romains de souffrir ce honteux délabrement. «L'araignée, disait l'un d'eux'-', tisse sa toile et l'herbe croît librement dani les sanctuaires abandonnés, » On sait tous les efforts d'Auguste pour faire revivre l'antique foi disparue. S'il eut à restaurer quatre-vingt-deux temples, comme il le dit dans un document officiel •', cela même prouve en quel état d'affaiblissement était tombée la religion à la fin de la république ; on ne s'occupait plus d'elle. Mais ou s'occupera désormais (et avec quelle dévotion !) des édifices élevés au dieu nouveau. Ceux-là, on ne croira pas pouvoir jamais trop les orner; on les embelhra de toutes les ressources des arts. La sculpture n'était pas encore, sous sa forme la plus haute, associée à l'architecture. Rome l'y associe pour composer un ensemble digne de ce maître, à la fois bienfaisant et redoutable ; elle "emprunte à la Grèce la magnifique décoration de ses frises avec leurs longues suites de figures sculptées. De là un l)as-

' Voir [Corpus inscript. laliii., I, p. 382-412) le travail do Th. .Moniinsen, Coinmenlarii iliuvni. — Dion Cassins, a3, 1(1.

■-' Proporce, II, 6,33. — Voir aussi Horace, Odes, 111, 6, 2.

■' L'inst'riptioii d'Aiicyre, dite le ïestameiil politique d'Auf^uste ; cf. Moiunisen, lies (jeslae divi Au;justi (Lat. IV, 11-18; Gr. XI, 3-G), p. 58 du Coiuuientaire.

relief, comme celui de l'Ara Pacis Augustse, qui veut rivaliser jusqu a un certain point avec les grandes compositions des sanctuaires helléniques.

Telle est la place prépondérante prise par Auguste dans la religion de l'empire. Mais, envisagé au seul point de vue terrestre et humain, l'empereur apparaît encore aux Romains comme un prince souverainement glorieux. Quels honneurs ne mérite-t-il pas pour avoir triomphé de tous ses ennemis et rendu la paix au monde bouleversé ? C'est à lui qu'est venue aboutir cette prodigieuse puissance qui fait l'admiration et la stupéfaction des peuples vaincus. Il recueille assurément un héritage, fruit de plusieurs siècles d'efforts, d'habile prévoyance, de constance dans les desseins ; mais il y ajoute aussi les exploits de son principat, exploits accomplis par lui-même ou dans la personne de ses lieutenants. (( J'ai été, dit-il encore dans son Testament politique, proclamé vingt et une fois imperator^owv mes succès ou ceux de mes lieutenants, le sénat décréta cinquante-cinq fois des actions de grâces aux dieux, et huit cent quatre-vingt-dix journées ont été employées à ces sacrifices; dans mes triomphes, neuf rois ou enfants de rois ont été conduits devant mon chari. » Si l'inscription d'Ancyre cherche à nous donner un peu le change, à montrer Auguste plus guerrier et belliqueux qu'il ne fut réellement, si, enfin, ses expéditions furent plus souvent des promenades militaires que de véritables et pénibles campagnes, il n'en est pas moins vrai que l'univers put se le représenter selon l'idée qu'il voulait qu'on eût de lui, c'est-à-dire comme un grand victorieux; caries résultats qu'il dut à sa politique valurent tous ceux que lui auraient obtenus des victoires. Les plus farouches peuplades de l'Espagne, les Astures et les Cantabres, jusque-là retranchés fièrement dans leurs montagnes 2, acceptent sa domination et « porteront désormais les armes pour le compte de l'empire-^ ». Il songe à marcher contre les Bretons, « situés aux extrémités du monde '' ». Les Bretons aussitôt lui envoient des ambassades, pour témoigner de leur respect, et des offrandes destinées au Capitole. Nouvelles ambassades de la reine d'Ethiopie, des

• Mommsen, Res Geslae (Lat. I, 21-29 ; Gr. II, 9-22), p. 10-12 du Commentaire.

2 Horace, Odes, II, 6, 2 et 11, 1 : IV, 14, 41.

3 Strabon, III, p. 156.

* Horace, Odes, I, 33, 29 ; IV, 14, 47.

