A PKOl'OS DU liA'l'AFxD
la couverture bleue du grand Balzac, cette comédie spirituelle et joyeuse qui ne plait guère aux vaporeuses Ophélia de la Chaussée-d'Antin ; et vous avez pris tout de suite la plume pour lancer un interdit contre Finfortuné Bâtard.
Hélas ! hélas ! hélas ! dirai-je à la façon du lamentable Jérémie, il n'est plus temps ! le livre maudit est imprimé d'un bout à Fautre : de minute en minute il se multiplie d'une effrayante manière, grâce à Finfatigable mécanique qui ne s''arrête pas un seul instant et travaille comme Briarée, l'Iionime aux cent bras! Le sort en est jeté, madame : mon livre s''appcllera désormais le Bâtard! le Bâtard /^{im^xx k la mort! licurcuseuicn;, elle lie se feia guère alLcndic! Muis eniin , ce qui Ci»t
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fait, est fait, ce qui est écrit, est écrit : mon livre est baptisé!... le pauvre bâtard est enregistré à Fétat civil!... il n'y a plus maintenant de rature possible !
(( Pavoue néanmoins que je suis fort coupable, madame, puisque ce nom si mal choisi dans le calendrier littéraire offense la délicatesse de vos oreilles, et change en rubis les roses de vos joues ; mais, hélas! que pouvais-je faire? vous étiez loin de moi! Comment vous consulter? Je savais bien toujours le chemin de la fontaine , mais Egérie l'avait abandonnée !
(( Tandis que vous respiriez le frais et Tombre dans cette charmante oasis, qui s'épanouit verte et délicieuse sous le brûlant soleil de Provence, moi, toujours
emprisonné dans cette ville étoufFante et noire, je travaillais courbé sur le sillon ; j'écrivais, je lisais, j''inîprimais : condition triste et fatale ! Comme presque tous mes compagnons de glèbe littéraire, mon sort est de toujours produire, toujours, sans repos, sans trêve ! Je ne pouvais donc pas plus retarder la naissance de ce pauvre diable, légitime ou bâtard , que la planta ne peut retarder l'épanouissement de ses fleurs, une mère la naissance de son enfant !
«Mais franchement, ce terme qui vous épouvante a-t-il donc quelque chose de cabalistique et d'infernal comme le fameux AbracadahraF Quant à moi, je vous jure qu'il me paraît tout simple et d'une innocence parfaite. Vous me dites que
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j'aurais beaucoup mieux fait cPintituler mon roman le Fils naturel. Au moins, ce titre-là n''aurait effarouché personne. — Non, sans doute, personne, excepté le bon sens peut-être, car^/y naturel n est pas du tout synonyme de bâtard : vous en conviendrez, j'en suis très sûr, madame , quand vous aurez lu ces deux petits in-octavo que je vous envoie encore tout humides et brochés à peine. Si je ne craignais pas de m'envelopper dans la robe noire des professeurs et des pédans, je vous prierais d'ouvrir le Dictionnaire de l'Académie française , dernière édition , page 168 du premier volume. Le mot bâtard est défini de cette manière par Messieurs les quarante et quelques :
« BATARD , qui n'est pas de la véritable espèce, mais qui en approche, et qui en est une
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Régénération. ^XEMPLP. : Oliviers bâtards, tulipes bâtardes, XéyTÏevè bâtards, etc., etc.
((La définition du Corps savant n'est pas très élégante, mais elle est claire; et vé-» ritablement un mot défini de la sorte, sans périphrase et circonlocution pudibonde, ne devrait pas faire rougir le front de quinze ans le plus pur et le plus diaphane.
« Il faut, je pense nommer les choses par leur nom , ou se taire. Il est très sûr qu''un fils naturel est toujours bâtard, mais je soutiens qu*'un bâtard n'est pas toujours fils naturel !
«Ai-jetort? peut-être! ai-je raison? peutètie!.. Mais ne parlons plus de ce mot ré-
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prouvé, madame. Depuis une Grossesse , pardonnez-moi cette expression, je vous en conjure, elle ne sortira plus de ma bouche!., enfin, depuis mon premier-né, madame, vous avez toujours bien amèrement critiqué mes titres. J'avoue que ces critiques, toutes justes et méritées qu''elles pussentêtre, ne m'avaient faitjusqu'icique de fort légères blessures d'amour-propre; mais aujourd'hui vous m''adressez des reproches, non moins justes, sans doute, auxquels ma vanité littéraire est beaucoup plus sensible : vous me voyez avec chagrin, dites-vous, livré corps et âme au roman , ce genre bâtard. — C'est vousmême qui avez écrit cela !
c( Vous m'assurez, bonne et charmante que voue êtes, vous m'assurez que je