Scythos, des pouplos do l'Inde'. Dans les déserts du Nord ou du Midi, dans les plus lointaines contrées, pénètre la crainte de son nom. Les Partlies eux-mônies, l'ennemi sans cesse redouté, l'effroi dos Romains, les Parthes s'abaissent devant lui, et leur roi Phraliates, au seul bruit des préparatifs de guerre, restitue sans combat les étendards enlevés aux légions de Crassus'-. Il est vrai que Phrahates obtenait en échange qu'on lui rendit son fils depuis longtemps prisonnier^. Mais l'effet sur l'opinion fut immense. On ne voulut voir que l'acte d'apparente soumission des Parthes. La honte qui, depuis le désastre de Crassus, pesait toujours sur le nom romain semblait maintenant effacée. L'enthousiasme fut universel, et les poètes se plurent à en répéter les échos, même ceux dont la lyre n'était pas habituée aux graves accents*.

Tous ces succès, militaires ou diplomatiques, avaient pour conséquence la sécurité des frontières. Avec la paix, Auguste donnait aux provinces la prospérité et la richesse. Il multipliait les routes, ouvrant les montagnes, joignant les rives des fleuves, couvrant ainsi tout l'empire d'un réseau aux mailles serrées, dont les fils permettaient au commerce, la vie des nations, de se répandre et de circuler, comme le sang dans les veines humaines, jusqu'aux extrémités de ce grand corps. Il créait le service des postes, fondait des villes, en rebâtissait d'autres, soulageait les provinces endettées. Si l'on songe au sortir de quelles tourmentes le calme et la sérénité reparaissaient enfin sur l'horizon du monde, on appréciera mieux tout le service rendu par l'empereur. On disait que l'âge d'or refleurissait ^ Là était l'exagération. Mais si ce n'était pas l'âge parfait, idéal, qu'on ne verra jamais, c'était un âge infiniment supérieur à celui qu'on venait de voir, et c'était beaucoup.

Au nouveau maître, regardé comme un nouveau dieu, la crainte respectueuse avait dressé des autels et des temples. Au vainqueur des barbares, au bienfaiteur de l'univers, l'admiration et la reconnaissance élevèrent des arcs de triomphe.

> Strabon, XVII, p. 821 et XV. p. 719. — Horace, Odes, IV, 14, 42 et Chant séculaire, 55. — Suétone, Aiif/., 21, et Mommsen, lies r/estae divi Aug., p. 89 et 90 du Conunentaire.

'-^ Suétone, Auy., 21. — Dion, 53, 33 ; 54, 8.

3 Dion, 51, 18 et 53, 33.

* Horace, Odes, HI, 5, 2-5 ; !V, 15, 6; Ep. 1, 12, 21 ; Chatil. séc, 53 et 54.

^ Voir la quatrième églof,'ue de Virgile; et aussi Enéide, VI, v. 191.

Arc de triomphe au sommet des Alpes, quand, après avoir organisé la Gaule, l'Espagne et l'Afrique, Auguste rentra daçs sa capitale et ferma pour la seconde fois le temple de Janus (25-24 av. J.-C). Arc de triomphe, à la suite du fameux succès remporté sur les Parthes, tandis que des médailles montraient, dans l'attitude décrite par les vers d'Horace, le chef Phrahates à genoux devant Auguste, semblant tenir son pouvoir de la bienveillance de l'empereur, et que le temple de Mars Vengeur était bâti tout exprès sur le Capitole pour garder les drapeaux de Crassus reconquis. Arcs de triomphe encore pour célébrer de grands travaux d'utilité publique, à Rimini l'achèvement de la voie Flaminienne, à Susele percement de la route qui reliait la Gaule et l'Italie par le mont Cenis. Ainsi l'arc de triomphe est une pièce essentielle de l'architecture impériale. Mais il doit compter pour une part non moins considérable dans l'histoire de la sculpture ron)aine. De même que nous avons vu les autels se parer pour l'empereur-dieu, de même les arcs se couvriront de bas-reliefs destinés à immortaliser le souvenir du mortel victorieux.

Telles sont ces conditions nouvelles dont je parlais, qui sont alors faites à l'art. La République agonisante et sceptique n'avait guère songé, dans la décoration de ses temples, à se mettre en frais pour des dieux qui lui étaient indifférents : l'Empire, en instituant le culte d'Auguste i, fit naître de nouvelles préoccupations, qui agirent sur les artistes. Dans l'architecture profane et civile, la République s'était bornée à des constructions pratiques, qui pouvaient aisément n'être point ornées de sculptures : l'Empire crée l'arc de triomphe et, plus généralement, développe le monument honorifique qui, à cause de sa destination môme, devra sacrifier à la magnificence et se soucier de la décoration extérieure.

Toutefois, malgré le désir de célél)rer le souverain, à l'époque d'Auguste on se contente encore d'orner avec grande sobriété les arcs de triomphe. L'arc d'Aoste était simplement décoré de trophées ou de statues placés dans deux niches qu'on voit

* Je n'ignore pas que ce culte d'Auguste est toujours associé à celui de la déesse Rome (Suét., Aitr/.. 52). C'est la puissance romaine, symbolisée et incarnée dans l'empereur régnant, que l'on est censé adorer, plutôt que l'empereur particulier, personne de chair et d'os. Mais on a beau faire; l'esprit humain a une pente invincible à rendre concret l'objet de son adoration, et du culte de la divinité abstraite il revient toujours au culte de la personne.

b6 CAUSES DE L APPAHITION TARDIVE

sur la race (lu luonumcuL touruée vers la ville. L'arc de Rimini n'a qu'une tête de taureau à la clef de voûte et dans les angles quatre médaillons i-eprésontaiii, au côté nord Neptune et Vénus, au côté sud Jupiter et Mars'. L'arc de Suse (8 av. J.-C.) montre poui- la première fois une frise avec des personnages en action. Et jjIus tard môme, ({uand l'habitude so fut répandue de ces vastes compositious, malgré les excnq^los donnés en Italie par les monuments de Claude, de Titus, de Trajan, les arcs do triomphe, dans les provinces, demeurèrent le {)lus souvent sans décoration figurée. Ceux d'Afrique notamment, qui sont si nombreux, n'offrent pas trace de bas-reliefs sur leurs parois. Rien d'étonnant à cela. Songeons qu'ils étaient l'œuvre des légionnaires qui tenaient garnison sur les frontières de l'empire. La campagne finie, on entretenait l'activité des soldats en les occupant à toute espèce de travaux. On ne leur faisait pas seulement construire des routes, on les employait aussi à élever des monuments commémoratifs. On aimait à rappeler le souvenir d'une expédition heureuse, d'une victoire, ou on glorifiait un empereur populaire dont on avait reçu quelque faveur. Or, dans chaque légion, il y avait bien des soldats spécialistes 2, ingénieurs expérimentés ou architectes adroits, capables de dresser au seuil du désert, en face des peuples barbares, ces solides et majestueuses constructions triomphales. Mais les décorer de sculptures demandait, on le comprend, des aptitudes particulières et une halnleté de main dont n'étaient point capables ces artistes improvisés. Aussi laissèrent-ils presque toujours de côté le travail du sculpteur. Mais ce n'est pas les provinces qu'il nous faut considérer. Aussi bien est-il déjà saisissant que, dans les parties les plus reculées de l'Empire, jusque dans les lieux inhabités, Rome ait partout mis son emi)reinte, affirmé sa puissance par des témoignages éclatants. Dans la capitale même, les arcs de trionqdie s'élèvent de tous côtés, sur l'ancien forum de la République, sur

' L'arc de Drusiis, pareillement, n'était pas décore de reliefs ; la surface, sous iattique, noll're aucun espace pour une décoration ligurce (sauf les coins où (levaient prendre place des j,'énics et des victoires). — Kn réalité, c'était la statue du triomphateur (pii était la décoration capitale, et peut-être la seule tout d'abord. A cette statue se joignirent bientôt des trophées : on eut les â'!/t8£î xpoiratoyôpoi, les arcus ciim tropaeis (Voir Philippi, oiivr. cité, p. 301).

2 Voir notanunent, pour le percement d'un tunnel à Saldae (Uougie\ R. Gagnât, Musée de Liunhèse, 1895, p. 69-10, dans les Musées et Collections de rA/ric/ue et de la Tunisie.

les nouveaux forums impériaux, et, après Auguste, ils reçoivent tous, peut-on dire, une riche décoration de figures sculptées. Cette richesse, vers la fin, tombera dans une exagération de mauvais goût et une surcharge pénible et confuse. Mais auparavant de belles œuvres seront produites, comme l'arc de Titus et la colonne Trajane. Le monument triomphal a donc été d'une importance toute particulière pour la constitution du bas-relief historique. C'est à l'Empire, et aux premiers temps de l'Empire, qu'il faut faire honneur de cette nouveauté. Non pas qu'il ait inventé de toutes pièces l'arc de triomphe, et nous aurons plus loin à chercher quelle en est la vraie origine. Mais il l'a accommodé à son usage, adapté à ses desseins propres, il l'a fait sien par l'extension qu'il lui a donnée et par la décoration de reliefs dont il l'a revêtu.

Les faits confirment pleinement cette manière de voir. D'une part, le plus ancien sénatus-consulte qui ait décrété d'élever un arc de triomphe fut rendu à l'occasion de la victoire d'Octave sur Sextus Pompée*, c'est-à-dire en l'an 36 avant notre ère, cinq ans seulement avant l'institution de l'Empire. D'autre part le plus ancien arc de triomphe qui nous soit parvenu est celui de Saint-Rémy, dans la Gaule Narbonnaise. Considéré en lui-même, il n'a rien qui permette de déterminer exactement son âge. Mais nous pouvons recourir à une preuve indirecte et prendre comme point de départ de notre recherche un édifice voisin, le célèbre mausolée des Jules. Ritschl, en étudiant les caractères de l'inscription dédicatoire gravée sur ce mausolée, l'a rapporté avec une quasi-certitude à la fin du premier siècle avant Jésus-Christ"-'. Or l'arc de Saint-Rémy présente avec le monument des Jules, dans les formes architecturales comme dans la décoration figurée, de telles analogies de style que nous sommes en droit de l'attribuer à la même époque; il faut les tenir l'iiti et l'autre pour contemporains d'Auguste ou tout au plus de César.

Ainsi, soit à Rome, soit dans les pays romains, les édifices

1 Dion, 49, 15. — A vrai dire, c'était A>Trippa qui avait remporté la victoire, mais l'honneur en revint à Octave. C'est la première fois qu'un arc de triomphe- est mentionné dans les textes, et il y a tout lieu de croire que c'est efl'ectivement la première fois qu'un arc fut érigé. Deux autres furent décrétés à Octave en l'an .30, après sa victoire sur Antoine ; l'un devait être élevé à Brindes, l'autre sur le forum romain (Dion, 51, 19).

■■' Ritschl, Opusculu philoloyica, t. IV, Priscue lutinilutis epigraphicae suvplenienla tjuinque, Supplementum l', p. 557 et suiv.

58 CAUSES DE l'aPPARITION TARDIVE DU HAS-RELIEF HISTORIQUE

triompliaux, sur los(iiiols se dévolopporoni les bas-reliefs d'histoire, ne (latent vraiment qne de rEnipirc. Ce n'est pas là une simple coïncidence. C'est la conséquence, nous l'avons montré, et comme le contre-coup dans l'art, du changement qui s'était produit dans l'état politique.

Nous avons essayé plus haut de faire comprendre pourquoi la sculpture de bas-reliefs avait été si longue à paraître et n'avait point, en somme, paru au temps de la République. On s'explique à présent pourquoi elle a})parait avec l'Empire. Il lui manquait jusque-là une surface ; il lui manquait aussi l'occasion d'employer cette surface. La volonté d'Auguste, toute puissante, créa l'une et l'autre: la surface, par l'emploi général du marbre dans les constructions; l'occasion, d'abord par les grandes choses qu'il accomplit et les bienfaits dont le monde entier lui fut redevable, puis par la façon très adroite dont il sut développer chez son peuple et comme irriter le désir de célébrer sa gloire, en ayant l'air presque toujours de se dérobera ces hommages*. D'endjlée, le bas-relief national et historique, celui qui semble porter la marque romaine, se trouve constitué.

' Tacite (/!««., 1, 3), à propos de Gains et de Lucius César, qui, avant même d'avoir quitté la robe prétexte, furent nommés princes de la jeunesse et désignés consuls, dit qu'Auguste, tout en feignant de refuser ces honneurs pour ses petits-fils, les avait ardemment désirés : « Specie recusantis, flagrantissime cupiverat. » Ce mot peut servir à caractériser presque toute sa politique

Page 1